Texte libre

imprévisible
investir
les interstices
de leurs territoires
sédentaires
à la manière du sable
partout
chaque trou
ils ne contrôlent pas tout
présence légère
camper à la nomade
au bord des choses
au bord des corps
au bord des morts
sans frénésie
sans appétit
solidaire
choisir une position
sans tourner le dos
à ses frères
ni leur faire face
installer la caravane
provisoire
sans rien déranger
occuper la position
précaire
à l’extrême
de l’inattention
provoquer
le déplacement
à l’épuisement
de la distraction
quand l’habitude
fait voir
un territoire

où l’on avait choisi
un emplacement
sans rien emporter
en laissant tout
en place et en plan
partir
sur la pointe des pieds
crainte de gêner
en faisant du bruit
pas d’itinéraire
à suivre
les pères
ne transmettent pas
leurs repères
pas de voie à ouvrir
les fils
n’héritent pas
de vos repaires
le désert
efface
toute trace
de réussite
hargneuse
tapageuse
de qui a fait
son chemin
ne pas s’attarder
passer à la ligne
n’aimer que
les inachèvements
opter
pour la dérive
et l’inconséquence
seulement habité
par le souffle
inspire

 
expire

J.C.Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

Texte Libre

Ce blog part en vacances pour 4 mois.
Profitez-en pour prendre votre temps aussi.


Les agoras d'ailleurs existent depuis octobre 1995. Elles se sont déroulées, une fois par mois, jusqu'en décembre 2004, à la Maison des Comoni, le théâtre du Revest.

Depuis 2005, les agoras sont nomades. Les intervenants sont multiples: collectif informel d'auteurs, de penseurs, de chercheurs, de gens.
D'octobre 2008 à mai 2009, séances aléatoires  aux Chantiers de la Lune à La Seyne-sur-mer  et à la médiathèque d'Hyères, consacrées à Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Marcel Conche, André Comte-Sponville, au hasard et à d'autres thèmes.
Une douzaine de contributeurs proposent plus ou moins régulièrement des analyses, des articles, des billets d'humeur, des aphorismes.
Les textes mis sur ce blog peuvent être utilisés à la seule condition d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.


Mercredi 8 juillet 2009
L 247

CHER AMI,
NOUS FERONS LA RÉVOLUTION
DE SUITE APRÈS LE REPAS…


« Si l’interdiction des licenciements n’est pas respectée, nous sommes pour l’expropriation des patrons/actionnaires avec gel des avoirs sous contrôle des travailleurs.
En cas de défaillance de l’entreprise, nous sommes pour remonter jusqu’au donneur d’ordre Ouverture des livres de compte, levée du secret bancaire et commercial ».
 
« Mais pour être efficace celui-ci suppose de sortir de la lutte “ boite par boite ”. Nous cherchons donc encore et toujours l’axe par lequel une unification de ces luttes pourrait se faire. Pour cela, les comités du NPA se doivent d’êtres présents sur le maximum d’entreprises en but aux licenciements » CPN NPA

Ne serait-ce pas là une dernière mouture de ces maladies infantiles qu’ont toujours connu les « communistes » - bien que “anticapitaliste“ ne veuille pas dire explicitement « communiste ».  Comme il est question d’efficacité et qu’à cet effet il est fortement conseillé de sortir de l’émiettement des luttes – « boîte par boîte » - on se prend à réfléchir sur ce que voudrait dire un combat qui pour être efficace devrait faire plier le patronat - pour le dire à l’ancienne - et l’Etat tout à la fois.

Or, l’entreprise est de taille ! Exproprier, geler les avoirs, ouvrir les livres de compte et, de la sorte, commencer une Révolution… nécessite beaucoup plus que d’être « efficace ».

Cela voudrait dire entreprendre à l’échelle européenne, au bas mot, un mouvement concerté rassemblant toutes les forces en âge de lutter pour contraindre les gouvernements et leurs commanditaires au recul et qu’alors, forts de cette victoire, dans son prolongement se poserait naturellement la question fondamentale de la gestion et de la propriété des moyens de production. Donc, nous devinons que sans l’internationalisation des luttes et leur organisation à cette échelle, rien de sérieux ne peut plus être entrepris de nos jours. C’était vrai à l’époque de la Première Internationale dans la seconde moitié du XIXème siècle, à plus forte raison aujourd’hui.

D’ailleurs qui ne l’a pas compris en son for intérieur ? Les réformistes ont pris les mesures qui s’imposaient pour empêcher toute contamination transfrontalière des luttes, surtout quand il s’agissait de corporations identiques d’un pays à l’autre (Postes, automobile, chemins de fer…) ; ils ont mis en place, appuyées d’enthousiastes déclarations de principes sans principes, les structures bureaucratiques syndicales et politiques à l’échelle du monde et de l’Europe en particulier, destinées à verrouiller le fonctionnement des syndicats et des partis.

Pourtant nos “Révolutionnaires“ ont régulièrement oublié, ou bien ne veulent-ils pas en parler devant nous, cette obligation de continuité dans la construction d’une internationale, quelles qu’en seraient les modalités au jour d’aujourd’hui. Je ne vois pas, pour ma part, qu’on puisse entreprendre un combat au niveau national qui ne serait pas replacé dans sa dimension européenne et mondiale. Ils n’ont tout simplement pas mis à l’ordre du jour cette discussion. Leurs statuts disent une chose, eux en font une autre. Ce double langage, qui est pratiqué à tous les niveaux de notre société de plus en plus anonyme, est exaspérant chez les émules de l’anticapitalisme qui n’est pas vraiment le socialisme… Assis entre deux chaises, ils parlent avec la gêne que procure cet équilibre instable.

Il y a également, de par Le Monde (28 et 29 juin), un bavardage inconsidéré mais fonctionnel celui-là. Hervé Kempf, journaliste écologiste, adresse une supplique à l’Afrique : « Afrique, aide-nous » et, cynique ironie qui parfume sa chronique, il égrène d’hypocrites minauderies sur le hasard qui, l’ayant entraîné dans un pays d’Afrique des plus pauvres, lui aura procuré une sensation qui l’a envahi quand une presque « idée nouvelle lui apparaît. Encore imparfaite, il (le chroniqueur) la propose au public, comme une proposition de réflexion plus que comme une thèse aboutie. ». Canaille, il ajoute, « Peut-être est-elle provocatrice. ». On sent bien qu’alors tout peut déraper. Et tout dérape mais dans la confusion des bruits étouffés que font les embardées d’une  idée molle et hideuse. « …des sociétés habituées à supporter les restrictions, sachant s’organiser avec peu, coutumières de la mobilité (“l’exode“), présenteraient une “résilience “ plus grande que les sociétés riches aux tourments à venir. » idée d’homme riche discourant sur la pauvreté fille de la coloniale : banal et toujours  insupportable ; les ingrédients n’ont pas changé à la base: ces gens-là se nourrissent de peu savez-vous, ils n’ont pas les mêmes besoins que nous, comprenez-vous ?... Pour la beauté du geste imbécile il faut y ajouter un paradoxe, c’est la mode, que l’on profère entre deux petits fours : Oyez et voyez, l’Afrique nous donne un exemple à suivre (rires).

Ailleurs, en page 13, Max Dorra  dans « Débats horizons » nous rappelle quelques vérités statistiques, qui assommeraient un beauf : « les Africains vivent trente ans de moins que les européens » – mais peut-être font-ils preuve en cela d’une grande sagesse – « 200 millions d’enfants sur la planète travaillent comme des esclaves » - bon, mais tous ne sont pas Africains, c’est rassurant pour Kempf – « 6 millions d’entre eux meurent chaque année de dénutrition » - l’Afrique participe volontiers à cette frugalité sans en avoir, pour autant, l’exclusivité -  Kempf n’est d’ailleurs pas le dernier à mettre l’accent sur cette qualité typiquement africaine : « L’Afrique peut enseigner à l’occident comment s’accommoder de la frugalité », il suffit de mourir vite et en nombre. La pensée de cet esthète qui brandit le sophisme comme une Morale, est une force qui taraude en profondeur la grotte humaine occidentale.

Durant ce temps, le journal de référence aux droits de l’Homme, Le Monde du 1er juillet, cite les résultats d’une « étude scientifique conduite dans la plus grande confidentialité… financée par une fondation américaine créée par le milliardaire George Soros» qui prouve que la police exerce un contrôle au faciès .  On peut même mesurer, puisque nous sommes dans le domaine de la science, que la probabilité d’être contrôlé pour un noir ou un arabe est 7,8 fois plus élevée que pour un blanc. Ah que cela nous étonne. Mais ne quittons pas le domaine de la science pure et impartiale, « les personnes qui restent anonymes, sont désignées par la couleur de leur peau(“Blanc“, “Noir“, “Arabe“, etc.) » la couleur « Arabe » est le gris sans doute, ces gens là sont repérables parce qu’ils sont blancs d’origine, mais gris en final. « Etc. » (magnifique et cætera) ? Jaune sans doute, comme les Asiatiques pardi. Il semblerait qu’un Chinois de Canton est blanc, erreur il est jaune et la preuve en est, il a les yeux bridés ! Un Chinois de la campagne du Yuan comme un Japonais cultivateur aura le visage bronzé comme vous lorsque vous revenez de la côte d’azur, mais il est jaune en dessous, à cause des yeux bien sûr…

La grotte occidentale n’a pas fini de nous étonner par la qualité de sa production dans le domaine des artifices premiers de la pensée conditionnée. Comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, voilà donc une police qui exerce scientifiquement la chasse au faciès… en toute candeur.

A quoi riment ces mensonges ? Les thuriféraires ne sont pas bêtes au point de ne pas se rendre compte de leurs propres turpitudes. Et quand bien même : ils ont été choisis par plus forts qu’eux. Ils se sont trouvé des maîtres dont l’intelligence prospère en symbiose avec le système, en proportion même de ses dérèglements et qui seraient frappés de crétinisme s’ils voulaient comprendre le monde autrement qu’à la botte.

