Texte Libre
photo: Laurent Laveder
UN PEU D’OXYGÈNE
Donc ils persistent ! Au centre névralgique de leur ignominie, cette chiennerie de garde peut éditorialiser sans honte,
pense-t-elle cette chiennerie, avec juste ce qu’il convient d’ironie, un nuage dans leur tasse de thé : « LAISSONS AUX GRECS UN PEU D’OXYGÈNE » écrivent-ils dans Le Monde (15/02), une fois encore
une torche pour une route dans la noirceur.
Première page, première phrase : « Dans le drame grec qui se joue sous nos yeux, tout le monde semble avoir raison »,
le regard haut perché ils voient que le peuple n’a pas d’autre choix – il se révolte le peuple, c’est emmerdant mais on l’excusera pour cette fois - ; que les députés non plus, ils ont voté
massivement le plan d’austérité « alors que le quartier du Parlement était livré aux flammes des émeutiers » beau comme de l’Adolphe Thiers ; que l’Union Européenne non plus n’a pas d’autre choix
que de « maintenir la pression sur le gouvernement grec pour obtenir des réformes structurelles visant à redresser les comptes publics ». L’euphémisme de qualité, la petite saloperie distinguée :
« faire pression sur le gouvernement », l’Europe ne met pas les mains dans le sang, elle dirige le bras armé, son doigt n’appuiera pas sur la gâchette.
Il balaye étroit ce regard de haut, décidé et sans perspicacité, il néglige le Pope et la poperie toute entière
exemptée d’impôts, oh, il y eut bien une timide tentative vite étouffée dans l’œuf ; l’armateur qui n’en paye pas sur les bénéfices, seule une taxe en fonction du tonnage des navires signale leur
existence au fisc.
Quand les éditorialistes du Monde – font-ils nombre pour un tel ouvrage ? – dénoncent le « laxisme (qui) est allé
jusqu’à la falsification des chiffres sur le déficit qu’Athènes fournissait à Bruxelles » - qui ne se doutait de rien il va de soi - ils omettent de rappeler que tout le montage a été le fruit
d’un travail minutieux et acharné des maîtres en dissimulation : les spécialistes de Goldman Sachs. Le premier ministre athénien pourrait leur en dire plus qui fut l’un des très hauts cadres de
la banque américaine. Et s’il avait des pertes de mémoire, il peut aller la rafraîchir auprès de ses collègues Mario Monti et Mario Draghi qui ont travaillé pour le même tôlier.
Leur mansuétude, reflet probablement de quelques digressions de salons entre modérés du chenil – un club quelconque
mais de “réflexion“ – est attendrissante : « Il y a cependant des limites à ce que l’on peut imposer à un pays. ». Le “Pays“, sinistre tour de cape pour dissimuler le peuple, le populo, car en
dire plus serait déjà se lancer à corps perdu dans le “populisme“ !
Pourtant le 10 février, cinq jours avant l’éditorial inspiré, Libération était sûr, était presque certain que la Grèce
allait – ouf ! – s’en sortir. Ce n’est pas tout à fait le même chant des sirènes, les pipeaux ne sont pas accordés pareil mais quand même il n’y a qu’une Grèce, qu’une “crise“, c’est la
même Europe, nos mêmes gouvernements, les mêmes exigences mais ce ne sont pas les mêmes mensonges : alors ? Libération disait : « La Grèce pas saine, mais sauve », plaisanterie d’Abbé de cour
mais petite saloperie quand même ici aussi : « pas saine » manière de faire entendre qu’ils ne sont pas dupes, les journaleux, et qu’ils comprennent et partagent les agissements de tous ces gens,
censeurs en troïka et vérificateurs tatillons, dotés d’une morale phynancière intransigeante - qui seront en poste à demeure depuis cette nuit. Comité de salauds publics en somme.
« Mais sauve » alors ? Sauve qui peut sans doute ? « Chez les moins de 25 ans, reconnaît l’article, le taux de chômage
atteint désormais 48% », il est de bon ton d’en plaisanter mais l’exaspération est à son comble. « la Grèce a encore la force de tout faire sauter » écrit le journal de centre gauche Ta Nea – non
pas l’extrême gauche – mais bon… donne lui tout de même un peu d’oxygène, lui dit l’éditorialiste du Monde. Tous se tiennent d’instinct, pour ainsi dire, dans cette profession de journaleux (qui
n’ont rien à voir, à mes yeux, avec des journalistes, je me répète) et se complètent à bien y regarder.
Passons dans l’autre dimension : l’Amérique institutionnelle qui pense qu’elle pense elle aussi. Clinton, pour ne rien
vous cacher, le Grand Bill à écrit (tout seul ?) un livre, édifiant comme il se doit : « Remettons-nous au travail » qu’il dit (extrait paru dans Le Monde du 15/02). Ce libertin a la légèreté
d’un char d’assaut et réfléchit à grands coups de canons sur quelques banalités pendulaires qui reposent depuis toujours sur l’alternative qui anime les combattants des deux camps, Républicain et
Démocrate ; sur ce qu’ils appellent leur divergence idéologique : faut-il plus ou moins d’Etat dans la gestion de la plus grande puissance au monde ? Le grand Bill est pour, bien sûr, quand les
adeptes des Tea Party sont férocement contre, bien entendu. Paraîtrait convaincu que « l’idéologie anti-étatiste nous aveugle » et qu’il vaut mieux avoir une « économie solide et un Etat fort et
efficace » que le contraire… ou quelque chose d’approchant ? Une économie solide sans Etat fort ? On rigole. Mais les Tea of clock pensent (aussi !) qu’une économie est d’autant plus solide que
l’Etat ne s’en mêle pas.
Ils tournent autour de ce cafouillage pour dissimuler le fond de l’affaire : là où ils se retrouvent dans la vraie vie,
un Etat service des urgences pour les plus riches, pour les “puissances d’argent“ en général comme on dit, un Etat qui n’a pour seul ressource que le faire semblant. Faire comme si l’on allait
s’occuper des “pauvres“, des indigents et de la petite bourgeoisie qui s’étiole. Alors que l’Etat s’occupe très sérieusement des banques quand elles sont en difficulté, il devient un recours, une
réserve, un bouclier enfin, paraissant dans sa vraie grandeur nature. Lui aussi va voir son tôlier, Banque Morgan, Banque Goldman Sachs, et autres puissances dûment inscrites au registre du Dow
Jones, ce Bouddha boursier, ce tabernacle d’Ali Baba. Alors quand le Grand Bill pose la question de confiance : « Voulons-nous un pays où nous puissions travailler tous ensemble pour faire
revivre le rêve américain et reconstruire notre classe moyenne ? » - tiens, elle est donc détruite la classe moyenne ? – on se dit qu’ils ont à nouveau besoin de main-d’œuvre, de manœuvres bon
marché.
Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire de ce grand pays. Entre 1922 et 1929, rappelle Howard Zinn (Une
Histoire populaire des Etats-Unis ; Agone) la prospérité est au rendez-vous. Tout semble aller bien pour une majorité d’Américains moyens ; les laissés pour compte, nombreux, on ne les voit pas,
on ne les entend pas. Et pourtant, à y regarder consciencieusement : « Entre 1922 et 1929, tandis que les salaires moyens dans l’industrie augmentaient de 1,4% par an, le revenu annuel des
actionnaires progressait de 16,4%. Six millions de familles (42% du total) gagnaient moins de 1 000 $ par an. Selon un rapport de la Brookings Institution, les 0,1% des familles qui occupaient le
sommet de la pyramide gagnaient autant que les 42% des plus pauvres. Pendant les années 1920, quelques vingt cinq mille travailleurs trouvaient chaque année la mort sur leurs lieux de travail et
cent mille autres restaient handicapés à vie. » Quand tout va bien, en régime capitaliste – qu’il soit dans sa phase industrielle “vertueuse“ ou dans sa phase financière crapuleuse – ça va
toujours bien mieux pour les plus riches que pour les plus pauvres ou même les moins pauvres des pauvres. Quand tout va mal, tout va encore très bien pour le “1%“ et le plancher s’effondre sous
le poids de la misère. Vrai par-delà l’Océan aux Amériques, vrai en deçà en Europe.
Bien entendu Clinton évoque le New Deal, avec ses réalisations qui “servent toujours“. Il repart comme en trente sept
sur les grands travaux d’infrastructure dont l’Amérique aura besoin dans le futur… la guerre avec ? Il n’en dit rien. Cette obstination dans le déni de vérité, celle d’une guerre qui seule a pu
relancer la machine “Économique“, leur a permis de dégraisser un prolétariat trop abondant et de plus en plus revendicatif, de liquider quelques “negros“ surnuméraires.
Une vraie guerre ? Y a-t-il une vraie guerre possible de nos jours pour rééquilibrer les balances phynancières,
réinitialiser les profits menacés ? Pourquoi pas, une vraie de vraie qui demanderait un investissement en homme et en matériel fantastique, démesuré en regard des guéguerres actuelles qui
tournent au fiasco sans apporter de véritables bénéfices.
L’Iran, tiens, par exemple, enfin on tâte le terrain. De part et d’autre. Un proche y avait pensé avant moi, qui me le
faisait remarquer. Les infos titillent l’auditeur un peu plus régulièrement depuis quelques jours… On y parle de provocations iraniennes autour de la mastodonte U.S. Navy pas loin du détroit
d’Ormuz… On se demande si par hasard ils n’auraient pas réussi à déplacer Pearl Harbourg jusque là… La terre d’Israël en tête de pont, Netanyahu en docteur Folamour – qui a rendez-vous avec le
Président Obama le 4 mars à Washington – sur fond d’exacerbation religieuse : ils veulent leur Joseph de Naplouse les « Il est temps que le peuple juif cesse d’être courbé et vienne serrer Joseph
dans ses bras en plein jour » débite le Rabbin Ekyakim Levanon. Naplouse est sous le contrôle de “l’Autorité palestinienne“ (accord d’Oslo) et surtout s’y trouvent, dans la région, quelques 22
000 palestiniens réfugiés. Ce n’est pas directement l’Iran qu’on menace mais on fait chauffer les chaudrons dans lesquels on pourrait, le cas échéant, faire la tambouille martiale.
Et l’oxygène vint à manquer…
Robert
VALSER… SANS LES JUIFS !
C’était une belle soirée, une viennoiserie dansante, « du Strauss sans Kahn » a-t-il dit papa Le Pen. Mémorable, Johann
Strauss les aura fait valser sans le juif : pure délice Heilitiste.
Elle était jouée d’avance la farce, ce bal est interdit aux juifs et aux journalistes. Le patriarche a pu se lâcher, ce
n’est qu’un point de détail dans une campagne où la fille s’égosille à la botte de Jeanne la pucelle. Mais ne jamais perdre de vue l’internationale brune chez la blonde et peut-être un futur
chancelier autrichien comme cavalier d’un soir ? Cela doit fumer dans les officines, inventer des stratégies en rasant les murs, faire briller le fil des coutelas, s’activer à la manœuvre… C’est
dans leurs cordes.
Dans les brumes de ce Luna park nazillard, le Barnum populistique et clownesque est ouvert dans Le Monde
:
« Le retour aux populismes, un phénomène planétaire », l’enseigne en première page. On ne sait pas exactement ce que
recouvre ce terme, quiconque est infoutu d’en dire plus à son endroit mais “ça“ se répand… et “ça“ se répond… Jongleurs et majorettes sont à l’affiche. Approchez. Ils glissent sur un fil
tendu entre deux plateformes politiques qu’ils relient de leurs clowneries drolatiques.
Je vais essayer ici, modestement, d’en rendre un éclat ou deux – mais cela va si vite…
Les balles qu’ils manipulent, ils les nomment “Populisme“, celle qui leur est plantée sur le nez est rouge. Ils
jonglent avec des balles de toutes les couleurs : « Mussolini comme Mao étaient des populistes (murmures dans le public). Tout comme Victor Orban et Hugo Chavez (des Aaaaah), Marine le Pen et
Jean-Luc Mélenchon le sont aujourd’hui (Wouaaahhhh ! Une autre ! Une autre !...). Ernesto Laclau (Argentin, professeur émérite à l’université d’Essex) se surpasse , notez, nous sommes au Monde un
vendredi 10 février 2012, et ça ne fait que commencer.
Je ne vais pas vous raconter la suite du programme par le menu : il est éblouissant. L’artiste gigote de Berlusconi à
Gert Wilders, s’entortille autour de Tony Blair et la Tatcher, un arrêt somptueux sur le « “gaucho-lepénisme“, ces reports de voix d’anciens communistes sur le front national, phénomène que l’on
observe partout sur le continent européen » nous permet d’entrevoir sa fascinante capacité de généralisation abusive et approximative qui est l’une des figures les plus prisées mais aussi les
plus difficiles à réaliser sur la corde raide. La pirouette finale en forme de clin d’œil, une jouissance pure – de celles qu’apprécie Demorand, l’acrobate libéré –, et là je vous dis tout,
textuellement, il est “trop“ l’artiste : « Nestor Kirchner, qui fut président de la République argentine de 2003 à 2007, puis sa femme, Cristina Fernandez Kirchner (doublon des historiques Péron
en quelque sorte), ont réussi à accomplir des réformes justes jouant sur cet équilibre {entre le monde institutionnel et les revendications populaires}. Ainsi, le régime des pensions des
retraites a été renationalisé après les privatisations imposées par le gouvernement Carlos Menem, une couverture santé universelle a été instaurée et le mariage homosexuel a été autorisé… Sans
une certaine dose de populisme , la démocratie est inconcevable aujourd’hui » ; en somme le peuple – le populo, d’où on extrait le populisme - réclamait dans les travées : rendez-nous les
retraites que vous nous avez volées, et il leur rend ; vampires, rendez-nous la santé que vous nous avez sucée, et il leur rend… en partie seulement. Modestement. Et l’équilibre fut. Instable par
définition.
Aujourd’hui les caisses de l’Etat, ni celles des Etats provinciaux, ne suffisant plus, il est à nouveau question de
reprendre au peuple, mais comment ? La bonté a ses limites ; elle a eu ses raisons que la raison ne connaît plus. C’est le jeu ça : il arrive que le spectacle, aussi bien réglé soit-il, coince.
L’équilibre sera rompu, c’est son destin.
Nous en étions là : “sans une certaine dose de populisme pas de démocratie aujourd’hui“, lâchez du lest quand il en est
encore temps, ce que donne la main gauche la droite la reprendra au centuple… et les flonflons qui s’éloignent dans un final fellinien.
Le même jour, sous la même guitoune, un professeur de « théorie politique » à Princeton aux Etats-Unis propose un autre
numéro de haut vol : « le populisme nie le pluralisme », après s’être gentiment moqué de l’Argentin – « Si elle est originale, cette théorie (d’Ernesto) élargit tellement la signification du
populisme que le terme perd toute valeur analytique. » Autrement dit ce qu’il dit ne veut rien dire – s’ensuit un enchaînement exécuté sans filet, dont l’audace vous pétrifie : « Ce que ,
nécessairement, le populisme nie, c’est le pluralisme des sociétés contemporaines » attaque-t-il et, enchaîne-il : « dans l’imagination populiste, il n’y a que le peuple légitime, d’une part, et,
de l’autre, ceux qui s’introduisent illégitimement, d’en haut et d’en bas dans notre politique. » et qu’alors « se révèle une affinité surprenante entre l’imagination politique populiste et le
totalitarisme {…} il traduit la vision d’une société complètement unifiée, littéralement incarnée dans un leader comme Hitler » un dernier saut de l’ange : « Cela signifie-t-il que les Tea Party
ou Geert Wilders nous ramènerons au Goulag ? (plutôt une spécialité stalinienne se dit-on…mais bon…) Non.» Ouf ! Guantanamo leur suffit pour le moment. Extension toujours possible du
domaine de la brute.
