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Les agoras d'ailleurs

Articles avec #r.p. tag

Métropolis, la Grèce et Goldmann Sachs

7 Mars 2010 , Rédigé par grossel Publié dans #R.P.

L 274

LA FROUSSE DU TRÉSOR


Le trésor fut découvert en Argentine, après une longue quête : ce qui était resté caché du film de Fritz Lang, Metropolis, la vraie bobine du film et les intentions de son auteur sont ainsi dévoilées dans une grande mise en scène berlinoise.


Les Uns Invités sont en salle avec grand écran et grand orchestre, les autres debout devant la porte de Brandebourg, devront piétiner dans la neige et le froid. En raccourci, la première intention de Fritz Lang vient de s’incarner : ici l’homme de qualité abrité, assis, chauffé, l’esprit libre ; ailleurs l’homme spectateur mécanique, debout les pieds gelés, l’haleine vaporisée, le regard vitrifiée. Bon début. Mais tout cela n’était pas prémédité et suppose un esprit mal tourné pour y voir malice : ce n’était qu’un bon et vieux réflexe, voilà tout.

Thomas Sotinel, quant à lui,  journaliste au Monde (14/15 février) , se penche laborieusement sur le film, sa restauration et sa projection dans « la belle salle du FriedristadtPalast {où} les invités ont découvert le film accompagné par l’orchestre de la radio, dirigé par Frank Strobel. » Puis il se love au creux une explication technique, enluminée d’un historique sur l’amputation, par la Paramount en l’année 1927, pour « faire du film une fable d’anticipation peuplée de silhouettes schématiques. {…} La description de la mégalopole industrielle, peuplée en son sous-sol  de prolétaires désignés seulement par un matricule, et dirigée par des ploutocrates qui vivent dans des palais, n’est plus la seule raison d’être de Metropolis. » : rassurant, surtout que les « séquences retrouvées donnent à voir, entre autres, la rivalité amoureuse entre le premier des oligarques (…) et le savant… » puis il sera question de “puissance dramatique“, de “rythme d’origine“ en concordance avec la musique originale… le tout ramassé en final dans une sorte de chant agreste à la gloire de “l’œuvre à part entière“ qui ne serait plus « seulement la matrice de films de science-fiction (…) ou un élément du débat sur la lutte des classes en Europe. C’est une œuvre à part entière dont les faiblesses (interprétation de certains rôles, la naïveté roublarde du leitmotiv politique) font encore mieux ressortir la richesse », en somme le moins bon (jeu des acteurs), voire le plus mauvais (naïveté roublarde du leitmotiv politique), donnent des couleurs au meilleur de l’œuvre : les histoires d’amour croisées…

Qu’on ne puisse s’empêcher, aujourd’hui, d’être bousculés par le champ prémonitoire de ces mouvements de foules mécaniques, nuques blafardes, avançant vers l’abîme, par ces gestes de travailleurs machines crucifiés dans les souterrains du Léviathan, relèverait presque de l’anecdote si l’on suivait Thomas Sotinel dans ses conclusions. La logique morbide du capitalisme – ah ! le gros mot, l’attaque vicieuse, n’est-ce pas – fut, est et sera, de s’engouffrer dans l’extermination, par le travail, par l’idéologie, sous toutes les latitudes, dans l’utilisation d’une main d’œuvre enfin à la merci de la schlague, sans limite : exploiter jusqu’à l’os, sans autre limite que la mort ! Ce fut leur Morale ! Elle se tient toujours debout, dans les encoignures de leurs ivresses, au cœur du pouvoir. Et il se trouve un film qui, bon gré malgré, porte en lui, au plus haut degré de sa puissance évocatrice, l’horreur de cette malédiction.

Et de cela Fritz Lang aura rendu compte à posteriori, la force poétique le faisait marcher en avant de son temps et de lui-même, il flaira l’abîme. Et voilà qu’il faudrait presque en faire son deuil pour s’en tenir à une symphonie sentimentale tourmentée surdimensionnée. Pour qu’ils en arrivent là, quelle frousse leur a foutue le Fritz!*

Lellouche Pierre, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, nous aura fait une petite peur, lui : « Moi, je voudrais ne plus voir d’enfants exploités dans les rues de Paris » à propos des enfants roumains et Roms que des mafias exploitent en les livrant à la mendicité et au vol dans les rues des capitales européennes. Qu’arrivait-il ? Où irions-nous si des secrétaires d’Etat et autres ministres, européens ou pas, se mettaient tout à coup à avoir du cœur au ventre et de la morale en tête : le capitalisme se réformerait-il ?  se moraliserait-il ? Nous serions-nous trompés nous tous les anars, les communistes, les refuzniks, les bougons, les grognons, les pas bons ? Non, non, non, bien sûr que non : il a dit, Lellouche : « Moi, je ne voudrais plus voir d’enfants exploités dans les rues de Paris. Ce n’est pas bon pour l’image… »  là, on s’y retrouve. L’image de l’Europe, de la Roumanie, du monde entier si vous le voulez bien, sauvons les images ! D’Epinal de préférence, la France continue d’exporter en ce domaine avec succès, le Premier Histrion de France ne se déplace jamais sans son chapeau, son lapin et sa baguette magique de Président. Sauvons l’image, oublions le reste.

Enfin vient la Grèce, la mauvaise, celle qui a emprunté, dépensé, sans compter. La Grèce, en général, la Grèce des Grecs quoi ! Imaginez , tous ces Grecs qui s’en sont allés de par le monde se débrouiller pour que les banques les plus puissantes, Goldman Sachs entre autres, leur prêtent des Millions de millions d’Euros dans une arnaque confraternelle ! Vivaient à l’aise les grecs, hein !

Dans les Echos.fr : « Selon des informations du « Spiegel », reprises et précisées par le « New York Times » d'hier, la banque d'affaires américaine aurait, avec l'aide d'instruments développés par JPMorgan Chase et d'autres banques de Wall Street, aidé la Grèce à dissimuler l'ampleur de sa dette et de son déficit (Antigone Loudiadis) en sapant ainsi la crédibilité de ses comptes publics depuis plusieurs années. ». Quoi de plus naturel ? Le capitalisme est toujours ce qu’il était et même de plus en plus ce qu’il est. Mais les Grecs, ceux qu’on appelle “la population“, ne semblent pourtant pas avoir une grande reconnaissance pour leurs hommes d’Etat si débrouillards qui leur ont procuré des millions et des millions d’euros : ils n’auront pas eu leur part ? C’est là l’objet de leur colère ? Ils auront mis Athènes à feu et à sang pour une histoire de gros sous, simplement parce qu’ils se sentaient pauvres ? En sommes non payés de retour. Belle mentalité ! Mesquinerie si mal accordée à leur antique héritage.

