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Les agoras d'ailleurs

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Le Chercheur/Lars Muhl/Flammarion

16 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

présentation du livre par l'éditeur

présentation du livre par l'éditeur

Le Chercheur

Lars Muhl

Flammarion 2017

C'est sur proposition de Flammarion que je me suis retrouvé lecteur en avant-première de ce 1° tome d'une trilogie de Lars Muhl, O manuscript, comprenant The Seer, The Magdalene, The Grail.

The Seer, Le Voyant, Le Chercheur a été publié en 2012.

Traduit pour la 1° fois en français, Le Chercheur, est le récit d'une série de rencontres initiatiques entre le narrateur et le Voyant. Ayant de lui-même renoncé à une carrière de musicien, ayant renoncé à la plupart des illusions auxquelles aspirent la plupart des gens, réussite, reconnaissance, argent, pouvoir, vivant solitaire et de peu, le narrateur semble avoir atteint le fond car il n'a pas encore pleine conscience de la fausseté des artifices et paillettes qui attirent la plupart.

Il entreprend un voyage en train depuis Copenhague jusqu'en Espagne, voyage décrit en plusieurs épisodes, alternant avec le récit des rencontres, des expériences et leçons données par le Voyant. Entre chaque épisode de ce voyage, des rencontres ou plutôt dans un premier temps, des réponses à des invitations.

Il se rend là où un mystérieux interlocuteur l'invite à se rendre, révélant ainsi une disponibilité propice à l'initiation. Il en a déjà fini avec d'innombrables freins et liens, avec d'innombrables peurs. C'est au pied de Monségur que le mystérieux personnage, le Voyant, va se montrer, lui faisant vivre des montées ardues et des rencontres annoncées.

En grimpant cette montagne réelle, il va découvrir ce pour quoi il est destiné, ce qu'il désire vraiment qui consiste à « être présent en tant qu'être humain », sacrée montagne, autrement plus ardue que celle de Monségur.

L'initiation passe par des expériences, celle du sac à dos que le Voyant charge de pierres réelles, métaphores ou symboles de poids psychiques dont il doit se libérer, se soulager.

Le Voyant a des « pouvoirs » extraordinaires mais prenons le mot « pouvoir » avec précaution puisque ce mot est récusé par le Voyant. Pour un lecteur n'ayant pas été initié, cela ressemble à des pouvoirs. En réalité, c'est parce qu'il se hisse à une conscience nouvelle, plus globale que les niveaux de conscience acquis et transmis, parce qu'il réussit à se rendre isogyne, seulement et pleinement humain, non-déterminé par le genre, non-personnalité, disponible sans limites qu'il est capable de modifier, de transformer l'état de celui qui fait appel à lui, en dernier recours, pour le guérir de sa maladie ou le sortir de son état moribond car il est d'abord malade, il se meurt de ses pensées nocives. Ce sont nos poisons qui nous empoisonnent. Et c'est parce qu'il est en harmonie avec l'univers, qu'il est synchrone avec le flux de la Vie qu'il peut aider l'autre, induire en lui cette harmonie. Il est responsable de cet autre qui se livre à lui. Et peut donc répondre concrètement à la question que puis-je faire pour lui ?

La question de Hamlet, être ou ne pas être, doit retrouver toute sa force de questionnement. Pour être, il faut savoir ce qu'on n'est pas, se purifier, se raffiner, se rendre invisible, gagner en élégance et en humour, (l'humour doit être désarmant et donc me désarmer, surtout quand je me heurte à un obstacle, à un échec ; de lourd, le rendre léger), développer attention et concentration, remplacer l'instinct par l'intuition, devenir un véritable artiste c'est-à-dire être à l'écoute de l'harmonie universelle, en harmonie avec les lois universelles, devenir un danseur cosmique. Ce qu'est sans doute la Dona, la gitane croisée à Malaga dont l'élégance naturelle (elle est l'élégance) éclipse toutes les beautés artificielles qui cherchent à se mettre en valeur sur la Promenade.

De Vinci est décrit comme un ambassadeur de visions, transformant ce qu'il recevait dans un esprit identique à celui contenu dans ce qu'il recevait. L'artiste a pour mission de transformer ce qu'il a reçu avec sa conscience qu'il s'est exercé à aiguiser, à rendre extrêmement sensible, venu de l'humain et du cosmique. Et de lui proposer l'exercice de visualisation de la flamme d'une bougie. Deux sortes de lumières sont évoquées, la lumière bleu gaz qui renvoie à toutes les énergies physiques, la lumière dorée qui renvoie à l'énergie spirituelle.

Pour quelqu'un qui est en recherche spirituelle, ce récit est nourricier. Nombre de leçons, de formules sont audibles, parlantes, incitatives à un travail de dépouillement. Évidemment, on sent des influences venues de l'étude de nombreux textes des traditions et de la mystique. Assez peu de considérations de nature scientifique. Quand cela se produit, ça ne m'a pas semblé convaincant, par exemple les 24 énergies présentes dans une pièce et représentant les mésusages antérieurs de « son » pouvoir par le Voyant.

Pour conclure, ce récit d'initiation n'est pas austère. Le narrateur comme le Voyant sont aussi de bons vivants, aimant bons plats, bons vins, aimant se promener, profiter des lieux comme des gens.

Lars Muhl est entré en 2013 dans la liste Watkins des guides spirituels, le Dalaï Lama en 1° position, Deepak Chopra en 4°, Lars Muhl en 90°. Paulo Coelho est 7°, Jodorowsky, 27°, Benoît XVI, 33°, Rupert Sheldrake, 87°. Aucun des "maîtres" français: Matthieu Ricard, Frédéric Lenoir, Laurent Gounelle, Christophe André, Alexandre Jollien, Jacques Salomé. Bizarre cette liste anglo-saxonne.

On trouve sur you tube des vidéos, hélas aucune en français. Ce livre édité par Flammarion vient donc à propos.

 

Jean-Claude Grosse

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Le Nouveau Monde/Gilles Cailleau/Attention fragile

8 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacle, #J.C.G., #cahiers de l'égaré

Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault
Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault
Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault

Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault

Dimanche 5 février, dernière représentation de la création du Nouveau Monde de et par Gilles Cailleau, une histoire "poétique" du XXI° siècle, sous le chapiteau de Attention fragile à La Valette.

Le dossier de presse, riche, révèle les intentions de Gilles Cailleau, qui est sur ce projet depuis 2008, avec des intermittences, du coeur peut-être.

"L’histoire mouvementée de cette création fait partie de son ADN, parce qu’on ne peut pas raconter une histoire titubante et encore inconnue sans ces tatonnements et cette fragilité d’équilibriste. En tous cas ces embûches, ces volte-face, ces grains de sable dans la mécanique m’ont appris une certitude : je n’ai pas d’autre nécessité aujourd’hui que de raconter l’histoire générale, poétique, inquiétante et inachevée du XXI° siècle.

C’est un spectacle d’enfant qui ne comprend pas le monde et joue à la poupée pour essayer de se dépatouiller de ce qui lui tombe dessus. Il joue aux marionnettes, aux petits avions, il fabrique des bateaux en papier. Il cloue des planches, il les attache avec des ficelles, il joue avec des couteaux, il se déguise, il essaye, il tombe, il réessaye, il fait des échasses, il fait de la magie, il veut épater ses parents, ses copains, ses copines. Il fait semblant d’être mort, d’être un héros, d’être une star, il aime les berceuses, danser, chanter à tue-tête, c’est un garçon il aime les drapeaux, compter, écrire des poésies. Quand il tombe devant les autres il est vexé comme un pou, des fois aussi il s’en fout.

Le monde qui vient est si sauvage, si nouveau, et par tant d’aspects si insupportable et révoltant, qu’il faut à nouveau jouer à la poupée pour le comprendre. Mais quelles poupées, mais quelles histoires ? Je n’en connais, au début de ces répétitions, que quelques lueurs fragmentaires, mais je sais au moins une chose. Le cirque, à moi vieil acrobate devenu depuis longtemps acteur, doit remplacer le langage habituel du théâtre pour essayer de donner un corps, une chair à mes questions et à mes inquiétudes.

Je me demande si ça n’a pas commencé en 1984, avec l’isolement du virus du Sida et ce que ça a peu à peu transformé en nous, qui sommes passés de la confiance à la méfiance, avec cette peur commune à tous qu’il fallait faire taire dans l’œuf l’envie de se donner sans limite, qu’il fallait faire attention à l’autre (faire attention à l’inverse de porter attention, comme on dit à son gosse – fais attention, méfie-toi), qu’il fallait avant tout se protéger de celui qu’on aimait, de celui dont on avait envie. Je me demande si ça n’a pas commencé ce jour-là, le nouveau siècle, je me demande si ce n’est pas ce jour-là que la sécurité a gagné la guerre qui l’opposait à la liberté. Je me demande si tout ce qui a suivi depuis ne vient pas de là. Évidemment ce siècle qui vient est plus compliqué : il y a la haine d’un Occident qui n’a pas tenu ses promesses, les territoires bientôt engloutis, la planète irrespirable, et aussi l’espoir balbutiant d’un autre monde possible. Mais on se barricade... Avec nos richesses, avec nos familles, avec nos ethnies, nos croyances, nos illusions.