Il sortira sur un bon mot, « Le populisme est toujours pernicieux et il doit être pris au sérieux » rime riche et riche
idée ! Alors Mélenchon et ses noirs desseins, vous y pensez, ils ont tout fait pour ça depuis quelques jours… Oui : du Front national ils font un bûcher sur lequel ils pensent brûler les
hérétiques. Les Cauchon sont à l’affût.
Abrégeons et ne retenons que l’essence des choses. Le Monde des livres, première page une prière d’insérer
intitulée : « Populisme, pipeau et maléfices ». Comme l’exige la tradition, le magicien Jean Birnbaum présente ostensiblement l’idée sans fond et vide de tout contenu, qui sera au cœur des
tours suivants : « Partout à travers l’Europe, le concert des nations tourne au charivari populiste. » Enfumage de rigueur, le « charivari populiste » se propage comme un gaz lacrymogène, fait
tousser, fait pleurer, on avance dans le brouillard en aveugle. Marine Le Pen entre en scène qui « entre deux (faux) pas de valse avec les pangermanistes viennois, se réclame de la république
laïque », serait-ce là un coup de canif dans le contrat ? Les Nazis ont été métamorphosés en « Pangermanistes » et la Le Pen ne fait qu’un « (faux) pas », pas rien non plus! Le final ! “sa
laïcité“, avec, en toile de fond, la proposition de créer un « Ministère de l’intérieur, de l’immigration et de la laïcité », mais cela ce n’est pas Birnbaum le magicien visionnaire, c’est
moi qui suis allé au charbon y voir d’un peu plus près, dans le programme du F.N. lui-même. Police, xénophobie, laïcité, nitroglycérine : la laïcité ne peut qu’exploser dans ce ministère de
l’Antre.
Tout cela cache quelque chose, quoi ? Une lutte pour effacer des tablettes le « Prolétariat », le concept lui-même pour
employer un mot qui est pour une fois à sa place, le nouveau prolétariat, celui qui se (re) constitue dans une lutte des classes de plus en plus réelle, devenue un passage obligé. À la grecque,
dirons-nous. Rien de platonique pour autant.
Reprenons : ce que Birnbaum pouvait affirmer négligemment en parlant de “charivari populiste“, la face sérieuse du
Monde, Géo & Politique (12/13 février) le pose à sa manière, qui est démonstrative mais pseudo scientifique.
Première remarque à propos de “l’ouvrier“ : il est des cas où il sera de bon ton de le faire disparaître, plus
d’ouvrier et conséquemment plus de classe ouvrière, il va de soi ; autre cas, autre avis, l’ouvrier peut réapparaître quand la démonstration l’exige, et donc la classe ouvrière serait de retour
puisque l’un ne va pas sans l’autre. Pas si simple puisque tout est complexe. Ici, nous serons dans la configuration “classe ouvrière “.
Je cite : un titre « LE LENT GLISSEMENT À DROITE DES OUVRIERS EUROPÉENS ». L’Europe recèle donc encore des ouvriers ;
ils glissent, en un ralenti à la manière de Sam Peckinpah et la horde sauvage s’empile et s’écrase à droite. « “Le prolétariat ouvrier craint les délocalisations, la précarité, l’allongement du
temps de travail, la baisse du pouvoir d’achat, la fin du repos dominical“. Arc-boutés sur la défense des droits acquis par les générations précédentes, “les ouvriers ne goûtent guère les
réformes“ et sont donc, en ce sens, conservateurs. » c’est le correspondant du Monde à Bruxelles qui vous le dit en s’appuyant (à tort ou à raison) sur ce qu’en dit Daniel-Louis Seller. Et nous
sommes devant l’évidence : ce que goûte l’ouvrier, dégoûte le capitaliste, par conséquent le patron est, “en ce sens“, un homme de progrès quand l’autre s’accroche petitement, chichement, à ses
droits acquis ! Le plus extraordinaire est que l’auteur est probablement certain d’avoir eu de la sympathie pour le monde ouvrier, de l’objectivité dans sa démonstration. Il ne voulait
certainement pas dire le mal qu’il en pense, mais comme il le pense très fort malgré lui, l’auteur Jean-Pierre Sroobants, tout se sait de ce qu’il ne voulait pas dire...
Il porte cela dans ses gènes de chien de garde et quand il voudrait rendre toute la complexité d’un monde à décrypter,
comme ils disent, il s’en remet alors à la confusion. « Désormais sur la défensive, ils (les ouvriers) privilégient dès lors les tendances sécuritaires », “sécuritaire“ se pose là comme un mot
vautour capable de fondre sur toute nourriture avariée proposée par un Guéant quand il est en forme (presque toujours), SarkUbu soi-même (fréquemment), le FN (constamment). Parce que dire très
simplement, et véridiquement du coup, que les ouvriers, comme tant d’autres salariés, préfère la sécurité de l’emploi, avoir une vision de l’avenir fondée sur la stabilité des revenus, c’est
apparaître pour ce qu’on est, un pied tendre. Or, constater la vérité qui est la mieux partagée au monde c’est faire s’effondrer le sophisme sur lequel s’appuie le scribouillard qui pense qu’il
pense.
L’ouvrier est un conservateur ; un conservateur refuse, par nature, les réformes ; nous sommes dans un monde qui évolue
vite ; le conservateur s’en défend, et “glisse“ de la sorte à l’abri des frontières ; vers l’extrême droite qui flatte ses instincts car l’extrême droite est populiste ; il cherche la sécurité en
général et en particulier : il repousse l’étranger voleur de travail ; il approuve la répression policière qui affirme et enracine le conservatisme douillet en chassant les immigrés
prédateurs.
Ce n’est pas tout : l’ouvrier n’a pas de chance car il est défendu, formellement, par la “gauche“ qui est un nid de
bobos qui eux défendent des « valeurs opposées » à celle des conservateurs et ouvriers réunis. Ce sont donc ceux qui les défendent qui, sans le vouloir (il ne manquerait plus que ça !) poussent
les ouvriers dans les bras de la droite et de l’extrême droite. Conclusion - momentanée – l’ouvrier qui existe ne peut pas se défendre tout seul. Il a un défenseur naturel, historique, le bobo
socialiste qui de fait est un repoussoir, le dit bobo est un homme de progrès qui adopte le point de vue mondialiste alors que l’autre… Donc l’ouvrier qui existe va se jeter dans les bras de la
Le Pen franchouillarde ou de tout autre fascisant homologué dans les différents pays européens, comme en Hongrie par exemple où… où quoi exactement ? Pas de réponse parce qu’il ne se posera
jamais la question.
Le final est stupéfiant : arrivé aux confins de l’absurdité et du syllogisme, monsieur Stroobants, appuyé sur deux
béquilles, Daniel-Louis Seller – Jean-Michel De Waele, l’un de l’IEP d’Aix-en-Provence, l’autre de l’Université libre de Bruxelles (quand on n’est pas de Louvain…), termine amputé de toute raison
raisonnante « En guise de conclusion (la sienne en vérité) Jean-Michel De Wael propose en réalité un retour au point de départ : “peut-on, en fait, encore parler d’une classe ouvrière ?“, se
demande-t-il. ». Il y a donc bien l’ouvrier mais pas la classe et voilà justement ce qui fait que votre fille est muette et que la lutte des classes est un concept inerte ! Cékueffedé éructe
Panurge ! « L’ouvrier n’est-il pas plutôt un concept qu’il faudrait étendre à tous les perdants de la mondialisation ? » s’interroge Stroobants-Dewael – on ne sait plus - et ces nouvelles classes
formées de toutes ces personnes isolées seraient plutôt tentées par l’abstention…etc, etc,etc. Ah ! dernière nouvelle, la Le Pen baisse dans les sondages…
Mais il n’y a pas vraiment de quoi rire, le brouet est empoisonné. Envahi par la “mémoire morte“ attaché à
l’enseignement des clercs que dénonce Paul Nizan (Les chiens de garde ; éditions Agone) et ces messieurs sont des fossoyeurs de la pensée parmi d’autres. La “complexité“ leur est un paravent
derrière lequel ils déshabillent la logique, torturent la raison et confectionnent l’œuvre au noir qu’ils viennent nous servir avec forces courbettes, grandes précautions oratoires, vocabulaire
en dentelles, mots chipotés et maquillés. Goûter de ce poison reviendrait, tôt ou tard, à valser avec les flonflons de l’ordre noir.
Robert
Les 4 Saisons d'ailleurs et Lire à Hyères
présentent
les rencontres-philo du Moulin
au Moulin des contes à Hyères
place de l'Oustaou Rou
le thème de la saison 2012 est : les violences …
samedi 18 février 2012
de 14 H 30 à 16 H 30
avec Gilles Desnots et Marie-Paule Candillier
Violences intimes/
violences collectives
Nous nous interrogerons à partir de Freud et Lacan sur les pulsions de vie, Eros, les pulsions de mort, Thanatos, leur intrication, (unité des contraires), l’irréductibilité des violences pulsionnelles, tournées contre soi ou contre autrui (la femme, principale victime de la plupart des violences, sexuelles, conjugales, sociales, professionnelles, guerrières. (Du sexe de la femme comme champ de bataille de Matei Visniec. L’autre guerre d’Elsa Solal).
Qu’est ce qui agit l’homme dans ses violences contre la femme, quelles peurs inconscientes ?
L’agressivité est au cœur de l’homme, c’est ce que nous enseigne Freud avec la découverte de la pulsion de mort en 1929.
« L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. » nous dit Freud. (Malaise dans la civilisation, PUF, p. 64)
La pulsion de mort est à l’œuvre à côté de l’Eros, retournée contre soi ou contre l’autre, toutes deux se partagent la domination du monde.
Qu’est-ce qui peut rendre inoffensif chez un sujet son désir d’agression (surmoi, culpabilité) ?
À quels moyens recourt la civilisation pour inhiber l’agression et la violence ?
La culture peut-elle apporter une réponse ?
Marie-Paule Candillier
Samedi 24 mars 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse et Dominique Coppola
Les violences conjugales
Les violences au sein du couple sont punies par la loi et sont réprimées plus sévèrement y compris lorsque les deux conjoints sont séparés. Dés le premier fait de violences constaté, des poursuites peuvent être engagées même en l’absence de toute plainte. Aujourd’hui la notion de famille a changé et s’est complexifiée. Les violences conjugales ont-elles même connu une mutation au point que le législateur a estimé nécessaire d’adapter la loi pénale à cette « guerre » que se livrent les couples.
Les violences graves qui ont pour objet de détruire l’autre psychologiquement et surtout physiquement sont commises majoritairement par les hommes. Cependant les femmes aujourd’hui investissent ce domaine jusque là plutôt masculin. La question des « violences au féminin » doit être abordée au sein de notre société moderne où la femme revendique à juste titre l’égalité dans tous les domaines.
Alcool, drogues, frustrations, irrespect, égoïsme, obscurantisme sont les principaux invités de cette « guerre des sexes » au 21ème siècle.
Dominique Copola-Lacombe,
Samedi 14 avril 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse, Agnès Cretté-Bouvet et Bruno Malafosse de l'association Orion
De la violence à l’adolescence : fantasmes et réalités
Nous tenterons d’aborder la violence au-delà des modèles explicatifs centrés sur l’individu et l’individuel, dans une analyse du lien, et des relations, dans le contexte de notre société en mutation.
D’une violence, fantasmée, virtuelle, médiatisée …. au passage à l’acte, quels sont les facteurs favorisants ?
Agnès Cretté-Bouvet
Samedi 12 mai 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse, Nathalie Rocailleux et Odile Jacquemin
Pour une éthique du regard et de la parole
Quels liens entre résilience (familiale) et émancipation (citoyenne) ? Des souffrances familiales aux souffrances sociales, une approche de la "prévention ressource" contre la "prévention sécuritaire de repérage". Comment la dignité vient au petit d'homme: des exemples de lieux humanisants et civilisateurs de proximité.
Nathalie Rocailleux
Qualité de vie pour les fins de vie
Fin de vie et faim(s) de vie ??
Que la question soit sociale, éludée par la collectivité, récupérée par une société marchande ou qu’elle soit privée, mise de côté par peur, dans sa plus profonde intimité jusqu’au moment où le mur empêche la fuite, le temps de vie de la fin de vie est encore l’objet de multiples tabous. Pour soi-même comme pour les autres.
Que savons nous de ces violences intimes ou hurlantes causées par le corps qui vous lâche, par l’abandon du groupe, par la trop grande sollicitude des enfants, par la mansuétude de l’infirmière qui vous appelle « ma petite chérie », alors qu’elle ne vous connaît pas ? par ces personnes qui parlent devant vous de vous à la troisième personne, vous sentant déjà de l’autre côté ? par une économie qui ne voit en vous que l’acheteur potentiel d’un ascenseur à poser dans l’escalier, d’une baignoire à porte, d’un système de sécurité et qui veut faire de vous l’éventuel « senior » de la future maison de retraite ou résidence service Serena, Elena… Bellisima ???
Comment dire le rapetissement du champ de l’horizon des jours quand brusquement vous est confisqué l’usage de la voiture, puis de la marche, puis de la vue….
Jeu de cache-cache entre la conscience de soi et le regard des autres….
Les années passent et ceux qui les vivent et voient passer ne les décomptent pas de la même manière…
Comment se vit le grand vieillissement de celui qui ne se sent pas vieillir dans sa tête, de celle qui ne se sait pas vieillir ? où sont les espaces d’expression de ces indicibles soifs de vie que l’homme actif , marchant et courant, ne prend ni le temps de voir, ni le soin de dire ??
Entre bien être et accueil, remettre la mort et l’avant mort au cœur de la vie et en faire un lieu de réappropriation d’une mobilisation de chacun et d’une initiative citoyenne est le projet social et éthique de la nouvelle association : « Un lieu où aller, un lieu où bien aller, des liens à conserver »
Odile Jacquemin
Voilà un essai sur un slogan de campagne qui mérite lecture et discussion sous peine que le slogan reste vide, simple
hameçon à voix d'électeurs. Ce n'est pas une bonne façon de faire la démocratie que de laisser les communicants chercher à nous niquer en allant à la pèche de nos voix.
grossel
Pourquoi « L’humain d’abord » ?
En quoi le slogan « L’humain d’abord », comme il sonne au Front de Gauche, ne saurait être confondu avec cette phrase, tirée des statuts du Modem : « Ses valeurs sont celles de l’Humanisme qui place l’Homme au centre de son action » ?
Ce n’est pas du tout la même musique, et la différence ne tient pas seulement à un usage pompeux des majuscules. Parler de l’humain, ce n’est pas tout à fait pareil que de parler de l’homme, celui d’un humanisme qui le place au centre de son univers. Et cette différence d’apparence minime a une portée majeure.
Placer aujourd’hui l’humanité au centre de tout, c’est faire fi des connaissances scientifiques dont certaines sont séculaires. C’est aussi renvoyer sans le dire à un Dieu créateur, seul susceptible de fonder cette centralité des hommes, à moins de s’en remettre à un merveilleux hasard. Dans ces conditions, l’Homme prétendument au centre est très probablement centré par un tel Dieu, dont il n’est qu’une image. C’est ainsi qu’on peut comprendre la majuscule dont on l’affuble.
Ce qui vient d’être dit n’est pas une charge contre les croyants qui peuvent être réellement de gauche, c’en est une contre une conception poussiéreuse de la croyance. Et, de plus, elle est hypocrite : non seulement Dieu est servi en cachette par des gens qui ne peuvent pas se prévaloir des vertus de l’humanisme historique qui, lui, a véritablement dégagé le ciel et l’horizon des hommes, mais, à entendre par exemple les propositions économiques du Modem, on ne voit pas en quoi l’Homme serait pour elles au centre, sinon comme coupable originel et endetté de toujours.
L’Homme, cela n’a jamais été les hommes : tout au plus, une abstraction aussi obscure que la notion politique de centre ou de troisième voie. Pour Pascal, le monde, « est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part » ; comment, en politique, pourrait-on se situer au centre plus ou moins exact d’un monde qui, même s’il s’est ouvert, continue à circonscrire étroitement la plupart des hommes ?