Et les autres pays** du grand marché mondial auront bien raison de les sermonner et de leur faire payer, sans pitié, cette déraison d’Etat dont  tous les Grecs sont solidairement responsables. Seuls quelques édiles pourront ne pas en souffrir : voyez et lisez Aristophane, il savait déjà comment répondre à ceux qui s’en offusqueraient !

Mais que va faire, ou plutôt que va dire Obama, puisqu’en ce domaine rien n’est à faire qui ne soit déjà fait, à l’avantage des banques et banquiers tout-puissants.

Robert

*Il faut croire que l’affaire leur tient à cœur puisque le quotidien (21/22 février) lui offre sa page 2 quand lui réitère l’argumentaire précédent à quelques nuances près. La mise au point sur la nature de ce que l’on appelle un “film culte“, très embrouillée par ailleurs, ne change rien au désir, très apparent, de minimiser et détourner la prémonition de Fritz Lang de ce que va devenir l’Allemagne dans un futur proche ; l’auteur lui-même en était-il conscient ? La question n’a plus de sens après sa mort et en l’absence de tout commentaire écrit (connu) de sa part... Tout ce que l’on sait est qu’il préférait “M le maudit“ à tous ses autres films…

** sous le titre « La Grèce n’est pas la seule à “maquiller“ sa dette » (Le Monde.fr 21/02) on peut lire : « Quand on est "limite'', on a forcément la tentation d'utiliser ces astuces-là pour essayer de réduire sa dette, commente René Defossez <http://www.lemonde.fr/sujet/bdcd/rene-defossez.html> , stratège sur le marché des taux chez Natixis. Ce n'est pas très orthodoxe, mais ce n'est pas forcément contestable. »

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Discours sur le colonialisme/Aimé Césaire/Trotsky

5 Février 2009 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #R.P.

Je réactualise cet article pour le discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire dit par Antoine Vitez et pour la vidéo avec Maurice Nadeau sur Trotsky, Breton, Frida Kahlo.
grossel, le 5 février 2009.

L117

21 février 2007.
La chosification

Vous voudrez bien m’en excuser, mais parce que je viens d’entendre Ségolène Royal, je me sens obligé de convoquer, pour la seconde fois, la parole d’Aimé CÉSAIRE, parce qu’elle est impitoyable et vraie et qu’aucune autre ne l’approche, ni de près ni de loin. Les vérités qu’elle assène ont été proférées il y a plus de 50 ans et elles désignent le monde d’aujourd’hui avec la même perspicacité et la même pertinence qu’en 1954.

“A mon tour de poser une équation, dit Césaire : colonisation = chosification.” colonisation voudra toujours dire exploitation, exploitation sera toujours synonyme de “chosification” : ici ajoutez la liste interminable des firmes internationales en tous genres, ceux qui les dirigent de toutes nationalités, ceux qui les servent dans tous les Etats. Exploitation des hommes, des femmes et des enfants. Exploitation et pillage des ressources. Tout dire clairement, à la face des barbons religieux et politiques, affairistes et financiers, banquiers et spéculateurs c’est dire “capitalistes” ou “libéraux” s’il vous plaît de le dire ainsi. C’est dire : colonisation de la planète, colonisation sans frontière des hommes, femmes et enfants du monde.
“J’entends la tempête. On me parle de progrès, de “réalisations”, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.
Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.
Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.” : 3 suicides, 3 morts en quatre mois chez les cadres de Renault à Guyancourt, rapporte Libération le 21 février 2007, et d’autres morts annoncées dans les conditions actuelles d’exploitation de la “matière” grise - matière achetée sur pied, avec la chair et les os, malheureusement - les épouses appellent les syndicats pour les alerter, sans oser le dire à leurs époux-cadres...
Bref, quelques lignes plus loin, à propos des sociétés soumises au joug et aux règles de la “civilisation coloniale” :
“On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification. {...} C’étaient des sociétés pas seulement anté-capitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anti-capitalistes.”

Entendre cette voix du passé et savoir qu’elle transhume dans notre présent ; constater que les mécanismes n’ont pas changé mais qu’ils se sont étendus au monde entier, que la broyeuse est intacte et a même gagné en efficacité ; que partout elle trouve des complicités nécessaires, des mécaniciens indispensables dévoués à son entretien ; penser que le ventre est encore fécond... alors que sur la piste marquises et marquis s’agitent sur un air de carnaval, on se dit bien que tout cela court à sa fin.
Ayant régné jusqu’ici le Capitalisme, comme n’importe quel mortel, se pense éternel, bien entendu...

Ce que nous n’avons même pas daigné regarder, consulter dans nos déboulés de prédateurs sur le continent africain, a néanmoins été relevé par l’ethnologue : “Leur culture ne manque pas de contrastes remarquables : pauvres d’outillages, ces hommes ont réussi à s’implanter dans des pays peu fertiles et accidentés, à concevoir des techniques agricoles fondées sur les céréales qui sont les plus fines de toutes celles connues dans le monde noir ; dépouillés et nus, ces paysans ont su édifier une architecture moins fragile que celle des peuples nègres, d’apparence moins archaïque. Ils donnent l’impression de protéger opiniâtrement une très ancienne réussite culturelles.” Georges Balandier, “L’Afrique ambiguë”, écrit au sortir de la deuxième guerre mondiale à propos du Nigeria. Nous fîmes tellement mieux que ces civilisations africaines “d’apparence moins archaïques” avec notre technologie dévoreuse d’espace et nos performances en déboisement - qui continuent en Afrique comme en Amazonie, en Chine... - nous avons su en très peu de temps rendre les 3/4 d’une île comme Madagascar impropre à l’agriculture, alors qu’une végétation y était installée depuis des millénaires au prix d’une persévérance “opiniâtre”. Erreur qui s’était déjà produite sur notre propre sol dans une course au défrichement inconsidérée aux siècles précédents, d’où il n’est ressorti que des landes infertiles et des espaces irrécupérables à l’agriculture. Puis, plus près de nous, la suppression des haies sans discernement pour cause de rentabilité immédiate...puis l’Industrie...puis l’amiante, dont les méfaits étaient connus depuis 1911...puis... la liste est infinie de ces initiatives morbides au profit de quelques uns et en dépit du bon sens commun. Et toujours, accompagnant le convoi funèbre des innovations techniques, le discours anesthésiant, l’emportement hypocrite, les simagrée du sacrifice et de l’honneur au milieu des carnages indéfiniment répétés de guerres justes respectant les accords de Genève !

L’Homme étant ce qu’il est, rien de ce qu’il construit n’est parfait. Ni en Afrique, ni ailleurs. Ni autrefois, ni maintenant, ni demain. Mais nous qui sommes les vivants d’aujourd’hui, nous parlons au présent de cette imperfection. On cherche à nous raconter des histoires, elles sont à dormir debout. Or l’Homme debout est fait pour marcher, sans illusions, les yeux grands ouverts, quelles que soient ses peurs et les traquenards qui le guettent.
Mais le mot de la fin, Maurice Nadeau, La Quinzaine littéraire n°939 : “Oaxaca, ce nom vous dit quelque chose ?” {...} “On a vaguement entendu parler. Libération : il faut savoir occulter une insurrection. - Nous avions d’autres chats à fouetter. Eux ils avaient mieux à faire que de singer Paris 1871 (car bientôt souvenirs, souvenirs, le mur des Fédérés, les discours de basse cour...). La Révolution n’est plus dans le vent, savez- vous. Vous retardez. A moins qu’elle n’ait pris d’autres couleurs : le rouge indien par exemple.”. Oui, elle court sous la peau du Monde...

