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Les agoras d'ailleurs

Articles avec #cahiers de l'egare tag

Cervantes-Shakespeare/Le Bugue/janvier 2017

17 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #cahiers de l'égaré, #J.C.G.

un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco
un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco

un dialogue imaginé par Pierre Petrus, Martin Walker sur Will, Pierre Petrus sur Miguel, le groupe de danse flamenco

Compte-rendu manifestation Cervantes-Shakespeare

au Bugue en Dordogne

27 et 28 janvier 2017

400e anniversaire de la mort de Cervantès et Shakespeare

Autour du livre « Cervantes-Shakespeare, cadavres exquis »

(éditions Cahiers de l’Égaré)

avec la présence de l'éditeur, Jean-Claude Grosse, artisan du projet

et des auteurs Moni Grégo, Marwil Huguet, Isabelle Normand, René Escudié

Trois associations ont contribué au succès de cette manifestation : l’Association Buguoise pour la Culture (ABC), Lire et écrire au Bugue et La Mouchette. Proposée sur deux jours en deux lieux, elle a réuni plus de 150 personnes. Il s’agissait de l’évocation de Shakespeare et de Cervantès 400 ans après leur mort qui a eu lieu le 23 avril 1616. Une curiosité soulignée, puisqu’il s’agit de la même date mais pas du même jour, l’Espagne ayant déjà adopté le calendrier grégorien, mais la Grande Bretagne étant encore au calendrier julien. Il y a donc un écart de dix jours entre leur disparition, que le temps a gommé.

Vendredi 27 janvier à 20h30 à la salle Eugène Leroy: conférence de Martin Walker sur "Shakespeare et l'Europe", proposée par l'association ABC. 80 personnes.

Samedi 28 janvier, à la Porte de la Vézère, proposé par l'association Lire et écrire au Bugue, deux sessions à 16h-17h30 et 18h-19h30 :  cinq auteurs ont prêté leur voix à une dizaine d’autres pour deux séries de lectures de textes de théâtre faisant partie du livre publié en avril 2015 aux Cahiers de l'égaré, lectures entrecoupées par deux communications sur « Cervantès et son temps » par Pierre Pétrus, sur « les différents calendriers et la façon de compter le temps » par I. Normand, accompagnées par la guitare de Pierre Pétrus à 16h et la présentations de danses espagnoles par l’association La Mouchette à 18h. Environ 80 personnes également sur les deux sessions.

Excellent accueil du public qui a découvert des facettes originales de l’œuvre de Shakespeare ainsi que des textes originaux écrits par des auteurs vivants en réponse à l’appel à projet lancé par l’éditeur en 2015, autour de rencontres improbables entre les deux écrivains.

Martin Walker a ainsi retracé à grands traits la vie et l’œuvre de Shakespeare puis proposé trois beaux portraits de personnages de femmes françaises qu’on retrouve dans certaines pièces, Jeanne d’Arc, Marguerite d’Anjou et Catherine de Valois. Il a insisté sur la circulation des textes en Europe à cette époque des 16e et 17e siècles, ainsi que sur l’attrait de Shakespeare pour celle-ci, nombre de ses pièces étant explicitement situées en différents autres pays, Italie, Danemark, Autriche etc. En réponse aux questions posées par l’assistance, il a également fourni des renseignements très intéressants concernant la réalité du personnage Shakespeare dont l’existence a parfois été mise en doute. Dans une bibliothèque américaine consacrée à l’œuvre du dramaturge ( la bibliothèque Folger Shakespeare située dans le quartier de Capitol Hill à Washington), on a procédé à des analyses ADN de traces de doigts figurant sur différents manuscrits, dont certains provenaient sans conteste de Shakespeare (lettres à des proches) et elles sont toutes concordantes. Gérard Fayolle, qui assistait à la conférence, a apporté une précision sur la circulation des œuvres des différents auteurs en Europe, relevant même que des idées de Montaigne se retrouvent dans la pièce « La tempête »

Samedi 28, des extraits de plus d’une dizaine de textes ont ainsi été lus à plusieurs voix (ceux de Benjamin Oppert, Marc-Israël Le Pelletier, Bernadette Pourquié, Claire Ruppli, Benoît Révillon¸ Baptiste Moussette, Bertrand-Marie Flourez, Doris Guttierez, Carmen Losa, Vanessa Montfort, Veronica Musalem, Rex Mc Gregor, Moni Grégo, Marwil Huguet, René Escudié et Isabelle Normand).