L’humain, ce n’est pas tout à fait l’homme (et pas du tout l’Homme). Même si on échappe à l’abstraction en parlant des hommes, le risque est de renvoyer à autant d’entités fermées sur elles-mêmes. Or ce n’est jamais seulement le cas. Le plus fermé des individus est aussi constitué et traversé par un tissu social, même quand celui-ci est défait.
Comme nom, l’humain renvoie au souci de ce tissu. En un sens à préciser, c’est plus concret que de parler de l’humanité (sans parler de l’Humanité). Par exemple, « l’ humain », comme mot, est proche du mot « humus », dont il dérive comme tous ceux de cette famille. Cela indique déjà qu’on ne saurait parler des hommes sans se soucier de la terre et de tout le vivant.
Cela dit, l’humain renvoie avant tout à un tissu social qui lie et, pour une part majeure, fabrique des hommes. Aujourd’hui, celui-ci est à la fois d’une extrême complexité et tout à fait simple : il se respire partout, même à travers les différences de classe, et il est particulièrement nauséabond.
Loin de renvoyer à un individu complètement séparé des autres, l’humain suppose une interdépendance constitutive entre les individus. Cette notion suppose aussi de ne pas séparer le corps et l’esprit. Chez chacun, l’humain concerne, non seulement la conscience et la raison, mais aussi les profondeurs psychiques, l’affectivité, le vécu corporel.
L’humain, c’est à la fois ce qui, de gré ou de force, lie chaque homme à tous les autres et à tout lui.
Parler de « L’humain d’abord », c’est être conduit à interroger cela et plus, en vue de permettre aux hommes de mieux (se) vivre.
En un sens, le tissu social (ou mieux historique) le plus inhumain est encore humain. Que pourrait-il être d’autre ? Mais ce n’est pas cela qui nous intéresse. Il s’agit d’aller vers un mieux-vivre : de réfléchir aux conditions requises alors et à la façon de les mettre en jeu.
Il se trouve que nous vivons une inhumanité spécifique particulièrement pesante qui, de toute évidence, stérilise en nous nombre de potentialités humaines. Le fait que nous ressentions fortement cela, indique que tout n’est pas perdu. Autant notre liberté, individuelle et collective, est beaucoup moins manifeste que ce qu’on nous raconte couramment, autant elle peut être conquise par nous.
« L’humain d’abord » ne dénonce pas seulement toute une inhumanité des rapports entre les hommes, mais exige un souci déterminant d’humanité dans toute attitude ou décision, grande ou petite, relative aux multiples domaines de la vie. Il s’agit de favoriser l’instauration entre nous et en nous d’un tissu d’une tout autre qualité humaine que celui qui nous est aujourd’hui plus ou moins imposé. Il y va de nos corps et de nos esprits, des sociétés en très grand comme en tout petit.
Dans ce slogan, « d’abord » importe beaucoup. Il ne renvoie pas à un préalable temporel, mais à un préalable de principe. Il ne s’agit certainement pas de paraître humain pour mieux être inhumain : cela, c’est ce qui nous est massivement donné à vivre. Il s’agit de tendre à être toujours le plus humain possible, notamment par temps difficiles.
Qu’est-ce que cela signifie au juste ? Ce n’est pas un slogan qui peut le dire. C’est à la fois connu (ou deviné) et inconnu de nous, puisque cela reste à inventer.
En tout cas, « L’humain d’abord » en appelle immédiatement à une expérimentation concrète pour mieux penser notre humanité en échappant aux risques de l’abstraction vaine, et commencer à ancrer dans la réalité ce que ce slogan indique.
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« L’humain d’abord » renvoie entre autres à une manière d’aborder les hommes et les questions humaines, qui serait indissociable des contenus d’une politique. Aux antipodes de la communication comme calcul obligé, cette manière, évidemment multiple, réussirait à rendre solidaires ce qu’il y a de plus immédiat dans l’abord et ce qu’il y a de plus médiatisé en lui.
Parce que nous vivons dans une société qui rend abstraits les rapports humains, c’est d’une certaine façon qu’elle est complexe et non dans l’absolu. Si on parvenait à réinstaurer de meilleurs rapports concrets entre les hommes, ils vivraient différemment la complexité ; ils pourraient même vivre une complexité différente.
Il ne s’agit pas de miser seulement sur l’abord immédiat et, ce faisant, de susciter des illusions, mais de travailler à permettre un contact réhumanisé des hommes entre eux , afin que beaucoup plus de gens puissent aborder, même si c’est seulement dans une certaine mesure, les questions les plus complexes.
Abstraire revient à séparer, mais la bonne abstraction travaille aussi à relier. Nous vivons dans une société qui fait descendre au plus profond des rapports humains une certaine forme d’abstraction : monétaire, technique, aujourd’hui numérique. Ce n’est pas parce que celle-ci prend souvent des allures vivantes qu’elle est vivante. Son résultat, c’est largement une séparation aggravée entre les gens, l’invention d’une société du non-lien social.
Nous éprouvons fortement le besoin de promouvoir à partir d’en bas un tissage humain qui puisse remonter jusqu’aux pratiques les plus abstraites, afin qu’elles ne perdent plus de vue l’humus dont elles proviennent et qui continue à les fertiliser. Par exemple, les mathématiques, financières ou pas, ou la physique doivent demeurer humaines, non pas au sens où elles ramèneraient des illusions humaines, mais à celui où, en tant que pratiques-limites, elles restent néanmoins humaines, doivent être travaillées en vue des hommes, tout comme elles le sont, même très indirectement, grâce à eux.
Aussi utile que soit l’informatique, ce n’est pas une communauté numérique qui peut revivifier à elle seule la vie sociale. Une réalité renouvelée des rapports entre les hommes peut humaniser le virtuel, bien plus que celui-ci n’est susceptible de les humaniser. Nous vivons au contraire une virtualisation des rapports entre les hommes qui stérilise bien plus leurs potentialités qu’elle n’en favorise la réalisation.
De même, le primat de l’économie est aujourd’hui celui d’une certaine abstraction qui contamine les rapports les plus simples entre les hommes. Et il s’agit bien de s’appliquer à remonter de tels rapports revivifiés (de travail et autres) aux pratiques économiques les plus complexes et autistiques, c’est-à-dire en apparence coupées de l’humus des humains. C’est même tout un matelas d’apparences qu’il s’agirait de réussir à dissoudre.
Le souci de l’abord renvoie à une concrétisation plus humaine des rapports entre les hommes, aussi bien dans la vie courante que moins courante. Il n’y a pas plus de concret que d’abstrait, en général. Ce qu’il faut favoriser, c’est un mode de concrétisation des rapports humains qui concerne tous les aspects de la vie en société et pas seulement la production économique. Celle-ci trouverait aussi à en bénéficier.
« L’humain d’abord », cela indique qu’on gagne à concilier l’intérêt de chacun et celui de tous, la notion d’intérêt et celle de gratuité de certaines démarches. Cela incite à repenser celle d’esprit d’entreprise (et de risque pris) : après tout, entreprendre renvoie plutôt à quelque chose qui est pris entre les mains de pas mal d’hommes (et non d’un seul) ; et pourquoi pas entre toutes celles qui y contribuent, de près ou de loin ? En un sens renouvelé, on peut appeler cette chose richesse nationale (ou locale, ou mondiale). Elle n’est ni à confisquer, ni même seulement à distribuer plus justement : elle doit être mieux cultivée par tous, dans un souci primordial de la qualité humaine.
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« L’humain d’abord » suppose une réelle remise en présence des hommes entre eux (et aussi de chaque homme par rapport à lui-même). Cette remise en présence est à éprouver sans illusion de plénitude mais aussi de vide intégral. Elle est à travailler, dans le plaisir et la difficulté, comme effort situé pour se redécouvrir par les sens, la parole, la raison.
Il faut à la fois redécouvrir l’humanité de situations diverses et inventer des situations où puisse affleurer le meilleur de l’humanité. Et il faut commencer cela sans attendre une situation globale favorable. C’est sans doute la meilleure façon d’en réunir les conditions d’apparition.
Le type d’abstraction (de quantification) dont nous souffrons, tend à chasser les hommes d’eux-mêmes. Elle les porte à se remplacer par une espèce de clone frigide ou surexcité, craintif de tout ou obscène envers les autres, entre dépression et mégalomanie. Tout cela a en commun une tendance au repli sur soi, voire à la confusion entre son monde et le monde. Et cela se passe au moment même où il est devenu très problématique d’avoir un monde personnel, non aliéné aux médias de masse et bien au-delà.
Il est donc primordial de se redécouvrir comme hommes, avec leurs qualités et leurs défauts, en réussissant à échapper quelque peu aux innombrables dialogues de clones. Il y a aujourd’hui une difficulté très répandue d’accès à soi-même, aux autres et au monde. Quand on vante le contraire, c’est avant tout pour renforcer des apparences : l’accès à soi-même et aux autres ne poserait plus guère de problèmes, jamais on aurait eu autant de ressources pour découvrir le monde d’une façon ou d’une autre. Mais de quel monde, de quels autres, de quel soi-même parle-t-on alors ?
« L’humain d’abord » requiert une redécouverte interpersonnelle, notamment de la politique. Il ne peut y avoir de porte-parole que capable de porter le meilleur de paroles en travail et tant qu’il en est capable. Sa parole ne peut entraîner que si l’entraîne aussi un concert de paroles, plus d’une fois en confrontation. Aussi distante qu’elle soit, la fonction de représentation doit rester nourrie par des représentés actifs. Il faut que la présence élaborante des hommes concernés la mette toujours sous tension.
Le but est une humanité sans exclusion aucune. Il s’agit donc de tendre à mettre en jeu tout de suite le meilleur des hommes, en vue d’une organisation sociale qui en favorise l’accomplissement. Ce n’est contradictoire qu’en apparence.
Particulièrement aujourd’hui, les hommes disposent de multiples potentialités, aussi masquées ou distordues qu’elles soient. Elles sont sous-exploitées, quand on ne les laisse pas en friche. Des savoirs pratiques, des talents, des ressources de générosité, de lucidité, sont disséminés un peu partout dans la société. Ce qui manque, ce qui est largement empêché, c’est leur mise en rapport en vue d’objectifs qu’on puisse dire humains, au sens où ils sont orientés vers l’accomplissement de tous et de chacun.
Mais que peut bien signifier un tel accomplissement ? « L’humain d’abord » est comme une injonction que prolonge forcément un questionnement. Il y a ce qu’on sait qu’on pourrait faire pour que les hommes aillent mieux, chacun et entre eux, et il y a ce qu’on ignore, qui reste à découvrir, parce que les conditions présentes ne nous permettent qu’une approche limitée.
Cela dit, sont impossibles un accomplissement parfait des hommes et une connaissance complète de ce qu’ils sont. Il ne faut pas donner l’illusion d’un quelconque absolu. L’humain, individuel et social, est de l’ordre d’un tissage sans fin (pas si ordonnable que cela).
L’important, ce serait de refonder le politique sur une humanité non mutilée et non hiérarchisée, du moins essentiellement. Cela ne signifie pas que tous les hommes soient identiques ni, dans les faits, d’égale valeur, mais qu’il faut les mettre dans un mouvement tel qu’il favorise au mieux les liens qu’ils peuvent tisser, mais aussi les déliaisons significatives qu’ils peuvent souhaiter, afin qu’ils tendent à mieux s’accomplir chacun et les uns les autres, et à mieux concevoir et promouvoir les moyens d’y parvenir.
A une telle perspective, on oppose couramment le risque du pire. Ce risque doit être résolument pris en compte. Mais la situation présente est elle-même si risquée qu’elle oblige à tabler, le plus lucidement possible, sur l’humain.
« L’humain d’abord », cela répond à tout un inhumain présent, dominant, et à toute une pseudo-humanité qui se donne pourtant comme ce qui peut se faire de mieux entre les hommes. Ce slogan indique que l’histoire, celle des sociétés et des individus, ne saurait s’en tenir à cela, notamment parce qu’il n’est pas un équilibre atteint qui ne soit d’une façon certaine en danger. Il reste donc légitime de chercher à mieux fonder, humainement et terrestrement, un équilibre global.
« L’humain d’abord », cela fait résonner une humanité commune, au-delà des clivages de classe, de compétence ou de quoi que ce soit. Encore une fois, il ne s’agit pas de prétendre démagogiquement que toutes les formes d’humanité se valent, mais de dire que ce qui, en dernière analyse, importe le plus chez chaque homme, c’est l’humain et la capacité de prendre en compte réellement, chez les autres, une telle « richesse de dimensions » (laquelle est inséparable d’un souci du simple vivant et de l’inerte).
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En société, « L’humain d’abord » ne renvoie pas seulement à des corpuscules séparés, mais à des ondes d’humanité. C’est toujours vrai, mais ce slogan en appelle à des ondes moins frigides et perverses que celles de la liquidité ambiante.
Il ne s’agit pas de promettre la lune de rapports idylliques, mais d’indiquer que, dans la méthode d’émancipation et autant que possible au-delà, importent des ondes humainement chaudes, une exaltation qui réarme, donne un sentiment profond d’être ensemble en tendant à mettre au meilleur de soi. C’est que, entre nous et en nous, le tissu humain a été gravement endommagé, notamment ces derniers temps.
Mais un tel appel à l’exaltation en est un aussi à l’effort rationnel. Concevoir une société qui tende à l’émancipation de ses membres, est aujourd’hui très ardu et requiert l’effort de beaucoup de gens. Aucun type d’experts ne saurait y suffire.
D’ailleurs, est-ce que l’investissement affectif et l’effort rationnel sont toujours contradictoires ? Certainement pas : tout dépend de quel genre d’affectivité et de quel genre de rationalité on parle. Par exemple, les mathématiciens les plus inventifs témoignent de ce que leur travail est loin d’être seulement sec. Il ne faut pas confondre la posture technocratique, la culture des seuls résultats, avec l’intelligence des processus, couplée à un souci authentique du bien commun.
Faire primer « L’humain d’abord », c’est en appeler à des dimensions humaines, multiples et indissociables, et historiquement situées, pour les mettre en œuvre le plus largement et intensément possible.
Ce slogan dit aussi clairement qu’il ne concerne pas seulement la population de notre pays. Il ne peut trouver de validité qu’en s’adressant au monde entier. Il dit qu’en dernière analyse la seule identité valable c’est celle d’être un homme, non pas en tant qu’essence donnée d’avance, mais en tant qu’histoire, individuelle et collective, qui reste à inventer.
Loin d’être opposable aux individus, ce slogan renvoie au meilleur de leurs ressources de singularisation et de socialisation. Il ne s’agit pas de substituer à une société massive une société plus massive encore ; il s’agit bien plutôt de démassifier les individus : de permettre à chacun un développement plus libre dans une société plus solidaire.
C’est là l’enjeu : il ne peut pas y avoir d’approfondissement démocratique sans « enrichissement » tendanciel de tous les individus, c’est-à-dire sans partage des bénéfices et de la sécurité, notamment économiques, sans partage des savoirs et des pratiques émancipatrices.
Voilà ce à quoi me semble renvoyer un slogan qui mérite d’être commenté par beaucoup d’autres.
Ceci encore pour finir : l’humus qui hante le mot « humain », en appelle non seulement à une unité maintenue de la terre, du végétal et de l’animal avec l’homme, mais aussi, comme le souligne souvent notre candidat, à toute une lignée de morts, la plupart du temps anonymes, qui nourrissent les luttes présentes.
C’est parce que, comme requête, « L’humain d’abord » vient de très loin qu’un avenir meilleur est possible, sans qu’il suffise pour l’inventer de copier un passé quelconque. Ce slogan renvoie donc, sur la base d’une culture historique, aux ressources d’invention de nombreux hommes vivants. Pour très importantes qu’elles soient, l’innovation et la recherche-développement techniques ne sont pas le tout de l’histoire en cours.