Alors un bon thuriféraire doit faire de son métier de journaleux une sorte d’exercice ludique où se joue la valeur éphémère des mots et des phrases avec lesquels il jongle. Un dernier exemple brillant : le rédacteur en chef du Monde « analyse » en page 2 un 7 juillet 2009 les résultats d’un symposium qui réunissait à Aix-en Provence, cent cinquante intervenants venus de plusieurs pays différents, tous économistes. Et, comme ils en ont l’habitude, ils ont cherché à lire dans le marc de café et les entrailles de la bête écrasée par la crise. Alors Frédéric Lemaître, se sent autorisé à poser la question petits fours : « Et si la crise économique ne faisait que commencer ? » Frissons… Les économistes sont pessimistes, la majorité d’entre eux seraient même catastrophistes : le chômage, terrifiant et ça ne fait que commencer ! Et n’allez surtout pas croire qu’on va, après la crise s’il y a un “après“, retrouver tous ces emplois volatilisés… « L’avenir (de l’économie mondialisée) n’est écrit nulle part en ce moment » un expert dit cela, Jean Claude Trichet. Et ceci n’est rien : « il va falloir diminuer la protection sociale – certains ont pris de l’avance dirait-on – le nombre de fonctionnaires, augmenter les impôts… ». Le scénario catastrophe imaginé par certains se résume de la sorte: « Les troisièmes années de crise se caractérisent souvent par du populisme, du protectionnisme et du patriotisme », c’est un nommé Denis Kessler qui vous le dit. Marxisme de jeunesse autrefois et vice président du MEDEF une fois… raison pour la quelle, ne voulant pas réveiller ses vieux démons, l’idée ne lui vient pas de parler de socialisme menaçant.

Ici faisant preuve d’une étonnante souplesse, Lemaître, à qui on ne la fait pas, rebondit en un dernier paragraphe et en 6 lignes vous expédie la boutade finale « N’y a-t-il donc aucune raison d’être optimiste ? Si. Trois. L’Asie émergente ne résiste pas si mal, les besoins sont immenses pour accueillir trois milliards d’habitants supplémentaires d’ici 2050 » on effacerait et on recommencerait comme si de rien n’avait été, « et, surtout, les économistes sont loin d’être infaillibles » le coup de pied de l’âne à ses congénères. Fallait de l’humour pour parler de ces choses lourdes et tristes. Que diable, de l’audace, encore de l’audace et de  l’élégance ! Il y a des raisons d’être optimiste, ce n’est pas si mal, cher ami.

Robert


 

Par grossel - Publié dans : Robert P
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Samedi 4 juillet 2009
Décryptage :
Sarkozy et son oeuvre de contrôle du net
(numerama)
Guillaume Champeau - publié le Mercredi 20 Mai 2009 à 09h08 - posté dans Société 2.0




 


 

 

 

"Le président de la République actuel a un plan". C'est la première phrase du livre de François Bayrou, Abus de Pouvoir, et l'on peut la vérifier au moins en ce qui concerne le contrôle du net. Depuis la loi DADVSI où il était président de l'UMP et ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy a déployé son plan pour contrôler le net. Il a commencé à l'appliquer avant-même la loi Hadopi, et prévoit de le parachever avec la Loppsi. Dans cet article exceptionnellement long, Numerama tente un décryptage du net selon Sarkozy.

Petit à petit, les pièces du puzzle s'assemblent et l'image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n'a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s'apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet... et les internautes.

Lundi, Le Monde a publié un excellent article sur la prochaine loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi, ou Lopsi 2), qui montre ce que prévoit le nouveau texte commandé par Nicolas Sarkozy : installation de mouchards électroniques sans vérification de leur légalité par les services de l'Etat, légalisation des chevaux de Troie comme mode d'écoute à distance, création d'un super-fichier "Périclès" regroupant de nombreuses données personnelles (numéros de carte grise, permis de conduire, numéros IMEI des téléphones mobiles, factures...), création d'un délit d'usurpation d'identité, pouvoir de géolocaliser les internautes, ...

Sans cesse repoussée, la loi est attendue de pieds fermes par Nicolas Sarkozy. C'est d'ailleurs en partie elle qui a justifié l'obsession du Président à maintenir contre vents et marée la loi Hadopi. Car "le président de la République actuel a un plan". Pour le comprendre, il nous faut accumuler les pièces à conviction. Certaines relèvent très certainement de la paranoïa, d'autres sont véritablement réfléchies par le Président.

Mises bout à bout, elles laissent peu de doute sur la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler le net, aussi bien dans son contenu que dans son infrastructure.


Au commencement, Nicolas Sarkozy voulu devenir Président

 

Très tôt dans sa carrière politique, Nicolas Sarkozy n'a eu qu'une obsession : devenir président de la République. Et une vision : pour y parvenir, il fallait contrôler les médias. Maire de Neuilly-Sur-Seine, il s'efforce de faire entrer rapidement dans son cercle d'amis proches les Martin Bouygues, Lagardère (père et fils) et autres Dassault qui le conduiront par leur amitié complice au sommet du pouvoir. C'est d'autant plus facile que ces capitaines d'industrie, propriétaires de médias, dépendent pour l'essentiel de leurs revenus des commandes de l'Etat. Entre amis, on sait se rendre des services...

Toute cette énergie de réseautage a été mise au service de son ambition présidentielle. En 2007, c'était la bonne. Première tentative, première victoire. Mais Nicolas Sarkozy a eu chaud. Il avait négligé Internet. A quelques points près, François Bayrou - qui a au contraire beaucoup misé sur Internet pendant la campagne - passait devant Ségolène Royal au premier tour de la Présidentielle, et c'est le leader du MoDem qui se serait retrouvé à l'Elysée.

Il serait faux toutefois de prétendre que Nicolas Sarkozy, qui s'était assuré le soutien du bloggeur Loïc Le Meur (à l'époque le plus influent), s'est aperçu trop tard du pouvoir du net. Fraîchement élu, le président Sarkozy n'avait pas tardé à demander "l'avènement d'un internet civilisé", prônant une "campagne de civilisation des nouveaux réseaux". Le coup de Trafalgar du refus de la Constitution européenne par les Français avait montré pour la première fois au monde politique les limites des médias traditionnels face à Internet, où l'opposition au texte européen fut virulente. Les amis de Nicolas Sarkozy dans les grands médias et l'industrie culturelle l'ont très vite convaincu qu'il fallait faire quelque chose. Lui pour conserver le pouvoir, eux pour limiter cette concurrence gênante. C'est Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV) qui s'est chargé des basses oeuvres, sous l'oeil attentif de son président de l'UMP et ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy.


DADVSI et HADOPI : les premières pierres vers le filtrage

 

Derrière les apparences d'une première loi contre le piratage sur Internet, comme l'avait prédit le journaliste américain Dan Gillmor, c'est une alliance à trois qui s'est formée entre le pouvoir politique, le pouvoir médiatique et l'industrie culturelle. A peine la riposte graduée (déjà) adoptée, RDDV avait prévenu que la loi DADVSI "n'est que le premier d'une longue série d'adaptations de notre droit à l'ère numérique", et qu'il comptait bien s'attaquer "un jour au problème de la presse et de l'Internet". C'était en 2006.

Affaibli par la débâcle de DADVSI, le ministre de la Culture n'a pas eu le temps de mettre son projet en application. Mais l'idée d'accorder un label à la presse professionnelle en ligne et de doter les sites de presse d'un statut particulier opposé aux blogs était née. Nicolas Sarkozy l'a mise en application cette année. Le tout en permettant à la vieille presse papier de bénéficier par ailleurs de substantielles aides de l'Etat, contraires à la libre concurrence, pour investir le net.

Avec la loi Hadopi, qu'il a maintenu jusqu'à mettre en péril la cohésion du groupe UMP, le chef de l'Etat a réussi à imposer à tous les foyers français l'installation d'un "logiciel de sécurisation", qui, sous la forme d'un mouchard, aura pour but de filtrer les sites internet et certains logiciels. Soit de manière franche, en bloquant l'accès à des contenus ou des protocoles. Soit de manière plus sournoise, en mettant en place un système qui met en avant les sites labellisés par l'Hadopi ou par les ministères compétents, pour mieux discréditer les autres. Les sites de presse professionnels feront bien sûr partis un jour des sites labellisés, tandis que la multitude de blogs ou de sites édités par des journalistes non professionnels verront leur crédibilité mise en doute. Pour le moment on ne sait rien du périmètre des caractéristiques imposées par l'Etat aux logiciels de sécurisation, et c'est bien là sujet d'inquiétudes. Il suffira d'étendre par décret la liste des fonctionnalités exigées pour que la censure se fasse de plus en plus large et précise, hors du contrôle du législateur ou du juge.


LOPPSI : le filtrage imposé aux FAI

 

Si elle prévoit la création de ce logiciel de sécurisation, et suggère fortement son installation, la loi Hadopi ne fait cependant pas de son installation une obligation. Le risque d'inconstitutionnalité serait trop fort. Il faut donc compléter le tableau, en organisant un filtrage au niveau de l'infrastructure du réseau. C'est le rôle de la loi Loppsi, chapeautée par Michèle Alliot-Marie.

Entre autres choses, la Loppsi va imposer aux FAI une obligation de filtrage de résultat. Ils auront le devoir de bloquer l'accès à des sites dont la liste sera déterminée par l'administration, sous le secret. Ce qui n'est pas sans poser d'énormes problèmes dans les quelques pays qui ont déjà mis en place cette idée. Là aussi, une fois mis le pied dans la porte, sous prétexte de lutter contre la pédophilie (une tentation du pathos contre laquelle il faut résister), il suffira d'étendre la liste des exceptions qui donnent droit au filtrage. Ici pour les maisons de disques victimes de piratage, là pour les sites de presse suspectés de diffamation, ou pour les sites de jeux d'argent qui ne payent pas leurs impôts en France. La liste n'aura de limites que l'imagination et l'audace des gouvernants.

Encore faut-il que ces idées de contrôle du net puissent se mettre en place sur le terrain, ce qui nécessite des hommes et des femmes peu regardants. C'est dans cet art que Nicolas Sarkozy excelle le plus.


Le choix des hommes, le triomphe des idées

 

Dès 2006, Nicolas Sarkozy a compris qu'il aura besoin de verrouiller son gouvernement et les télécoms pour mettre en place son plan de contrôle d'internet. Christine Boutin, qui avait été une farouche et convaincante opposante à la loi DADVSI fin 2005 (au point de faire basculer le vote de certains députés UMP pour la licence globale), et qui avait défendu l'idée d'un internet libre, s'est ensuite mue dans un silence confondant à la reprise des débats en mars 2006. En échange, et entre temps, elle a reçu la promesse de Nicolas Sarkozy d'entrer au gouvernement après les élections présidentielles si elle mettait sa langue dans sa poche. Les deux ont tenu parole.