Pierre Pétrus a fait revivre Cervantès et son temps, évoquant Don Quichotte comme le premier roman « moderne » qui cassait les codes du roman de chevalerie, puis a accompagné les textes de théâtre de quelques notes qu’on aurait souhaité plus longues. Isabelle Normand a balayé les différents calendriers en vigueur dans le monde et égrené des dates qui rythment autrement le temps pour d’autres, l’année 2017 du calendrier grégorien, qui est la référence mondiale aujourd’hui, étant aussi l’année 4715 pour les Chinois, l’année 1438 pour les musulmans, l’année 5777 pour les Hébreux, l’année 2559 pour les bouddhistes…

La salle de la Porte de la Vézère a ainsi résonné de voix habituées à dire, de mots, de musique et de rythmes enfiévrés pour entrainer l’assistance dans le sillage des écrivains et de leurs personnages revisités, Hamlet, Don Quichotte, Sancho Pança, Rossinante. La magie a joué tout au long de l’après-midi parce qu’au théâtre, tout est possible. Même les chevaux et les ânes se sont mis à parler dans des textes pleins d’humour et de poésie.

A 18h, Sophie de l’association La Mouchette a présenté brièvement l’origine du flamenco et les noms des différentes danses que les 14 danseurs allaient proposer tout au long de la session, avec changement de tenues entre chaque performance, et nous avons ainsi vu plusieurs sévillanes, aux éventails, deux par deux, avec châle, une rumba, une alegria, une solea avec falda de cola, une farruca, un tango, un paso doble…

Un pot de l’amitié a clôturé les deux temps de la manifestation, le vendredi et le samedi.

Pour la communication, il y a eu des articles dans Sud-Ouest et La Dordogne libre, ainsi que l’annonce enregistrée (I. Normand) diffusée sur France Bleu Périgord la semaine précédente lors de deux émissions à des horaires différents ainsi que la mise en place d’une cinquantaine d’affiches chez les commerçants du Bugue, effectuée par les membres d’ABC pour l’ensemble de la manifestation.

Il y a eu aussi un travail en amont avec le collège Leroi-Gourhan du Bugue, le CDI et un professeur d’espagnol (pour Cervantès) : sensibilisation sur Cervantès et Don Quichotte, classes de 5e, 4e et 3; concours d’affiches avec les 5e et 4e, soit 80 élèves, mises en ligne sur le blog du collège, deux affiches lauréates utilisées comme affiches pour la journée du samedi 28/01 autour de Cervantès.

Quelques livres ont été laissés par l’éditeur en remerciement en direction du collège et de la médiathèque municipale du Bugue.

Cette manifestation a donné lieu à une rencontre avec d’autres auteurs de théâtre d’Aquitaine qui ont fait le déplacement de Gironde (Président et secrétaire de l’association EAT, filiale EAT Nouvelle Aquitaine qui vient d’être créée) et de Dordogne (2 auteurs) en vue de l’organisation de nouvelles manifestations communes.

Isabelle Normand, initiatrice, organisatrice de la rencontre

bonjour,

le week-end au Bugue en passant par Monpazier (la bastide) à l’aller et par Lascaux 4 au retour (avec arrêt au Bistrot de l’Octroi à Sarlat pour un confit de canard extra) fut fabuleux

à l’aller le jeudi vers 15 H, orage de grêle vers Arles, Nîmes, aquaplaning une fois alors que je double un camion à petite vitesse, raidi sur le volant car surpris