Réjouissons-nous que renaisse, à nouveaux frais et sous des formes diverses, un vaste mouvement de transformation qui tend à lutter sans concession contre tout un système fondamentalement inhumain, même quand il feutre ses façons de faire. Dans ce sens, agissons et incitons à agir, réfléchissons et incitons à réfléchir.
Février 2012, Gérard Lépinois
pour moi le mot qui parle le mieux de l'humain d'abord c'est bonté
et je pense à Tolstoï et quelques autres
la bonté est une pratique
elle rayonne et elle est individuelle
un enfant rayonnant dans un wagon attire tous les regards, l'agressivité des autres s'évanouit le temps de le contempler, il nous fait redevenir enfant, pas le capricieux, le tout puissant dans son désir ... JCG
Jean-Claude,
Oui, il faut appeler un chat un chat et oser tirer argument de la bonté dont tu parles. Oui, il faut se défier de la représentation et lutter contre le renouvellement des illusions (par exemple, un responsable local du parti de gauche est convaincu, ou fait comme si, de la possible victoire de Mélanchon à la présidentielle). En même temps, me semble-t-il, il faut rester attentif et épauler lucidement la renaissance d'aspirations positives ou seulement moins négatives. J'attends ton retour sur mon essai sur " l'humain d'abord ". Ce texte est sans doute bien trop abstrait. Un ami, auprès de qui je le testais, m'a sauvagement étrillé en parlant de blabla, de tissu de clichés. Pourtant, je n'arrive pas à le relire comme ça. Si tu penses qu'il peut servir de base de discussion, tu peux le publier sur ton site, en ajoutant après le titre, si tu en est d'accord, la mention " (texte très discutable) ". G.L.
Trois remarques :
1- l'humain d'abord est à mon avis, plus à l'oeuvre que ce que ton texte laisse entendre qui pointe plutôt l'inhumain de notre temps et de notre monde ; sans cet humain d'abord, à l'oeuvre quotidiennement dans le fait de faire l'amour, de faire des enfants, de les élever, éduquer et quantité d'autres actes et comportements, ce monde ne se perpétuerait pas ; le pouvoir du quantitatif, de l'inhumain est superstructurel si je puis dire et n'atteint pas l'essentiel, la puissance de vie, même si les pulsions de mort sont très présentes mais sur des marges (Withney Houston se bouzille, des millions d'autres trouvent à sourire à leur vie difficile)
2- le nom de l'humain d'abord c'est pour moi la bonté, attitude et pratique. La bonté chez quelqu'un se sent, certains en profitent mais pour beaucoup de gens, elle a un effet apaisant, elle décrispe les relations, elle décoince, elle est incitation faite à l'autre de se délivrer, se livrer, se dépasser. La bonté est souvent visible chez les enfants qui trop vite se durcissent au contact adulte.
3- pour Nietzsche, l'homme ne peut se réaliser que par son dépassement vers le surhomme ; l'humain d'abord qui fait appel au meilleur de chacun et de tous ne doit-il pas être tendu vers un surhumain ?
Jean-Claude Grosse
C'est précisément sur cet humain déjà à l'oeuvre que je voudrais inciter les gens à s'exprimer. Je n'ai heureusement pas fait mention de ce texte auprès d'eux.
Il me semble qu'on peut admettre que cet humain, vu en largeur et aussi en intensité, comporte une ou des tensions vers un surhumain, pour autant toujours humain (notion non statique et en partie nom vacant, ce qui est à la fois bien et dangereux).
Je suis d'accord sur la résistance du vivant par rapport aux superstructures mortifères, sur son indépendance relative par rapport à elles. Je m'inquiète pourtant beaucoup de l'interface plus ou moins grossière ou subtile qui permet à celles-ci de travailler le vivant, y compris de l'intérieur. G.L.
Comment trouver la voie du "Nous sommes le peuple. Le peuple c'est nous" "c'est à nous de décider, nous voulons décider", c'est la voie-la voix de la Commune, des conseils ouvriers et de tout un tas de formes dont j'ai vérifié en 68 en étant membre du comité central de grève de la ville du Quesnoy que ce sont des formes efficaces et réellement démocratiques au sens où la parole n'est pas confisquée, où elle est distribuée, où des votes concluent et cela quotidiennement pendant presque 3 semaines: il n'y avait plus de mairie mais des comités de grève et un comité central au niveau de la ville qui réglait en particulier le problème de l'approvisionnement
les représentants politiques ne nous représentent pas, ils nous présentent des programmes, on dit oui, on dit non, on s'abstient, parfois on manifeste ou fait grève, ce sont des sous-décideurs aux ordres à peu près des vrais décideurs et cela sur tout l'échiquier même si droite c'est pas gauche, extrêmes pas centre; pour être plus clair, je ne crois pas aux élections et aux partis (partis et élections, pièges à cons, confiscation de la démocratie) pour changer les règles du jeu économique, je crois que c'est par des mouvements de fond que peut-être, on pourra faire bouger les choses
le mouvement des indignés existe sans doute encore, même à Toulon paraît-il mais il faut plus de visibilité; aujourd'hui ce qui a été visible en espagne, aux USA ... travaille sans doute dans les quartiers, presque souterrain
certes, il n'y a pas de fatalité mais la démocratie participative, les jurys citoyens de 2007 ça n'a pas permis de gagner le pouvoir, c'était pourtant de bons outils contre la fatalité économique (si la raison commandait nos votes mais ce n'est pas le cas, c'est l'affectif, le ressent, des sentiments et la politique (politicienne) tricote avec ces sentiments
Hollande est en retrait sur l'essentiel, notre pouvoir, et on voit bien qu'il ne va pas vers le peuple pour lui donner le pouvoir; on sera "nécessairement" cocu
il y a Mélenchon mais il reste un homme d'appareil, trop lié à des appareils comme la confédération des syndicats européens mais pourquoi pas au 1° tour ? JCG
Dans mon message précédent, je me suis laissé emporter par un fantasme: nous sommes le peuple
qui peut croire aujourd'hui que le peuple existe, qu'il puisse s'incarner, se rassembler
s'il y a une manif d'un million de gauche, il y aura une manif de droite d'un million
si manif pour l'école laïque, il y aura manif pour l'école privée aussi puissante
on a connu ça en 68 et après
quant à chacun de nous, on est clivé
électeur, je vote écologiste par exemple mais dans mon quotidien, je ne diminue pas mon empreinte carbone; vive le BSF (bio fuel systems) qui va me permettre de continuer à produire du CO2
et l'homme du quotidien l'emporte sur l'électeur, il agit, l'autre délègue à des représentants, soulagé de n'avoir pas à se coltiner avec la politique tous les jours, seulement tous les 5 ou 6 ans
salarié, je veux gagner plus, consommateur payer moins
le consommateur l'emporte sur le salarié avec les conséquences qu'on connait
mettre de l'ordre dans nos comportements est-il possible ?
cela seul pourrait peut-être nous construire comme peuple, comme humanité après nous être construit ou en même temps comme homme humain c'est à dire bon; la bonté est une attitude et une pratique; elle apaise, décoince, décrispe, certains en profitent qui prennent les bons pour des cons ...
L'humain d'abord dit un slogan de je ne sais quel front
que veut-il dire ?
l'art d'être vide alors que c'est si important
mais un slogan c'est fait pour aller à la pèche
chaque candidat pariant sur la base de données statistiques et d'un ressenti de l'état d'esprit du pays (ça va se jouer au centre, ça va se jouer sur des thèmes très droitiers et que sais-je; c'est super mieux que le super loto; la France est en train de s'emballer pour ce cirque)
on peut en dire autant de
La France forte (avec Sarkozy sur fond de mer grecque, même pas française ! fallait oser !)
Le changement c'est maintenant
Un pays uni, rien ne lui résiste
L'esprit du peuple, la voix de la France
Votez juste, votez avec votre coeur
ce sont les principaux slogans de l'actuelle campagne JCG
Voici un texte de plus de Laurent Carle, on ne peut plus clair, sur l'école. Quand entendra-t-on ces voix ? Voir les deux messages en bas de l'article.
grossel
Quel est le programme : améliorer l’école ou la changer ?
Témoignage : « J'en aurais des pages entières à raconter, de la cruauté de l'instit, de ses injustices, de ce que tous les enfants "en difficulté" sont assis au fond de la classe, sans qu'elle ait un regard pour eux, sauf à aboyer toute la journée contre chacun des gosses des deux derniers rangs, quoi qu'ils fassent, du mépris qu'elle a pour les AVS à qui, elle ne dit jamais "bonjour", des ignorances qui sont les siennes, et des erreurs qu'elle enseigne... »
Ce témoignage d’une situation banale met en lumière un des effets inattendus et indésirables, mais logique et prévisible, d’une organisation calquée sur le modèle militaire : une classe, un maitre à l’année et par matière, un unique emploi du temps pour tous, le même cours à heure fixe à destination d’un regroupement « homogène » d’élèves d’âge identique et supposés de niveau égal, uniformes et indifférenciés, censés recevoir les savoirs et exécuter en chœur les consignes d’un enseignement centré sur un individu au pouvoir hégémonique. Des potaches, petits fantassins privés d’initiative personnelle et d’autonomie, s’y livrent aux mêmes gestes à la même heure, sous le contrôle du détenteur de l’autorité scolaire, à la fois enseignant et lieutenant. Quand la compétence pédagogique se limite à l’enseignement frontal, sans autre alternative, le maitre omnipotent ne sait que faire des élèves en difficulté qui ne suivent pas la progression du programme. Les différents et les déficients, qui mettent en difficulté l’enseignant qui n’a pas appris à gérer la diversité, sont indésirables mais tolérés ou, parfois, ici, relégués en fond de classe comme dans une cruelle caricature. Faute d’équipe, faute d’échanges pédagogiques avec les collègues, chacun improvise comme il croit que ça se fait, souvent maladroitement, à partir des pratiques traditionnelles vues et entendues ici ou là.
Cette instit est-elle représentative ou marginale ? Là n’est pas la question. Il faut plutôt se demander :
que fait-elle ici, pourquoi lui a-t-on confié des enfants, comment, sur quels critères et par qui a-t-elle été sélectionnée à l’entrée ?
pourquoi une institution éducative publique et républicaine tolère-t-elle des mesures d’exclusion inhumaines et racistes, à quel niveau de la hiérarchie se situe le consentement tacite ?
qui l’a formée, des pédagogues, des psychologues, des gardiens du temple, de la liturgie et de la tradition, des conservateurs de musée ?
Et encore :
qu’est-ce qu’apprendre à l’école aujourd’hui, recevoir une vérité révélée et désincarnée pour catéchumène voué à la transcendance de l’esprit saint qui l’inonde de sa lumière et de sa grâce, se soumettre à une obligation d’obéissance militaire ou, plus que simple restitution de l’enseignement reçu, s’approprier librement et volontairement les savoirs, dans une logique d’autonomie et d’esprit critique, droit humain fondamental et concret ?
ces savoirs sont-ils propriété de l’institution fermière à qui l’état délègue sa mission éducative ?
l’école en a-t-elle le monopole du mode de transmission et du choix des bénéficiaires, ou ces démarches d’instruction et d’éducation sont-elles des biens communs inaliénables devant profiter à tous ?
est-il encore possible de recentrer l’école sur les enfants ou est-elle définitivement la Maison des enseignants où les élèves ont le statut d’étranger immigré ?
peut-on améliorer l’école et comment l’améliorer ? Avec plus de moyens et plus de profs pour moins d’élèves ? Pour faire plus de compétition dans de meilleures conditions ? On améliorerait alors, comme toujours, le confort des gagnants et des enseignants. On accroitrait le nombre de perdants. Le vingtième d’une classe à 25 deviendrait dernier dans une classe à 20. À 25 il passe, à 20 il redouble. Plus de moyens pour faire plus de compétition aggrave les échecs, donc les inégalités scolaires reproductrices des inégalités sociales.
Selon qu’on choisit un enseignement magistral simultané ou une pédagogie active et différenciée avec enseignement mutuel et coopératif entre pairs, selon que l’on opte pour le didactique ou pour le pédagogique, on convoque deux conceptions opposées du monde, de la vie, de l’enfance, de la transmission des savoirs, de l’apprentissage, de l’éducation, de l’homme. Deux choix de société, aussi ! iL’école est la mère de la société et le berceau de la démocratie, de la démagogie ou de la dictature. Au choix ! Représentation rarement présente dans les esprits.
Selon les pratiques traditionnelles, dont la vocation parfois avouée est de préparer et d’entrainer à passer des examens avec succès, l’école n’est pas un espace de démocratie où l’on apprend à vivre ensemble dans un respect mutuel, mais un lieu de compétition individuelle où ce sont toujours les enfants des milieux favorisés qui gagnent. La devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » y sonne comme une formule creuse, une abstraction qu’on enseigne à l’occasion d’une leçon d’histoire ou d’instruction civique, mais à laquelle on n’aspire jamais pour ici et maintenant. L’école cloisonnée en classes étanches ne reconnait aux élèves aucun statut.L’accès aux droits civiques est reporté à l’âge légal de majorité. En attendant, aucune citoyenneté n’est au programme éducatif dans ses murs. Et, quand on est privé du statut de citoyen, si, relégué au fond de la classe, on dégringole encore d’un degré, comme ici, on perd aussi celui d’être humain et les droits qui vont avec. Le pouvoir exécutif, judiciaire ou législatif, spirituel et temporel, est concentré sur la tête d’un maitre monarque qui donne la parole ou la censure, juge, note, récompense ou punit à son gré, selon des critères plus personnels qu’objectifs. Il s’entoure, quand il en trouve, de quelques nobles privilégiés ; trois ou quatre enfants d’enseignants ou de bonne famille et de bonne culture, bons élèves. L’appartenance à ce cercle d’élite se mérite par de bonnes notes, baptisées bons résultats, qui en faisant honneur au maitre font preuve de la qualité de son enseignement. À l’autre extrémité, les mauvais se reconnaissent à leurs notes proches du zéro d’infamie, alourdies de troubles du comportement. Entre ces deux groupes lointains qui se distinguent et s’ignorent mutuellement, une majorité silencieuse de spectateurs neutres et polis, masse anonyme et soumise. Les profs, anciens premiers de classe, n’ont jamais eu, élèves, de relation de camaraderie avec les bannis qu’ils côtoyaient sans s’y joindre. Ils ne les découvrent, trop tard et démunis, qu’à l’instant de les enseigner. L’école ne prévoit pas d’enseignement « normal » approprié pour les enfants qui ne sont pas de bons chevaux. Elle ne sait qu’en faire. Maternellement respectueuse, elle les nomme enfants en difficultéet leur propose une structure d’adaptation, voire une officine de soins externe. Mais auparavant, elle les étiquète mauvais élèves, les stigmatise, les met au ban et les punit. Car, ici, l’estime et le respect pourtant dus à tous sont relatifs à la note. Tantôt sanctionnés, tantôt soignés, ils perdent tout espoir de diplôme et, par conséquent, toute motivation à « travailler ». Aucun projet de campagne républicain, politique ou pédagogique ne s’annonce pour les restaurer dans leur dignité. Le sort des perdants de la compétition reste au bon vouloir du maitre qui gouverne sa classe sans contrôle, sans supervision et sans aide psychopédagogiques, qui s’aligne sur le savoir-enseigner des anciens, et que l’état « moderne » jugera à son pourcentage de diplômés. Cette liberté de gouvernement sans droit écrit, sans parlement, sans échanges, tout entière réglementée par un droit coutumier remontant à une époque lointaine que les mémoires n’ont pas conservée, entraine le genre d’abus didactiqueci-dessus. Tous les abus, même rares, sont en germe dans l’énoncé des « devoirs » de l’enfance scolarisée, dans les didactiques dominantes, dans l’individualisme, l’isolement et la moralisation des conduites d’apprentissage, dans l’obsession de la préparation précoce aux examens et aux concours, dans le « chacun pour soi et contre tous ». L’exclusion des différences, surtout celles du niveau inférieur, qu’elle soit externe ou interne, participe de la même volonté de maintenir à tout prix l’homogénéitéqui permet de faire la leçon-type simultanée à un groupe théoriquement uniforme d’individus idéalement identiques. Or, l’homogénéité réclamée par l’enseignement magistral ne sera jamais atteinte par la réduction des effectifs et le tri des écoliers. La classe homogène ne peut être réalisée concrètement qu’avec un seul élève. Encore, celui-ci oscillera-t-il, au gré des notes, entre premier et dernier de sa classe ! L’homogénéité relative, là où on l’obtient, est le rassemblement d’enfants issus de la même classe sociale, forme scolaire de l’apartheid.