Président de la République, Nicolas Sarkozy a ainsi composé son gouvernement de manière à accomplir son oeuvre sans opposition interne. Nadine Morano à la Famille, et Michèle Alliot-Marie à l'Intérieur, n'ont pas eu besoin de forcer leur nature pour prêcher la censure de certains sites Internet ou le filtrage des sites pédophiles ou terroristes. Porte-parole de l'UMP, pilotée par l'Elysée, le lobbyiste Frédéric Lefebvre ne passe plus une semaine sans se confondre en invectives contre Internet, et réclamer le filtrage. En plaçant l'ex-socialiste Eric Besson au numérique, Sarkozy pensait peut-être aussi paralyser les critiques à la fois de son propre camp et de l'opposition, tout en s'assurant le soutien d'un homme qui a troqué ses convictions pour son ambition. En le remplaçant par Nathalie Kosciusko-Morizet, plus rebelle, Sarkozy a pris un risque. Mais il fait aussi un pari. Celui que son frère Pierre Kosciusko-Morizet, président des deux plus gros lobbys français du numérique hostiles au filtrage, serait moins audible dans son opposition si sa soeur est systématiquement suspectée de collusion lorsqu'elle défend le même point de vue. Ce qui n'a pas manqué lorsque PKM a prêché, dans le vide, un moratoire sur la loi Hadopi.

Il a fallu aussi convaincre dans les télécoms. Free, à la nature frondeuse, reste le plus difficile à manipuler pour Nicolas Sarkozy. Il a toutefois trouvé une arme : la quatrième licence 3G. L'opérateur sait qu'elle va être rapidement indispensable pour continuer à concurrencer Bouygues, SFR et Orange, qui peuvent tous proposer des offres regroupant ADSL et mobile. Mais elle est dépendante de la volonté du gouvernement. Très rapidement, Christine Albanel a fait comprendre à Free qu'il devrait être obéissant pour espérer accéder à la fameuse licence. Depuis, le dossier ne cesse d'être repoussé sous des prétextes fumeux, et Free a mis de l'eau dans son vin contre Hadopi et contre le filtrage, dans l'espoir de ne pas hypothéquer ses chances d'avoir accès à la téléphonie mobile.

Pis, Nicolas Sarkozy a fait nommer numéro deux de France Telecom Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui ne compte "que des amis" dans la commission qui déterminera le prix de la quatrième licence 3G. L'homme aura également pour mission de mettre en oeuvre le filtrage chez Orange, qu'il dirigera d'ici deux ans.


Le contrôle des institutions ayant leur mot à dire sur le filtrage

 

Enfin, Nicolas Sarkozy s'est également assuré de contrôler les institutions qui pourraient lui faire de l'ombre. La CNIL, qui s'est opposée à l'Hadopi, n'aura pas le droit de siéger au sein de la haute autorité. Les amendements le proposant ont été refusés. Elle n'a pas non plus eu le droit de publier son avis contre la loi Hadopi, et les deux députés commissaires de la CNIL, tous les deux membres de l'UMP, ont voté pour la loi. L'un des deux, Philippe Gosselin, a même été un farouche défenseur de la loi à l'Assemblée, et sans doute au sein de l'institution. Dans son dernier rapport annuel, la CNIL a dénoncé l'omerta imposée par le gouvernement, et son manque d'indépendance, notamment financière.

Plus directement, Nicolas Sarkozy a également évincé l'autorité de régulation des télécommunications (Arcep) des études sur le filtrage, auquel elle était hostile. Redoutant que l'autorité ne reste trop à l'écoute des professionnels des télécoms et des internautes, le président de la République a récemment mis à la tête de l'Arcep Jean-Ludovic Silicani, l'ancien président du Conseil de la propriété littéraire et artistique (CSPLA). Un homme notoirement favorable au filtrage et à la lutte contre le P2P. Le CSPLA, rattaché au ministère de la Culture, compte par ailleurs parmi ses membres le Professeur Sirenelli, à qui le gouvernement confie quasiment toutes les missions juridiques liées au filtrage depuis quatre ans, avec un résultat certain.

Finalement, c'est au niveau européen que Nicolas Sarkozy compte ses plus forts adversaires. Il a entamé un bras de fer avec le Parlement Européen sur l'amendement Bono, et exerce un lobbying intense sur les Etats membres pour qu'ils refusent de marquer dans le marbre le principe du respect de la neutralité du net, contraire au filtrage. Il peut compter sur le soutien de Silvio Berlusconi, propriétaire de médias, qui met en place exactement le même plan en Italie. Mais il redoute l'opposition des députés européens.

D'où l'importance des élections européennes du 7 juin prochain. De leur résultat dépendera peut-être la réussite ou l'échec du plan mis en place par Nicolas Sarkozy.

 

  LOPPSI 2 :
la loi qui va imposer le filtrage d'Internet
en France ?

 

Publié le 20 mai 2009 sur zdnet.fr
Une loi en préparation prévoit d'instaurer un filtrage généralisé d'Internet en France. Il s'agit de la loi LOPPSI 2, qui sera bientôt présentée devant le Parlement. Cette loi impactera fortement les infrastructures Internet de notre pays, et la façon dont nous pourrons, ou pas, utiliser à l'avenir Internet comme nous le faisons aujourd'hui...
Petit rappel historique

En 2002 a été adoptée une première loi, dite LOPSI - loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure - qui visait à mettre en place des actions de long terme pour lutter contre l'accroissement de la délinquance et de la criminalité.

Un premier volet opérationnel a été voté en 2003 avec la loi LSI, qui traitait essentiellement de la criminalité « classique ».
Où en sommes-nous ?

Aujourd'hui, le gouvernement prépare la LOPPSI - Loi d'Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure - qui aborde frontalement les aspects liés à la cyber-criminalité : ainsi cette loi instaurera un délit d'usurpation d'identité sur Internet, et permettra la mise en place de la géolocalisation des internautes, du blocage des sites illégaux, dont la liste sera fournie par le Ministère de l'Intérieur, ainsi que la captation à distance de données numériques par des logiciels mouchards, dont les utilisateurs (services de l'Etat) ne seront plus obligés de vérifier la légalité. Ceci impliquera une intervention des fournisseurs d'accès Internet, qui devront installer sur leurs infrastructures réseau un certain nombre de dispositifs techniques de filtrage et de surveillance...

Pour vous apporter plus d'information quant à cette loi, et vous donner un éclairage sur la volonté politique qui la sous-tend, je ne vais surtout pas réinventer la roue : je vous renvoie à trois bons articles de fond publiés récemment par

Le Monde : « Après la Dadvsi et Hadopi, bientôt la Loppsi 2 » par Olivier Dumons
Libération : « Loppsi 2, bientôt Hadopi en pire ? » par Astrid Girardeau
Numerama : « Décryptage : Sarkozy et son œuvre de contrôle du net » par Guillaume Champeau

 

 

Je signale aussi le chat avec les lecteurs du Monde de Jean-Michel Planche, un des pionniers de l'Internet Français, qui, à juste titre, se montre très inquiet des conséquences des lois HADOPI et LOPPSI. En effet, ces lois pourraient changer l'Internet que nous connaissons aujourd'hui, à savoir "une plate-forme d'innovation ouverte, libre et neutre, d'échange, tarifé ou non." Pour Jean-Michel Planche "De tout temps, certains ont essayé de le réduire à un réseau de distribution au profit de quelques-uns. [...] Toutes ces discussions tournent autour du sujet du contrôle et de l'appropriation de l'Internet au profit de quelques-uns. Ce qu'il y a de fantastique dans Internet, c'est que nous pouvons être à la fois producteurs et consommateurs."

Vous pouvez également suivre l'actualité de LOPPSI sur un site agrégateur dédié : www.loppsi.fr

2009, c'est seulement 25 ans après 1984, et George Orwell n'est plus là pour nous imaginer ce que sera notre vie après l'adoption de cette loi...

 

www.zdnet.fr/blogs/infra-net/                                                       Pierre Col

 

 

 

Par grossel - Publié dans : agora
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Jeudi 2 juillet 2009
La lettre qui suit analyse très bien la situation, de France en Iran en passant par les États-Unis. Oui, le peuple iranien a une lourde tâche devant lui. La chape des ayatollas et de leurs sbires ne sera pas facile à liquider. Il y a déjà du sang, des emprisonnements arbitraires, sans doute des tortures. Qu'une photo ou une vidéo de la mort de Neda Agha Soltan fasse plus bouger, réagir qu'un chiffre de 100 morts, cela n'est pas pour me gêner. Peu importe les chemins de l'indignation, de la révolte, du soutien.
grossel

L 246
24 Juin 2009
RELIGIEUSEMENT CONTRE…


Qu’y a-t-il de commun entre l’Iran d’une part et maître Badinter de l’autre ?

En Iran le peuple monte aux créneaux. Les Ayatollah prêchent. Les uns appellent à la répression sans états d’âmes – mais ont-ils une « âme » ? –  les autres dans et pour le respect de la “République islamique“ – oxymore lugubre – appellent au calme et demandent que soient recomptées les voix, voire demanderaient de nouvelles élections. Conforme à la « constitution ». Dans tous les cas, officiellement, constitutionnellement donc, ce sont les chefs religieux qui font la pluie des matraques et des balles ou le beau temps de la chaîne et du joug.

Maître Badinter – sauf le respect que nous lui devons pour bien des raisons que tout le monde connaît – est au Parti socialiste. Je veux dire que, contre vents et marées, il y reste. Au Demorand , il répond sur France inter, entre 8 h et 9 h, qu’il ira à Versailles.  Le sénateur Badinter dit oui, parce que c’est la Constitution et qu’un élu se doit de la respecter, de montrer l’exemple. Mais, ajoute-t-il, il se retirera, comme tous ses semblables socio et démocrates, au moment du débat qui suivra l’adresse présidentielle, débat qui se tiendra en présence du seul premier Ministre. Le débat n’est-il pas, lui aussi, inscrit dans la Constitution ? La Constitution serait-elle, oui ou non, un texte sacré pour un républicain ? Même quand elle s’échappe, glisse et roule comme une coulée de lave vers les gouffres d’un pouvoir de plus en plus autoritaire et centralisé ? Elle fut mise en branle par notre  “Grand Charles“ que tout le monde, aujourd’hui, appelle respectueusement “De Gaulle“, comme on dit “La France“. Et pourtant… l’inoubliable pamphlétaire que fut François Mitterand ne lui avait pas envoyé dire que sa Constitution faisait de son Président un « roi sans couronne » : « J’appelle le régime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c’est à cela qu’il ressemble le plus… » (Le coup d’Etat permanent, 1964)

9 h tapantes le journal : « L’opposition ne mâche pas ses mots pour vilipender cette politique » dit le zélé microteur de France inter. Sans doute ne mâche-t-elle pas ses mots, l’opposition (entendez le PS) : elle est en train d’avaler son chapeau !