La méfiance est le premier pollueur de la planète.

C’est un spectacle qui sera fait de disciplines traversantes, mais ces disciplines n’en seront pas. Ce n’est pas vraiment une discipline de s’accrocher à des planches, ce n’est pas une discipline de sauter à mains jointes dans le trou d’un grillage éventré, ni même de lancer des couteaux sur des poupées qui brûlent ou de marcher sur un fil les pieds nus au dessus de tessons de bouteilles. Je ne convoque pas des outils mais des armes.

Le XXe siècle était vertical, le XXIe siècle est horizontal.

Au XXe, on veut aller haut, on conquiert le ciel, l’espace, on construit des tours, le pouvoir est dictatorial, vertical aussi, Staline, Hitler, Pinochet, Mao sont en haut, leur pouvoir descend de marche en marche.

Le XXIe commence par casser 2 tours, son avenir est lié à l’océan plat, des gens se déplacent en tous sens vers un horizon, les villes s’étalent, les frontières dessinent des plans, le pouvoir se ramifie, se dilue, en tous cas il essaie... Après s’être occupé du ciel, on sait qu’il faut s’occuper de la surface de la terre. Il faut faire un spectacle horizontal. Il faut zébrer l’espace vide de la piste avec des traversées périlleuses, avec les jets horizontaux des couteaux, démesurer les distances, il faut arpenter la piste.

Première image naïve : arriver avec de hautes échasses instables, faites de carreaux de verre. S’arrêter, en descendre. Fabriquer deux avions en papier, les lancer sur les échasses. La collision enflamme les avions, les échasses explosent. Dans ce spectacle, je suis déséquilibriste. Casser des briques sur mon front en émettant des hypothèses.

Au bal du XXIe siècle, la peur est la reine de la promo." Gilles Cailleau

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Gilles Cailleau se donne à fond dans cette fresque éclatée en préparant minutieusement et rapidement (à la limite de la frénésie, avec donc des ratés, des échecs, des reprises ce qui peut mettre mal à l'aise; est-ce un manque de maîtrise des disciplines circassiennes et autres, utilisées ?) ses images (son histoire inachevée du XXI° siècle, il la raconte avec 4 images "poétiques", peut-être 5, l'image des tours qui s'effondrent, l'image des bombardements sur des populations de poupées qui brûlent, l'image des victimes choisies pour grimper dans un bateau de migrants qui va lui aussi brûler, la traversée, le débarquement, (ici peut-être l'image du Roi qui va renoncer à une parole de pouvoir), l'image de l'arche de sortie du cirque, (belle métaphore), en préparant ses musiques avec divers instruments, accordéon, violon et des outils d'amplification, réverbération, en disant au micro, au mégaphone ses mots, ses poèmes. Effondrement des tours: cartons empilés percutés par des avions en papier, massacre de playmobils brûlant dans une barquette alimentaire en alu, traversée d'une planche qu'il peint en bleu pour le radeau de la Méduse transportant des migrants se noyant en cours de traversée encalminée, ou noyé échouant sur une plage, ou survivants débarquant dans un des ports d'Europe du Sud, dans un brouhaha sonore à la limite du supportable... Le temps de préparation de l'image précède l'image, nous faisant participer à l'écriture du récit. La musique préparée se joue ensuite toute seule, lancinante. Travail trépidant de "déséquilibriste", revendiqué comme tel et donc dérangeant pour certains, cassant notre place de spectateur, travail tentant l'horizontalité de l'échange, du partage (on est en empathie avec cet énergumène qui se démène, qui s'interroge: quand a commencé ce XXI° siècle ? c'est quoi la modernité ? et après la tentative vaine de faire intervenir deux drones, il choisit un hoverboard, énergumène qui exprime ses peurs, ses cauchemars : je ne veux pas choisir les victimes et d'inviter une fillette à le faire, la maman acceptant, la petite fille aussi, ce qui est particulièrement révélateur et gênant; j'espère que j'aurais su dire non), refusant la verticalité de la communication depuis sa place de Roi sur un empilement de chaises évoquant un trône instable dont il descend pour nous inviter à inventer la fin du siècle, du nouveau monde en répondant à 3 questions: j'ai peur de..., je voudrais pas crever sans..., ça va finir..., réponses mises en boîte et dans l'arche voguant vers la sortie du cirque (métaphore belle)... image finale.
Ma petite fille, Rosalie, a répondu aux 3 questions: j'ai peur d'oublier la vie, je voudrais pas mourir (elle n'a pas employé le verbe crever, bravo) sans avoir ressenti le bonheur des autres, ça va finir où ça commence.

Moi: ça va finir par un rire hénaurme.

Beau travail qui peut déranger, AMEN
comme est dérangeant ce siècle, AMEN
et tous les siècles des siècles, AMEN
et comme devrait être dérangeant tout art et tout artiste, AMEN
et comme nous-mêmes le sommes, dérangés dérangeant, AMEN.

Les Cahiers de l'Égaré éditeront le texte avec un cahier photos pour fin juin 2017.

 

 

 

 

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Je me modifie donc je suis

27 Décembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

Je me modifie donc je suis
Je me modifie donc je suis

un entretien avec Cyril Fiévet remontant à 2012 et qui permet de comprendre un peu ce qui se joue avec ce qu'on appelle le transhumanisme d'où les liens vers Ray Kurzweil, Laurent Alexandre, Philippe Vion-Dury

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Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

20 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #pour toujours

Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

Ce qu'il est convenu d'appeler L'affaire Agnès M. (16 novembre 2011 à Chambon-sur-Lignon) a entraîné deux procès (juin 2013, octobre 2014, pas d'appel en cassation) condamnant à perpétuité, un mineur au moment des faits, reconnu malade au 2° procès, Matthieu. Le lycée du Cévenol qui avait accueilli Agnès et Matthieu a fermé suite à ce crime particulièrement abominable. Solidaire des parents et grands-parents d'Agnès, j'avais incité des auteurs de théâtre et des professionnels de la justice pour mineurs à écrire un livre collectif, Elle s'appelait Agnès, enfin disponible après 3 ans de "censure" et d'autocensure par acceptation de l'injonction de ne pas publier, à nous faite. Après 4 ans de silence, les parents de Matthieu s'expriment sur leur quotidien depuis le crime. Agnès-Matthieu sont devenus suite à ce crime, indissociables. C'est insupportable. D'une certaine façon aussi les deux familles sont liées même si elles n'ont aucun contact. Penser à la victime, à sa famille, penser au bourreau, à sa famille. Quels mots pour cette monstruosité ? C'est ce que nous avons tenté avec honnêteté. Écritures déchirées: pour certains un monstre, pour d'autres toujours un humain.

Jean-Claude Grosse

L'article de wikipédia consacré à ce qui s'appelle L'affaire Agnès M. présente cette tragédie me semble-t-il avec précision ; je reste dubitatif cependant sur toutes les remarques concernant les"défaillances" et "dysfonctionnements", les "erreurs et fautes" d'expertise qui ont suivi le 1° viol et l'entrée au Cévenol; après coup, il est facile d'exhiber la dangerosité du "monstre" (le terme a été employé sans vergogne par la presse) et de se faire le chroniqueur d'une tragédie annoncée; le débat qui a suivi la projection du documentaire Parents à perpétuité est très instructif à cet égard; des erreurs peut-être, des fautes, c'est à prouver; la famille d'Agnès a demandé en avril 2015 au Conseil supérieur de la Magistrature d'examiner les décisions de la juge qui a instruit la 1° affaire de viol ; elle « a fait preuve de manquements dans l'exercice de son métier de juge d'instruction ». « Nous demandons au Conseil supérieur de la magistrature d'examiner ce dossier et de prononcer à son encontre une sanction disciplinaire », concluent-ils. À suivre donc.

Les parents de Matthieu, l'assassin d'Agnès, s'expriment, les soeurs aussi, dans le documentaire réalisé par Anne Gintzburger, Parents à perpétuité, même titre qu'un article du Monde magazine du 15 novembre 2014, documentaire diffusé sur LCP Public Sénat, samedi 7 février et dimanche 8 février 2016. C'est un documentaire d'une grande force émotive et réflexive. On y apprend que le lycée du Cévenol a définitivement fermé. 76 ans d'histoire et toute une histoire de Justes balayée par deux crimes qui font poser la question: monstre ou humain ? Les parents et les soeurs (17 et 11 ans) répondent par une attitude exemplaire d'amour parental et soral; Sophie la mère est particulièrement touchante, le père Dominique dit des choses fortes; j'ai beaucoup apprécié les propos de Margaux, l'aînée (quelle maturité) et de Zelie la dernière (son histoire de Matthieu blanc et de Matthieu noir est parlante et sans doute cathartique). Matthieu est le seul mineur condamné à la perpétuité en France. Déclaré malade au 2° procès, il a été recondamné sans circonstances atténuantes. À son propos, un psychiatre a évoqué un OVNI scientifique. Marcel Rufo qui suit les parents parle de psychose mais ce n'est pas le nom de sa maladie, de sa pathologie. Son indifférence affective par rapport à son crime est ce qui fait problème, pas de regrets, pas de remords, pas de demande de pardon. Rufo se demande: sera-t-il capable avec le temps de sortir de cet état ? Une psychanalyste de mes amies m'a évoqué une structure possible de pervers paranoïaque. On ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ces parents à perpétuité, pour les soeurs de Matthieu Bien sûr on n'oublie pas Agnès ni la famille d'Agnès.