Le système de récompense-punition avec ses stimuli artificiels finit par couper l’enfant de ses capacités propres, de ses désirs, de sa pulsion épistémophilique, par culpabiliser le « mauvais », celui qui collectionne les « mauvaises notes » pour commencer, et qui, pour finir, se décourage et renonce à apprendre après avoir découvert que ce n’est pas pour lui qu’il « travaille ». L’échec scolaire est contenu dans les méthodes d’enseignement et dans la notation.iiL’évaluation par notes et classement produit forcément des derniers qu’il faut exhorter à mieux « travailler » pour laisser leur place à d’autres derniers qu’il faudra exhorter à… Persuader l’élève en difficulté qu’il est responsable de ses échecs et de son malheur, est une attitude « éducative » banale. Ainsi vaincu et blâmé pour sa mauvaise place d’arrivée… et de départ, il se résigne à l’idée qu’il est congénitalement ignorant et, surtout, incapable d’apprendre. Il n’envisagera jamais que s’il ne réussit pas dans l’école de la compétition, il pourrait peut-être apprendre ailleurs, dans une école de coopération, si elle existait. Il faudrait y penser. Or, une école, obsédée par le mérite et l’excellence, par l’homogénéité qui exclut les différences et façonne uniformément les esprits sous dépendance pour mieux sélectionner, qui permet cette violence tranquille, cette cruauté quotidienne, est une institution barbare. On y rencontre peu de démocrates optimistes, humanistes, à l’aise dans l’autonomie, la cogestion et l’hétérogénéité qui rassemblent et unissent fraternellement. Pour cause, l’idéologie du mérite et de la religion : « hors de l’école, point de salut ! » C’était déjà ainsi, il y a trente ans. Ce l’est encore et depuis toujours ! Comment des individus, qui n’ont pas appris à vivre en démocratie quand ils étaient élèves, êtres de devoir sans droits, deviendraient-ils spontanément démocrates une fois adultes ? On devient naturellement citoyen de la république quand on a d’abord été citoyen de sa classe et de son école. Les autres seront bons consommateurs à crédit et piètres citoyens, proies faciles de la publicité commerciale, de la propagande des démagogues, des tribuns séducteurs, prometteurs de chimères et vendeurs de salades. Et s’ils deviennent fonctionnaires de l’enseignement, ils se conformeront sans esprit critique à l’idéologie dominante, aux théories conservatrices des didacticiens savants soi-disant pédagogues, marchands de manuels. Toutes inclinations conduisant à des abus didactiques, tel celui rapporté par ce témoignage. La France, pays des droits de l’homme et de la révolution, mérite mieux que des sujets soumis.
Comment faire admettre par les adultes l’accès des enfants à la citoyenneté de leur école ? Pourquoi ne pas faire passer, à l’entrée dans la profession, des tests d’aptitude, de motivation, de personnalité et, pourquoi pas, de citoyenneté aux candidats, au lieu de recruter sans sélection et sans discernement tous ceux qui se présentent ? iiiPeut-être aussi, instituer la parité sociale et sexuelle dans la mixité professionnelle ? ivLes premiers responsables du racisme ordinaire, ce sont les politiques satisfaits de leur propre parcours, indifférents aux drames quotidiens de l’enfance scolarisée qui ne vote pas et complaisants envers la profession parce qu’elle représente un nombre important d’électeurs.
L’école démocratiqueest celle qui se donne comme obligation immédiate de donner à tous un statut d’apprenant-chercheur, acteur coopérateur d’apprentissages et de mise en commun des savoirs. Celle que nous connaissons, l’école sélective, se donne comme obligation de moyens de donner à tous, sans y parvenir, l’égalité des chancesde gagner une compétition qui n’a pas lieu d’être dans une institution éducative. vOn ne peut pas réformer de l’intérieur une école qui punit l’échange et l’entraide. La majorité des gens qui y travaillent confondent école et temple, éducation et catéchisme, enfants et pécheurs. Les pédagogues y sont si rares qu’il faudrait un pédago-détecteur pour les découvrir. Ce serait plus productif de la dissoudre pour la refonder. C’est au pouvoir politique de le faire, comme le fit le gouvernement finlandais dans les années 90. Dans les programmes électoraux des candidats étiquetés de gauche, s’affiche le désir d’une école démocratique. Mais pour la réaliser, ils envisagent uniquement le rétablissement des moyens supprimés par la droite. Aucun candidat ne mesure, ni ne prévient le risque defaire plus de la même chose, comme s’il se satisfaisait d’une école qui n’aurait pour but que de se reproduire elle-même et de perpétuer la division sociale en maintenant chaque individu dans sa classe d’origine. Les pauvres surtout, par la trajectoire de l’échec. L’idée reçue qui domine dans la théorie, dans les décisions politiques et dans les textes, c’est que la réussite au concours de recrutement pose sur la tête de chaque candidat admis l’auréole du saint pédagogue et qu’enseigner avec la bénédiction de l’état suffit à chacun pour savoir donner à tous la connaissance et l’éducation. Aucune sélection, aucune définition claire et précise de ce que devrait être un éducateur en pays démocratique ! Un gouvernement qui se contente de donner le programmeet les moyens qu’il juge indispensables pour « réussir », sans les accompagner d’un projet pédagogique, n’est pas un gouvernement de gauche. La politique du laisser-faire, du « je vous donne les moyens, vous en ferez bon usage, je vous fais confiance ! », affichée ou masquée par tous les gouvernements, de droite et de gauche, depuis Jules Ferry, encourage chez les enseignants, sans le formuler expressément, la posture de juge-arbitre de la compétition.
Qu’attendre d’un gouvernement démocratique ?De la proportionnelle dans les suffrages, oui, mais surtout de la mutualité dans les apprentissages ! La démocratie sociale tarde, celle des patriciens s’attarde. Si l’on veut éduquer les jeunes générations à vivre démocratiquement dans une république du partage, de l’échange, de la solidarité, de l’intelligence sociale et de la connaissance humaniste, il faut renouer avec un projet éducatif socialiste, comme le plan Langevin-Wallon, dans une autre école, une école nouvelle. vi Si l’on se résigne à lâcher nos enfants dans l’arène de la société du diplôme commercialisé, de la consommation et du marché, livrée à la concurrence « libre et non faussée » du traité de Lisbonne, il suffira de créer quelques milliers de postes d’enseignement et d’augmenter les salaires des profs. La concurrence libre et non faussée conduit l’humanité à la catastrophe. L’issue est dans la coopération et la fraternité. Un autre monde est possible. Encore faut-il que les enseignants encouragent l’entraide et la solidaritéau lieu de les interdire !
Laurent CARLE (février 2012)
i Je ne parle pas de choix individuels - pour pouvoir choisir il faut se voir présenter plusieurs possibilités -, mais de choix politiques. L’enseignement magistral par classes de niveau du XXIe siècle fonctionne selon le modèle inventé par Jean-Baptiste de La Salle, fondateur de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, au XVIIe siècle. Il était adapté à la société de privilèges de l’Ancien Régime. L’école française contemporaine, résolument traditionnaliste, considère ce modèle comme unique et ignore ceux plus récents du XIXe et du XXe siècles. Les choix volontaires individuels, même s’ils ne sont pas encouragés, sont pourtant possibles, puisque les pédagogues démocrates les font.
ii La plus grave des aberrations, bien avant la notation et les classements, est l’enseignement de la lecture avec méthode et manuel uniques, qui contraint les élèves d’une même classe à mémoriser en même temps à l’unisson la même lettre, le même « son », la même syllabe, le même mot. Le pire est cet enseignement de la lecture à l’unité qui divise et morcelle la langue en éléments abstraits, insensés et incompréhensibles, sans rapport avec la vraie lecture adulte. Enseignement méthodique à haut pouvoir discriminant, qui autorise à déclarer en échec les élèves « qui ne suivent pas » la méthode.
iii Aimer apprendre, aimer enseigner, aimer éduquer, aimer transmettre, aimer lire, aimer la culture, aimer la compagnie des enfants ou des adolescents, aimer les échanges et les relations humaines, être autonome, ouvert au changement, audacieux, sociable, créatif, coopératif, humaniste, anticonformiste, démocrate, sont les conditions nécessaires mais non suffisantes. Le reste, il faut l’apprendre en formation, à condition que les formateurs remplissent, eux aussi, ces nécessaires conditions et se soient formés avec d’authentiques formateurs de formateurs, non avec des conservateurs de musée, gardiens des dogmes et de la liturgie.
iv Loi de la variété requise, de Ross Ashby : « Plus un système est varié, plus le système qui le pilote doit l'être aussi. Varié, au sens de complexe, représente le degré de complexité, c'est à dire la quantité de comportements et d’états différents dénombrables dans un système. »
v La déclaration de l’égalité des chances légalise la condamnation des perdants qui n’auraient pas su saisir la leur.
vi « L’enseignement méconnait dans l’élève le futur citoyen. Il ne donne pas une importance suffisante à l’explication objective et scientifique des faits économiques et sociaux, à la culture méthodique de l’esprit critique, à l’apprentissage actif de l’énergie, de la liberté, de la responsabilité. Or, cette formation civique de la jeunesse est l’un des devoirs fondamentaux d’un état démocratique et c’est à l’enseignement public qu’il appartient de remplir ce devoir. »
Plan Langevin-Wallon. 1947.
Je suis en accord total, ou presque, avec ton texte, parfaitement finalisé dans la forme par ailleurs. Rien à redire, donc. Texte d'actualité, très bien venu :
"nos milieux" s'agitent beaucoup autour de la question scolaire, des projets s'élaborent dans divers groupes, c'est le moment d'avancer autre chose que des banalités...
Je viens de le mettre en ligne :
http://dcalin.fr/publications/carle38.html
Daniel Calin [daniel.calin@free.fr]
Merci de ce beau texte que je mets au plus vite sur mon site. Prends soin de toi.
Amitiés
Philippe Meirieu
Philippe Meirieu [philippe.meirieu@orange.fr]
LES RABATTEURS
Certains l’auront vue cette photo à la une de Libération (7/02) : Mélenchon noir sur blanc d’allure sombre accompagnée,
la photo, de ce triple « IL FAUT FRAPPER, FRAPPER, FRAPPER » et j’avoue qu’en première analyse rien ne me frappa plus que le fait d’une couverture, enfin !
Sauf qu’un camarade ami, plus perspicace, m’oblige à reconsidérer l’affaire sous un autre angle. Si la frappe avait été
suivie du motif - la finance - tout était subitement remis dans l’ordre des choses prioritaires pour une “gauche“ digne de ce nom. Sans ce “complément d’objet direct“, me faisait-on remarquer,
l’autre Mélenchon apparaît comme étant la brute de service qui va cogner, cogner, cogner tous azimuts. Ce glissement est sémantique, ce dérapage est politique. Suffisait d’ailleurs de lire
l’éditorial signé Demorand s’appliquant à savonner la planche, cherchant au passage, m’aura-t-il semblé, une revanche à sa ridicule prestation grenobloise (*) face au “frappeur“.
Demorand écrit : « Mélenchon en campagne, invité de Libération pour une interview menée par l’ensemble de la
rédaction.{…} Quitte (aussi) à ne pas répondre, en dialecticien habile, aux questions trop précises sur son programme économique ou la sociologie de son électorat », il est fin savez-vous,
Demorand, il subodore, il débusque. Il flaire le bon morceau pour le jeter aux chiens.
« …la modernité n’a rien changé au vieux rapports de force , de la politique à l’ancienne : classe contre classe » ce
qui conduit Mélenchon à « “frapper, frapper et frapper encore“ le capitalisme financiarisé, les tenants du réalisme, les timorés de la laïcité, avec une force et un appétit disparus de longue
date du camp républicain. » sans oublier le Front National que Demorand n’oublie pas dans un panégyrique qui ressemble à un lac gelé à la veille de la débâcle. Il suffirait en effet de
souffler sur les brandons dispersés çà et là pour que l’on comprenne aussi que le bonhomme Mélenchon est très dangereux finalement ; suffit d’ailleurs de voir le montage photo des pages suivantes
: trois sur la même ligne, aussi sombres l’une que l’autre, dans le ton de la manchette, on ne risque pas de perdre le fil conducteur ; or deux sur trois sont la même épreuve dupliquée qui
encadrent la troisième. Curieux procédé. Il y a quelque chose de… on hésite à se prononcer, l’hésitation permet l’arrêt sur les images presque sinistres, répétitives, comme obsessionnelles, on
hésite et puis subtilement, subrepticement viennent les analogies : KGB ? STASI ? Sombre apparatchik ? A l’ancienne… à l’ancienne… Classe contre classe… Lénine, Trotsky, Mao tout est bon qui
pourrait faire lever le lièvre.
Il se trouvait des chiens de garde et des blaireaux, voici les rabatteurs !
D’autres feront le sale boulot : frappez, frappez, frappez… sur Mélenchon, sur ce qu’il représente c’est à dire. Le
Monde aura peut-être compris le signal qui titre dans sa présente édition « Mélenchon - Le Pen, le match des populismes » (8/02) Marine Le Pen accrochée à la locomotive Mélenchon par le tiret !
Ce tiret est leur profession de foi, leur testament, leur courte ligne politique.
Après avoir consigné la feuille de route hollandaise (L 358), ils localisent les cibles à abattre. Non pas la Le Pen
qui est placée dans ses attributs en l’occurrence, mais l’autre qui l’entraîne dans son combat, la soutiendrait en quelque sorte, par sa force et sa violence. Les deux font la paire en somme,
pour le distingué quotidien de révérence. Trois sous-titres savamment distribués : 1. « La candidate un Front national et celui du Front de gauche s’invectivent l’un l’autre sans ménagement. » ;
2. « Défendant des programmes radicalement différents, ils courtisent tous deux la “France du non“ {Non au projet de constitution européenne, je précise}» ; 3. « La conquête de l’électorat
ouvrier est un des enjeux majeurs de l’affrontement des deux leaders ». Voici le combat mené sur l’Aventin, loin des grandes batailles, loin des affrontements qui ont un sens, qui se déroulent
selon les règles, à quelques dérapages près. Les populistes, d’un côté, et leurs démêlées qui, quoi qu’on en dise, se valent ; les grands de ce monde, d’un autre côté, sans concession mais
empreints de solennité, ils se doivent bien ça.
Un instant, revenons sur la charnière qui fait relier l’esbroufe à l’esbroufe dans le tableau Mondain : s’invectivent
les deux furieux, ils pêchent dans le même marigot, chacun pour sa paroisse, ils ont un gibier en commun : les Français qui ont voté NON au référendum européen. Le Monde, combattant feutré de la
dernière averse, vient d’armer son fusil à tirer dans les coins. Les Le Pen étant ce qu’ils ont toujours été, leur comportement ne déroge en rien de leurs habitudes ; en revanche, puisque situé
sur le même terrain, attelé au Front national, le Front de gauche devient immédiatement suspect. Il disputerait la gamelle là où il penserait pouvoir en prendre un maximum. La conclusion vient
d’elle-même, formulée ou pas : ils mangent au même râtelier. Le principe de l’amalgame est un vieux trucage de Jésuite, utilisé ici par de fins connaisseurs, orfèvres en la matière. D’autres nous
ayant déjà affirmé qu’on ne pouvait parler sérieusement de choses sérieuses - d’économie vous m’avez compris ! – avec le castagneur tête de série que vous savez, ceci confirmera cela
d’autant.