Au Demorand, toujours, Monsieur Badinter répond, à propos de la Burqua et autres voiles – que lui refuse, absolument, en son âme et conscience - qu’il appartient aussi à « l’autorité religieuse » de prendre clairement position sur ce point. Comment cela ? Les autorité « religieuses » - quelles qu’elles soient, de quelque croyance dont elles s’affublent – auraient aussi autorité pour décider de ce que doit être le comportement d’une citoyenne ou d’un citoyen dans cette république constitutionnellement laïque ? Si l’Évangile, selon l’autorité, si le Coran, selon l’Imam autorisé, si la Thora, selon le Consistoire indiscutable, décidaient des prescriptions impératives, tous les fidèles auraient le devoir premier de s’y soumettre ? Alors, ne resteraient plus que ceux qui croâ-croâ en la Constitution pour la respecter comme un fait religieux. Il faudrait donc faire vœux de croire constitutionnellement à l’exclusion de toute autre croyance : la République une presque religion, parmi d’autre. Inextricable comme c’est déjà un peu le cas par manque de clarté sur les principes et le droit républicain.

Sur ce point, le régime actuel de l’Iran a au moins le mérite d’être clair ! Chez nous, les contorsionnistes de la social-démocratie (et pas seulement) sont de plus en plus souples. Soyez pragmatistes jusqu’au bout, a-t-on envie de leur dire, n’utilisez plus aucun des arguments d’une philosophie politique ou de Droit pour vous justifier en toute occasion. Et laissez vos militants à jamais respectables, dormir sur leurs lauriers, au lieu de les employer à de si basses besognes. On aurait envie de dire, par respect pour l’intelligence et, je le pense, l’honnêteté bafouées.

En revanche une joffrinade ne souffrira pas les mêmes égards. L’homme serpent se livre, dans un éditorial nommé « Bourbonien », aux plus belles contorsions de son répertoire, déjà lourd de ses œuvres complètes :  il peut en quelques lignes absolument tout dire et son contraire sans que sa plume faiblisse. « L’opposition aurait pu choisir unanimement le boycott {…} il eut fallu pour justifier un tel geste que la présence de Nicolas Sarkozy devant le Parlement constituât une entorse évidente à la séparation des pouvoirs » une variante sur le thème de la légalité républicaine. Et d’ajouter « …en quoi est-il contraire à l’esprit démocratique qu’un président choisisse la représentation nationale plutôt que la télévision pour annoncer sa politique ? » ce n’est même plus la fidélité au texte constitutionnel qu’évoque l’astre des éditorialistes, mais l’esprit lui-même. Aller un dernier effort, l’Esprit ! Sur ce point en contradiction avec Badinter sénateur qui, à la radio, disait exactement le contraire, si mes souvenirs ne me trahissent pas. Mais là ils se rejoindront, car l’astre brille par toutes ses facettes multiples et confuses, « Ce droit est désormais constitutionnel. Faut-il boycotter la Constitution ? » pour diverger de nouveau quand il sera question de panache : « On eût aimé… qu’un fier orateur vienne lui porter la contradiction, avec talent et conviction. » Joffrin notre Turold * contemporain écrivant, petite page après petite page, la chanson de geste de SarkUbu le Bourbon.

Mais j’y pense, l’opposition, à des degrés différents, se situe donc hors la loi, corne de bidouille ! Arrachez la langue des uns et décollez leurs têtes aux autres ! Sabre au clair en place de grève, de par ma chandelle verte !

L’exemple vient de plus loin, ce pragmatisme ravageur qui, par définition, ne souffre aucune critique de principe, le Président Obama et son équipe en ont presque fait une exclusivité. L’Iran représente une des clefs du problème que les Etats-Unis se posent depuis leurs interventions guerrières au Moyen Orient. A ce titre il est important d’engager, quelle qu’en soit la forme, quels qu’en soient les interlocuteurs, une négociation qui aboutisse à une sorte de relation contractuelle avec les chefs religieux pourvu qu’ils renoncent à l’arme suprême, qu’ils renoncent pour eux-mêmes aux moyens que s’est donné l’Occident  en général et l’Amérique en particulier,  pour tenir le monde en respect après la seconde guerre mondiale, après Hiroshima et Nagasaki. L’Iran devenue hégémonique dans cette partie du monde, menaçant directement l’existence d’Israël, tête de pont américaine – je parle de stratégies gouvernementales – au Moyen Orient : un casse-tête pour pragmatiques surexcités. Du même coup l’engagement en Afghanistan, la reprise en main au Pakistan, déjà entamée semblerait-il, seraient encore plus aléatoires qu’aujourd’hui.

L’Iran doit être aménagé : l’important est qu’il s’y trouve une chefferie en exercice avec laquelle il sera possible d’entamer la négociation. Alors le confort des populations dans cette affaire… vous comprendrez qu’elles ne représentent pas un soucis majeur pour l’administration yankee et bien que le style soit très différent de Junior, que la monte soit plus élégante, la volonté de conduire le troupeau là où il doit aller est la même. La conquête de l’Ouest n’est pas terminée, elle a simplement sauté les océans, les chariots sont chargés jusqu’à la gueule de Hamburgers Mac Donald’s, de poudre et d’armes et de tolérance totale pour la prise en main par les chevaliers noirs de la République islamique des richesses régionales, en échange de leur pétrole et d’une hégémonie américaine consentie qui, pour être discrète, n’en sera pas moins réelle. Pour les moins disciplinés des Iraniens, s’ils devaient être sacrifiés, massacrés sur l’autel de la Paix américaine, les larmes aux yeux, chacun, de Londres à Paris en passant par Berlin, ferait son deuil de leurs bonnes intentions.

Mais toujours très pragmatique, et donc imprévisible, comme rien n’est encore définitivement consolidé à l’horizon de la République islamique, Obama fait les gros yeux et gronde les Ayatollahs qui ne « respectent pas le droit universel au rassemblement et à la liberté d’expression »**  - l’Allemagne obligée de jouer, de seconde main, se retrouve dans l’obligation d’en remettre au pot et appelle « fermement » au recomptage des voix… et, avec humour (noir) demande aux autorités « d’autoriser les manifestations pacifiques, de ne pas faire usage de violence… de libérer les opposants emprisonnés, d’autoriser les médias étrangers… » sinon… ah ! Sinon… C’est que l’un comme l’autre, l’Américain et l’Allemande, cherchent à irriter le moins possible leurs propres électeurs ainsi que leurs sponsors, sans pourtant détruire leur chance de négocier un jour...

Mais bien sûr les femmes et les hommes de ce pays, que l’on croyait étouffés sous le voile et les interdits, ont trouvé un levier pour soulever le monde de leurs frustrations et de leurs colères : les élections. Et maintenant ce monde fait d’espérances et de rêves, certes encore confus mais faisant bloc dans l’adversité, ils le portent à bout de bras et le lancent à la tête des femmes et des hommes du monde entier.

Les Ayatollahs et autres mollahs sont eux directement intéressés à la conservation de leurs richesses, considérables, et par voie de conséquence au maintien de leur puissance temporelle et spirituelle : une histoire de papauté de l’époque de Charlemagne en somme. Les deux piliers de la foi qu’ils ont en eux-mêmes que sont le pouvoir et la prévarication, sont au cœur de toutes leurs prières, cinq fois par jour s’il le faut.

A cet égard une enquête parue dans « Il Manifesto », signée de Marina Forti (rapportée par « Le Courrier » en 2003), qui écrit ceci :

« Iran : la “Mollah SA“ connaît la crise », 17 juillet 2003 !

« Piliers du régime, les fondations de charité contrôlent l'économie iranienne, dont les activités «souterraines» –que d'autres appellent «illégales»– concernent environ un tiers du PIB national. Ces activités sont au centre de la lutte pour le pouvoir qui oppose les institutions démocratiquement élues, présidence et Parlement, aux institutions religieuses. Ces dernières sont contestées par les étudiants et par les jeunes chômeurs qui leur reprochent d'entretenir une économie de «compromis».

Et vous ne m’en voudrez pas de vous livrer un autre passage de cet article (Joffrin, Fottorino et les autres, lisent-ils Marina Forti dans Il Manifesto ? Ou le « Courrier » ? Ils n’oseront pas le faire savoir) :

« La bulle (spéculative immobilière) commence à gonfler dangereusement. Or, par ailleurs, le taux de chômage ne fait que grimper et, chaque année, un million de jeunes se présentent aux portes du marché du travail. Pas étonnant, dès lors, que leur situation, souvent précaire, contribue à alimenter le ressentiment de la population à l'égard des dirigeants. »  nous étions en 2003…

Il n’est donc pas nécessaire d’aller chercher trop loin dans les plis de leurs manteaux ou les replis de leurs cerveaux enturbannés, pour comprendre qu’à la base de leur pieuses grimaces se tiennent leurs coffres forts bien lestés.

Vous en saurez plus en vous reportant au site  du « Courrier », un quotidien suisse indépendant.

Bon sang, grandissimes lecteurs, que c’est long à lire pour en apprendre si peu…

Robert


* auteur présumé de la Chanson de Roland

** Obama a même pris sa grosse voix grave (24 juin) pour « condamner » le gouvernement iranien trop à droite sur l’échelle pragmatique. La société du spectacle y serait pour quelque chose : une photo dit-on, d’une jeune femme. Une photo et tout s’emballe ; « 100 morts », une statistique, rien ne bouge.  






Par grossel - Publié dans : Robert P
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Mardi 30 juin 2009
 
 
Brèves /Solidarité et Progrès

29 juin 2009 - 16:14

 


par Cédric Gougeon


« Ce dont nous avons besoin de la part de scientifiques, ce sont d’estimations, présentées avec suffisamment de conservatisme et de plausibilité (...) pour nous permettre de commencer à ériger un système d’avertissements artificiels, qui agisse de manière comparable aux instincts des animaux qui s’enfuient avant l’ouragan. »

Ces propos ont été tenus par l’anthropologue Margaret Mead en 1975, lors de la conférence sur le Climat en Caroline du Nord.

Quarante-quatre ans plus tard, le jour du quatre-vingt-huitième anniversaire du Prince Philip, ils auraient pu être cités en introduction à la conférence du 8 au 10 juin, organisée par l’Institut des sciences culturelles (KIW) à Essen, en Allemagne, sur le thème « La grande transformation : le changement climatique en tant que changement culturel ».