7 heures avec arrêt déjeuner pour arriver au Bugue le vendredi, à 17 H en passant par la bastide de Monpazier, à ne pas rater si vous allez en Dordogne

le vendredi soir, 20 H 30, conférence de l’écrivain écossais Martin Walker sur Shakespeare, 80 participants

il nous parle avec passion de Shakespeare l’Européen et de 3 femmes françaises dans l’oeuvre de Will, Jeanne d’Arc, Marguerite d’Anjou, Catherine de Valois (dans Henri VI et Henri V)

le samedi matin, presque 3 H de mise en place des lectures

le samedi après-midi de 16 à 19 H 30, lecture de textes du CER-SHA en deux temps, belle écoute pour des diseurs inspirés

en introduction, présentation de Cervantes par Pierre Pétrus et intervention d’Isabelle Normand sur les calendriers existants, nombreux, dont le Julien et le Grégorien

intermèdes à la guitare, danses flamenco, 70 participants

150 personnes touchées en deux jours dans une ville de 3000 habitants

synergie d’associations, soutien de la municipalité, présence d’élus (maire, ancien maire, adjoints), bonne communication, intérêt des écoles, les ingrédients d’un réel intérêt

10 CER-SHA vendus, 8 offerts

belles rencontres avec des EAT de Nouvelle Aquitaine

restauration sympathique Chai Monique (ça s’écrit comme ça) et chez Oscar

le dimanche matin, Lascaux 4, de 9 H 30 à 12 H, très belle reconstitution, visite d’imprégnation

gaffe à ne pas laisser le discours des guides pervertir son regard

à 13 H, halte à Sarlat, découverte du Bistrot de l’Octroi et de son confit de canard, surclassant celui de Beaulieu sur Dordogne

on ne passe pas loin de Souillac et de la vieille prune de Louis Roque, dommage

JC Grosse

Dimanche 29 janvier 2017, visite de Lascaux 4, premier groupe, celui de 9 H 30, -1°. Le bâtiment en béton et verre, près de 11000 m2, est très fonctionnel. Les surplombs évoquent les abris, plus "confortables" que les grottes, qu'il suffisait de couvrir de peaux de rennes pour obtenir des abris "sains", non enfumés, aérés, moins humides... La reconstitution de la grotte est remarquable, 13°, éclairages évoquant les chandelles. Le discours de la guide est évidemment formaté, un mixte de remarques scientifiques et de considérations journalistiques au goût du jour comme s'il fallait absolument nous rapprocher de ces homo sapiens sapiens, nous dit-on mais si c'est vrai génétiquement, ce n'est qu'une vague parenté car nous échappe tout l'aspect culturel de ces sociétés nomades, petites en nombre. Apparemment, pas d'hommes pour orner ces grottes mais des adolescents, peut-être des femmes. Toujours est-il que même un groupe de 25, c'est déjà trop pour faire l'expérience sensible, immédiate des oeuvres réalisées, sans le filtre du discours guidesque. L'atelier à la sortie de la grotte dit atelier de Lascaux est remarquable car permettant de "voir" des détails, impossibles à visualiser dans la grotte. Le théâtre de l'art pariétal (en 3D, sans comédiens en chair et en os est triste à pleurer. Le cinéma 3D est peu convaincant, le diseur quasi-inaudible pour un speech, un pitch pauvre. L'atelier de l'imaginaire est une plaisanterie aléatoire de choix d'oeuvres modernes et contemporaines en "lien" avec l'art pariétal. La salle d'exposition temporaire ne m'a pas convaincu. Dans l'espace marchand, on trouve du whisky Lascaw, distillé dans la distillerie du Périgord. J'ai trouvé Le temps sacré des cavernes de Gwenn Rigal, chez Corti, novembre 2016, les hypothèses de la science. Dans l'article ci-dessous, j'aborde ces hypothèses.
                                                                           J.C. Grosse, le 31 janvier 2017

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Le Nouveau Monde/Gilles Cailleau/Attention fragile

8 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacle, #J.C.G., #cahiers de l'égaré

Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault
Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault
Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault

Le Nouveau Monde, photos de Catherine Briault

Dimanche 5 février, dernière représentation de la création du Nouveau Monde de et par Gilles Cailleau, une histoire "poétique" du XXI° siècle, sous le chapiteau de Attention fragile à La Valette.