Le rabatteur parcourt la broussaille des idées révolutionnaires, décrétées caduques par le bruissement idéologique de
tout ce qui spécule, de tout ce qui moralise, de tout ce qui s’enfuit mallettes à la main ou par opérations internautiques et planque déjà son fric, son pognon, ses “avoirs“, sa richesse, sa peur
en Suisse, au Royaume-Uni… : « Nous nous préparons à leur arrivée (de très riches industriels clients d’un family office de Genève) , car les vaches à lait maltraitées finiront par aller brouter
chez nous » (Le Monde 7/02). Le rabatteur est content, le chasseur aussi, durant que les broutards se mettent à l’abri, le petit monde des citoyens de la basse-cour – où nous devrions picorer
nous tous, les voteuses et voteurs du NON plus que d’autres – devrait voir ses certitudes et ses rêves abattus en plein vol. Car l’essentiel est de faire perdre l’envie, de brouiller la vue et de
désespérer le populo (“classes moyennes“ incluses).
Sauf que ça ne se passera pas comme ça ! Le monde change, mesdames messieurs de la haute, contre vous. Il vous
embarquera en galère, il vous manifestera sa grande impatience de vous voir “DÉGAGER“.
Une remarque enfin . Elle concerne la confusion, délibérément entretenue, entre violence et véhémence. Il n’est pas
violent Jean-Luc Mélenchon, je le soupçonne même du contraire, je soupçonne une ressemblance entre nous –que je limiterai au constat qui va suivre – natifs d’Afrique du Nord, l’un à Tanger,
Mélenchon, l’autre en Algérie j’ai appris, à l’adolescence, les rudiments de la politique, au Maroc moi aussi ; nous avons dû nous extraire - à grands renforts de résistance houleuse en ce qui me
concerne - de la glue des racismes ordinaires, de la paranoïa de l’être menacé, du sentiment adjacent de supériorité “civilisationnelle“. Nous avons forcément appris la véhémence en même temps
que la haine de la violence tellement vulgarisée dans notre milieu. La véhémence de ceux qui ne supportent ni l’injustice ni l’hypocrisie des repus et des aplatis. Difficile à maîtriser sans
doute, il faut du temps pour en comprendre et la genèse et la nature, pour la distinguer de l’insulte ; la véhémence est le socle, le moteur, de la révolte à ses origines, de la révolution dans
sa maturité.
Autre chose sera sa vie de militant, l’homme Mélenchon débordé par le destin et les hasards de sa trame qui pourront
l’entraîner vers la “tactique“ amplifiée et envasée par la “stratégie“ et faire en sorte qu’il se trouve repris dans le filet d’obligations opportunes voire opportunistes. Si de ces points de
vue, qui sont ceux du sous-sol, est perdue la vision d’ensemble alors se seront embourbés les espoirs du militant et les nôtres par la même occasion.
Raison de plus pour laquelle il nous faudra penser et repenser et rechercher encore et encore, au-delà du silence qu’on
voudrait leur imposer, les courants et les limons déposés, dans monde entier, des grands mouvements “indignés“ du printemps et de l’été 2011.
Une force, une boussole, c’est ce que je me dis en tout cas…
Robert
(*) Forum organisé par le journal à Grenoble sur le thème “Vive la République“.
Nous publions le texte de l'Institut Psychanalytique de l'Enfant qui est une première réflexion sur la situation
actuelle dont les enjeux sont lourds pour les jeunes autistes, leurs parents et tous les praticiens qui sont confrontés à leurs difficultés.
Nous invitons tous ceux qui approuvent ce premier texte à l'afficher dans les institutions où ils travaillent et de l'y
diffuser. Il est urgent d'engager le débat pour approfondir l'analyse de la gravité du contexte dans lequel ces praticiens exercent leurs professions respectives.
Il est urgent d'informer tous les parents de cette gravité qui concerne tout un chacun.
Judith Miller
AUTISME ET PSYCHANALYSE :
nos convictions
L'Institut psychanalytique de l'Enfant a pris connaissance ces
derniers mois d'une étrange campagne qui vise à exclure la psychanalyse de la prise en charge des enfants et adolescents autistes. Cette campagne culmine maintenant avec une proposition de loi
qui a fait réagir tous les représentants professionnels1 et les plus grandes associations familiales (UNAPEI).
Ladite campagne procède d'un intense travail de lobbying qui allègue
des intentions louables : améliorer les conditions d'une catégorie de la population. En fait, il s'agit pour ses promoteurs d'obtenir des pouvoirs publics des subventions massives au bénéfice de
méthodes de conditionnement, de façon à offrir des solutions ready-made aux familles qui cherchent avec inquiétude des solutions là où il y a une réelle pénurie d'accueil
institutionnel.
L'Institut psychanalytique de l'Enfant réunit des psychanalystes, des
intervenants d'institutions spécialisées – psychiatres, psychologues, infirmiers, orthophonistes, psychomotriciens –, des professionnels du champ de l'enfance – enseignants, éducateurs, juristes,
médecins… – qui agissent depuis de nombreuses années auprès des enfants en souffrance, en s'orientant de la psychanalyse, de Freud, de Lacan et des avancées les plus actuelles de la recherche
clinique.
C'est à ce titre que l'Institut psychanalytique de l'Enfant, par sa
Commission d'initiative, souhaite prendre position. Il s'agit ici de témoigner des principes qui gouvernent notre action.
1 – Rappelons qu'en France, à partir des années 60-70, ce sont les psychiatres d'enfant et les psychologues formés à la
psychanalyse qui commencent à se préoccuper du sort des enfants autistes jusqu'alors placés en hôpital psychiatrique ou en institution fermée, où la dimension déficitaire était prépondérante. Ils
prennent appui sur les psychanalystes anglo-saxons Frances Tustin, Margaret Malher, Donald Meltzer, et sur l'institution de Maud Mannoni « l'École expérimentale de Bonneuil », avec les travaux de
Rosine et Robert Lefort, élèves de J. Lacan. L'ensemble de ces travaux donne aux praticiens – psychiatres, psychologues, infirmiers, éducateurs, orthophonistes, psychomotriciens - l'idée d'un
traitement possible et d'apprentissages qui tiennent compte du symptôme du sujet, au delà de la coercition. Les hôpitaux de jour, dans le mouvement de sectorisation de la psychiatrie, se créent
dans cette perspective. Il s'agit d'offrir un accueil qui ne soit pas basé sur le déficit et qui tienne compte de la particularité de chaque sujet. La situation familiale fait partie de cette
particularité, car les constellations familiales sont loin d'être toutes identiques. Les parents sont reçus, écoutés. Les enfants, les adolescents, sont reçus dans des petits groupes, sollicités
pour des « ateliers » où peuvent se décliner leurs intérêts. Dans les moments de repas, de jeux, d'étude, ils expérimentent de nouveaux rapports avec les objets et avec les demandes, avec ce qui
structure le monde de tous les enfants, mais dont les enfants autistes se défendent.
2 – Cette longue expérience de diagnostic, d'accompagnement des familles, de mise en place de parcours spécialement
tissés pour chacun, a fait l'objet de nombreuses publications et de recueil de travaux. Elle n'aurait pas pu se soutenir sans la référence quotidienne à la psychanalyse, à son corpus textuel, à
son enseignement vivant. Comment situer aujourd'hui la place de la psychanalyse dans le traitement de l'enfant autiste ? Nous proposons 5 axes de réponse :
- La formation analytique, c'est-à-dire l'expérience d'une
psychanalyse personnelle, donne aux intervenants un outil puissant pour situer leur action auprès des sujets autistes à la bonne distance, en se tenant à distance d'idéaux de normalisation ou de
normalité incompatibles avec l'accompagnement professionnel de sujets en souffrance.
- Ce respect de la position du sujet est la boussole qui oriente en
effet cette action. Il ne s'agit en aucun cas de laisser l'enfant, l'adolescent, être le jouet par exemple de ses stéréotypies, répétitions, écholalies, mais, en les considérant comme un premier
traitement élaboré par l'enfant pour se défendre, d'y introduire, dans une présence discrète, des éléments nouveaux qui vont complexifier « le monde de l'autisme ».
- L'enjeu est d'abord que puisse se localiser pour l'enfant l'angoisse
ou la perplexité que déclenche en lui l'interpellation d'un autre et la mise en jeu des fonctions du corps dans leur lien avec cette demande – se nourrir et se laisser nourrir, perdre les objets
urinaires et anaux, regarder et être regardé, entendre et se faire entendre. Les psychanalystes ont depuis longtemps noté la dimension de rituels d'interposition que constituent de nombreux
traits symptomatiques invalidants. La création ou la découverte par l'enfant d'un « objet autistique », quelle qu'en soit la forme, est souvent une ressource féconde pour créer des liens et des
espaces nouveaux, plus libres des contraintes « autistiques ».
- Les psychanalystes ne contestent en aucune façon l'inscription des
enfants autistes dans des dispositifs d'apprentissage. Ils mettent au contraire en valeur que le sujet autiste est déjà bien souvent « au travail ». Les autistes dits « de haut niveau »
témoignent en ce domaine d'un investissement massif de la pensée, du langage, et du domaine cognitif, où ils trouvent des ressources inédites. Plus généralement, pour tous les enfants, les
praticiens cherchent à privilégier les approches pédagogiques et éducatives qui savent s'adapter pour faire une place aux singularités sociales et cognitives des enfants autistes. Enseignants et
éducateurs témoignent, au sein de l'Institut psychanalytique de l'Enfant, de ce qu'ils ont élaboré avec l'enfant ou l'adolescent.
- En revanche les psychanalystes s'élèvent avec la plus grande force
contre des méthodes dites « d'apprentissage intensif», qui sont en réalité des méthodes de conditionnement comportemental, qui utilisent massivement le lobbying, voire l'intimidation, pour
promouvoir des « prises en charge » totalitaires et totalisantes, qui s'auto-proclament seul traitement valable de l'autisme. Loin de cette réduction, il faut différencier les différentes
approches de l'apprentissage. Les psychanalystes et les intervenants, regroupés au sein de l'Institut psychanalytique de l'Enfant, représentant toutes les catégories professionnelles présentes
dans le champ de l'enfance, se déclarent tout spécialement attachés, pour les enfants et adolescents autistes, aux systèmes de soin et d'éducation existant en France, tant qu'ils permettent
de répartir les responsabilités respectives et différenciées entre les professionnels du soin, de l'éducation, et les parents.
3 – Les classifications actuelles des troubles mentaux – spécialement le DSM – jettent une grande confusion dans le
débat, faisant apparaître au même niveau diagnostic des symptômes de l'enfance tels que le bégaiement ou l'énurésie, des « troubles » référés à une normalité sociale (tels que les « troubles
oppositionnels avec provocation » ou les « troubles des conduites »), et l'autisme (« trouble autistique »). L'autisme, et ses diverses formes, se trouve ainsi isolé comme le seul véritable
tableau clinique de la catégorie « Troubles envahissants du développement ». Les débats en cours sur la continuité du « spectre des autismes », sur l'opportunité de maintenir dans la même série
des TED les dits « Asperger », montrent combien cette catégorie est instable. A l'intérieur de ce « spectre », il faut examiner dans le détail les phénomènes d'envahissement du corps et situer
les manifestations étranges et inquiétantes dont il est la proie. Les psychanalystes et les nombreux praticiens d'orientation lacanienne accompagnent ainsi de nombreux enfants et adolescents dans
cette élaboration qui leur permet de garder ou de trouver une place dans le lien social et familial. Les parents peuvent alors s'autoriser à parler de certains traits de leur enfant, d'en saisir
la valeur, malgré leur caractère étrange. Ce travail est nécessairement long, car il suppose de prendre en cause une différence de l'enfant qui vient à l'encontre des attentes et des désirs qui
entourent sa présence au monde. Le psychanalyste, en place de recueillir cette souffrance, doit être attentif à la souffrance des parents et les soutenir dans leur épreuve.
4 – Des hypothèses étiologiques multiples – génétique, vaccinale, neurocognitive, etc.- présentées comme des vérités
scientifiques à la suite souvent d'un unique article paru dans une revue, dont on apprendra quelques mois ou années plus tard le caractère biaisé, circulent dans les divers médias et affolent les
familles. Ces hypothèses causales viennent répondre strictement à la réduction de l'autisme à un trouble du développement, présenté comme une maladie génétique voire épidémique. Elles se
confortent de la loi de 2005 sur le handicap, qui ne vise pourtant aucunement à porter une sentence du type « C'est un handicap, donc cela n'est pas une maladie», mais à permettre une orientation
adaptée pour l'enfant et une aide pour la famille. Beaucoup sur ce point reste à faire, et les associations de parents sont une force indispensable et incontournable pour faire avancer des
projets adaptés, en particulier pour les très jeunes enfants et pour les grands adolescents et les jeunes adultes. En ce sens, l'annonce de l'autisme comme grande cause nationale ne pouvait que
réjouir tous ceux qui sont mobilisés dans les soins apportés aux enfants et adolescents autistes.
5 – Les psychanalystes suivent tous les débats scientifiques autour des causes de l'autisme infantile. Quelles que
soient ces causes, elles ne peuvent réduire le sujet à une mécanique. Ils prennent en compte les souffrances qu'ils rencontrent et ils promeuvent les institutions et les pratiques qui
garantissent que l'enfant et sa famille seront respectés dans le moment subjectif qui est le leur. Ils facilitent, chaque fois que cela est possible, l'insertion de l'enfant dans des liens
sociaux qui ne le mettent pas à mal. Ils ne sont pas détenteurs d'une vérité « psychologique » sur l'autisme, ils ne sont pas promoteurs d'une « méthode éducative » particulière. Ils sont
porteurs d'un message clair pour le sujet autiste, pour ses parents, et pour tous ceux qui, en institution ou en accueil singulier, prennent le parti et le pari de les accompagner – et les
psychanalystes sont de ceux-là : il est possible de construire un autre monde que le monde de défense et de protection où est enfermé l'enfant autiste. Il est possible de construire une nouvelle
alliance du sujet et de son corps. L'effort de tous vise à démontrer cliniquement cette possibilité.
La Commission d'initiative de l'Institut psychanalytique de l'Enfant
Mme Judith Miller (Paris) - Dr Jean-Robert Rabanel (Clermont-Ferrand)
Dr Daniel Roy (Bordeaux) - Dr Alexandre Stevens (Bruxelles)
Collectif des 39 : http://www.oedipe.org/fr/actualites/autisme39
Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux : http://www.sphweb.info/spip.php?article937
LA PRISE DE POSITION D'EDWIGE ANTIER
Mme Edwige Antier, Députée de Paris et Pédiatre, a fait savoir publiquement qu'elle ne voulait pas qu'une loi prive les
autistes des pratiques psychanalytiques, et qu'en conséquence elle ne s'associait pas à la proposition de loi de son collègue Daniel Fasquelle visant à « l'arrêt des pratiques psychanalytiques
dans l'accompagnement des personnes autistes et la généralisation des méthodes éducatives et comportementales. »
Elle écrit : « Les personnes dites "autistes" doivent avoir le droit de bénéficier de
toutes les ressources de la médecine, de la psychiatrie et de la psychologie. Il y a aujourd'hui une nouvelle classification des troubles du développement, l'autisme entrant dans plusieurs
syndromes d'origine et de traitements très différents, le plus fréquent se classant dans les « troubles envahissants du développement ». Les équipes médicales de pédo-psychiatrie manquent
cruellement de moyens, mais sont parfaitement ouvertes actuellement à toutes les méthodes d'accompagnement, et doivent pouvoir mettre au service de la personne autiste et de sa famille toutes les
compétences.