Au cours de ces trois jours de guerre psychologique, l’on vanta l’utilité des sciences comportementales appliquées et d’une dictature mondiale pour faire accepter la désindustrialisation et une réduction drastique de la population, le tout pour le bien de la planète, évidemment.

En effet, le titre d’une des principales sessions parle de lui-même : « Les sociétés démocratiques peuvent-elles faire face aux effets de changements graves du climat global, ou des régimes autoritaires seraient-ils mieux à même de mettre en oeuvre les mesures nécessaires ? »

Cela vous étonne ? Vous choque ?

Et pourtant... Depuis des années, l’organisation de Lyndon LaRouche explique que le mouvement « vert » et le « réchauffement climatique » qui lui sert actuellement de cheval de Troie, n’ont jamais eu pour but d’assurer une planète plus accueillante pour ses habitants, mais plutôt, comme le prince Philip d’Angleterre se ferait un plaisir de le confirmer, pour réduire drastiquement la population mondiale, de son niveau actuel de 6,7 milliards à quelque 2 milliards.

C’est bien dans ce but que l’oligarchie financière internationale a créé le mouvement, à partir du WWF fondé par ce même prince consort et par le prince Bernhard des Pays Bas, un ancien membre du parti nazi.

Fort heureusement, le déroulement de la conférence du KWI fut perturbé par l’intervention du LYM (Mouvement des jeunes de LaRouche), qui diffusait un tract sur l’« arnaque du réchauffement climatique » et les visées génocidaires qu’elle cache, ainsi qu’un article dénonçant en particulier le rôle de Tony Blair, ouvrant ainsi le débat.

Pour donner une idée du sophisme ambiant, la première session du dernier jour a entendu les professeurs Harald Welzer du KWI et Andreas Ernst, de l’université de Kassel, au sujet du lien entre « savoir » et « agir », qui décrivaient froidement le comportement humain dans différentes situations.

Lorsque le premier intervenant, un scientifique, demanda à M. Welzer ce qui le différenciait du groupe pseudo-religieux qu’il venait de décrire, celui-ci répondit qu’il ne faisait qu’interpréter les données : puisque la conférence reposait sur l’axiome selon lequel le réchauffement anthropogène est réel, son rôle consistait uniquement à étudier les moyens de réconcilier savoir et action.

Quant au professeur Ernst, lorsqu’un membre du LYM dénonça les intentions génocidaires du prince Philip et Cie, il avoua que la réduction démographique devrait faire l’objet d’accords internationaux. Il est vrai que quelques semaines auparavant, un conseiller de Gordon Brown en matière écologique, Jonathan Porritt, avait appelé à réduire de moitié la population britannique !

Un climatologue allemand, qui rappelait que 40% des Allemands ne croient toujours pas au changement climatique causé par l’homme, en raison, selon lui, du manque d’information, fut rappelé à l’ordre par le directeur du KWI Claus Leggewie. Ce dernier l’accusa de prendre part à la manipulation politique, par le simple fait de mentionner le grand nombre de « clima-sceptiques ».

Pour citer un dernier exemple, un scientifique intervint pour reprocher à un orateur de vouloir semer la panique sur la montée du niveau des mers, qui est un « phénomène naturel ». Et lorsqu’on parle de la calotte glaciaire, « dont la température est de moins 45 degrés celsius, il est idiot de prétendre que plusieurs degrés feront une différence ». Sur ce, l’anthropologue interpellé reconnut : « Je suis désolé, je ne suis pas un scientifique. Je ne suis pas compétent pour répondre à cette question. »

La fin de la démocratie ?


De toute évidence, les « avertissements artificiels » et le catastrophisme relayés par les médias ne convainquent pas tout le monde, et pas assez vite, ce qui, pour certains, serait la preuve que la politique voulue ne pourra être mise en oeuvre dans le cadre d’un processus démocratique. D’où le thème de la quatrième session de la journée : « Les sociétés démocratiques peuvent-elles faire face aux effets de changements graves du climat global, ou des régimes autoritaires seraient-ils mieux à même de mettre en oeuvre les mesures nécessaires ? »

Pour contrer l’effet dérangeant des documents distribués par le LYM, le professeur Leggewie se crut obligé de préciser, avant même l’ouverture de la session, que « nous avons besoin de plus de démocratie ».

Lorsqu’un jeune larouchiste dénonça la folie de poser une question aussi suspecte, il expliqua sans sourciller que les changements et les décisions nécessaires pour faire face au réchauffement climatique devraient être appliqués dans les dix prochaines années, échéance qu’un processus démocratique ne pourrait jamais respecter. En dépit des propos délibérément confus, cet aveu déstabilisa beaucoup de gens, les amenant à s’interroger sur l’intention des organisateurs de l’événement. Prenant le micro, un journaliste environnementaliste exprima ses craintes de voir s’installer une dictature mondiale sous prétexte du réchauffement global, tandis que d’autres évoquaient, en privé, Le meilleur des mondes de Huxley.

Le premier orateur de cette funeste session fut le Professeur David Held, co-directeur du Centre pour l’étude d’une gouvernance globale, à la London School of Economics. C’est un expert du « cosmopolitanisme » (qui se veut un terme plus rassurant pour « gouvernement mondial »). Quand un membre du LYM lui posa une question, en marge de la session, sur les implications génocidaires des politiques sur le réchauffement climatique, il avoua que la réduction démographique était implicitement présente dans toutes les discussions, citant la Chine comme exemple de contrôle démographique.

Les participants purent également entendre Anthony Giddens, un proche collaborateur du professeur Held et mentor de Tony Blair (également l’architecte de l’idéologie de la Troisième Voie), dans la dernière session, consacrée au « Pont transatlantique ». John Podesta, président du Center for American Progress, et William Antholis, directeur de la Brookings Institution de Washington, exprimèrent l’espoir de voir reculer le sentiment de souveraineté nationale aux Etats-Unis, pour que l’administration Obama puisse prendre la tête de la campagne contre le réchauffement climatique.

Les remarques de conclusion du professeur Claus Leggewie sont éloquentes : « Pour la première fois dans l’histoire humaine, les gens se rassemblent et examinent quelque chose qu’ils ne voient pas, ne sentent pas, ne goûtent pas, qui les affecte maintenant. Le parallèle que nous pouvons tracer, de manière laïque, est l’intérêt pour l’avenir après la vie. Nous avons les églises de la religion du changement climatique, avec nos prêtres, comme nous les avons entendus, et la peur du Jour du jugement dernier. »




 
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Le réchauffement global d’Al Gore : instrument d’un nouvel impérialisme environnemental
20 mars 2007

 

 

Tout comme le Prince Philippe d’Angleterre, qui a déjà exprimé sa volonté de se réincarner en virus mortel pour aider à réduire la population mondiale, la propagande d’Al Gore peut tuer à la vitesse d’une bactérie

Pour les contre-arguments scientifiques à la propagande de Gore et consorts, lisez :

 

Bataille mondiale sur la fraude du réchauffement planétaire

L’opération lancée par l’ancien vice-président américain Al Gore et ses co-conspirateurs en vue de créer une énième bulle financière basée sur les technologies soi-disant « renouvelables », rencontrent une vive opposition. Les efforts de Lyndon LaRouche et de son Mouvement de jeunes au niveau international rejoignent ceux de la faction en Angleterre qui vient de tourner The Great Global Warming Hoax, ainsi que de scientifiques de plus en plus nombreux.

Al Gore, qui rentre d’une tournée européenne, s’est concerté avec David Milibrand, ministre anglais de l’Environnement, et avec des dirigeants de l’Union européenne, pour faire des émissions de gaz carbonique et de l’adoption d’une taxe sur le CO2 le thème central de réunions internationales, et notamment du G8, dans les prochains mois. Milibrand a fait de nombreuses déclarations, selon lesquelles il faudrait imposer des mesures anti-industrielles drastiques, même au niveau du Conseil de Sécurité de l’ONU. De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a réussi à faire adopter par l’UE une résolution, appelant à une réduction de 20 % des émissions de carbone. La réunion de planification du G8 à Potsdam, le 17 mars, où il a surtout été question du soi-disant réchauffement planétaire, a débouché sur l’adoption d’un protocole sur la « bio-diversité » .

Mais l’opposition se réveille. Le film produit par Gore, An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange), vient d’être démoli par un autre film, intitulé The Great Global Warming Hoax, diffusé sur Channel 4 en Angleterre. Dans ce documentaire, des scientifiques de renom pourfendent les affirmations de Gore lorsqu’il accuse les émissions de CO2 d’être responsables du « réchauffement planétaire ». Selon The Great Global Warming Hoax, les propositions de Gore aboutiraient à priver le tiers monde de tout, et notamment du droit à l’électricité, avec des conséquences génocidaires.

Le film de Channel 4, diffusé le 8 mars, circule abondamment en coulisses à Washington, D.C., ainsi qu’au Danemark et en Suède. Le groupe qui l’a produit connaît manifestement par coeur l’histoire du soutien anglais aux mouvements « verts », tels ceux qui ont abouti aux Jeunesses hitlériennes. LaRouche souhaite que ce film, que 2,5 millions ont déjà regardé, circule partout. Il est disponible en DVD auprès des producteurs, Wag TV, et une version « youtube » est disponible sur internet en cliquant ici.

 

L’imposture du réchauffement global : un film à ne pas manquer

Le 8 mars, la chaîne de télévision britannique Channel 4 a diffusé un documentaire dévastateur pour le « lobby du carbone » , intitulé The Great Global Warming Swindle (L’imposture du réchauffement global). Passées les cinq premières minutes, il démolit l’affirmation si souvent répétée selon laquelle aucun scientifique digne de ce nom ne s’oppose à la thèse du réchauffement global. Suit l’interview d’un nombre impressionnant d’experts en climatologie, océanographie, météorologie, biogéographie et sciences environnementales, travaillant dans des institutions comme l’Institut Paster, la NASA, le Centre de recherches arctiques, MIT et d’autres universités.

Au cours des 70 minutes suivantes, vous assisterez fasciné à un démontage inexorable de toute l’hypothèse sur le CO2. Le dioxyde de carbone - qu’il soit produit par l’homme ou présent dans des sources naturelles beaucoup plus abondantes, en particulier dans les volcans et au sein des océans - ne détermine pas le climat. Vous verrez, au contraire, que c’est la production du soleil, avec ses variations au cours des cycles courts et longs, qui influence le plus le climat sur Terre. Le film comporte aussi l’interview de l’un des chercheurs danois qui viennent d’établir le lien déconcertant entre les rayons cosmiques et le climat.