Suite à la diffusion de ce documentaire que j'ai regardé deux fois, Les Cahiers de l'Égaré ont fait imprimer 100 exemplaires du livre Elle s'appelait Agnès, écrit par un collectif d'auteurs de théâtre, de professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (éducateur en prison, directeur de prison pour jeunes, psychologue), livre écrit par solidarité avec la famille d'Agnès. Ces auteurs ont participé pour un certain nombre d'entre eux à la marche blanche du 16 novembre 2012 à Paris, à la mémoire d'Agnès. Il y a plusieurs textes en lien avec le double violeur-tueur car dans une telle tragédie, on ne peut dissocier le bourreau et la victime. Cela fit problème lors d'une rencontre des auteurs à Paris, en novembre 2012, indépendamment de la présence à cette réunion des grands-parents d'Agnès. Le texte Essai d'abjection introspective fut violemment critiqué. Moi-même quand je l'avais reçu, j'avais dit: il est irrecevable. J'avais dit à l'auteur: Prolonge ton texte sur ce qu'il éprouve au moment de l'acte monstrueux par ce que dit le bourreau après dix ans de suivi et de prison. Dans le 2° texte, le bourreau n'a pas changé d'un pouce, quelques mots seulement ont changé. Nouvelle proposition à l'auteur: Écris alors du point de vue de la victime, sa prise de conscience après coup qu'elle a eu affaire non au prince charmant mais à la beauté et à la monstruosité du diable au corps.

Deux lettres recommandées me sommèrent en décembre 2012 de ne pas publier le livre dont on avait prévu la sortie après le procès de juin 2013.

J'ai respecté l'injonction qui m'a été faite alors que rien ne m'empêchait de sortir ce livre pluriel, sur le plan judiciaire et pénal. Aucun nom, aucun lieu, aucune date en lien avec les faits, que de la fiction.

Pour remercier les auteurs qui s'étaient investis dans ce travail d'empathie et de solidarité, j'ai édité seulement les exemplaires d'auteurs du livre Elle s'appelait Agnès, en février 2015 après les 2 procès (2° procès en octobre 2014). Le livre était prêt depuis novembre 2012. Je l'ai édité hors commerce, exemplaires réservés exclusivement aux auteurs, soit 20 exemplaires.

Aujourd'hui, je réimprime 100 exemplaires en tirage avec PVP, partiellement diffusé en librairie mais aussi en vente directe. Et un exemplaire au dépôt légal, ce que je n'avais pas fait en 2015. Je transmettrai un exemplaire du livre à la famille de Matthieu pour leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, même si on n'est pas nombreux. Si on avait vu le documentaire Parents à perpétuité, si on avait lu l'interview du 15 novembre 2014 dans le Monde magazine, cela aurait sans doute modifié les écritures des 20 qui ont écrit Elle s'appelait Agnès. Le livre existe maintenant, sans bruit, nourri de la tragédie de deux familles.

Avons-nous eu raison de donner forme à un élan d'empathie qui a été unilatéral ?

Reçu ce message :

Merci Jean-Claude de nous avoir envoyé la vidéo de ce document formidable. Le témoignage de ces parents, surtout celui du père est très touchant, il pose des questions essentielles. C'est enseignant pour nous tous. La justice est paradoxale en reconnaissant Mathieu malade et en le condamnant à perpétuité (un mineur), au lieu de l'orienter vers un service de psychiatrie. Cependant le père note que Mathieu est mieux enfermé dans sa cellule. Il existe en effet des êtres qui se sentent plus en sécurité enfermés car ils perçoivent qu'ils ne disposent pas de défenses psychiques pour contenir ce qui les submerge. Et d'autre part, payer en prison peut être pacifiant par rapport à la responsabilité de leur acte malgré l'absence de culpabilité. La psychose est évidente chez ce jeune, c'est ce que j'ai perçu depuis le début mais c'est étonnant, il n'y a que Rufo qui l'évoque. Bien amicalement M-P

et cet autre message :

Cher Jean-Claude

Merci pour ces nouvelles. Pour répondre à ce que tu dis sur ton blog, non je ne changerais pas un mot de ce que j'ai écrit, à la lumière des témoignages des parents. D'ailleurs le Matthieu Noir/Matthieu Blanc de la petite soeur correspond parfaitement à mon idée de Masque /persona latine. Un étonnement toutefois : comment peut-on s'étonner que Matthieu n'ait ni remords ni excuses ? C'est pareil à chaque procès de serial killer ! Faut regarder plus d'épisodes de polars à la télé pour se tenir au courant !

Sur la pathologie de M : 2 re-jeux des secrets familiaux Grands-parents soignants psy, petit-fils soigné psy... Mère violée abusée à partir de 12 ans, fils vengeant sa mère en violant Il serait intéressant de savoir si la mère et la 1ère victime ont des personnalités aussi rayonnantes et adultes qu'Agnès... Matthieu est un sadique pervers manipulateur, heureusement ils ne tuent pas tous... Heureusement car il y en a partout en ce moment ! C'estbla pathologie à la mode... Je t'embrasse

Caroline de Kergariou

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Naître enchantés/Magali Dieux

11 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #J.C.G.

Le samedi 10 septembre 2016, de 10 H à 13 H, à la médiathèque d'Hyères, les petits déjeuners de la médiathèque organisés par Les Colibris du Revest-Ollioules et Les 4 Saisons d'ailleurs ont accueilli Magali Dieux pour la projection du film Naître enchantés, suivie d'un débat qui a largement débordé puisque la séance s'est terminée à 13 H

Si j'écris cet article, c'est parce que ce film, en DVD, qui accompagne le livre est particulièrement émouvant et prenant

et que la capacité à transcender et à transmettre l'expérience vécue par Magali Dieux, un enfantement dans une voiture avec une petite fille de 6 ans comme témoin, est stupéfiante. De ce qui aurait pu être un traumatisme, Magali Dieux a fait une méthode où la vibration, l'état d'esprit et du corps: être ouverte, dans le sourire et la joie, sont au coeur de l'enfantement, le mot est important, enfanter, pas accoucher.
Avec 5 enfantements oeuvrés car c'est faire oeuvre qu'enfanter ainsi, dont un enfant mort avant terme, Magali Dieux sait ce qu'elle a vécu et ce qu'elle transmet et partage.

J'ai connu Magali, lycéenne, fréquentant l'atelier théâtre du centre culturel L'Escaillon à Toulon, je l'ai vue devenir comédienne, auteur, metteur en scène, j'ai accueilli deux de ses spectacles aux Comoni au Revest: Mignonne, allons voir et Zap ta tête et prends le nord. Elle fut du 1° spectacle du Revest en juilllet 1983, Le gardien de musée par une compagnie belge. Je l'ai suivie quand elle a perdu par mort subite du nourrisson un de ses enfants et qu'elle a réagi immédiatement par une nouvelle grossesse.

La retrouver un soir de Noël, à la Mahakali, à Châteauvallon, il y a 2 ou 3 ans, fut un grand plaisir et c'est ainsi que j'ai découvert et le livre et le film et retrouver la femme, épanouie, chaleureuse qu'elle est devenue, coach en développement personnel, après avoir été coach de chant pour The Voïce.

Il me semble que cette façon d'enfanter où les parents se réapproprient l'événement est d'une humanité, d'une bientraitance, d'une bienveillance qui méritent d'être connues, diffusées. Je pense aussi que cette capacité de transcender un événement fortuit avec sérénité, maîtrise est exemplaire. Chacun est sans doute porteur un jour ou l'autre d'un événement qui peut être transmis. L'attitude de Magali qui est une philosophie de la vie, ouverture du corps en lien avec l'ouverture d'esprit, l'accueil de la vague comme il est dit dans le film à un moment, est bien sûr une attitude, une philosophie qui vaut pour tout instant de la vie et jusqu'à la fin de vie.

Merci à Magali Dieux d'être devenue ce qu'elle est devenue.

Naître enchantés est aujourd'hui un collectif de médecins, sages-femmes et artistes qui ont mis en place le Label Naître enchantés pour toutes les maternités ayant à coeur d'humaniser les techniques de soins et la mise au monde de l'être humain de demain.

Dernier point: voilà avec Naître enchantés, un thème d'écriture pour femmes et hommes peu exploré me semble-t-il (ce n'est pas le cas des fins de vie). Des écritures enchantées nous changeraient des écritures dites du réel, écritures sur le bruit du monde dont on se lasse tant ce monde est violent et le restera, indifférent aux écritures qui le dénoncent. Quel auteur, quelle autrice des EAT (Écrivains associés du théâtre) lancera un projet pluriel sur ce thème. La vidéo de l'enfantement de Zoé par Magali est un support extraordinaire.