Le débat sur le rôle de la psychanalyse dans le suivi des enfants autistes est un débat du passé. Bruno Bettelheim, qui
a été accusé de culpabilser les mères des enfants autistes, a disparu depuis 22 ans... et aucun pédopsychiatre, fut-il psychanalyste, ne se prive aujourd'hui de mettre toute une palette de
traitements dans laquelle est inclue la méthode comportementaliste au service de ces familles. La souffrance des parents, le drame qu'ils vivent devant une société trop passive quant à la prise
en charge de ces enfants, ne doivent pas être attisés par des querelles d'école. »
En résumé, Edwige Antier déplore cette proposition de loi qui prétend dicter leurs choix thérapeutiques à des médecins
psychiatres et pédopsychiatres. Elle pense que ce n'est pas le rôle des parlementaires.
PETITION DE SOUTIEN À LA POSITION D'EDWIGE ANTIER
Les soussignés s'associent à Mme Edwige Antier pour déplorer une proposition de loi qui prétend dicter leurs choix
thérapeutiques à des médecins psychiatres et pédopsychiatres. Ils pensent comme celle-ci que ce n'est pas le rôle des parlementaires.
Mme Judith Miller (Paris) - Dr Jean-Robert Rabanel (Clermont-Ferrand)
Dr Daniel Roy (Bordeaux) - Dr Alexandre Stevens (Bruxelles)
CIRCUMBILIVAGINER AUTOUR DU POT
(Rabelais ; Gargantua)
Tourner libidineusement autour du pot : il s’agit ici d’un “faux prophète, qui a par constitution humaine et inventions
dépravées“, encore que décoré du prix Nobel d’économie, qui par l’odeur alléché d’une curée accourt en grand équipage d’idées reçues, d’un cynisme banal.
Paul Krugman tout droit débarqué des Etats-Unis, préconise pour sauver l’Europe quelques clystères et onguents
ressuscitatifs comme de saigner les salaires de 20% - par rapport à l’Allemagne dit-il sans que l’on sache ce que parler veut dire ici. Comme ceci, tout de go lui demande-t-on ? Et de répondre
que nenni, à grands coups de clystères dévaluer la monnaie trop contrainte dans les hautes boyauteries financières mais se gardant de faire monter les salaires en proportion, ce qui nous ramène
sans trop de douleurs visibles, à la baisse préconisée. Vertu concomitante, une dévaluation devant entraîner une baisse des prix à l’exportation seulement : le cercle vertueux est alors engagé de
ventes plus faciles, en concurrence des Alamans d’outre-Rhin, que suit l’enrichissement des entreprises et notre élévation naturelle vers la cime de la productivité. Reprise économique, la France
presque décapitée, revient à la vie. L’Europe suivra, il s’entend, avec le même entrain. Les Germains seront remis à leur place sans autre forme de procès.
Béotien, je m’enferme dans au moins une contradiction fondamentale – j’y vois du fondamental et de la contradiction,
mais celui-ci me rirait au nez ! – baissons la monnaie sans toucher les salaires, pour pouvoir vendre à l’extérieur des frontières, mais qui va acheter à force ?
Le type qui vous raconte ça, dans Le Monde du 31 janvier 2012, est photographié dans une pénombre grise, la barbe
socratique et le regard tiré vers l’arrière : il n’a probablement pas de problèmes personnels qui concerneraient la diminution de son pouvoir d’achat pour cause de dévaluation. Il faut conserver
de la distance, dirons-nous, pour chasser les affects et demeurer dans la vérité vraie de la vie, hors de toute sensiblerie. Monsieur Paul Krugman peut causer, il est à l’aise.
Ce qui lui fait en rajouter un brin : « …les gens raisonnables aux Etats-Unis comprennent bien que le succès de
l’Europe nous profite. Ce n’est pas seulement une question économique. Il est question de démocratie (ah ?), des droits de l’homme (oh !), de la victoire de nos idéaux (crédieu !). »
Moins bête que ça quand même, Monsieur Krugman, nous savons aussi que les Américains “raisonnables“ comprennent que
l’Europe leur profite et comme on se comprend vous et nous ! Les gens d’ici à l’ombre d’une Amérique tutélaire : tentation récurrente.
Autre chose. Volé, entendu par hasard, à la radio (France inter ? France culture ?) les commentaires à propos d’un
livre qui doit être sur le marché ou qui va l’être, un ouvrage de réflexion très sérieux, très approfondi dit le commentateur – pouvait-il faire moins – qui pourrait même révolutionner l’approche
et les définitions en notre possession, sur la marchandise et la monnaie. Ils ne disent pas que Marx, Schumpeter ou Keynes, seraient des rigolos, non, mais simplement relégués aux antiquités et
curiosités muséographiques.
Au jour d’aujourd’hui, la marchandise, comme la monnaie, n’existent que par le désir. J’achète parce que JE désire, JE
désire parce que mon voisin alter ego désire, parce que JE me mets à ressembler à l’image des projections publicitaires. Si le rapport entre l’offre et la demande n’équilibre pas les échanges
c’est que la demande est une affaire d’affect et de désir pur. La monnaie de même. Là la démonstration s’est faite plus laborieuse. L’argent exprime le désir, nous désirons l’argent… L’argent
pour acheter, mais l’argent en soi cette chose que JE désire. Si j’ai un tant soit peu compris, l’argent, la monnaie vue comme un précipité symbolique de tous les désirs du JE. Les désirs ainsi
monétisés nous propulsent vers une consommation désirante et forcément délirante. Nous consommons ce qu’on nous offre parce que nous aimons la consommation mais parce que nous aimons aussi le jeu
avec l’argent, sa palpation gourmande. Mais qui nous aurait manipulés à ce point ? Enfer et damnation : y sommes-nous déjà entraînés malgré nous par “La Force“ ?
Le divan nous attend, pourfendeurs que nous sommes du capitalisme marchand et de la société vouée à l’argent, au
pognon, à la thune quintessence de l’absurde, essence de nos vies. Une psychose marchande aggravée d’une hystérie monétaire et d’une schizophrénie consumériste nous rongent… heureusement les
virus et les microbes sont connus.
Vous trouverez la liste complète de ces germes pathogènes dans un excellent ouvrage qui les a épinglés : « La finance
imaginaire » de Geoffrey Geuens (éditions aden) de l’Université de Liège. En Annexe, le top 50 des leaders mondiaux du “Privat Equity“ accompagnés de l’organigramme et des noms qui vont avec.
Rien de bien mystérieux, messieurs de la niche, le classement annuel (PEI 50) repris du « Private Equity Intenational Magazine » : on cherche des noms, on en trouve mais ils préfèrent regarder
ailleurs et parler d’obscurité des marchés ! Auraient-ils subi un jugement de Dieu, une ordalie par le feu qui les aura rendus aveugles ? Se soumettant recueillis, à l’ordre tout puissant des
rois borgnes qui les gouvernent, ils n’ont plus d’horizon.
Il s’en trouve aussi de plus atypiques, philosophes se réclamant de gauche :« on a tout essayé (les régimes
politiques), il n’y a pas de meilleur régime que la démocratie. C’est indiscutable… » laisse tomber un Michel Guérin désillusionné, rappelant le cynisme enjoué d’un Churchill “la démocratie est
un mauvais système mais c’est le moins mauvais de tous“ idée déclinée avec plus ou moins d’invention dans le style : “la démocratie est le pire des système à l’exception de tous les autres“…. Il
n’a donc pas tenu compte d’une approche drue comme celle de Jean-Louis Barrault « La dictature c’est “ferme ta gueule“, la démocratie c’est “cause toujours“ » qui fait de la démocratie,
fondée sur le capitalisme, la dictature d’une aristocratie libérale égotiste et sourde.
Churchill avait ses raisons qui ne peuvent être les nôtres, nous sommes sur nos gardes. Mais pourquoi un Krugman
ferait-il de la démocratie libérale son combat et de l’Europe un modèle du genre ? De quels “idéaux“ démocratiques se réclame-t-il quand il propose de réduire de 20% les salaires ? Inutile
d’aller chercher plus loin, tout le monde comprendra : ceux-ci des chiens de garde, celui-là un blaireaux.
Le sage Guérin, celui qui a tout essayé, habille d’une tenue camouflée la sentence selon laquelle, avec le système
capitaliste et depuis la chute de l’Union Soviétique – le communisme de Dracula -, l’histoire a touché à sa fin. Ne comptez sur rien d’autre, il est formel.
Tant de forces et renforts ligués pour ériger des murs partout où ils peuvent isoler les peuples les uns des autres ou
qui, sous couvert de sciences sociales et politiques, disposent des contre-feux aux coups de boutoir incessants des populations contre les gouvernements et leurs institutions, les financiers et
leurs établissements, les patrons et leurs conseils d’administration.
Les sociaux-démocrates à la rue, de Solférino, embarqués marquisat montebourgeois compris, dans la galère, acceptant la
fatalité rocardienne selon quoi “le Capitalisme a gagné “, s’esquintent à “cultiver la petite différence“ comme le dit Badiou.
Enfin vous trouverez les vautours perchés à l’extrême droite, de Le Pen à Guéant. Ceux-là s’acharnent à débusquer les
cadavres laissés dans les placards de notre histoire coloniale notamment. Le rêve décomposé dont ils se nourrissent, la vieille idée des bourgeoisies conquérantes, d’exploiter les talents ou les
capacités des populations soumises et notamment africaines, refait surface. Elle réapparaît sous sa forme élitiste, si bien vêtue que personne ne semble vouloir lui chercher querelle. « Réduire
en cinq ans l’immigration légale de 200 000 entrées par an à 10 000 en privilégiant les talents qui permettront le rayonnement de notre pays et l’innovation. » (Extrait du programme du FN ;
Libération 4/5 février). Dès lors la discussion va porter sur le chiffrage, ses conséquences, ses implications et que sais-je encore. Au jugé nous repérons la fanfaronnade, alors précisons,
précisons mais sans nous perdre dans le bricolage. L’essentiel est de noter que l’immigré importé, autrefois déporté, ne le sera qu’en fonction de son utilité pour nous. Ce que font les
Etats-Unis avec leurs dollars, le Front national le ferait avec une hache. A la manière des grands ancêtres et chantres du colonialisme zoologique : de bêtes de somme ou chair à canon
d’autrefois, ils deviendraient aujourd’hui cerveaux à usiner dans nos laboratoires d’acclimatation.
Un exemple parmi d’autres, mais éclairant celui-ci, de l’intoxication à laquelle nous devrions être soumis par un
travail de “com“ F.N. spécialement étudié pour enfumer les tranchées dans lesquelles la social-démocratie s’est retranchée. Intoxiquée elle riposte à coup de haut-parleurs.
Robert
SON ADVERSAIRE
Si son adversaire n’a pas de nom, n’a pas de visage, n’a pas de parti, ne se présentera pas aux élections, avec
François Hollande on sait au moins à qui l’on a affaire.
« Le monde de la finance » - puisque c’est le nom qu’il cherchait - est l’ennemi du pauvre et du moins pauvre – la
désormais très célèbre “classe moyenne“ – alors qu’il n’est que « l’adversaire » de la social-démocratie ; métaphore inconsciemment ludique, ou délibérément sportive, quoi qu’il en soit, le
candidat se situe d’emblée sur le même terrain que son respectable adversaire.
Lui ne sait pas les nommer, nous nous pouvons (Lettres précédentes), alors que se passe-t-il ? Inutile de finasser : il
ne veut pas le savoir. Cela ne marche pas. Tout au plus consentent-ils – car tous s’y mettent : conseillers en communication et maîtres en économie - à désigner les banques comme des cibles et…
l’argent pour motif ! Le chef entame un refrain fameux : « (l’argent) doit être à sa place, qui est celle de serviteur et non de maître » (Libération 24/01) les traîtres trahis en tremblent… Les
banquiers auront donc inversé le cours de choses, et l’argent devint roi. Mais François arrive qui va redresser ces choses de la vraie vie : “s’en servir pour ne pas y être asservis !“ Slogan
possible, tout aussi flambard que l’autre.
Le bal des fantômes est ouvert. Le terme de « finance opaque » risque de faire fortune. Il fut employé dans cette
campagne, pour la première fois, à ma connaissance, par Libération le 24 janvier, voulant désigner tout à la fois les paradis fiscaux – le Paradis sur terre ? Le fric brûle les étapes alors !
- et les pays qui les reçoivent et les chérissent et les banques (quand on est poli on ne montre pas du doigt les banquiers) qui vont y placer leurs dividendes et ceux de leurs clients (le
gros client actionnaire non plus)… Tout cela reste “obscur“ pour celui qui ne se donne pas la peine de chercher.
Existe aussi un d’embryon de légende : Gérard Courtois, particulièrement qualifié dans le genre, chroniqueur dans Le
Monde (24/01) sous le titre « François Hollande à l’épreuve du Bourget » - ce titre en vaut bien d’autres – écrit « Trois défis attendaient M.Hollande au Bourget : séduire, rassembler,
convaincre. Autant le dire simplement : il les a relevés. » et comme Jean-Pierre (Chevènement) lui accorde son imprimatur, « un discours de gauche, authentique et sincère » et qu’Eva Joly, qui
n’en n’est plus à ça près, le jugea « Chaleureux et argumenté » Courtois se sent autorisé à conclure que « même Jean-Luc Mélenchon ne saurait, logiquement, y trouver à redire ! » et s’il trouvait
à redire, s’il voulait marcher à rebours de la logique de Courtoisie, il aura fait la preuve de sa pusillanimité. « Séduire, rassembler, convaincre » : un savoir faire de camelot, ils s’y sont
tellement habitués que s’en est devenu une seconde nature, chez les chiens de garde. Quant à souligner qu’il serait de gauche, sous-entendu socialiste, voilà qui relève effectivement de la
légende et de la fable. Qui plus est, l’utile flagornerie n’ayant pas de limites connues, si le candidat était jusqu’ici « sous le Ps, dominé par lui », depuis le Bourget François Hollande se
serait « imposé au PS »…
Non, le plus grave n’est pas là, mais la conquête, consentie de part et d’autre, du Front de gauche par le PS progresse
à pas lents, pour le moment. Quand Christian Picquet se réjouit ostensiblement : « A chaque fois que les socialistes font un pas vers nous on prend » (Libération 24/01), qui avance et qui recule,
en réalité, dans le monde réel de la politique aujourd’hui ? Que prennent-ils exactement ? Sinon des baffes et coups de pieds au cul à venir… Car, en l’occurrence, ce “on“ serait nous-mêmes, les
voteurs vomis. Là nous revient en mémoire que l’un ne serait qu’un peu moins socialiste que l’autre qui le serait un peu plus et que donc ne le sont vraiment ni l’un ni l’autre. L’alerte se
déclanche à ce niveau.
Alors je suis allé écouter sur le blog Mélenchon le discours de Besançon (son très vieux fief de l’OCI “lambertiste“
comme ils disent) devant une salle pleine à craquer, avec, autant que l’on puisse s’en rendre compte, beaucoup de jeunes et de très jeunes. Son talent de tribun explose, ses qualités de pédagogue
s’imposent, sa capacité à réveiller les morts est évidente. Un serment : « on (le Front de gauche) ne lâchera jamais rien », répété trois fois. Il déchire l’image ouvriériste de “madame“ (Le Pen)
puis en fait des confettis. Il semble être sur tous les fronts : le pouvoir d’achat, le produire écologique au pays, la chasse aux capitalistes et capitaux qui s’évaderaient, tout se tient, les
fondements semblent à toutes épreuves à quelques rayures près…
Le rappel sans nuances de ce que la gauche au pouvoir a apporté, retraite à 60 ans, 35 heures, augmentation du SMIC ;
mais qui voudrait s’atteler point par point à rappeler ce que la gauche au pouvoir (avec ou sans les communistes) a oublié de faire, les reculs successifs devant les privatisations, les
capitulations en rase campagne, celui-là aurait du pain sur la planche.