Le dossier de presse, riche, révèle les intentions de Gilles Cailleau, qui est sur ce projet depuis 2008, avec des intermittences, du coeur peut-être.

"L’histoire mouvementée de cette création fait partie de son ADN, parce qu’on ne peut pas raconter une histoire titubante et encore inconnue sans ces tatonnements et cette fragilité d’équilibriste. En tous cas ces embûches, ces volte-face, ces grains de sable dans la mécanique m’ont appris une certitude : je n’ai pas d’autre nécessité aujourd’hui que de raconter l’histoire générale, poétique, inquiétante et inachevée du XXI° siècle.

C’est un spectacle d’enfant qui ne comprend pas le monde et joue à la poupée pour essayer de se dépatouiller de ce qui lui tombe dessus. Il joue aux marionnettes, aux petits avions, il fabrique des bateaux en papier. Il cloue des planches, il les attache avec des ficelles, il joue avec des couteaux, il se déguise, il essaye, il tombe, il réessaye, il fait des échasses, il fait de la magie, il veut épater ses parents, ses copains, ses copines. Il fait semblant d’être mort, d’être un héros, d’être une star, il aime les berceuses, danser, chanter à tue-tête, c’est un garçon il aime les drapeaux, compter, écrire des poésies. Quand il tombe devant les autres il est vexé comme un pou, des fois aussi il s’en fout.

Le monde qui vient est si sauvage, si nouveau, et par tant d’aspects si insupportable et révoltant, qu’il faut à nouveau jouer à la poupée pour le comprendre. Mais quelles poupées, mais quelles histoires ? Je n’en connais, au début de ces répétitions, que quelques lueurs fragmentaires, mais je sais au moins une chose. Le cirque, à moi vieil acrobate devenu depuis longtemps acteur, doit remplacer le langage habituel du théâtre pour essayer de donner un corps, une chair à mes questions et à mes inquiétudes.

Je me demande si ça n’a pas commencé en 1984, avec l’isolement du virus du Sida et ce que ça a peu à peu transformé en nous, qui sommes passés de la confiance à la méfiance, avec cette peur commune à tous qu’il fallait faire taire dans l’œuf l’envie de se donner sans limite, qu’il fallait faire attention à l’autre (faire attention à l’inverse de porter attention, comme on dit à son gosse – fais attention, méfie-toi), qu’il fallait avant tout se protéger de celui qu’on aimait, de celui dont on avait envie. Je me demande si ça n’a pas commencé ce jour-là, le nouveau siècle, je me demande si ce n’est pas ce jour-là que la sécurité a gagné la guerre qui l’opposait à la liberté. Je me demande si tout ce qui a suivi depuis ne vient pas de là. Évidemment ce siècle qui vient est plus compliqué : il y a la haine d’un Occident qui n’a pas tenu ses promesses, les territoires bientôt engloutis, la planète irrespirable, et aussi l’espoir balbutiant d’un autre monde possible. Mais on se barricade... Avec nos richesses, avec nos familles, avec nos ethnies, nos croyances, nos illusions.

La méfiance est le premier pollueur de la planète.

C’est un spectacle qui sera fait de disciplines traversantes, mais ces disciplines n’en seront pas. Ce n’est pas vraiment une discipline de s’accrocher à des planches, ce n’est pas une discipline de sauter à mains jointes dans le trou d’un grillage éventré, ni même de lancer des couteaux sur des poupées qui brûlent ou de marcher sur un fil les pieds nus au dessus de tessons de bouteilles. Je ne convoque pas des outils mais des armes.

Le XXe siècle était vertical, le XXIe siècle est horizontal.

Au XXe, on veut aller haut, on conquiert le ciel, l’espace, on construit des tours, le pouvoir est dictatorial, vertical aussi, Staline, Hitler, Pinochet, Mao sont en haut, leur pouvoir descend de marche en marche.