La fin du film montre clairement que l’environnementalisme tel qu’il est propagé aujourd’hui conduit au génocide. Au cours d’une visite à une clinique africaine, à quelques kilomètres seulement du luxueux immeuble de Nairobi dans lequel s’est tenue la conférence de l’ONU sur le changement climatique, nous voyons les conséquences concrètes du mythe de l’énergie solaire. Dans un bâtiment doté uniquement d’un panneau solaire pour fournir l’électricité, les professionnels de la santé doivent choisir entre s’éclairer ou brancher le minuscule réfrigérateur où sont stockés vaccins et médicaments.

Le documentaire conclut sur ces paroles du Dr Patrick Moore, un co-fondateur de Greenpeace qui répudia totalement le mouvement par la suite : « Le mouvement environnemental est devenu la plus puissante force qui existe pour empêcher l’essor des pays en voie de développement. (...) Je pense qu’il est légitime que je les qualifie d’"anti-humains". »

Le film-documentaire d’Al Gore, Une vérité qui dérange (2006), sa version écrite, devenue un best-seller, les tournées de conférences, la formation de jeunes capables de faire des présentation « powerpoint », les concerts Live Earth de juillet 2007, toute cette hyperactivité ne reflète aucunement une prise de conscience soudaine, par les peuples du monde, du danger que représente le réchauffement global, mais plutôt l’une des campagnes de propagande les plus massives de l’histoire. Après son début en mai 2006 aux Etats-Unis, Une vérité qui dérange a été distribué dans 35 pays, quelquefois présenté par Gore lui-même, et doit bientôt être introduit dans les écoles et les églises. Ce documentaire, récemment couronné d’un Oscar, n’est que la partie la plus visible d’une série d’opérations psychologiques et politiques coordonnées par des intérêts financiers basés en Grande-Bretagne, ayant pour but de tromper et de contrôler.

L’opération Gore dans son ensemble est organisée par ce que l’on pourrait appeler le « Centre de commande britannique », un réseau reliant étroitement le Premier Ministre britannique Tony Blair, le Chancelier de l’Echiquier Gordon Brown, le milliardaire à la retraite, ex-patron d’eBay, Jeff S. Skoll, aujourd’hui président de Participant Productions et principale source de financement du documentaire d’Al Gore, ainsi que le hedge fund Generation Investment Management, autrement connu comme « Blood and Gore », également basé à Londres.

En avril 2006, lors de son Skoll World Forum, le milliardaire a présenté David Blood et Al Gore, les deux co-fondateurs de Generation Investment Management, comme les « superstars » de l’ »économie du changement climatique ».

Le film de Gore affirme que les températures de la Terre sont en croissance ; que cette situation est due à une production excessive de gaz à effet de serre, et plus particulièrement le dioxyde de carbone ; que cette surproduction est elle-même causée par une activité humaine excessive et une croissance démographique trop rapide. Toutes ces assertions sont fausses comme vous pouvez le lire dans les articles accompagnant ce dossier (voir en haut à droite).

Premièrement, toute lecture locale des températures, lorsque considérée des points de vue de la variabilité de l’activité solaire et des variations à long terme des paramètres de l’orbite terrestre, ne constituent en aucun cas une « surchauffe du climat ». Deuxièmement, l’assertion selon laquelle on aurait observé un accroissement régulier de la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère n’est pas fondée. Les données utilisées par Gore sont basées sur des échantillons de glace non fiables, et ne prennent pas en compte les 90 000 mesures directes effectuées avec le plus grand soin par les plus grands noms de la chimie et de la physique au cours des 150 dernières années, et selon lesquelles les concentrations en dioxyde de carbone ont déjà surpassé dans le passé les niveaux actuels.

En ce qui concerne la conclusion du film, selon laquelle il faudrait réduire les niveaux d’activité économique et de population humaine, afin de réduire le dioxyde de carbone dans l’air, elle ne fait que prouver que toute cette campagne ne vise qu’à terroriser les populations et à contrôler l’activité économique des peuples et des nations.

Au moment où le documentaire de Gore sortait en Grande-Bretagne, l’hebdomadaire britannique The Economist (9-15 septembre 2006) publiait un dossier intitulé « The Heat Is On : A Special Report on Climate Change », appelant à établir un marché global sur le carbone, afin de vendre et d’acheter des quotas d’émission, calqué sur le système européen mis en place en 2005. Le quotidien conservateur de Londres, le Daily Telegraph, rapportait plus récemment (le 14 mars 2007) que le véritable message d’Al Gore était le « florissant marché des droits d’émission du carbone ». Le journaliste Tom Stevenson, spécialiste des questions économiques, écrivait que Gore « peut reconnaître la tendance », que « l’échange de droits sur le carbone est l’activité la plus chaude en ville ».

Lors d’une tournée en Australie, puis à New York en octobre 2006, Gore avait même appelé à soumettre les foyers domestiques au même type de système de quotas d’émission que celui mis en place pour les entreprises, un système qu’il a baptisé « Association des hypothèques neutres sur le carbone ». Il n’est pas étonnant que Gore ait été embauché à l’automne comme conseiller auprès du Gouvernement britannique par Gordon Brown. Brown a déclaré que la Grande-Bretagne pourrait être à l’avant-garde des « initiatives » sur le changement climatique en créant de nouveaux marchés.

Comme l’expliquait Nick Stern, auteur d’un rapport sur le réchauffement climatique commandé par le gouvernement travailliste, « l’échange de droits d’émission peut générer de flux significatifs d’investissement dans les pays en voie de développement. Mon ambition est de construire une bourse globale sur le carbone, fondée sur le système des droits d’émission de gaz à effet de serre de l’Union européenne. Totalisant aujourd’hui 9 milliards d’euros, les droits d’émission pourraient croître jusqu’à 50 ou 100 milliards d’euros. Nous allons faire avancer cette idée en organisant une conférence internationale, qui aura lieu à Londres, pour discuter comment lier les différents systèmes existant aujourd’hui dans plusieurs pays et favoriser les échanges de droits d’émission dans les pays en voie de développement, afin de transformer ce système en croissance en une force globale pour le changement. » La Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, le Mexique et d’autres seront les cibles de ce nouvel impérialisme « environnemental ».

Le film de Gore se termine par un appel à l’engagement dans une série de petites actions, que tout citoyen peut mettre en place, comme économiser l’énergie en changeant les ampoules électriques, utiliser moins souvent sa voiture, faire la promotion des biocarburants, planter un arbre, et se battre pour que l’Amérique gèle les niveaux d’émission en dioxyde de carbone. Lorsque le Tennessee Center for Policy Research, basé à Nashville, fit remarquer à Al Gore que la facture d’électricité de sa superbe villa (avec piscine intérieure chauffée) était douze fois plus élevée que celle du foyer américain moyen, celui-ci répondit qu’il en avait compensé le coût en achetant des swaps sur le carbone. Il oublia toutefois de préciser qu’il avait acquis ces étranges instruments financiers auprès de son propre hedge fund, Generation Investment Management.

Lorsqu’on demanda à l’analyste financier Jim Cramer, lors d’une émission diffusée en février sur MSNBC, ce qu’il pensait de la possibilité de voir Gore se présenter à l’élection présidentielle de 2008, sa réponse fut : « Non. Il est gérant de hedge funds maintenant. Personne ne quitte ce jeu. »


 


Par grossel - Publié dans : Jacques Cheminade
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Lundi 29 juin 2009

Aux sources du néolibéralisme

article emprunté au site La vie des idées

par Jean-Sébastien Lenfant [24-06-2009]

Domaine : Économie

Mots-clés : libéralisme | marché


Un nouveau libéralisme naîtra-t-il de la crise ? Il n’est pas inutile, en ces temps de profonde incertitude idéologique, de se replonger dans les débats politiques et économiques qui suivirent la crise des années 1930. Le colloque Lippmann, organisé à Paris en 1938, est l’un des lieux où fut discuté l’avenir du capitalisme.


Recensé : Serge Audier, Le Colloque Lippmann. Aux origines du néo-libéralisme, Latresne, Éditions Le Bord de l’Eau, 2008.

L’ouvrage de Serge Audier se présente en deux parties. La première partie, Le Colloque Lippmann ou la face cachée du « néo-libéralisme », est un essai assez long d’histoire des idées consacré aux origines et à la postérité du colloque organisé en 1938 autour du publiciste américain Walter Lippmann et de son ouvrage, La Cité libre. La seconde partie est la réédition de l’ouvrage consacré au colloque, Le Colloque Lippmann, publié la même année par la Librairie Médicis, et préparé sous les auspices du Centre international d’études pour la rénovation du libéralisme. L’objectif affiché de Serge Audier est de resituer dans la complexité intellectuelle du temps (la grande crise, la montée des totalitarismes, les expériences collectivistes, le défi intellectuel que représente la Théorie générale de Keynes) le développement d’un courant idéologique et doctrinal néolibéral en France et en Europe, dont plusieurs grandes figures se sont rencontrées pour la première fois en 1938 à l’occasion de ce colloque organisé par le philosophe Louis Rougier.

Bien moins connu que la première réunion de la Société du Mont-Pèlerin en 1946, le colloque Lippmann est pourtant régulièrement cité dans les histoires du libéralisme comme l’acte fondateur du néo-libéralisme moderne. Par un retour au texte du colloque, aux écrits des participants, à leurs activités et prises de positions antérieures et ultérieures, l’auteur se livre à une réévaluation de l’importance du colloque Lippmann pour l’histoire du libéralisme. Il souhaite notamment mettre en pièce une thèse récurrente des histoires du libéralisme, selon laquelle le colloque Lippmann serait le point de départ d’une lente et patiente reconquête idéologique des esprits jusqu’au triomphe des années Reagan et Thatcher.