Présentation du livre:

Jamais les femmes françaises n’ont été aussi bien assistées médicalement qu’aujourd’hui pour mettre au monde leur enfant. Comment expliquer alors le nombre grandissant d’accouchements pathologiques ? Pendant que Patrice Van Eersel, journaliste, enquête sur le sens de la naissance dans notre société, Benoît Le Goëdec, sage-femme, explique clairement qu’une naissance ne peut être simplement confiée à un contexte médical, lequel, potentiellement, dépossède et dépersonnalise. Et c’est là qu’intervient Magali Dieux qui découvre avec ses cinq accouchements qu’une vibration spécifique émise en pleine conscience pendant les contractions fait traverser les douleurs psychiques et physiques de l’accouchement. Pendant dix ans, elle développe sa philosophie, affine sa méthode “Naître enchantés par l’expression vocale ajustée”, devient professeur de chant et thérapeute, à la rencontre des scientifiques et des hôpitaux. Sa méthode donne aux femmes et aux couples qui le désirent la possibilité de rester acteurs de leur accouchement, en lien avec l’équipe médicale et leur enfant, quelles que soient les conditions techniques (déclenchement, péridurale, césarienne, etc.).
Dans cet ouvrage, Magali Dieux propose une préparation du couple à la naissance et à la parentalité pour accompagner l’arrivée de son enfant dans la joie.

le livre, Naître enchantés; l'affiche du petit déjeuner du 10 septembre 2016
le livre, Naître enchantés; l'affiche du petit déjeuner du 10 septembre 2016

le livre, Naître enchantés; l'affiche du petit déjeuner du 10 septembre 2016

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les bleus de Chefchaouen

25 Août 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto
photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto

photos prises en mai 2013 lors d'un N° voyage au Maroc; je suis entré par la porte 1940; origines bleu de Michel Bories; bleu cosmique; manque le bleu Giotto

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Ecrire le bruit du monde

11 Juin 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres
3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres
3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres
3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres

3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres

Écrire le bruit du monde

actes du Colloque des 7 et 8 avril 2014

L'oeil du souffleur, 2016

La 4° de couverture de ce livre de 192 pages, paru en mars 2016 à L'Oeil du souffleur, est alléchante : une vingtaine d'auteurs de tous horizons, des chercheurs pour les interroger, deux éditeurs, « un document qui dresse un passionnant état des lieux de l'écriture dramatique contemporaine », à travers 5 tables rondes consacrées au tapage des images, aux échos du silence, aux résonances du plateau, aux bruits de la langue, à la question de la transmission qui leur ont permis « d'échanger de façon particulièrement féconde leur riche expérience entre pairs ».

J'ai lu en totalité, dans le désordre des tables rondes, certaines m'accrochant ou me parlant plus que d'autres. Chaque table ronde repose sur le même principe : présentation du thème par un chercheur, présentation des auteurs choisis pour cette table ronde, questions, réponses puis lecture d'extraits d'un texte ou lecture précédant les questions-réponses, éventuellement réactions du public.

Principe répétitif. Les extraits de textes occupent une place importante, 56 pages sur 150, la dernière table ronde n'en comportant aucun. Ces extraits constituent une coupure par rapport à l'oralité des échanges, témoignages et commentaires d'ailleurs plutôt qu'échanges, un moment à part, pour le lecteur, qui reçoit plus ou moins bien ces extraits ou ce qui les entoure. Préférence pour le texte ou le méta-texte, cela dépend de chacun.

Ce qui retient c'est que chaque auteur témoigne de son écriture à tel moment. Ces témoignages montrent que le sujet, choisi ou de commande, l'écriture, le choix du thème, le travail sur la langue, forme et contenu sont intimement liés, souvent trouvés intuitivement, de façon assez peu pensée, peu élaborée, en lien avec des questionnements, des doutes, des hésitations, des contextes, des moments, des situations. Pas de théorie de l'écriture dramatique dans ce livre.

Un exemple : l'impact de ce qu'on voit dans la réalité ou à la télé, qu'on entend dans le réel ou à la radio, sur l'envie, la pulsion d'écrire et sur l'écriture. Le métro, les rues fournissent tant du banal que de l'extraordinaire, à profusion. La vie est théâtre, les faits divers font théâtre. La matière est là, abondante, écrasante. La pulsion scopique qui pousse à tout voir, tout enregistrer est aliénante mais on la croit délivrante, source. En présence de ces flux, restent à trouver la bonne distance, la manière d'écrire, soit l'objectivité du constat, du documentaire, soit la révolte de la dénonciation... Évidemment, se posent à certains des questions, de nature éthique, métaphysique même : est-elle nécessaire cette écriture distanciée ou pas des flux incessants qui nous assaillent, que nous accueillons, estimant qu'on est bien vivant quand on sait regarder, entendre le métro et ses bruits ? Je crois que chaque auteur, c'est ce que je retiens de ce livre, fait comme il peut. C'est un cheminement personnel qu'il n'y a pas lieu de juger. Simplement se dire par exemple, ce n'est pas mon cheminement, je veux être économe, ne pas ajouter au bavardage du monde, au vide du trop plein, je veux saisir le flux de la Vie (donc de la mort aussi), pas le bruit du monde, je boycotte radio, télé, applications de portable..., je ne veux pas saisir les échos du silence assourdissant des aveuglements, ni les bruits des langues de bois et des langues de vent...

Intéressants aussi les rapports très variables et variés au silence, à la langue, au plateau, à la transmission. Chaque lecteur-auteur sera tenté par tel ou tel témoignage, d'explorer, de questionner son propre travail. Disons que ce livre peut être comme un miroir qui nous est tendu et dans lequel nous pouvons construire, reconstruire notre image d'auteur en travail. Par exemple, le maître secret que se choisit Louise Doutreligne quand elle écrit et qui n'est jamais un auteur de théâtre, voilà qui renverse la question de la transmission, j'écris en pensant à toi, mon maître secret, moi, ton élève ou ton disciple pour ce projet.

Pour ma part, deux maîtres secrets m'habitent quand j'écris et même dans ma vie, Orphée, tenter d'aller vers les morts, vers ce qui meurt (voilà ce qu'on ne peut connaître, aucun savoir sur la mort, peut-on la penser ?) pour les ramener vers la Vie avec le risque de la pétrification, Hélène pour qui deux hommes s'étripent, entraînant deux peuples dans la guerre, deux maîtres même si d'Hélène, que sait-on ?, un homme et une femme puisque nous sommes les deux.

Une absence notoire à propos du bruit du monde, l'absence des enfants, les enfants des migrants, ceux qu'on photographie, noyés sur une plage. A-t-on écrit, va-t-on écrire pour les enfants qui ne sont pas les nôtres, pour les enfants victimes de nos complicités par servitude volontaire ? Mais peut-être ne pouvons-nous pas, ne devons-nous pas accueillir toute la misère du monde, juste notre part ? laquelle ?

Ce livre m'a renvoyé à l'Anthologie, de Godot à Zucco, sous la responsabilité de Michel Azama, chez Théâtrales en 2004 et où par exemple Michel Corvin met en perspective le Théâtre, vigie de l'Europe, être sur le qui-vive, à la fin du tome 3.

J'ai été aussi renvoyé aux Controverses d'Avignon, au 3° tome consacré aux écritures scéniques, controverses avec les auteurs, chez L'Entretemps en 2000 et où je suis intervenu. Je m'aperçois que depuis 2000 où je disais Sortir de la chaîne de production publique (je parlais comme auteur sur commande, comme éditeur, comme directeur de théâtre), il y a une constante : le constat que le théâtre subventionné ne donne pas du « grand » théâtre, du théâtre en prise avec son temps, en lien avec les peuples qui cherchent, pas toujours bien inspirés d'ailleurs, aspirés pour certains par des dérives, des impasses, des égarements. Mais c'est ainsi. On est joué, jouet plus qu'acteur. Je ne crois plus à l'Histoire s'écrivant selon un sens de l'Histoire, dont le moteur serait la seule lutte des classes. Je fais le même constat 16 ans après, la situation s'est dégradée d'ailleurs avec la diminution des moyens, la régression des politiques culturelles des collectivités locales, territoriales et étatiques et par la coupure entre les artistes et le plus grand nombre en train de s'extrême-droitiser. Voici des définitions de mots que j'ai proposées à l'époque puisque on me le demandait :

Le mot "public" ?
Celui ou celle engagé dans le travail sur lui ou elle-même avec le souci de l’élévation (de lui, de l’autre, des autres, du monde), donc toujours singulier, forcément rare, se sortant du troupeau parce qu’il le veut et s’en donne les moyens.

Le mot "langage" ?
À trop élargir son extension (pour certains tout est langage), ne perd-on pas son sens : outil d’expression et de communication ?

Le mot "territoire" ?
Mot de sédentaire ayant perdu de vue qu’il fut, qu’il est nomade, de passage, en transit, en exil.

Le mot "représentation" ?
Mot d’intellectuel ayant perdu le sens de la présence.

Le mot "imaginaire" ?
Mot d’artiste, d’autiste ayant perdu le sens du réel.

Le mot "mémoire" ?
" si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent à la légère "
le travail de mémoire n’accouche pas de la vérité ; il remplace une falsification par une autre.

Le mot "esthétique" ?
Mot écran pour tenter de rendre opaque, l’évidence de la beauté.
Mot alibi permettant de proclamer l’émergence permanente de créateurs et d’esthétiques toujours nouvelles quand évidemment on n’a affaire qu’à d’habiles copieurs, transposeurs…

Le mot "censure" ?
Mot servant à rassembler les résistants.

Le mot "subversion" ?
Mot servant à rassembler les collaborateurs.