Robert
Aimé Césaire



AIMÉ CÉSAIRE
DISCOURS sur le COLONIALISME
en 1950

extraits choisis tirés de éd. PRÉSENSE AFRICAINE, 1989

p. 11-12 :

"Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s'affairent, les prisons s'emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s'étonne, on s'indigne. On dit : "Comme c'est curieux ! Mais, Bah! C'est le nazisme, ça passera !" Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c'est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c'est du nazisme, oui, mais qu'avant d'en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l'a supporté avant de le subir, on l'a absous, on a fermé l'oeil là-dessus, on l'a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l'a cultivé, on en est responsable, et qu'il est sourd, qu'il perce, qu'il goutte, avant de l'engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d'étudier, clinlquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est que l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique.

Et c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.(...)"

p. 19-20 :

"Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.

Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourne, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.

A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.

Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.

Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.

Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.

On se targue d'abus supprimés.

Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposé d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu'en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.(...)"

p. 21-22 :

"Cela dit, il parait que, dans certains milieux, l'on a feint de découvrir en moi un "ennemi de l'Europe" et un prophète du retour au passé anté - européen.

Pour ma part, je cherche vainement où j'ai pu tenir de pareils dicours; où l'on m'a vu sous-estimer l'importance de l'Europe dans l'histoire de la pensée humaine ; où l'on m'a entendu prêcher un quelconque retour ; où l'on m'a vu prétendre qu'il pouvait y avoir un retour.

La vérité est que j'ai dit tout autre chose : savoir que le grand drame historique de l'Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c'est au moment où l'Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d'industrie les plus dénués de scrupules que l'Europe s'est "propagée"; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontré sur notre route et que l'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire.

Par ailleurs, jugeant l'action colonisatrice, j'ai ajouté que l'Europe a fait fort bon ménage avec tous les féodaux indigènes qui acceptaient de servir; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n'a tendu à rien de moins qu'à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu'ils avaient de plus pernicieux.(...)"





L116

18 février 2007.
L’ENSAUVAGEMENT
Commentaires à partir de la déclaration
de candidature de José Bové
(texte de la déclaration joint)


“La France n’a jamais été aussi inégalitaire” : faux, elle le fut toujours autant, mais pourquoi cette lamentation ?

“continuer le combat de rassemblement de toutes les forces de la gauche de la transformation sociale” : le “transformisme” ou réformisme, deux étiquettes différents pour le même produit, la même stratégie politique.

Or les hommes politiques sont muselés, habillés de pied en cape par le MEDEF et ses semblables de par le monde. Ils sont aux ordres, ou sous haute surveillance incapables d’être autonomes sur les questions essentielles, leur marge de manœuvre est si faible, dans le système capitaliste parvenu à son paroxysme, qu’il leur serait impossible de transformer, modifier, déplacer la moindre force dans la société marchande. Qui ne le sait pas, qui ne le sent pas ? Celui-là se souviendra de 1997-1998 (j’écris là pour ceux qui ne lisent pas encore “Le Plan B”, mais ça ne pourra pas durer...) “En 1997, à l’Assemblée nationale, les ténors du Parti socialiste s’insurgent contre le démantèlement du service public ferroviaire impulsé par le gouvernement Juppé et son ministre des transports Bernard Pons. Déchaînée, la future candidate de “l’ordre juste” improvise un solo de claquettes dont la radicalité épouvante un journaliste de Libération : “Le PS affirme qu’il annulera la création du RFF(Réseau ferré français) s’il revient au pouvoir en 1998. Pour Ségolène Royal, déléguée aux services publics, il faudra “tout remettre à plat”(Libération 5/2/97). Quelques semaines plus tard, la gauche plurielle arrive au pouvoir. Elle maintient la loi Pons et accélère le dépeçage de la SNCF.” (Le Plan B n°6; www.leplanb.org)
Quant à Sarkosy, on peut le considérer comme un spécialiste du reniement, ce n’est pas un scoop !...