Le XXIe commence par casser 2 tours, son avenir est lié à l’océan plat, des gens se déplacent en tous sens vers un horizon, les villes s’étalent, les frontières dessinent des plans, le pouvoir se ramifie, se dilue, en tous cas il essaie... Après s’être occupé du ciel, on sait qu’il faut s’occuper de la surface de la terre. Il faut faire un spectacle horizontal. Il faut zébrer l’espace vide de la piste avec des traversées périlleuses, avec les jets horizontaux des couteaux, démesurer les distances, il faut arpenter la piste.

Première image naïve : arriver avec de hautes échasses instables, faites de carreaux de verre. S’arrêter, en descendre. Fabriquer deux avions en papier, les lancer sur les échasses. La collision enflamme les avions, les échasses explosent. Dans ce spectacle, je suis déséquilibriste. Casser des briques sur mon front en émettant des hypothèses.

Au bal du XXIe siècle, la peur est la reine de la promo." Gilles Cailleau

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Gilles Cailleau se donne à fond dans cette fresque éclatée en préparant minutieusement et rapidement (à la limite de la frénésie, avec donc des ratés, des échecs, des reprises ce qui peut mettre mal à l'aise; est-ce un manque de maîtrise des disciplines circassiennes et autres, utilisées ?) ses images (son histoire inachevée du XXI° siècle, il la raconte avec 4 images "poétiques", peut-être 5, l'image des tours qui s'effondrent, l'image des bombardements sur des populations de poupées qui brûlent, l'image des victimes choisies pour grimper dans un bateau de migrants qui va lui aussi brûler, la traversée, le débarquement, (ici peut-être l'image du Roi qui va renoncer à une parole de pouvoir), l'image de l'arche de sortie du cirque, (belle métaphore), en préparant ses musiques avec divers instruments, accordéon, violon et des outils d'amplification, réverbération, en disant au micro, au mégaphone ses mots, ses poèmes. Effondrement des tours: cartons empilés percutés par des avions en papier, massacre de playmobils brûlant dans une barquette alimentaire en alu, traversée d'une planche qu'il peint en bleu pour le radeau de la Méduse transportant des migrants se noyant en cours de traversée encalminée, ou noyé échouant sur une plage, ou survivants débarquant dans un des ports d'Europe du Sud, dans un brouhaha sonore à la limite du supportable... Le temps de préparation de l'image précède l'image, nous faisant participer à l'écriture du récit. La musique préparée se joue ensuite toute seule, lancinante. Travail trépidant de "déséquilibriste", revendiqué comme tel et donc dérangeant pour certains, cassant notre place de spectateur, travail tentant l'horizontalité de l'échange, du partage (on est en empathie avec cet énergumène qui se démène, qui s'interroge: quand a commencé ce XXI° siècle ? c'est quoi la modernité ? et après la tentative vaine de faire intervenir deux drones, il choisit un hoverboard, énergumène qui exprime ses peurs, ses cauchemars : je ne veux pas choisir les victimes et d'inviter une fillette à le faire, la maman acceptant, la petite fille aussi, ce qui est particulièrement révélateur et gênant; j'espère que j'aurais su dire non), refusant la verticalité de la communication depuis sa place de Roi sur un empilement de chaises évoquant un trône instable dont il descend pour nous inviter à inventer la fin du siècle, du nouveau monde en répondant à 3 questions: j'ai peur de..., je voudrais pas crever sans..., ça va finir..., réponses mises en boîte et dans l'arche voguant vers la sortie du cirque (métaphore belle)... image finale.
Ma petite fille, Rosalie, a répondu aux 3 questions: j'ai peur d'oublier la vie, je voudrais pas mourir (elle n'a pas employé le verbe crever, bravo) sans avoir ressenti le bonheur des autres, ça va finir où ça commence.

Moi: ça va finir par un rire hénaurme.

Beau travail qui peut déranger, AMEN
comme est dérangeant ce siècle, AMEN
et tous les siècles des siècles, AMEN
et comme devrait être dérangeant tout art et tout artiste, AMEN
et comme nous-mêmes le sommes, dérangés dérangeant, AMEN.

Les Cahiers de l'Égaré éditeront le texte avec un cahier photos pour fin juin 2017.

 

 

 

 

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Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

20 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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