Mon mot ?
Le nombril n’est pas le centre du monde (ou l’inverse). Attention à ne pas finir moitrinaire !

Je suis convaincu que notre politique aux EAT, politique pour une reconnaissance « officielle » comme chambre professionnelle est mutilante. É. Say Salé dans EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises est lucide sur les effets des liens incestueux avec la SACD et avec le Ministère.

L'hauteur – en étant inféodé à la SACD et au Sinistre qui sont nos deux subventilateurs, on s'interdit toute écriture séditieuse, toute écriture licencieuse comme le voulait Saint-John Perse

L'hautaine – vous vous interdisez toute action exemplaire, toute écriture d'éclat, vous vous circoncisez le gland pour ne pas déplaire aux puissants

L'hauteur – oui, on perd notre liberté ; je suis pour Con d'Orsay, pour la libre circulation des idées, des oeuvres, je suis pour le pillage car on se pille mutuellement ; le copier-coller c'est ce qu'il y a de plus fréquent chez les pisseurs d'encre et l'avouer c'est honnête ; les idées, les thèmes sont dans l'air.

Cette « politique » nous empêche d'être de celles et ceux qui irriguent, qui cherchent, proposent, innovent. Je relève dans le forum des EAT, cette intervention d'un auteur après le témoignage du collectif À mots découverts sur Nos voisins les migrants des Jardins d'Éole, évacués le 6 juin :

Je suis très heureux d'avoir pris connaissance du communiqué de À mots découverts.

L'action qu'ils ont faite est nécessaire et indispensable à l'heure actuelle au vu de ce qu'il se passe.

Le CA des EAT pourrait s'en inspirer pour inventer une action visible et forte digne de nos engagements pour l'humain.

Bien sûr si le CA initiait, ce serait très bien mais on n'a pas besoin de son autorisation. C'est ce que fait la Brigade d'auteures à l'usage des migrants. Ou l'atelier des écritures nomades. Et peu importe que ce soient ou pas de grands textes qui sortent de ces mobilisations, de ces manifestations concrètes de solidarité. C'est ce qui est évoqué par É. Say Salé :

L'hautesse – vous êtes satisfait des combats de vos chefs ? je dis combats mais je comprends que c'est du vent tout ça ; pouët ! pouëtt !
L'hauteur – oui, pouët ! pouëtt ! non je ne suis pas du tout satisfait de ce qu'on fait puisqu'on ne fait rien, pas la moindre flash’mob, contre l'état du monde, contre le moche monde sur lequel on écrit ; plus il est moche, plus ça nous convient ! Les droits d'auteur du Beau Marché vous savez, ce n'est pas ma tasse de thé ; je vous l'ai dit, je préfèrerais qu'on soit des héritiers d
e Con d'Orsay.

C'est ce que j'ai tenté aussi de proposer en juin 2015 pour les élections à la présidence des EAT, sans succès bien sûr, ce qui me fait dire qu'il ne faut pas jeter la responsabilité du pouët ! pouëtt ! sur la seule direction qui n'est qu'à l'image du corps qu'elle représente :

  • Nous avons besoin de faire monter au CA des adhérents au fait des méthodes qu'inventent des indignés ou que pratiquent des artivistes. Les marges et le centre, débat essentiel à mener. L'histoire du théâtre est riche de formes qui bousculent. Désobéir par le rire. Investir l'espace public, lieux inhabituels pour nous fréquentés par des publics dont nous ignorons tout, avec des formes interactives. Ne pas imposer de formes, faire participer, pratiquer. Notre champ d'intervention ne peut se limiter aux théâtres, aux médiathèques, librairies, salles de classe, prisons, tous lieux où se diffuse la culture de reproduction. Nous devons aussi aller là où le théâtre peut faire mal et pas seulement là où il éduque, console. Pas d'illusion dans sa force.

Bande son de Je peux, de Marina Damestoy, 5’13, lu au Grand Parquet le 5 juin, Hauts- Parleurs

http://audioblog.arteradio.com/post/3071813/je_peux/

Évidemment notre responsabilité éthique est engagée par ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent (voir les 4 photos ci-dessous), on peut les faire parler, on peut rajouter au bruit du monde, notre compassion, notre indignation.

Qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ? ne pas agir sur le monde, agir sur soi.

De plus en plus de personnes sont persuadées que c'est sur soi qu'il faut travailler, que c'est perte de temps et d'énergie que de s'indigner, se révolter. Seule la compassion trouve grâce à leurs yeux.

Une autre piste est aussi possible : la tentation de la Beauté, tenter de dire la Beauté de la Vie, de la Nature, tenter de dire l'infini, l'éternité, nous qui vivons dans le temps rétréci, le temps du projet, le temps du souci sachant que tout passe, ce qui a de la valeur comme ce qui n'en a pas... Évidemment, pour parler d'éternité et d'infini, pas besoin des EAT. Il n'y a rien à revendiquer, tout s'anéantit devant l'infini et l'éternité.

Je donne pour conclure le lien de deux articles récents de Jean-Louis Sagot-Duvauroux dont on lira par ailleurs l'essai sur la gratuité. Textes qui font écho à mes propres réflexions et propositions : Art et culture, Pour un service public de la culture

https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/2016/06/06/refonder-les-politiques-culturelles-publiques/

https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/2016/05/18/avignon-fabrique-de-la-classe-dominante/

Jean-Claude Grosse

ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?
ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?
ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?
ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?

ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?

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Villa Noailles à Hyères/un fantasme mondain/François Carrassan

25 Juillet 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens
quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens

quelques livres sur la Villa Noailles et Robert Mallet-Stevens

Me souvenant de ma visite de la Villa Noailles en pleine dégradation, sous la conduite éclairée de François Carrassan, ce devait être vers 1986-1987, et pensant au combat que fut sa réhabilitation avec de l'argent public, avant son invasion par le monde de la mode, pensant aux livres écrits depuis sur cette villa et son architecte, Mallet-Stevens, je ne peux que partager cette interrogation de François Carrassan sur l'imposture qui est à l'oeuvre dans ce lieu aujourd'hui tant dans le récit qui en est fait, révisionniste à souhait, que dans l'usage dominant du lieu, réservé aux "mondains" d'aujourd'hui, dont l'inculture insolente fait plaisir à être démasquée.

JCG, alias l'assaisonneur ou grossel

Villa Noailles / Exposition permanente

Avec le souvenir de mon engagement pour la restauration de la Villa Noailles, on me demande parfois ce que je pense de l’actuelle exposition permanente qui s’y tient et s’intitule

Charles et Marie-Laure de Noailles / une vie de mécènes

Je fais alors observer que son titre est mensonger et qu’il est paradoxal de vanter le mécénat des Noailles dans un lieu qu’ils ont abandonné et qui a été sauvé de la ruine par l’argent public.

Sans savoir qui a validé ce projet ni sur la base de quelle expertise, voici donc ces notes qui invitent à un curieux constat :

UN FANTASME MONDAIN

1. L’exposition est principalement faite d’images, de reproductions, de fac similés, de photocopies en quantité. On se croirait dans un centre de documentation pédagogique.

Malgré le design appliqué de la présentation, cela saute aux yeux. L’amateur d’art voit qu’il n’y a pas grand-chose à voir et bien trop à lire. « Une coquille vide », comme on l’entend dire.

Sauf les Noailles photographiés ici et là en compagnie de telles ou telles personnalités. On pense aux trombinoscopes des magazines people qui montrent des happy few posant entre eux lors de soirées réservées. Souriants et contents de leur sort. Mais un mécène n’est pas une œuvre d’art.

2. L’exposition se tient dans la partie dite primitive de la villa, celle dont on est sûr que l’architecte en fut Rob. Mallet-Stevens, celle qui fut construite en 1924 et agrandie en 1927.

C’était une petite maison d’habitation avec de petites pièces en petit nombre, et tout y paraît aujourd’hui d’autant plus petit qu’on en a fait sans adaptation un espace ouvert au public et ainsi très vite saturé. A l’évidence, la contradiction des usages n’a pas été surmontée.

Reste que l’architecte, dans l’exposition, occupe la place du pauvre, à l’écart et à l’étroit, dans un recoin d’à peine 5 m2… Rien sur son rôle dans l’histoire de l’architecture, alors même que cette maison délibérément moderne constitue un manifeste radical. Rien sur ce geste qui intègre la maison aux ruines médiévales alentour et lui donne son esprit malgré Charles de Noailles qui, peu porté sur l’architecture, l’aura empêché d’aller au bout de son projet. Rien sur l’UAM, l’Union des Artistes Modernes, qu’il allait fonder en 1929.

3. Le titre de l’exposition laisse croire que Charles et Marie-Laure de Noailles formèrent un couple uni dans le même amour désintéressé de l’art et qu’ils menèrent côte à côte une vie de mécènes, jour après jour au service de l’art…

Or, s’ils se marièrent bien en 1923, recevant en cadeau le terrain de leur future maison d’Hyères, le couple ne dura guère, perdu entre les tendances de l’un et les attirances de l’autre, et connut assez vite une séparation de fait.

En 1933, Marie-Laure rejoint Igor Markévitch en Suisse. Charles, lui, a cessé à cette époque de s’intéresser à la chose moderne et sa femme s’occupera seule de la maison d’Hyères après la guerre. Il se retirera ainsi à Grasse dans une bastide du XVIIIème siècle, acquise en 1923, où il s’adonnera à l’horticulture.