Seule une révolution paraît donc à la hauteur de cette exigence de “changement”...d’où sans doute, croyant répondre et combler une lacune dans le raisonnement, cette pirouette bovérurienne : “insurrection électorale,” autrement dit, votez transformation contre réformisme. Raisonnement par l’absurde s’il en fut, un oxymore de plus ou de moins en politique, ce n’est pas une affaire d’Etat, tout au plus espère-t-on prévenir un risque d’incendie.
Mais de révolution personne ne veut parler, même pour la conjurer, même pour la brocarder sauf sous la forme d’une plaisanterie de comptoir. Pourtant l’idée d’une révolution, lointaine et incertaine à ce stade du pressentiment, commence à prendre du relief. Bové et ses conseillers peuvent écrire insurrection dans et par les urnes, on en pense pas moins. Lui et ses conseillers caressent la bête engourdie dans le sens du poil électoral. Mais il n’est pas en leur pouvoir d’arrêter le cours de l’histoire, le capitalisme porte en lui sa propre fin comme chacun couve sa propre mort annoncée. Rien, ni personne, ne semble devoir échapper à cette dialectique depuis que le monde est monde, lequel en finira lui aussi... Seule incertitude : le moment, chacun s’en inquiète, la manière, chacun s’en effraye ; alors pourquoi ne pas le dire clairement à propos d’un simple régime, frivole et arrogant, quand on a la chance de pouvoir le faire et d’être entendu : la mort du système qui vous a vu naître et prospérer est à l’ordre du jour, mesdames, messieurs, c’est une question de survie pour l’humanité !
Pourquoi contenir l’effervescence et tenter de ramener le troupeau au bercail ? Il parle de “transformation sociale” et se présente à côté des Socialistes réformistes qui parlent, comme lui, de changer la société en la voulant plus solidaire, plus attentive à l’environnement, ouverte à la différence, féministe sans conteste, pourquoi ?
Pour ne pas paraître - ou ne pas être - Fou comme Antonin Artaud qui avait “ contre la société actuelle 3 ou 4 dents / capitales / qui ne sont pas près de tomber” ? “...le conflit n’est pas entre des corps qui ne se connaissant pas n’ont pas de haine directe, il est entre les états d’esprit.
Car ce que la conscience dit de près et en corps fermé n’est rien à côté de tout ce qu’elle succube et incube dans les espaces, et c’est là beaucoup plus que dans la mort que la conscience du vidangeur de tinette pèse d’un poids plus lourd que celle du poète le mieux inspiré parce qu’elle est plus mal intentionnée.”
Quand Bové appelle tout le monde à cuisiner le même brouet électoraliste, il fait un mauvais calcul électoral. Quand il se présente il divise. Quand il opère, dans une naïve confusion mentale, une synthèse entre ceux qui voudraient “que la vie change vraiment” - la marque et son logo sont déposés au Panthéon depuis 1981 : une rose délaissée sur le tombeau de Jaurès - avec ceux qui pensent qu’une “alternative est possible”, entre “ceux qui ne croient plus à la gauche traditionnelle et qui se sont insurgés en votant “non” au projet de traité constitutionnel”, avec ceux des quartiers populaires en révolte, ceux qui ont dit non au CPE, il obscurcit ce qui est clair. Quand il appelle tous les candidats responsables des partis à la “gauche de la gauche” à le rejoindre il se se montre encore plus naïf qu’on le croirait...mais je ne crois pas en sa naïveté ni en celle de ses succubes et incubes qui l’accompagnent...
“Une vraie gauche” claironne-t-il parce que l’autre, la fausse gauche a “refusé de rompre avec la logique économique libérale” de quoi parle-t-on exactement : en quoi “la logique économique libérale” se distinguerait de la logique du capitalisme en général ? Partir à l’assaut de la logique économique marchande capitaliste (dite libérale expression timorée qui dénonce une reculade au moment de l’assaut), cette machine de guerre totale qui extermine tout ce qui entrave sa marche folle, partir à l’assaut de ce monstre avec les armes d’opérette que sont la “transformation sociale et démocratique” agitées par les porteurs de bonnes intentions, relève de l’acte suicidaire ou de la mascarade. Personnellement je pencherais plutôt vers la seconde hypothèse.
“Nous voulons que les citoyennes et citoyens soient démocratiquement appelés à conduire et à contrôler la transformation sociale” Mesdames, Messieurs les capitalistes, laissez-vous faire, n’entravez pas la marche résolue et citoyenne vers son émancipation, nous avons gagné au jeu électoral le droit de révolutionner la société bourgeoise, nous vous prions de bien vouloir déposer là, aux pieds de nos Elfes, acteurs-actrices du changement social, vos propriétés, vos armées, vos appétits et vos ambitions. C’est le jeu. Nos électeurs et électrices vont se réapproprier l’exercice du pouvoir : tombez de vos fauteuils parlementaires, quittez les hémicycles, descendez de vos perchoirs, poussez-vous de là que nous nous y mettions.
D’ici nous ferons ce que nous avons dit première ment, deuxième ment, troisième ment, quatrième ment aussi etc....

Ainsi serait redéfini, car c’est de définition que nous manquons, comme la langue polonaise manquait de voyelles, selon Topor, le “type de croissance “etc... Ainsi nous attaquerions-nous à la “toute puissance des firmes transnationales et des marchés financiers”, tremblez car tout étant re-défini, vous serez barrés dans le grand livre de l’Univers...

À quoi ressemblerait un langage de vérité aujourd’hui ? L’exemple est vieux de plus de cinquante ans et il n’a rien perdu de sa force parce qu’il n’a rien perdu de son actualité. Il suffira, vous allez le voir, de quelques translations minimes : quand vous lirez “Europe” dites “Monde”, “continent”, vous l’écrirez au pluriel, “gestapos”...vous avez le choix infini depuis Guantanamo jusqu’aux geôles à perte de vue d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Europe.
Nous quittons les cheminements retors et les approches timides pour aller voir la réalité en face, dans le cheminement “du poète le mieux inspiré”, la sentir triturée par une langue juste, sans complexe, la regarder enfin pour ce qu’elle est : dépouillée, par le génie du poète, de ses pacotilles.
Ceux qui le connaissent regretterons que ne soient pas cité la totalité du discours sur le colonialisme d’Aimé CÉSAIRE, ceux qui ne l’auraient pas encore lu voudront s’y précipiter.
“...il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veine de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
{...} Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries...”
Extraits du “Discours sur le colonialisme”, Aimé CÉSAIRE, 1954.
Robert

PS (sans mauvaise intention sur le sigle) : suite à une discussion que j’ai pu avoir avec l’un des “honorables correspondants”, il ressort de ce dialogue que je n’ai pas voulu intervenir sur un choix électoral.
Je cherche, comme à l’accoutumée, à démasquer les intentions réelles dissimulées derrières les ruses du langage qui provoquent à terme une dégénérescence du sens, une perversion de la syntaxe et donc une dissimulation de la réalité.
Ces distorsions n’empêchent pas que l’on puisse imaginer une stratégie destinée à prendre les discoureurs à leur propre jeu. Bové, puisque c’est de lui qu’il s’agissait, peut attirer les voix de ceux qui pensent investir non pas sur sa personne, ni même sur son cercle rapproché, mais sur les forces contestataires qui l’auraient porté jusque là... et ainsi les faire exister aux yeux du plus grand nombre.
Je vous livre ici l’argument de mon interlocuteur, je ne pose aucun jugement critique sur son opinion.
Quant à José Bové, il va de soi que je ne me sens pas le droit de porter de jugement quel qu’il soit sur sa personne.

DÉCLARATION DE CANDIDATURE
DE JOSÉ BOVÉ
blog de José Bové (cliquer sur la photo)


La France n'a jamais été aussi inégalitaire.

Un grand patron gagne 300 fois ou plus qu'un smicard. Les plus riches désertent leur devoir fiscal quand 100.000 personnes dorment dans la rue. Les stocks-options récompensent les licenciements boursiers.

Il est temps de mettre fin à un système qui entraîne la grande majorité des salariés vers la précarité et l'insécurité sociale. Il est temps de décréter l'insurrection électorale contre le libéralisme économique.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes m'ont proposé d'être candidat à l'élection présidentielle. J'ai décidé d'accepter que mon nom incarne, sur le bulletin de vote, la volonté commune de battre la droite et l'extrême droite et de redonner l'espoir d'une alternative à gauche.

J'ai décidé d'accepter, pour que continue le combat de rassemblement de toutes les forces de la gauche de la transformation sociale, solidaire, écologiste, antiraciste et féministe. Nous ne nous résignons pas à la division actuelle de ces forces. Nous voulons être le trait d'union entre toutes celles et tous ceux qui veulent que la vie change vraiment.

Je ne suis pas le candidat d'un parti. Je ne suis pas un professionnel de la politique. Ma candidature est celle d'un rassemblement de forces et de citoyens issus du mouvement social, du monde syndical, de courants politiques et des associations de l'immigration qui aspirent à l'unité de cette gauche-là. Cette candidature est une candidature collective portée par de nombreuses voix.

J'appelle aujourd'hui les élus communistes, écologistes, alternatifs, socialistes anti-libéraux, à nous permettre, grâce à leurs parrainages, de participer à la campagne officielle.