L’essai de Serge Audier est intéressant à plus d’un titre, même s’il s’expose au reproche de courir plusieurs lièvres à la fois. Ainsi, après avoir dénoncé à bon escient les flottements sémantiques liés au néolibéralisme, les à-peu-près du discours antilibéral fait d’amalgames et d’ignorance des doctrines et des débats théoriques, l’auteur nous convie en quelques pages dans les tourmentes intellectuelles des années 1930. Le rôle et le parcours intellectuel de figures clés du colloque Lippmann sont alors étudiés, en commençant par le maître d’œuvre, Louis Rougier, et par Lippmann lui-même. Puis l’auteur présente les participants français, avant d’évoquer les positions des tenants de l’ordo-libéralisme pour finir par les artisans du néo-libéralisme dans sa version actuelle (c’est-à-dire sa version ultralibérale). Pour finir, Audier dévoile avec beaucoup de pertinence l’entreprise de réécriture de l’histoire du libéralisme organisée par le courant ultra-libéral, à l’initiative de Hayek, qui est ainsi parvenu à convaincre ses adversaires d’une incompatibilité essentielle entre la tradition socialiste et la tradition libérale. La leçon à tirer de ce dévoiement pour notre présent est que le libéralisme n’a pas à être le monopole de forces économiques et politiques conservatrices, et qu’il « devrait faire partie pleinement, avec d’autres héritages doctrinaux, du patrimoine de la gauche » (p. 243).

Chemin faisant, le lecteur cherche et tâtonne, et se demande quel était exactement l’objet de cet essai. Audier s’éloigne parfois de son objet et/ou se lance dans une critique de la pensée antilibérale. De telles digressions étaient inutiles et auraient pu être reléguées en notes. L’essentiel reste, pour l’historien des idées, un tableau assez complet de la pensée néolibérale en France après guerre. Dans les années 1940 à 1960, le néolibéralisme à la française a rassemblé une nébuleuse d’auteurs de différentes obédiences politiques et doctrinales autour d’une vision du libéralisme compatible avec une forte implication de l’État dans les affaires humaines. Cette vision, soutient Audier, fait aussi partie de l’histoire du libéralisme comme idéologie libératrice et émancipatrice des peuples.

On s’attachera d’abord à discuter sa thèse principale (politique), à savoir le reproche fait aux intellectuels de gauche d’enfermer le débat sur le libéralisme dans une logique d’affrontement idéologique (thèse qui n’est énoncée qu’en toute fin de l’essai). On présentera ensuite l’organisation de l’ouvrage et l’argumentation générale de l’auteur, ainsi que le texte du colloque Lippmann. Enfin, on proposera quelques pistes de relecture du colloque qui permettraient de faire ressortir des éléments d’analyse importants pour une histoire du libéralisme au XXe siècle.

Pour une tradition du « libéralisme social » ou « de gauche »

La thèse critique à l’égard de la pensée antilibérale contemporaine est claire. Deux versions du libéralisme sont en présence au colloque et s’affrontent ouvertement. Par conséquent, l’attitude critique de certains intellectuels − consistant à identifier la pensée libérale avec son expression la plus radicale, le néo-libéralisme du Mont-Pèlerin et de leurs chefs de file Hayek, Mises et Friedman − est une reconstruction hâtive et fausse. Elle enfermerait l’intelligentsia de gauche dans une posture antilibérale suspicieuse à l’égard de toute référence au marché et à l’entreprise individuelle. Du même coup, les intellectuels de gauche ignoreraient les réflexions et les idées originales d’un autre libéralisme, un libéralisme social qui prendra parfois le nom de « néolibéral » (courant qui serait déjà représenté lors du colloque), et bloqueraient ainsi par simple réflexe idéologique le renouvellement doctrinal nécessaire à la gauche française.

Nous ne contesterons pas à Audier la thèse dans son ensemble. On peut toutefois s’interroger sur la représentativité des auteurs mentionnés (Pierre Bourdieu ou Serge Halimi) à l’appui de cette thèse. La référence à d’autres penseurs de la gauche aurait sans doute permis d’infléchir le propos. Comment une tradition de critique intellectuelle du libéralisme, ignorant presque tout de la théorie économique, parvient-elle à rejeter violemment les principes de raisonnement des économistes néoclassiques et la référence à la concurrence, qu’elle identifie à tort à la position néolibérale ? Si Audier ne nous donne pas la réponse, son essai est au moins une contribution utile à la réflexion.

L’essai mérite alors d’être lu comme une introduction raisonnée au colloque Lippmann, dans une perspective traditionnelle d’histoire des idées politique et d’histoire intellectuelle. Audier s’attache à retracer le parcours intellectuel des différents intervenants et souligne notamment leurs profondes divergences d’interprétation des échecs du libéralisme et des voies à suivre pour le réhabiliter. Là encore, le diagnostic de l’auteur est tout à fait utile pour une histoire du libéralisme. Même si les intervenants du colloque partagent les mêmes craintes à l’égard de la montée des totalitarismes, des dictatures, du planisme, même s’ils adhèrent au principe d’une allocation efficace des biens par les marchés concurrentiels, ils ne s’accordent pas sur les modalités historiques de développement du capitalisme, ni sur les causes de son déclin et la nature des remèdes à apporter. Pour organiser la reconstruction des positions doctrinales en présence, Audier s’appuie sur un moment fort du colloque, une intervention quelque peu solennelle et dramatique d’Alexander Rüstow lors de la séance du 29 août :

« Tout bien considéré, il est indéniable qu’ici, dans notre cercle, deux points de vue différents sont représentés. Les uns ne trouvent rien d’essentiel à critiquer ou à changer au libéralisme traditionnel, tel qu’il fut et tel qu’il est, abstraction faite, naturellement, des adaptations et des développements courants qui vont de soi. À leur avis, la responsabilité de tout le malheur incombe exclusivement au côté opposé, à ceux qui par stupidité ou par méchanceté, ou par un mélange des deux, ne peuvent ou ne veulent pas apercevoir et observer les vérités salutaires du libéralisme. Nous autres, nous cherchons la responsabilité du déclin du libéralisme dans le libéralisme lui-même ; et, par conséquent, nous cherchons l’issue dans un renouvellement fondamental du libéralisme » (p. 333).

Au delà d’un désaccord, que les participants acceptent finalement de mettre entre parenthèses pour privilégier la création d’un réseau international de diffusion de la pensée libérale, il s’avère très difficile de proposer une reconstruction rationnelle des arguments économiques, philosophiques, historiques, qui devraient conduire à ces deux visions du libéralisme. Même si on ne conteste pas ici l’idée d’une opposition entre ces deux formes de libéralisme, elle ne nous semble pas être la seule à retenir du colloque. Ainsi, on pourrait faire une lecture un peu différente du colloque et y voir une préfiguration claire de deux courants qui s’exprimeront plus tard au sein de la société du Mont-Pèlerin, le courant ultra-libéral et le courant ordo-libéral (au travers des prises de position de Mises et Hayek d’un côté, de Rüstow et Röpke de l’autre) laissant autour d’eux des témoins embarrassés qui ne s’identifient ni à l’une ni à l’autre. Pour sa part, Audier privilégie une lecture duale du colloque, qui oppose les ultra-libéraux à tous les autres, réunis par leur volonté d’une articulation plus étroite des missions de l’État et du marché.

Le lecteur apprendra sans doute beaucoup sur les idées sociales et politiques de nombreux participants, sur leurs interprétations des transformations du capitalisme, sur leurs tendances corporatistes, leurs conceptions de l’égalité, de la rationalité individuelle et du rôle des syndicats, leurs visions du libéralisme et du meilleur moyen de concilier les libertés individuelles et le rôle de contrôle de l’État, etc. L’essai de Serge Audier, tout comme le texte du colloque, offre ainsi un matériau précieux pour l’histoire des idées économiques et politiques en France. On notera également que, sur bien des points d’histoire intellectuelle, Serge Audier apporte des corrections utiles et des éclairages nouveaux. Il combat à juste titre la présentation de Raymond Aron comme ultra-libéral, et met en évidence la stratégie de Hayek pour prendre ses distances avec une tradition du libéralisme social. Il rappelle les tensions, au sein de la Société du Mont-Pèlerin, entre Hayek et Mises d’un côté, Röpke et Rüstow de l’autre, tous présents et actifs au colloque Lippmann. Le lecteur se retrouve ainsi pris dans le large spectre des idées réformatrices et des multiples traditions intellectuelles venues se ressourcer aux idées libérales et keynésiennes.

Si l’essentiel de l’analyse de l’auteur se place au niveau de l’histoire des idées, un éclairage ancré dans l’histoire de la pensée économique n’aurait pas été inutile. Par exemple, le fait que tous les participants se réfèrent à l’efficacité du système de prix dans une économie concurrentielle ne signifie pas qu’ils l’interprètent de la même manière. Il eût été utile de rappeler que la théorie de Léon Walras, qui se dit socialiste et libéral, appartient à une tradition de pensée rationaliste et qu’elle inspire manifestement de nombreux participants du colloque. Or, justement, le rationalisme est aux yeux des ultra-libéraux (les « vrais » libéraux) le péché intellectuel caractéristique de la pensée cartésienne, celui qui entretient chez nombre de « faux » libéraux l’illusion d’une intervention correctrice de l’État dans les affaires humaines. Ce clivage théorique et philosophique permet de conforter la thèse générale de l’auteur sur la formation de deux camps opposés. Mais il faut immédiatement reconnaître que ce clivage n’est pas le seul qui divise les participants au colloque. D’autres clivages de philosophie politique (sur la démocratie, l’éducation, l’égalité, la justice sociale) ou plus simplement d’interprétation historique (sur les causes principales des rentes de monopoles) viennent manifestement s’y ajouter, et expliquent la complexité du discours libéral à la fin des années 1930.

Du colloque Lippmann au colloque Lippmann

Revenons un instant aux deux objets qui intéressent Audier : d’un côté, le colloque Lippmann, la manifestation elle-même ; de l’autre, Le Colloque Lippmann, c’est-à-dire le texte publié à la suite de cette rencontre. L’articulation entre ces deux objets est singulière et mérite quelques réflexions méthodologiques.

Le colloque Lippmann est mis sur pied en quelques jours à l’initiative du philosophe Louis Rougier. Auteur de La Mystique démocratique. Ses origines, ses illusions (1929), il s’y oppose à la vision passive des libéraux manchestériens et théorise un « libéralisme constructeur » garant des lois de la concurrence et d’une saine émulation. La lecture de La Cité libre (1937) du journaliste et publiciste Walter Lippmann fait parfaitement écho à ses propres préoccupations et offre de nombreuses pistes pour une reconstruction des démocraties libérales. Le colloque est organisé à l’occasion du passage de Lippmann à Paris, dont l’ouvrage avait produit un grand effet dans les milieux libéraux en Europe. À l’initiative de Rougier furent réunis du 26 au 30 août une trentaine de participants, afin de discuter et de définir en commun l’agenda d’un nouveau libéralisme conçu comme un système économique et politique autonome. Accessoirement, il s’agissait aussi de mettre en place un réseau international de réflexion et de diffusion des idées libérales.