Et puis il y a la référence, facilement confondue avec une sorte de révérence, au directions syndicales européennes
(CES), lesquelles n’ont toujours pas donné la preuve de leur combativité réelle ni de leur orientation lutte de classe que Mélenchon, perspicace, discerne à la base des luttes de salariés. Cette
référence devenue l’antienne des meetings ou des passages télévisuels, écorche les oreilles en se rapprochant plus d’un acte d’allégeance que d’une analyse lucide. Au mieux ce serait de
l’opportunisme.
Enfin, dans ce type de discours de combat, aucune référence (exception faite de la révérence au CES, Confédération des
syndicats européens) aux luttes dans les autres pays, une priorité pourtant indiscutable : la jonction des luttes à l’échelle planétaire, en commençant par l’Europe, encore qu’en ce domaine il
n’y ait aucune voie tracée d’avance pour la seule raison qu’elle paraîtrait logique.
Cette faille dans le raisonnement est surtout visible quand est abordée la question de la « propriété capitaliste ».
Enfin, dirons-nous, quelqu’un qui y vient parmi ces candidats qui tiennent tribunes au nom du socialisme et qui peuvent se faire entendre, qui ont ce privilège qui échappe à Nathalie Arthaud ou à
Philippe Poutou. Mélenchon, en accord avec l’ensemble des composantes du Front je suppose, aborde dans sa harangue le « mode de gouvernance » contraint par la propriété capitaliste et ses
priorités : gagner de l’argent encore et toujours, par l’entremise des actions et de ceux qui les détiennent et en demande toujours plus. Au regard de quoi l’entreprise doit s’amputer d’une
partie de sa masse salariale et licencier pour récupérer du liquide !
Soudain surgit une phrase que chevauche de travers une idée trop audacieuse ou mal assurée. Puisqu’il faut changer le
mode de “gouvernance“ des entreprises (pour une fois que le mot est à sa place, soulignons…) que vont-ils imaginer pour battre le capitalisme sur son propre terrain ? A ce moment là nous
entendons l’orateur sur le mode mineur qui se veut rassurant, ou confident, ou menaçant, ou volontairement ambigu pour être les trois à la fois : « Personne ne dit qu’avec le programme du
Front de gauche, à la fin de la mandature toute propriété serait devenue propriété collective » nonobstant plusieurs questions viennent à l’esprit.
Serait-ce une maladresse de langage ? Chez l’orateur que nous connaissons c’est très peu probable.
Mais ce pourrait être aussi un retour pur et simple vers une situation inspirée du programme de la Résistance avec sa
partie nationalisée suggérant, dans son élan, le développement des coopératives ouvrières et, pour les reste, le maintien de la propriété privée telle qu’en elle-même ? Une situation transitoire
d’après guerre. Une telle grille serait obsolète aujourd’hui, il ne peut pas l’ignorer.
Alors, ne serait-ce pas plutôt une orientation générale indiquant le but à atteindre - la suppression pure et simple de
la propriété privée capitaliste - la mandature (laquelle ? 5 ans ou celle issue d’une nouvelle constitution ?) ni suffisant pas à elle seule ?
Aujourd’hui nous sommes bien au-delà du programme du CNR quand les Ubusiers voudraient nous faire sauter sur les champs
minés de leur économie de marché . Ils y poussent les peuples comme des déments – ils le sont - contre quoi il faut leur interdire d’être ce qu’ils sont : forts de leurs droits
usurpés, de ces privilèges exorbitants qui leur donnent, de fait, un pouvoir discrétionnaire de vie et de mort.
Mélenchon et le Front de gauche proposent ? Très bien : nous allons en disposer. Partant sur les pistes ouvertes par sa
faconde et son don de persuasion, rien ne nous empêcherait de poursuivre plus loin ou un peu différemment, la démarche qu’il entame avec le Front de gauche. C’est d’ailleurs en ce sens et pour
cela que personnellement je devrais voter pour lui. Etant entendu qu’avec la social-démocratie hollandaise, si nous devions suivre leur chemin, nous ne pourrions que nous engloutir dans le
marais.
Il nous faut retenir l’hypothèse plus adaptée, plus riante aussi, d’une orientation générale, d’un but à atteindre
celui de la propriété collective généralisée des biens et moyens de production.
Mais il n’est pas dit, dans ces conditions, que tout se déroulerait progressivement, légalement, logiquement par
l’effet d’un grignotage incessant de ces privilèges de propriétaires abusifs, plus ou moins doucement remplacés par des coopératives ouvrières. Dès que seront touchés les nerfs et les os du
capitalisme, la riposte deviendra violente et on s’apercevra que le temps mis à progresser d’un côté aura été mis à profit de l’autre pour fourbir les armes de la réaction – en donnant à ce terme
son exacte définition. Le carnage serait notre salaire.
Nous n’aurons de salut qu’avec l’internationalisation des luttes et mouvements qui concentrent les recherches et
multiplient les lieux de résistance faisant insensiblement surgir les formes d’organisation nouvelles dont nous avons besoin aujourd’hui à l’échelle de l’Europe, au moins, et de la planète
inéluctablement.
Robert
Procès devant la Cour de Justice
de l'Union Européenne:
Kokopelli en marche pour la Victoire!
Communiqué de Kokopelli du 19 janvier 2012
L’avocat général chargé du dossier Kokopelli devant la Cour de Justice de l’Union Européenne a donné aujourd’hui
lecture publique de ses conclusions. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles nous donnent entièrement raison !
En effet, le magistrat conclut à l’invalidité de l’interdiction de commercialiser des semences d’une variété non
inscrite au catalogue officiel, et ce aux motifs que cette interdiction, portée par la législation Européenne aussi bien que par la réglementation Française, viole le principe de
proportionnalité, la liberté d’entreprise, la libre circulation des marchandises, ainsi que le principe de non discrimination. La quasi-totalité de nos arguments ont été retenus!
De plus, l’avocat général n’a pas manqué d’affirmer, au contraire de ce qui était avancé par nos nombreux adversaires
(Commission Européenne, Conseil de l’U-nion Européenne, République Française, Royaume d’Espagne et société Graines Baumaux), que, d’une part, les règles relatives à l’admission des semences au
Catalogue Officiel n’ont « aucun rapport avec la santé des plantes », d’autre part, que « il appartient aux agriculteurs de décider des variétés qu’ils cultivent », enfin que cette législation
limite excessivement le choix des consommateurs qui n’ont « ni accès aux denrées alimentaires ou autres produits issus de variétés qui ne satisfont pas aux critères d’admission, ni la possibilité
de cultiver eux-mêmes ces variétés, par exemple dans leur propre jardin ».
De même, l’avocat général rappelle à juste titre que « le fait que les agriculteurs soient cantonnés à des variétés
admises réduit enfin la diversité génétique dans les champs Européens ».
Il en conclut logiquement que «les inconvénients de l’interdiction de commercialiser des semences de variétés non
admises l’emportent manifestement sur ses avantages. »
Nous sommes extrêmement satisfaits de ces conclusions et nous avons maintenant l’immense espoir que la Cour suive
l’avis de son avocat général et vienne enfin mettre un terme au totalitarisme pluri-décennal de la législation sur le commerce des semences.
Pour plus d’information, voir sur le site de la Cour de Justice de l'Union Européenne (conclusions de l'avocat général
disponibles dans plusieurs langues).
Blanche MAGARINOS-REY
Avocate de l’Association Kokopelli.
contact@avocat-magarinos-rey.com
Pour Victor Jara
Nous avons le plaisir d'annoncer la sortie prochaine de la 11ème édition de l'ouvrage de Dominique Guillet, "Semences
de Kokopelli", en début février 2012. Cet ouvrage fait maintenant 848 pages: de nouveaux articles de Dominique ont été rajoutés ainsi que trois essais de John Lash sur 2012 et le très célèbre
cycle Maya.
La nouvelle introduction de Dominique pour cet l'ouvrage, "Pour Victor Jara", est disponible sur le site
Liberterre.
Festival Kokopelli/PachaMama au Pérou
Au fil des semaines, la liste des intervenants s'accroît et le site est maintenant quasiment traduit en 3 autres
langues: Anglais, Espagnol et Portuguais. Merci d'en informer vos amis de par le monde.
L'annonce de ce Festival a suscité une profonde vague d'enthousiasme dans tous les pays d'Amérique Latine et ce
Festival Kokopelli/PachaMama va être, durant la première semaine d'août 2012, le rendez-vous incontournable de tous les réseaux de protection de la biodiversité alimentaire, de promotion de
l'agro-écologie et de renouveau des cultures Andines.
Nous vous remercions pour votre confiance
VOTER UTILE ?
Aucun doute, Mélenchon au premier tour, Mélenchon au second tour sinon rien !
Mais l’utile n’est pas forcément l’agréable : même élu, ce n’est pas à César, ni au tribun que l’on ferait confiance.
Les élections d’un Président au suffrage universel sont les fourches caudines du gaullisme, sa contribution à l’histoire du “Pouvoir fort et exécutif “ à propos duquel François Mitterrand se
posait tant de questions acides (*), quelques années avant d’en tirer profit pour lui-même et sa camarilla.
Utile et fondamental ? Ce qui suit probablement : se souvenir de Puerte del Sol, Occupy Wall Street, d’Oakland sa grève
générale et la fermeture du port (**), de l’Amérique du Sud et leurs populations soulevées contre les trusts de l’eau, les mafias, tous ceux de l’Orient moyen et maghrébin, vagues
puissantes qui se combinent, apparaissent, disparaissent mais toujours présentes nourrissantes, inventives certainement et fécondes sûrement. C’est dans ce bain que nous devons rejoindre nos
rêves humains.
Rien en France à ce jour semble-t-il, digne de nos voisins. Ne nous y fions pas, souvenons-nous que la France
s’ennuyait ferme et sa jeunesse se désintéressait d’à peu près tout, juste avant Mai 1968 aux dires des plus perspicaces commentateurs de la vie politique de l’époque, à commencer par Le Monde
d’Hubert Beuve-Méry.
Et puisque j’évoquais Mitterrand qui, lui, convoquait l’Histoire en 1964, ceci : « L’Histoire peut se tromper d’un
siècle ou de plusieurs. Ce qu’elle dessine d’un trait, des générations s’épuisent avant d’en parcourir la distance. Qu’a-t-elle fait des détails ? Il n’y a pas de loi, pas de nécessité supérieure
qui lui donne rendez-vous à jour fixe. Elle se moque des imprécations des hommes. Lui enjoignent-ils d’attendre à la porte ? Elle entre. La convoquent-ils ? Elle s’éloigne. Sa mesure du temps la
rend exigeante ou pressée sans qu’elle daigne se justifier. » (*)
Aujourd’hui, l’insignifiance d’un homme vibrionnant à la tête d’un Etat anémié et velléitaire qui, en s’étirant aux
limites d’une rupture totale de sa personne, veut donner l’illusion de son importance et de sa maîtrise, ne mérite pas une telle référence. Mais l’Histoire l’a déjà digéré.
Et si demain elle sonnait l’heure des Révolutions, qu’y pourraient-ils tous ceux-là, transis sous la voûte républicaine
: rien !
Je voterai utile pour ne pas jouer les utilités dans un vote pour le bon Pasteur : Hollande est tellement bien engoncé
dans ses relations d’affaire, lui et ses abeilles ouvrières, qu’il ne pourra que prospérer sur le dos des votants utilitaires. Leur faut des voix et v’la tout ! Donc voter pour le hollandais
c’est voter utilitaire pour la prospérité de sa boutique et, conséquemment et presque accessoirement, contre les autres.
Alors s’abstenir – ne pas participer à cette mascarade - est la vraie bonne solution me dira-t-on : c’est une position
tout à fait respectable avec laquelle je flirtais il n’y a pas si longtemps. Mais appuyer sur Mélenchon avec celles des forces vives qui l’ont écouté et le suivent revient à voter utilement
contre les autres qui sont des professionnels avoués de l’association capital-travail, comme sont associés maîtres et souillons dans la tenue des grandes maisons. Lui semble transi en abordant la
question, mais qui l’aura remarqué ?
Mélenchon joue la partie tout en finesse – le croit-il du moins – en distribuant les médailles et les bons points aux
bureaucraties syndicales, en flattant l’encolure du bureau politique du Parti communiste ravalé en façade. Sans dire un mot, un mot pour mémoire, pour un retour sur les évènements qui se sont
succédés à Madrid et dans beaucoup d’autres villes espagnoles à la suite de l’occupation de la puerta del Sol. Je sais qu’en cherchant bien on trouvera qu’il en a parlé, mais ce n’est pas cela
qui changera le fait que durant la campagne rien ne le relie à ce qui s’est manifesté en Espagne et ailleurs dans le monde quand jeunes et moins jeunes, marxistes, anarchistes ou sans rien de
tout cela, se sont assemblés pour lutter contre l’Etat et pour tenter de trouver non seulement une façon de vivre ensemble mais de lutter sans exclure, de comprendre sans donner de leçon,
d’avancer sans chef charismatique. L’ont-ils réussi ? Ont-ils abouti dans leur quête ? Certainement non, mais ce ne sont pas là des raisons pour ne point en parler, de ne pas en considérer
l’importance, de refuser d’en tirer quelques conclusions que ce soit, en un mot de les ignorer dans ce combat contre la finance et ses sicaires.
En même temps ce pourrait être aussi un combat politique de vouloir ainsi les oublier. Mais, si j’en crois les comptes
rendus publiés sur son blogue - blogue à part incontestablement, il s’y explique et explique plutôt bien les rapports politiques dans leur presque intimité – il y aurait de plus en plus de monde
dans les meetings du F de G. D’après les photos – les photos, méfiance quand même – beaucoup de la jeunesse éblouie : cela ne pourrait que me conforter dans ma position et rendre, néanmoins, de
plus en plus inconfortable le ressenti de mes contradictions qui sont un peu le reflet du héraut de la gauche lui-même.
Quand Mélenchon écrit : « Je veux parler de tout ce peuple qui vient vers nous. Les salles sont de plus en plus
nombreuses et populaires. Très populaires. Et spontanées. Elles réagissent en dehors des codes que nous voyons d’habitude fonctionner au quart de tour. C’est là une masse de gens en voie de
politisation ou de retour à un choix politique. Elle engage ce parcours que nous avons voulu faciliter et préparer. C’est de ce côté que sont tournés tous nos efforts. Reprendre le terrain à
l’extrême-droite, à l’abstention, à la résignation. » (Blog lecture du 22/01/2012) je crois voir dans ce « peuple qui va », une multitude de consciences imprégnées de tous les événements qui ont
précédé ce meeting, cette manifestation, ces discussions. Il est impossible que Sol ne vive pas en eux, autant que Tahrir, Tunis, New York et le Pérou, le Chili et ses grèves estudiantines dont
on ne parle presque pas pourtant, la Hongrie, la Russie… on ne peut qu’en oublier.
Sincère et calculateur, sensible ou criard, courageux et craintif, quoi qu’il en soit dépassant les autres d’une tête
bien faite et d’une volonté apparemment bien trempée, le candidat, l’homme politique, emporte et retient, tout à la fois, l’enthousiasme et la méfiance de ceux qui l’entendent.
Une chose est sûre la Révolution a percé, bien que timidement encore, la suffisance et l’armure fêlée du capitalisme
sous les traits de foules fortes et paisibles qui se disaient “indignées“ mais apprenaient dans la vie qu’elles étaient déjà parvenues au-delà de l’indignation. Et c’est parce qu’il existe ce
souffle que j’accepte de devoir voter pour un homme et un seul : autant choisir le moins éloigné qui se trouve être aussi parmi les meilleurs.
Mais “Vous ne nous représentez pas“ indique qu’une autre voie est d’ores et déjà ouverte.
Robert
(*) “Le coup d’Etat permanent“ ; 1964
(**) sources : http://occupyoakland.org
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