Nous voulons être les porte-voix des sans-voix, de ces millions de citoyennes et de citoyens qui souffrent de la précarisation sociale et des discriminations. Nous voulons leur dire que l'abstention ou le vote Le Pen conduisent tout droit à l'élection de Nicolas Sarkozy.

Monsieur Sarkozy est un homme dangereux pour notre pays. Sous couvert de promesses multiples, son projet est d'aller encore plus loin dans la voie d'une logique économique qui favorise les plus forts et pénalise les plus faibles. Il est le candidat du MEDEF, du contrat précaire généralisé, du démantèlement progressif du code du travail et des services publics, de la suppression de fait de l'impôt sur les fortunes, de l'insulte contre les jeunes des quartiers, du mépris conter les agents des services publics. C'est l'homme de la dissolution de l'Etat social et de sa transformation en Etat policier et carcéral. Cet ami de Blair et de Bush nous prépare une République communautariste et atlantiste.

Nous voulons aussi défendre un projet et des solutions pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent que la vie change vraiment. Nous voulons dire qu'une alternative est possible à celles et ceux qui ne croient plus à la gauche traditionnelle, qui se sont insurgés en votant massivement « non » au projet de traité constitutionnel européen, en se révoltant dans les quartiers populaires, en rejetant le CPE.

Madame Royal incarne une gauche qui a renoncé. Face au social-libéralisme qui a conduit toute la gauche au désastre électoral en 2002,face au projet d'un parti socialiste autiste, qui manifeste un refus de rompre avec la logique économique libérale, nous voulons opposer une gauche de transformation sociale et démocratique, une gauche antiraciste, féministe et écologique. Une vraie gauche.

Notre projet est le fruit d'une expérience et d'une réflexion menées par les militants et les acteurs du changement social. Il résulte d'un travail collectif sans équivalent, qui a rassemblé toutes les composantes de la gauche antilibérale. Il n'est pas le résultat d'une approche technocratique qui vise à concilier les dures lois du profit avec un peu d'ordre juste. Nous voulons que les citoyennes et les citoyens soient démocratiquement appelés à conduire et à contrôler la transformation sociale. Notre programme est un outil à la disposition des électeurs et des électrices pourqu'ils se réapproprient l'exercice du pouvoir.

Premièrement, nous voulons l'élaboration d'un plan d'urgence sociale. La réduction massive du chômage et de la précarité est une priorité, ce qui suppose de développer des activités utiles, créatrices d'emplois, d'imposer une stricte réglementation des licenciements et d'instaurer un système de sécurisation professionnelle tout au long de la vie. La revalorisation des minima sociaux et des bas salaires doit être accompagnée d'une fiscalité fortement progressive pour les hauts revenus afin de limiter les inégalités indécentes de revenus. C'est l'exigence de nouvelles relations dans le travail et de nouveaux droits sociaux que nous voulons porter. C'est la nécessité de lutter contre la spéculation financière et de contrer la puissance de l'actionnariat.

Deuxièmement, nous voulons instaurer un nouveau modèle de développement.
C'est à la redéfinition du type de croissance, de production, d'échange et de consommation qu'il faut s'atteler. Il faut s'attaquer à la toute-puissance des firmes transnationales et des marchés financiers, car leur soif de profit et leur mépris de l'humanité mettent la planète en péril. La question du nucléaire comme celle des OGM doivent être soumises à un débat citoyen qu'il faut conduire et trancher démocratiquement, en toute transparence.

Troisièmement, nous voulons que les millions de personnes qui vivent dans les cités de banlieues, dans les quartiers populaires ? quelles que soient leurs origines et leurs croyances ? ne soient plus considérés comme des sous-citoyens dans ce pays qui est le leur. Ils ont droit à la justice, à l'égalité et à la dignité. Il n'est pas acceptable que l'accès aux droits fondamentaux, à la santé, à l'éducation, à l'emploi, au logement, leur soit restreint, et que la seule réponse aux problèmes qu'ils rencontrent soit celle de la répression policière et sécuritaire qui aboutit souvent, en toute impunité, à des violences, voire des morts.

Quatrièmement, nous réaffirmons que tout être humain, parce que c'est un être humain, doit être reconnu dans son humanité. Nous refusons qu'on continue de priver un être humain de sa dignité en le privant de papiers.

Cinquièmement, la transformation démocratique et sociale exige d'en finir avec le régime de la V°République. C'est la démocratie toute entière qui doit être vivifiée. Nous voulons une nouvelle République laïque, ouverte sur la société telle qu'elle est, ouverte sur le monde, une démocratie politique, sociale et citoyenne, qui élargisse le socle des droits fondamentaux, à commencer par les droits sociaux.

Sixièmement, dès 2007, dans la cohérence avec le « non » du 29 mai 2005, nous entendons que la France propose la refondation de la construction européenne sur des bases démocratiques et sociales. Nous demandons la fin des traités existants et nous proposerons un nouveau texte fondateur. Nous n'accepterons pas que la nouvelle politique qui aurait été choisie par notre peuple soit interdite par les décisions européennes. La présidence française de l'Union, au second semestre 2008, est l'occasion de porter largement l'exigence d'un tel changement.

Septièmement, nous nous engageons à pratiquer l'équité pour les départements et territoires d'outre-mer et leur laisser le choix de l'autodétermination.

Huitièmement, nous voulons, avec tous les peuples qui souffrent, combattre et faire reculer les politiques de libéralisation qui favorisent la guerre économique, l'exacerbation des concurrences, les privatisations et les déréglementations. Nous mettrons fin à la capacité de nuisance des institutions (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce) qui renforcent les inégalités et provoquent des souffrances à l'origine de guerres. Nous défendrons le droit à la souveraineté alimentaire et le libre accès pour tous aux bien communs de l'humanité, dont l'eau.

Enfin, parce que les femmes assument de multiples responsabilités, au travail, à la maison, vis à vis des enfants et des proches dépendants, parce qu'elles sont majoritaires parmi les chômeurs, les précaires et les bas salaires, nous voulons qu'elles soient les premières bénéficiaires de l'amélioration de nombreux services publics : de la priorité, accordée à un service public de la petite enfance, et des mesures contre le chômage et la précarité. L'objectif de l'égalité entre les femmes et les hommes doit être poursuivi dans toutes nos décisions.

Il est grand temps d'en faire une réalité.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition de mettre fin au dogme économique libéral. Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition d'assumer une véritable transformation sociale. Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition que nous nous rassemblions, dans l'unité, pour faire avancer la gauche alternative, écologiste, antiraciste, féministe et solidaire.

José Bové, Saint Denis, 1 février 2007


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Cancions por la muerte de Trotsky

5 Février 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #R.P.




Guevara-Trotsky's songs
envoyé par grossel

À Trotsky, nous devons les outils qui auraient permis de combattre et peut-être vaincre, le capitalisme, le fascisme et le stalinisme. Qu'est devenu cet héritage ?