L’objet principal du colloque est donc de susciter une discussion sur la doctrine libérale et sur les meilleurs moyens de la réhabiliter, notamment en mettant en place un Centre international d’études pour la rénovation du libéralisme, dont la mission serait de réfléchir au meilleur cadre juridique pour le développement d’une économie libérale, adaptée aux évolutions technologiques, organisationnelles et sociales du monde contemporain. Le colloque aboutit d’ailleurs à une déclaration commune, élaborée à partir d’un agenda proposé par Lippmann. À défaut d’être consensuel, le programme de réflexion sur la mise en œuvre de politiques libérales suscite l’adhésion des participants, qui laissent provisoirement de côté leurs divergences de fond.

À la suite au colloque, Rougier entreprend d’en faire publier le contenu par la Librairie Médicis. Il s’agit en principe d’une transcription des interventions et des débats, et c’est ce texte qu’Audier republie dans son livre. Pour plusieurs raisons, il nous semble que Le Colloque Lippmann appelle une lecture moins chargée d’interprétations définitives sur les courants du libéralisme, et qui rendrait davantage compte du désordre intellectuel et des béances de la doctrine libérale à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.

En effet, le premier constat méthodologique, c’est que le texte du colloque est d’abord et avant tout un document singulier, qui n’a que peu d’équivalent à notre connaissance. Il s’agit d’un document incomplet, qui retrace imparfaitement ce qui s’est dit pendant le colloque. Les discussions y sont rendues « sous une forme tronquée » (p. 248). Il ne rend pas compte de manière fiable de tous les échanges entre les participants. Ainsi, certaines interventions mentionnent des points de discussion antérieurs qui ne sont pas transcrits dans le texte. Sur ce point, on reprochera à Serge Audier de ne pas s’être interrogé sur les lacunes évidentes du texte et de ne pas avoir pris suffisamment de précautions méthodologiques. Un tel travail aurait été indispensable, et oblige à une certaine retenue dans l’interprétation. À tout le moins, il paraît inconcevable d’utiliser ce texte sans l’éclairer par une histoire intellectuelle du libéralisme dans les années 1920 et 1930 (réseaux, institutions, traditions nationales, modes de diffusion).

De plus, il semble que pour plusieurs thèmes abordés lors des séances, un intervenant a été sollicité pour exposer son point de vue au cours d’une brève intervention. Chacune de ces interventions ouvre alors sur une discussion entre les participants. Les prises de parole et la longueur des interventions sont très variables selon les thèmes. Ainsi, le texte donne un net avantage aux intervenants francophones. Cela traduit-il la réalité des débats ? Cela s’explique-t-il par une prise de note schématique des interventions des autres intervenants ? En avertissement au texte, Louis Rougier indique que seules les interventions en français et allemand ont été dactylographiées pendant le colloque, « de façon à peu près complète » (p. 247-248), et que les interventions en anglais n’ont pu être reconstituées qu’après coup. Hayek n’ayant pu reconstituer de mémoire ses interventions, le texte ne rend pas fidèlement compte des arguments qu’il a pu avancer pendant le colloque. Si bien que son rôle paraît très modeste, en retrait et à l’abri de Mises, alors que Rougier affirme par ailleurs que ses interventions étaient « très intéressantes » (p. 248). Dans le même ordre d’idées, certains participants interviennent très occasionnellement, seulement dans une session, voire deux, tandis que d’autres prennent la parole presque systématiquement (Mises, Rueff). Aussi, il nous semble qu’un travail systématique d’analyse du texte aurait pu enrichir le propos et l’étude des stratégies propres à certains participants. Toute cette dynamique de la discussion, pour peu qu’elle soit fiable, apporterait de précieux renseignements qui pourraient même servir d’indices favorables (ou non) aux interprétations de l’auteur. Mais, là encore, il n’est pas certain que le déroulement des discussions soit retranscrit parfaitement. En effet, les thèmes de discussion séparés (du matin et de l’après-midi) sont parfois retranscrits en une seule section, ce qui suppose un travail plus ou moins important de reconstruction (probablement de Rougier). Dans tous les cas, il n’est pas possible d’exploiter Le Colloque comme une restitution fidèle, transparente, du colloque.

Quels fondements théoriques des néo-libéralismes ?

Sur le fond, en supposant cet obstacle méthodologique levé, il faudrait commenter les positions des uns et des autres à la lumière des arguments de théorie économique mobilisés. Un moment édifiant des débats, par exemple, concerne la capacité du libéralisme à se suffire à lui-même, et notamment l’effet du libéralisme sur les conditions de la concurrence : le système libéral a-t-il tendance à détruire de lui-même l’environnement concurrentiel des agents et à favoriser l’émergence de grands groupes industriels monopolistes ? Ce sujet est en fait central au cours du colloque, aussi bien d’un point de vue de théorie économique que plus largement, pour évaluer la stabilité d’une société libérale face aux écueils du socialisme et du totalitarisme.

Lorsque Röpke s’oppose à Mises, l’argumentation typique des auteurs (libéralisme autodestructeur vs libéralisme victime de l’intervention de l’État) cède la place à une querelle théorique sur l’effet des droits de douane. Ici, comme à d’autres moments, l’avenir du libéralisme est parfois examiné à la lumière des grandes idées traditionnelles des XVIIIe et XIXe siècles, à savoir la division (internationale) du travail, la liberté de circulation des biens, etc. Il est étonnant de voir qu’assez peu d’idées nouvelles structurent les discussions. À ce propos, le débat est assez instructif dans la mesure où il reste assez superficiel et ne rend pas compte de la richesse des débats de théorie économique qui se déroulent à l’époque en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis, ni même des modalités nationales de la régulation économique. La législation antitrust aux États-Unis (Sherman Act en 1890 et Clayton Act en 1914) témoigne d’une réflexion bien plus grande sur la nature des ententes anticoncurrentielles. Quelle connaissance les intervenants ont-ils de ces développements théoriques ? Comment s’y réfèrent-ils dans leur positionnement doctrinal ? Pourquoi les développements contemporains de l’analyse économique ne sont-ils jamais mobilisés par les intervenants ? Autant de questions qui mériteraient une investigation précise pour appréhender les positions des tenants du libéralisme.

Un autre thème récurrent des débats, le plus essentiel, est celui des institutions (système juridique, structures organisationnelles, gouvernance, etc.). Sur ce thème qui allait être le plus important peut-être pour la théorie économique de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui (théorie néoclassique des incitations et des contrats, théorie néo-autrichienne, néo-institutionnaliste, évolutionniste, radicale et conventionnaliste), le Colloque laisse entrevoir un immense vide théorique. Les participants en appellent volontiers aux institutions comme cadre fondamental pour délimiter le champ et les modalités de fonctionnement d’un système concurrentiel, mais à aucun moment il n’est question plus précisément d’une théorie des institutions, pas même d’une présentation concrète de leur contenu (à l’exception notable d’une discussion sur le rôle historique de la société anonyme). La théorie des institutions reste donc purement virtuelle. C’est pourtant ce point qui allait constituer dans les années suivantes l’une des bases de la refondation du libéralisme par Hayek et qui devait jouer un rôle essentiel dans la démarcation entre néo-libéralisme et théorie néoclassique, d’une part, et entre néo-libéralisme et libertarianisme, d’autre part.

En bref, le document historique qu’offre le colloque Lippmann nous orienterait vers une exploitation plus défensive et prudente que celle que nous propose Audier. Là où l’auteur voit l’affirmation de camps – qui se découvrent et se cherchent encore –, on chercherait d’abord à y voir un lieu d’expérimentation et de maturation des arguments. Ainsi, par exemple, le rôle de Hayek aurait-il mérité une analyse plus pointue. Plutôt que de mettre en avant les écrits beaucoup plus tardifs de Hayek (Droit, législation et liberté, 1976) ou son ouvrage grand public La Route de la servitude (1944), il aurait été intéressant de mettre en perspective ses interventions (et celles de Mises) avec les débats théoriques des années 1920 et 1930 sur la planification socialiste (Hayek, 1935) et, plus encore, avec les idées en pleine maturation sur le rôle de l’information et sa diffusion dans la société (Hayek, 1937). S’il est peut-être une seule idée que Hayek aura retenue du colloque Lippmann, c’est bien le flottement théorique des participants, tous libéraux qu’ils soient, sur la nature et l’origine des institutions d’une société libre, sur la possibilité d’instituer par le haut, rationnellement, un système juridique immédiatement et durablement en conformité avec les besoins et les capacités des agents à un moment donné. Le choix de Serge Audier nous éloigne un peu plus d’une histoire des fondements intellectuels du libéralisme et maintient une distance entre théorie et idéologie qui est une limite évidente pour la compréhension des transformations historique du courant libéral.

L’intérêt du colloque Lippmann vient des hypothèses qu’il permet d’élaborer pour une histoire du libéralisme, ce qu’il rendra possible après un long cheminement intellectuel. Au contraire, Serge Audier choisit de n’en retenir que l’effet immédiat, l’expression d’un désaccord doctrinal entre deux (ou plus ?) formes de libéralismes. Il reproche à juste titre aux « intellectuels de gauche » d’entretenir une vision tronquée du libéralisme, qui interdit tout débat d’idées au sein de la gauche française – au risque de se laisser prendre par une autre illusion : croire que cet autre libéralisme (social) existe bel et bien, que son corpus théorique et son contenu doctrinal sont bien identifiés, alors qu’ils sont encore à construire.

par Jean-Sébastien Lenfant [24-06-2009]

Aller plus loin

Références
- Cot, Annie (2007) « General equilibrium theory as a ‘boundary object’ within American social sciences : the ‘Harvard Pareto Circle’ », contribution au colloque General Equilibrium as Knowledge. From Walras Onwards, Paris, Panthéon, 6-8 septembre 2007.
- Denord, François (2007) Néolibéralisme, version française. Histoire d’une idéologie politique, Paris, Demopolis.
- Hayek, Friedrich A. (ed.) (1935) Collectivist Economic Planning, Routledge.
- Hayek, Friedrich A. (1937) « Economics and Knowledge », Economica, vol. 4, p. 33-54.
- Lagueux, Maurice (1989) « Le néo-libéralisme comme programme de recherche et comme idéologie », in Le Libéralisme économique. Interprétations et analyses, sous la direction d’Arnaud Berthoud et Roger Frydman, Cahiers d’économie politique, n°16-17, 1989, p. 129-152.
- Rebeyrol, Antoine (1999) La Pensée économique de Walras, Paris, Dunod.

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