Cette réalité, ici absente, ne correspond évidemment pas à l’intention de l’exposition.

4. Quant au lieu même de l’exposition, la propre villa des mécènes à l’affiche, son histoire n’est que partiellement évoquée et seulement sur la période qui convient au concept de l’exposition.

Car si cette maison fut effectivement ouverte à la création artistique, cela ne dura guère. Dès 1933 la vicomtesse écrivait en effet : « Nous démodernisons la maison. » C’est que le « couple » avait été refroidi par le scandale de L’âge d’or survenu en 1930, principalement le vicomte qui avait payé le film de Luis Buñuel et, naïvement, n’avait rien vu venir…

C’est vrai aussi que leur « aventure moderne » doit beaucoup au fait qu’ils étaient alors, comme l’écrira Charles, jeunes et impatients et qu’il fallait selon lui que tout soit amusant. Leur fortune héritée faciliterait les choses.

Et quand il invita Man Ray à venir tourner à Hyères en 1928, un tel geste, apparemment en faveur du cinéma naissant, reposait aussi sur le désir manifeste de faire voir sa maison.

Ainsi cette aventure, portée par la volonté évidente de se distinguer, n’excéda pas dix ans. Et, comme pour l’accompagner sur sa pente, la maison elle-même empiriquement bâtie se dégrada lentement, se fissura et prit l’eau. Un processus qui s’accéléra après la guerre quand le bâtiment cessa peu à peu d’être entretenu.

Et c’est durant ces années 50-60 que Marie-Laure de Noailles en fit sa demeure. Une demeure improbable où, dans une ambiance passablement décadente, elle entretenait une faune hétéroclite dont la rumeur locale se plaisait à imaginer les galipettes sexuelles.

Toujours est-il qu’aussitôt après sa mort, en 1970, le vicomte mit la maison en vente dans un très piteux état et fit en sorte que la ville d’Hyères pût l’acheter. Marché conclu en 1973. « C’était à ses yeux le royaume de sa femme », comme l’écrivait alors France Soir. Mais son image avait quand même dû se dégrader pour que, plus tard, quand la Ville entreprit de restaurer la maison, ses descendants ne souhaitent pas qu’on l’appelle « Villa Noailles »…

5. Car c’est bien la Ville d’Hyères qui allait entreprendre sa restauration avec le soutien de l’Etat. Et c’est bien avec le seul argent public qu’on paierait son long et coûteux chantier.

Aussi n’est-ce pas le moindre paradoxe de cette exposition, d’être consacrée à l’éloge illimité du mécénat des Noailles dans un lieu qu’ils ont abandonné à sa ruine. Un point de l’histoire ici passé sous silence.

6. Nul doute cependant que ce « couple » d’aristocrates décalés, au temps de sa jeunesse libre et argentée, en rupture avec la bien-pensance et son milieu d’origine, aura attiré l’attention et soutenu quelques artistes « émergents ».

Aucun doute non plus sur la générosité de Charles de Noailles dont Luis Buñuel témoignait volontiers et avec lequel il resta en relation bien après l’âge d’or de leur (més)aventure commune.

Mais rien qui permette sérieusement de voir au cœur du « couple » le projet construit de mener une vie de mécènes au nom d’on ne sait quelle exigence artistique, comme tente de le faire croire la page imprimée à l’usage des visiteurs de l’exposition.

7. Une vie de mécènes, c’est en effet le titre de ce document indigeste qui apparaît comme le support théorique de l’exposition. Un discours d’autojustification prétentieux qui se résume à un postulat, sans cesse répété, celui de « l’extraordinaire mécénat» des Noailles. Un mécénat non stop de 1923 à 1970, selon l’auteur…

(Même si cette déclaration est contredite par le texte d’introduction à l’exposition qui parle du « ralentissement » de ce mécénat après 1930…)

8. Et, dans ce drôle de galimatias, on peut lire pêle-mêle :

que les Noailles ont élargi la définition du mécénat;
qu’ils ont saisi que la modernité c’est le collage (…), un partage entre plusieurs influences;
que Marie-Laure de Noailles opère plus ou moins consciemment une confrontation quasi-systématique entre basse et haute culture;
que Charles de Noailles saisit intuitivement que les révolutions intellectuelles à venir ne se construiront pas seulement sur l’héritage surréaliste…
qu’ils sont au cœur de la modernité. Ou plus exactement des modernités;
qu’ils ont choisi de vivre non pas au cœur de l’avant-garde, mais des avant-gardes (c’est moi qui souligne).
Probablement l’auteur est-il égaré par son admiration pour ces illustres personnages, mais dans un « Centre d’art » il est regrettable de voir une telle confusion intellectuelle se donner libre cours.

Est-ce l’effet de l’absence d’un conservateur et d’un véritable projet scientifique et culturel ?

9. De fait l’exposition a un petit côté grotte de Lourdes. On pourrait s’y croire dans un sanctuaire réservé au culte de Charles et Marie-Laure de Noailles. Où le moindre souvenir, survalorisé, a pris la dimension d’une relique.

10. Culturellement, on pourrait s’inquiéter :

d’un tel défaut de distance critique.
d’une adhésion si totale à une histoire à ce point « arrangée » et présentée au visiteur comme une vérité admirable et définitive.
d’une telle tendance à la vénération comme on en voit dans les fan-clubs, où tout ce qui touche à votre idole, par le seul fait d’y toucher, devient infiniment précieux.
11. L’exposition a donc échafaudé un conte bleu. Tout y est sucré, propre et lisse. Charles et Marie-Laure veillent sur l’art. Les touristes sont invités à se recueillir.

12. On mesure comme on est loin de la vérité du commencement. Quand on sait qu’en ce lieu très privé fut autrefois fêtée une sorte d’insoumission et que la maison brilla rien que pour le plaisir passager des Noailles et de leurs invités jouant à une autre manière de passer le temps.

Charles de Noailles, à la fin de sa vie, avait pourtant tout dit de cette époque disparue : « Nous aimions nous amuser avec des gens intelligents et de valeur.

François Carrassan / Mai 2015

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Braises/Catherine Verlaguet/Artefact

5 Avril 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacle

Braises/Catherine Verlaguet/Artefact
Braises/Catherine Verlaguet/Artefact

Braises

auteur Catherine Verlaguet

compagnie Artefact

mise en scène Philippe Boronad

J'ai vu ce spectacle ce vendredi 3 avril au Pôle Jeune Public au Revest. Plaisir de retrouver des gens du public avec qui j'ai eu des relations, c'était il y a dix ans déjà, plaisir de retrouver la convivialité qui existait du temps des 4 Saisons du Revest poursuivie par l'équipe en place depuis dix ans.
Salle pleine (avec beaucoup de jeunes) pour une histoire terrible, trois histoires terribles, vécues par une mère et ses deux filles, histoire inspirée d'assez loin par l'immolation de Sohane Benziane le 4 octobre 2002.

1 - Présentation de la pièce de Catherine Verlaguet par l'éditeur, Théâtrales : La veille d’un mariage est souvent un temps de prise de conscience sur sa vie et les changements qui nous attendent. Pour franchir ce cap-là, Leïla se serait bien passée de la visite surprise de sa grande sœur Neïma. Alors qu’elle n’est pas invitée au mariage, celle-ci semble pourtant déterminée à raviver des souvenirs douloureux.

Le dialogue entre les deux sœurs et leur mère, même lorsqu’il est teinté d’humour, ne parvient pas à cacher que le drame qui les a touchées trois ans plus tôt n’était pas qu’un banal conflit intergénérationnel au sein d’une famille maghrébine en France.
Écrite pour trois comédiennes, Braises est une pièce choc qui a pour volonté d’ouvrir le débat en abordant les sujets polémiques qui sont au cœur du quotidien de milliers de familles immigrées : l’émancipation des femmes, les mariages arrangés, la religion… ces questions qui aujourd’hui encore poussent en marge de notre société des communautés qui ne parviennent pas toujours à concilier leurs coutumes avec celles de leur pays d’accueil.

Ce texte a été écrit en résidence d'écriture à Valréas (84), grâce au festival les Nuits de l'Enclave et au soutien de la DRAC Provence - Alpes - Côtes d'Azur.

2 - Présentation sur theatre-contemporain.net : Deux filles et une mère, au matin du mariage de l’une des deux soeurs. Entre tradition et violence (mariage forcé pour Leila et amour désespéré pour Neïma), "Braises" raconte avec force et talent une histoire de famille où deux adolescentes se confrontent aux carcans de la culture et de la filiation. De souvenirs en non-dits, de ressentiments en regrets, le travail de mémoire viendra accomplir son oeuvre libératoire. Ainsi s’ouvre une lente intrusion dans un dédale intime peuplé de fantômes. Un dédale au centre duquel deux adolescentes expriment leur désir d’un acte d’émancipation irrévocable.

"Braises" explore sur un plateau de théâtre les destins croisés de Leila et de Neïma et les miroirs que nous tend leur quête d’identité. "Braises" revient ainsi à l’une des missions premières du théâtre : permettre, à travers la fiction et le drame, de s’identifier aux autres pour s’interroger soi-même. Pour cette nouvelle création, le metteur en scène Philippe Boronad et la Compagnie Artefact poursuivent avec brio leur exploration d’un langage scénique transdisciplinaire qui fait la part belle aux possibilités offertes par les nouvelles technologies.