ANDRÉ BRETON-LÉON TROTSKY-FRIDA KAHLO-MAURICE NADEAU
envoyé par MELMOTH


BRETON TROTSKY
 pour un art révolutionnaire indépendant
envoyé par MELMOTH



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Le manifeste sous-réaliste

14 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #R.P.

L 205

LE MANIFESTE SOUS-RÉALISTE



Ce Manifeste n’est pas encore rédigé. Il se présente sous la forme d’un chaos de faits et gestes confondus. Les éléments de ce Manifeste s’agglomèrent et viennent d’un peu partout dans le monde. Dans ses journaux et leurs commanditaires. Sur ses écrans et les radios. Et, un comble, il s’exprime le plus souvent au nom d’un nouveau réalisme.

1929: préface à la réimpression du Manifeste surréaliste, par André Breton, cette remarque autant politique que poétique, nous le savons bien aujourd’hui: “Ne cesse d’être d’actualité la fameuse question posée par Arthur Cravan “d’un ton très fatigué et très vieux” à André Gide: “Monsieur Gide, où en sommes-nous avec le temps? - Six heures moins un quart” répondait ce dernier sans y entendre malice. Ah! il faut bien le dire, nous sommes mal, nous sommes très mal avec le temps.”

Puis le temps passa, mais pas pour tout le monde tant existent toujours ces intelligences raides qui ne pensent et ne s’épanouissent qu’à 6 heures moins un quart.

Il en va de tous les styles. Folâtre façon Pourquery, comme dans Libération du 2 septembre et son commentaire sur ce qui se dit donc se fait, “making-of”, en coulisse, côté cour de récrée et côté jardin des délices: ce jour-là “ça vole haut” paraît-il. La question centrale soulevée, vigoureusement débattue “avec le sourire quand même. Nous ne nous prenons pas au sérieux”, était la “réfutation du droit au travail”. D’ailleurs, qui pourrait prendre les idées de ce monsieur au sérieux? Surtout lorsqu’il apporte dix tons en-dessous de toutes les réalités et surréalités du moment, cette réponse glaçante: “Bon d’accord, mais qu’est-ce qu’on met dans le journal”. Car il allait de soi pour ce “paysan du Danube” gascon, comme il se nomme lui-même, qu’un journal ne va pas lancer, sous quelque forme que ce soit, une discussion sur “le droit à la paresse” une bouffonnerie que Paul Lafargue assuma mais qui n’est pas de notre temps.
De même qu’il ne saurait reprendre sérieusement la controverse à propos d’une manchette d’une naïve désinvolture - “Un coup à gauche” à propos du RSA - problème soulevé par Pierre Marcelle, un mauvais sujet qu’on cherche âprement à marginaliser - car comme chacun le sait, le RSA s’inspire d’une analyse de gauche de la société. Pour ne pas dire qu’il s’agit d’une entame révolutionnaire à la domination du Capital... SarkUbu plonge sa pince à Phynance dans le portefeuille des capitalistes: vous, moi, l’épargnant, le gogo qui a acheté des actions, le possesseur d’une assurance vie, les crédules du PEA.
Ah! c’est que vous pensiez à Pineau Valencienne (tiens, que devient-il ce loubard de la haute finance dont la fille elle-même fut condamnée pour quelques grivèleries financières? Bel aréopage où l’on distinguait, entre autres, un nommé Jean Chodron de Courcel, cousin de Bernadette Chirac), à Rotschild, à Lagardère, Dassault... non vous n’y pensiez pas, c’était pour rire! La réalité est ici, sous nos pas, les analystes économiques et politiques, eux, préfèrent manipuler leurs vaticinations de ronds de cuir mécaniques. C’est le Kapital qu’on attaque bougre!

Poisseux, façon Duhamel, Alain. Dans Libération, le 4 septembre - anniversaire de la proclamation d’une III° République asthmatique, ce sont les gens de son gabarit qui nous y font penser. Il observe la crise du socialisme européen, l’Alain, et il apporte sa pierre au Manifeste Sous-Réaliste: “Il y a encore quelques années, au sein de l’Europe des quinze, les gouvernements de gauche socialistes étaient en majorité. Lionel Jospin réformait vigoureusement la France (sic!), Tony Blair enthousiasmait la Grande-Bretagne, Gerhard Schröder modernisait courageusement l’Allemagne, Romano Prodi pilotait habilement l’Italie.”, ce qui fait dire au béotien que je suis: et tout ça pour rien alors, Alain du Modem!
Surtout qu’il n’en reste pas là, il apporte de l’eau au moulin sous-réaliste avec une dévotion touchante: “A aucun moment, les socialistes européens ne se sont montrés capables d’élaborer collectivement - et pourtant, ils sont des internationalistes de toujours - une réplique réellement marquante, audible, identifiable, compréhensible aux dysfonctionnements du capitalisme. C’était l’occasion rêvée, c’était leur vocation naturelle, c’était, quand même, leur sphère de compétence. Tout les poussait à incarner et à exprimer une alternative, une autre réponse aux échecs et aux cruautés des dérèglements à répétition. Leurs experts ont travaillé, leurs leaders ont sûrement réfléchi.” on devine qu’il fait semblant. Il fait semblant d’y croire, il ironise en sourdine, l’Alain; il fait sa coquette avec les idées qu’il diffuse sur le “socialisme” de son cru. Il n’a même pas peur de se contredire sur le fond: même pas mal! Jospin “réforme vigoureusement” la France avec “un programme qui n’est pas socialiste”, tout le monde s’en souvient et ils n’ont pas su faire fonctionner ce qui dysfonctionnait. Car, sous-entend Duhamel, professeur à Science po Paris, le capitalisme fonctionne, ce sont les dysfonctionnements qui le perturbent.
Et, au bouquet, cette fusée éclairante:” Résultat final : un impressionnant silence, comme si la crise du capitalisme financier portait en elle une (crise) intellectuelle du socialisme européen.” voilà qui est intéressant. Qui réclamerait qu’on s’y attarde. Que pourrait-on nommer “crise intellectuelle du socialisme”? La crise du capitalisme on comprend, on a vu, on connaît, mais l’intellectuelle du socialisme on est dans le vertige, l’aléatoire. Bon prince, Alain nous affranchit:  “Le New Deal, le plan Marshall, les accords de Bretton-Woods ne sont pas forcément des cadavres exquis, ils peuvent constituer des modèles lointains, des sources d’inspiration. Et ne serait-ce pas aux socialistes réformistes qui ont toujours maudit le communisme et ne se sont jamais résignés à la seule gestion sociale du capitalisme de sortir soudain de leur long sommeil idéologique ?”; le sommeil idéologique peuplé des cauchemars du communisme après de trop lourds gueuletonnes et d’asphyxiants havanes, voilà l’état de santé d’un grand corps malade. Ils se sont endormis sur le bout de gras jauressien par mégarde, ils se réveillent avec la gueule de bois, ils sont considérables, ils ont leur place au firmament politique et ils ne savent plus quoi dire. Aux pauvres, leur gagne-pain. Aux profs, leur fonds de commerce. Quels encouragements fourguer aux chômeurs? A quelle noblesse se vouer pour la défense des immigrés? A quel facteur se raccrocher qui ne soit pas de la Ligue? Quel socialisme vanter à la tête du FMI, au poste de premier Ministre? New-deal, Plan Marshall, Bretton-Woods il y a du grain à moudre sous les cadavres historiques les encourage Alain Duhamel, professeur à Science po Paris. Guy Moquet encore une fois assassiné, Guy Mollet ressuscité. Voilà du sous-réalisme militant.

Et j’en passe, j’y suis obligé... d’ailleurs vous trouverez... vous avez trouvé depuis longtemps...
Rédiger ce manifeste? Qui s’y colle? Peut-être le secrétaire général de la CGT. Bernard Thibault pourrait au moins tenir la plume avec bonheur.
Sur le mode de la compassion: “Nicolas Sarkozy devrait se méfier, la souffrance des salariés est réelle”; ça c’est de la complainte, de la vraie complainte, nuancée dans ses effets, trouble dans ses destinations, chacun y lira ce qui l’intéresse: notre SarKubu y verra un avertissement fraternel, presque paternel - fais gaffe Nico, ça sent le souffre-douleur -; travailleuses ou travailleurs syndiqués ayant lu trop rapidement y verront la poigne du chef - gaffe à toi Sarko, on n’a plus rien à perdre - c’est de la vraie réalité mais de la fausse manœuvre. Lisez ce qui s’ensuit: “La souffrance des salariés est réelle. Plus importante qu’il y a un an. S’y ajoutent les déçus de Nicolas Sarkozy, ceux qui ont cru en son élection (ben, ils n’ont pas eu tort, il est élu, non?) Dans cette situation, l’urgence est à l’action et à l’unité” ( Le Monde, 2 septembre 2008) pour ne pas se laisser déborder, dans “cette situation”, peut-être... je suppute, je suppute. Mais l’action - je suppute encore - quel est son contenu? Exactement: contre? Contre quoi? Ou bien pour ? Pour quoi faire, l’action? Surtout qu’il est urgent d’agir, alors plus urgent de dire pourquoi...  Avec qui l’unité? La CFDT? Avec FO? Solidaire? Ou les seuls syndicats dits “représentatifs”, dits “réformistes”? Il ne dit rien à ce sujet mais se replie sur une condamnation urbi et orbi de l’UIMM et de ses pratiques après avoir donné son avis sur le RSA, pas si bon qu’il y paraît, les chèques transports à la condition que le patron ne bénéficie pas d’allégements... Tout raisonnement concernant les capitalistes est désormais centré sur la petite et moyenns entreprise, poumon de la France industrieuse.

Et puis on attendait Le Boucher et on lut Delhommais. Je vous laisse déguster:
“Le déclin de l'empire américain attendra, par Pierre-Antoine Delhommais (LE MONDE 06.09.08)

“{...} Pour les libéraux, le décalage de croissance de part et d'autre de l'Atlantique démontre de façon définitive la supériorité du modèle libéral américain, le pays où le marché du travail est aussi souple que les prélèvements obligatoires sont bas et que le nombre de jours de vacances est faible. Que l'Europe se dote des mêmes fondations économiques - autrement dit fasse ses fameuses réformes structurelles - si elle veut résister comme les Etats-Unis aux chocs et afficher la même résilience.” juste un petit commentaire sur l’emploi du mot “fondations”: ce sur quoi désormais l’édifice capitaliste devrait s’appuyer et se reconstruire, exploitation accrue et ouverte, ouverte surtout, légale, de la main d’œuvre. Si je comprends bien, sapez ces fondations, minez la base et l’ensemble sera parterre. Nos secrétaire nationaux le savent, ils ne sont pas bêtes non plus. C’est donc en aménageant, en contournant les revendications qui pourraient s’en prendre à la “flexicurité”, aux heures supplémentaires (souvent non payées d’ailleurs), à l’allongement du temps de travail et tout ce qui relève de leur compétence syndicale, que nos direction syndicales protègent et confortent les fondations du système tout entier.
Lui, Delhommais, conclut ainsi: “Dans le rebond actuel du dollar face à l'euro, difficile de ne pas y voir ce message : l'Amérique ne va pas si mal qu'on le prétendait, l'Europe se porte nettement moins bien qu'elle avait essayé de s'en convaincre.” en effet l’Amérique va tout aussi bien que la France. Fannie et Freddie viennent d’être adoptées par l’administration  américaine sous le regard bienveillant du grand frère Obama et de tonton Cain. L’administration et le Sénat “nationalisent” les pertes abyssales des sociétés privées de crédit, qu’ils feront supporter au cochon de payant à la manière du gouvernement de la France, notamment quand il colmate les effondrements du Crédit lyonnais. Où est l’originalité, sinon dans l’énormité des sommes en jeu et, par conséquent, dans l’ampleur des sacrifices qui seront demandés aux populations.

Morceau de choix dans l’élaboration d’un Manifeste du Sous-réalisme.


Robert P.

PS: il se trouve que Edvige provoque le tollé que l’on sait, on se murmure à soi-même, c’est pas trop tôt... mais quelque chose ne passe pas, quelque chose d’essentiel qui semble avoir été oublié dans ce noble combat... quoi au juste: Edvige sera discutée pour devenir une loi à moins qu’elle ne perde définitivement la vie avant, peu probable. Mais blessée, seulement, la voilà confiée aux urgentistes de l’Assemblée nationale qui sauront bien la remettre sur pied.
Autre chose encore... voilà ce qui gratte vraiment l’occiput méfiant: SarkUbu et ses successeurs resteront bien dépositaires de ce pouvoir énorme que confère le titre de grand chef du renseignement. Donc de cela il ne sera pas question puisque nous serons trop occupés de férailler au nom des grands principes. Or l’un ne devrait pas aller sans l’autre... c’est ça qui ne passe pas! Personne ne s’est encore prononcé sur cet aspect de la sarkUbuserie.