3 – Note d'intention - Ce qui fait œuvre, c’est ce qui fait lien.

A l’origine de ce projet, il y a notre propre effroi. Notre devoir d’alerte. Notre sentiment d’urgence. Notre constante interrogation sur notre rôle et nos responsabilités, en tant qu’artistes, au sein de la société. Notre conviction de l’intense nécessité à rester vigilant, à soulever des questionnements, à susciter des réactions. A rencontrer les hommes. A tisser ou retisser du lien. A rompre l’enfermement. Parce que nous croyions que ce qui fait œuvre, c’est ce qui fait lien. Montée de l’extrême droite, intégrisme religieux, xénophobie, racisme, homophobie, haines, désolidarisation... La crise véhicule des peurs ataviques. Des peurs à l’origine d’enfermements divers. La peur, le repli sur soi, l’isolement rompent les liens humains, sociétaux, familiaux, territoriaux. L’exploration menée a vocation à renouer le lien profond entre les êtres, quelque soit leur appartenance. Et pour ce, elle se doit d’inventer de nouvelles voies : être foncièrement participative, immersive, fédératrice, généreuse. Philippe Boronad

Dans le contexte actuel de crise économique et sociétale, face à la manifestation inquiétante de montées de mouvements extrémistes, la tentation du repli sur soi et le retour à des pulsions primaires - instinct de survie, crise identitaire, individualisme, peur, haine, hostilité face à l’altérité, rejet des autres groupes d’appartenance ethniques ou sociologiques, homophobie, xénophobie, territorialité, etc. - artefact a décidé de dédier son nouveau cycle de recherche à une réflexion sociale et politique menée autour de la notion d’enfermement (socio-culturel, politique, intellectuel, psychologique, physique...).

Braises constitue le premier volet de ce triptyque consacré à l’enfermement.

En cette période de décomplexion de l’extrême droite et de forts replis culturels des quartiers,

Braises soulève les notions d’appartenance et d’identité nationale qui font aujourd’hui l’objet de débats houleux.

4 - Mon retour sur le spectacle - La fille aînée, Neïma, qui est Française, qui se sent Française, qui aime la liberté, qui veut que son corps lui appartienne, qui veut décider par elle-même, qui aime Jérémy, un Français putain, et roux, tout ce qu'il y a de roux, se voit imposer un mari, Sami, par son père après que sa mère a raconté à son mari qu'elle aime un pas comme eux, un Français blanc et roux dont la mère écorche le nom, déshonorant ainsi la famille. Neïma quitte l'appartement familial, se retrouve chez Jérémy, fait l'amour avec lui, la pute crache la sœur cadette, revient dans la cité, tombe entre les mains des loups, les gars de la cité, qui la violent et l'immolent, séquence traitée par la vidéo, remarquable, non documentaire, métonymique c'est-à-dire une partie donnée à voir pour le tout, non montré mais imaginé ou pas par le spectateur, donc rien d'appuyé, (bande son discrète, pas de cris, hurlements), c'est retenu mais puissamment évoqué et mon émotion a été forte.

Cette tragédie a eu lieu trois ans avant et aujourd'hui, Leïla, la cadette va être mariée à Sami, celui qui devait prendre Neïma. Le père a quitté la France pour le bled, le fils, intégré, est totalement absent du récit. La fille et la mère revivent cette histoire. Pour la mère, déni de la réalité, Neïma n'est pas morte, sa culpabilité l'écrase, il lui faut donc promettre d'être différente, d'agir différemment, de tenir à l'écart père et fils. Assise, debout, courts déplacements de côté, face à nous, la vie s'est arrêtée. Pour Leïla, le ressentiment envers Neïma domine car l'aînée est partie sans lui dire sa décision de fuir ce milieu carcéral. Si elle accepte d'épouser Sami, c'est parce qu'elle préfère la paix (par la soumission) à la guerre (faite par les hommes, faits pour ça), contre lesquels on ne peut rien dit la mère, hommes même pas traités de salauds, de barbares, qu'il s'agisse des « civilisés humanistes, universalistes » du XVI° ou des « barbares communautaristes, particularistes » des cités, qui a fait de leur famille un champ de ruines. Les « » sont de moi, ce ne sont pas des citations et je ne sais pas pourquoi je les emploie.

Cette histoire, bien écrite par Catherine Verlaguet, bien jouée par les trois comédiennes (Aïni Iften, la mère, Leïla Anis éditée chez Lansman, Manon Allouch pour les deux soeurs) dans une mise en scène sans effets, simple (avec les entrées-sorties de Neïma, la fantôme, dans le public, hors plateau), dans une scénographie minimaliste suggérant un intérieur d'ailleurs par le fond, avec un miroir à cour qui ne rend pas l'image qu'on attend, miroir capricieux, indépendant donc nous interpellant d'autant qu'il peut évoquer aussi un cercueil, cette histoire montre les ravages intimes, en chacun et au sein d'une famille, du conflit insoluble entre la république, ses « valeurs », son « progressisme », son « humanisme », son « universalisme » et la culture d'origine, maghrébine, musulmane, traditionnelle, figée, archaïque, perpétuée par les mères qui soumettent leurs filles au pouvoir mâle, machiste des pères et frères.

Il est évident qu'un tel spectacle ne changera pas l'état du monde ni ne fera bouger les choses, les gens, les lignes. Donc ne pas le dire comme l'a fait le metteur en scène au moment du débat. Ni même l'écrire comme le fait la 4° de couverture de la pièce. Ce n'est pas le rôle du théâtre de changer le monde. Mais il peut susciter du débat sachant que le susciter c'est courir le risque d'induire ce qu'il faut penser. Une phrase de la 4° de couverture est ambiguë à ce propos : concilier leurs coutumes avec celles de leur pays d’accueil. C'est induire que le chemin doit aller des cités vers la république, à eux de s'intégrer. Je ne suis pas sûr que sur de tels sujets, très sensibles, on puisse maîtriser le débat. Les enseignants après Charlie s'en sont pris plein la gueule pendant la minute de silence imposée par la République du haut de ses frontons. Après Charlie, il faut se poser la question : cela va-t-il froisser, choquer, blesser ? Qu'on le veuille ou non, on est responsable des conséquences chez autrui de notre « liberté d'expression, de blasphème » que certains, des connards, veulent absolue. Pour s'arroger l'impunité ?

Ce spectacle, en début d'exploitation, mérite de tourner. Il est passé aux Ulis, au milieu des cités mais pas une seule classe n'y a assisté nous a dit le metteur en scène content cependant des retours du public, de femmes voilées en particulier. Le rap d'introduction nous décrit l'univers de la cité, sa violence, les règlements de compte (avec le rap, le hip hop, le street art, les graffitis... on voit que les cités créent leur culture, une contre-culture, pas une underground, que bien sûr la société a su récupérer cette culture, l'officialiser, la vider de sa substance identitaire et politique contestataire). Quand la mère après ce long rap finit par prendre la parole après nous avoir absentifié (comme le font les autistes pour lesquels nous sommes transparents, inexistants quand ils ne nous regardent pas, droit dans les yeux), c'est pour s'insurger contre le comportement asocial des loups qui pissent contre les murs de la cage d'escalier. Cela ne l'empêche pas alors qu'elle décrit avec lucidité et humour ce que sont les hommes, de proposer à ses filles de ne pas céder aux tentations de la séduction. On sait que le cerveau de l'homme est relié à son sexe. Il ne faut donc pas le tenter avec des jupes, des décolletés. On ne combat pas l'homme machiste comme le font les Femen, on s'adapte, on passe inaperçue, on se voile pour être tranquille. Autrement dit à la femme de se retenir, pas à l'homme de changer d'attitude. Neïma ne veut pas de cette soumission, elle ne veut pas de ce code d'honneur familial qui impose ses rites, définit les bons comportements, empêche de se déterminer, de choisir, par amour. Sa mère se déchaîne contre l'amour qui va, qui vient. Neïma ne veut pas entendre « raison », la raison de la famille, de la tradition. Elle paie le prix fort pour avoir choisi le temps d'une nuit, la liberté, l'amour, le plaisir, la modernité. Les loups la violent, l'immolent. Aujourd'hui, des loups se radicalisent, prennent des armes et tuent, assassinent par haine. Leïla se soumet pour avoir la paix, pour que la paix s'installe, que redémarre la vie. Elle sera mère avec Sami. Mais d'autres (comme Hayat Boumeddiene) rejoignent les loups (c'est une métaphore que j'emploie, je m'excuse auprès des loups revenus au Revest) pour combattre l'Occident.

5 - Mon avis sur les débats envisagés - Je pense qu'il ne faut pas dans les discussions induire des jugements hâtifs sur l'une ou l'autre des deux sœurs qui semblent à l'opposé. Ce serait introduire du manichéisme. La souffrance intime, provoquée par les clivages venus du dehors, mérite qu'on se taise, qu'on compatisse, qu'on accompagne dans le réel, (le contraire de ce que veut l'auteur qui veut forcer la parole), pas qu'on la juge en disant que Leïla est trop soumise, qu'elle n'a qu'à assumer sa liberté de choix, qu'elle a le pouvoir de dire NON ou que Neïma aurait dû être plus raisonnable...

Le débat doit plutôt porter sur ce clivage entre deux cultures, clivage qui empoisonne de plus en plus la société française, inflige ces souffrances invisibles dans le cœur, l'esprit, le corps de ces femmes prisonnières et cela depuis la curieuse démission de la gauche (de fait toujours démissionnaire depuis l'assassinat de Jaurès, socialistes de la II° internationale, staliniens de la III° internationale), passée au libéralisme même appelé social-libéralisme. Bien sûr, le "changement" de paradigme archi-visible de la gauche n'est pas seul en cause. Ce changement a déboussolé l'électorat populaire, tenté par l'extrême de la droite, laquelle droite s'extrémise pendant que l'extrême-droite évolue, capitalisant de nouvelles couches de population, jeunes, cadres, femmes, ce qui assurément la rendra de plus en plus attractive pour les horripilés de l'alternance, voulant essayer une alternative. Et je le dis sans complexe, j'en ai marre de voir un parti légal être diabolisé comme il l'est, être marginalisé par les modes de scrutin, ne pas avoir une représentation conforme à son poids électoral (ça fait croire qu'il est minoritaire), être traité d'incompétent. Avec ces discours, on combat mal le FN parce qu'on le méprise. Et donc on passe à côté des raisons qui poussent des Français de plus en plus nombreux à le rejoindre. Propos du maire du Revest, lors d'une réunion : le FN d'aujourd'hui, c'est gentil par rapport à ce qui se disait dans le RPR d'il y a 20 ans. Je crois que les diabolisateurs du FN font un déni de réalité, il leur faut à eux aussi un bouc émissaire. Pour peu, ils l'interdiraient.

Ce ne sont que quelques remarques politiques en passant, à fuir dans un débat car ces remarques s'inscrivent dans l'acceptation du système en place avec « élections dites démocratiques », en 68, on disait "élections, piège à cons". Nous sommes en parodie de démocratie donc sujet à éviter. C'est la réalité des rapports de force et non les opinions qui fera évoluer les choses. Parfois, ça s'appelle révolution mais ça peut aussi s'appeler fascisme. Ce qui est en jeu c'est qui détient le pouvoir, c'est comment prendre du pouvoir jusqu'à le prendre. Les cités n'ont rien à attendre de la République. Ça fait trop longtemps que l'apartheid a été mis en place. La révolte des cités en 2005 avait été suivie d'un engouement extraordinaire des cités pour la candidate Ségolène Royal, au travers de sa pratique (un peu bidon) de la démocratie participative. On a vu comment les éléphants ont fait obstacle à son élection. On a eu le président du karcher et du pauv' con, casse-toi. Mais stop.

Pour qu'il y ait débat, ce n'est pas ¼ d'heure en fin de spectacle ou 1 H en classe qu'il faudrait. Et même un débat sur des mois comme ceux auxquels je participe au sein d'un groupe Colibris a toute chance de rester improductif.

6 - Sont à revoir, à repenser tout un tas de notions.

Comment définir la laïcité quand la religion qu'on croyait avoir reléguée au domaine de la vie privée veut s'affirmer et s'affirme dans l'espace public, y compris par des signes ostentatoires. Athées, libre-penseurs, laïques, va t-il falloir reprendre le combat contre les intégristes catholiques, juifs, islamistes ? Manque que les orthodoxes dans notre bon vieux pays. Des livres sortent comme celui d'Yvon Quiniou : Critique de la religion, une imposture morale, intellectuelle et politique aux éditions La ville brûle. Ouf !

Comment définir un vivre-ensemble quand les communautarismes freinent des quatre fers pour empêcher l'intégration (il faudrait distinguer le modèle à la française dit d'intégration, voire d'assimilation et le modèle à l'anglaise dit communautariste, les évaluer), quand le communautarisme et la religion apparaissent comme la seule protection contre une culture dominante, aux valeurs universelles affirmées sur les frontons mais aux pratiques si peu conformes à ces valeurs. La société française est raciste, dans les deux sens. Comment l'arabe, le noir peuvent-ils se sentir français quand ils sont ghettoïsés comme ils le sont dans les cités, quand ils se retrouvent sans diplômes (BEP de chaussure, de chaudronnier dit le rap du début), sans emploi ? quand ils créent une économie parallèle pour s'en sortir ce qui les installe dans une délinquance dont ils sortent rarement, difficilement ? Le vivre-ensemble suppose bien autre chose que du débat, il suppose de la vie en commun, ce que d'innombrables associations tentent pour créer, recréer du lien. Mais tout ce travail associatif c'est de l'emplâtre sur une jambe de bois; ça dispense le pouvoir de prendre de vraies mesures; finalement, ce travail sert d"alibi, retarde les explosions sociales.

À côté de ce travail au quotidien, je pense que la question centrale est celle du pouvoir. Lors du débat à la Colline sur l'absence de diversités sur les scènes françaises, il a fallu que la salle s'impose aux barons du théâtre français. Les bons sentiments, les belles déclarations sont rarement suivis d'effets. C'est donc une guérilla, une lutte de classes, tiens ! tiens ! qui est à mener, un peu à la manière des étudiants de 68, ceux du mouvement dit du 22 mars, théorie et pratique de l'action exemplaire : provocation, répression, généralisation. Aujourd'hui, le 3° terme n'est pas acquis. La réaction massive aux assassinats des Charlie, belle, spontanée, n'a pas eu de suites. L'esprit du 11 janvier 2015 fut un feu de paille émotionnel. Il est déjà envolé en fumée fumeuse. La « démocratie » avec «» est l'outil de la domination, non l'outil de la justice, de l'égalité, de la fraternité. J'aime cette citation : l'apartheid était « légal », l'esclavage était « légal », le colonialisme était « légal », la légalité est une construction du puissant et non de la justice.

Que faire ? Parler, faire parler, écouter parler, m'a tué.

Que faire ? Faire !

- aller au charbon politique comme je préconise souvent, donc jouer le jeu démocratique. J'ai pratiqué à différents niveaux. De 1983 à 1995, comme conseiller municipal j'ai pu faire, ce fut l'aventure théâtrale du Revest avec l'illusion que par l'édification d'un théâtre ouvert aux auteurs, passant commande de textes, de mises en scène, cela contribuerait à donner une identité à un beau village-dortoir. Cela dura jusqu'en 2004. Lors d'une rencontre récente j'ai dit au maire actuel que son slogan, un village, une identité était vide. Comment un village de résidents travaillant hors-village peut-il se fabriquer une identité ? Je n'en sais plus rien. En 1997, je me suis présenté avec un suppléant, sans étiquette, hors parti, aux législatives dans la 3° circonscription du Var où la députée FN, Yann Piat venait d'être assassinée. 1% des voix. En 2008, j'ai été tête de liste contre le maire actuel. Avec 15% des voix, aucun élu à cause du système du panachage. Bref, le jeu démocratique, en freelance, c'est voué à l'échec; il faut aller avec les équipes qui gagnent, hier des frontistes ont choisi l'UMP pour se faire élire, aujourd'hui le mouvement inverse s'opère, aller au FN pour se faire élire, ce qui indique la porosité entre les deux mouvances. Mais en opérant ainsi, on se vend. Le maire actuel du Revest, conseiller général n'a pu se représenter parce que ne voulant pas s'encarter à l'UMP. Les partis sont plus forts que les fortes têtes.

- je crois de plus en plus aux révolutions tranquilles : l'agriculture de proximité, les incroyables comestibles, l'habitat partagé, d'innombrables expériences en ville, en campagne, passionnantes, de nouvelles façons d'éduquer, de nouvelles écoles, hors république, apprenant à vivre, à créer. Sur les réseaux sociaux, les informations circulent bien. Des films alternatifs sont réalisés, projetés. Pensons aussi aux nouvelles techniques de transport mises au point par les Chinois dont le Maglev qui pourra rouler à 3000 km/h, le tramway à hydrogène qui ne rejette que de l'eau. Les multinationales ne les voient pas venir, accrochées qu'elles sont à leurs profits au détriment de l'environnement, de la santé publique .... Elles croient que les Chinois produisent pour la consommation occidentale. La Chine bureaucratique-capitaliste (quel mariage) est déjà ailleurs. Je crois qu'il faut regarder par là-bas ou y aller tout en restant ici à fabriquer, cultiver son potager d'appartement au lieu de pisser dans son violon, expression artistique singulièrement innovante. C'est une façon très concrète de se construire une identité, de la partager. C'est une façon très concrète de sortir du sentiment d'impuissance. C'est ce que j'ai décidé après Charlie, participer à un groupe Colibris qui se réunit, oui, oui, une fois par mois, le dimanche en fin d'après-midi. Déjà 3 réunions. Des réalisations en cours, des salons de lecture en préparation sur Pierre Rabhi, Patrick Viveret, Edgar Morin, une séance sur "voter, s'abstenir" en préparation... Ce qui vaut pour moi ne vaut que pour moi. À chacun de se positionner, librement.

Jean-Claude Grosse, nuit du 3 avril, 2 H du mat, la lune est magnifique

Braises/Catherine Verlaguet/Artefact
Braises/Catherine Verlaguet/Artefact
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