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Échanges entre Robert et grossel sur la politique et la démocratie

25 Juin 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #R.P.

M'étant rendu compte que par erreur, j'avais fait disparaître, lors de mon nettoyage de l'écume politique, le 24 juin 2007, ma réponse à Robert, lors de notre débat sur la démocratie, (c'était entre le 30 novembre 2006 et le 7 décembre 2006) je remets en ligne ma réponse d'alors et je fais remonter l'article dont la pertinence me semble d'actualité. (grossel)

L 109
OPINIONS

“D’abord, il me semble qu’il faut réaffirmer que la politique c’est le domaine des opinions, au moins en démocratie, que ce n’est pas le domaine de la vérité, que les opinions de chacun sont souvent changeantes comme sont changeantes celles du grand nombre.”
Opinion et postulat que pose Jean-Claude Grosse sur son site. Pour en savoir plus et même pour tout savoir :

(François à Robert: le postulat de grossel est-il une opinion ou une vérité?
Pour grossel, c'est une opinion: la politique c'est de l'action, ça relève de l'efficacité, non de la vérité; la philosophie a peut-être à voir avec la vérité; une opinion n'est pas prouvable, elle n'en a pas moins une valeur, elle vaut une voix lors d'élections)

"La politique ? Faire de la politique ? L’exercice du Pouvoir ne relève pas, dans son essence, d’une opinion aléatoire ; participer ? L’exercice du vote est un choix à faire en regard d’intérêts multiples et contradictoires et la raison y est prépondérante par principe.
Lorsque Périclès - ou l’idée que nous nous faisons de lui - arrêtait un principe de connaissance et de mesure absolu qui devait guider le choix des citoyens électeurs, qu’il définissait la démocratie comme la volonté du plus grand nombre, qu’il mesurait le service rendu, ou que pourrait rendre un citoyen en proportion de ses capacités, il ne donnait pas son opinion, il énonçait une règle. La démocratie est une construction cohérente forgée à travers l’histoire chaotique des sociétés et des Etats, se construisant tantôt avec, tantôt contre eux. La démocratie, politique rationalisée, ne doit pas chercher à plaire mais à gouverner la cité pour le bien du plus grand nombre. Du moins pour ce qui relève de la tradition classique, différentes seraient les conceptions d’une “pratique démocratique” dans les civilisations africaines, asiatiques ou d’Amérique du Sud aujourd’hui.

Plate-forme de la Pnyx d'où parle l'orateur public.

Athènes, dans l’antiquité lointaine et encore dans sa période classique, est une entité facilement repérable, visible dans ses contours, dénombrable avec assez de précision, les classes sociales y sont facilement répertoriées et, pour les plus puissantes, c’est-à-dire les moins nombreuses, nominativement désignées. Néanmoins, la démarche fut lente et sanglante qui conduisit les Athéniens à la démocratie - une minorité de citoyens puisque les esclaves, puisque les femmes et les étrangers ne concourraient pas à l’élaboration politique de la cité. Sa gestation fut soumise aux pires exactions de familles avides de puissance et sans plus de scrupules qu’un chevalier d’industrie du XIX° siècle ou qu’un requin de la finance contemporain. De la cruauté de ces affrontements émergera la puissance draconienne de la raison posant la loi, puis Solon, fondements juridiques sur lesquels reposera la démocratie politiquement achevée avec la constitution de Clisthènes. Et pourtant Athènes ne cessa jamais d’être parcourue d’opinions versatiles ou contradictoires de plus en plus imprévisibles, en raison même de sa puissance toujours grandissante ; l’opinion fut une menace pour son existence avant de devenir son linceul.
Solon

Rome en fit presque autant : quand le trône impérial eut surgi des hésitations d’une opinion versatile - influencée par ses appétits de puissance - et que l’Empire put s’épanouir grâce à son inconstance.

Il aura fallu une certaine “hauteur de vue” pour imposer à la cité athénienne l’indispensable ordre de marche capable de rétablir sa politique sur des bases réalistes c’est-à-dire efficaces, en rapport avec ses ambitions et ses capacités. Le vaisseau sombra corps et âmes quelques siècles plus tard - c’était une civilisation, elle était donc mortelle - sans que pour autant sa contribution à l’histoire politique fut soustraite au patrimoine de l’humanité. Bien au contraire, la vivacité du débat, qui n’a jamais vraiment cessé, retrouve une nouvelle intensité aujourd’hui, sous nos yeux.
C’est en ce sens que je veux contredire la contribution de Jean-Claude Grosse qui me paraît très loin de l’héritage d’une raison constructive et arbitrale. Avancer c’est marcher contre toutes les opinions et idées reçues aveuglantes, contre l’appel à “l’opinion publique”, cette abstraction confortable qui habille la mauvaise foi et prépare les coups tordus. “Superstition verbale” dira d’elle Fernando Pessoa (dont je ne partage pas plus les orientations politiques qu’il se serait inquiété de ce que j’en pense...) et je crois voir dans la somme des opinions individuelles se neutralisant les unes les autres, “l’opinion publique” dont on ne sait jamais quelle réalité s’y dissimule. Hitler par ici, Gandhi par ailleurs, les dés sont jetés et ne retombent jamais, à vrai dire. Quelqu’un les ramasse avant et compose la somme qui lui convient pour en faire ce que ses suppôts voudront qu’il en fasse.

Klérotérion, machine à tirer au sort les jurys

Partant je sens un vent mauvais qui nous emporte quand je lis, sous la plume de Jean-Claude Grosse, qu’il me faudrait “prendre en compte l’état d’esprit des gens” et accepter de surcroît ce second postulat apodictique selon quoi “la politique en démocratie d’opinion n’est pas qu’affaire d’argumentation, il faut entrer en résonance avec l’état d’esprit des gens, voire avec l’âme d’un peuple...”. Renan, déjà, reniflait autour de la notion de Nation et trouvera, par dépit, que la “Nation est une âme”. Durant la première guerre mondiale, c’est Gustave Le Bon qui s’inquiète, tire les premières conséquences de la guerre et affirme : “...l'âme profonde d'un peuple change très peu dans le cours des siècles. (Gustave Le Bon, Premières conséquences de la guerre; 1916). En 1895 déjà, il posait sa définition en toute clarté : “Les caractères moraux et intellectuels, dont l’association forme l’âme d’un peuple, représentent la synthèse de tout son passé, l’héritage de tous ses ancêtres, les mobiles de sa conduite.” (1895 G. Le Bon ; Les caractères psychologiques de l’évolution des peuples). Il poussait le raisonnement dans ses derniers retranchements : “Ni les changements de milieu ni les conquêtes ne suffisent à modifier l'âme d'un peuple. Sa transformation n'est possible qu'au moyen de croisements répétés. Le sol, les institutions, la religion même ne changent pas l'âme d'une race.” assénait-il et afin que rien ne soit laissé dans l’ombre : “ Entre peuples de mentalité trop différente, (les croisements) sont désastreux {...}.Les peuples de métis, tels que ceux du Mexique et des républiques espagnoles de l'Amérique, restent ingouvernables par cette seule raison qu'ils sont des métis.” (id°).
Je sais que ce n’est pas ce que J.C. Grosse veut dire, pourtant je ne doute pas que cela soit implicitement contenu, à son insu, dans cette vision des choses. Ces propos trimbalent une logique irrémédiable qui tire ceux qui s’en font les hérauts vers les envoûtements d’un nationalisme irrationnel. Plus rien ne tient dès que “l’âme d’un peuple” irradie le citoyen subitement métamorphosé en “sujet” de la Nation...
“Le sommeil de la raison produit des monstres” a écrit Goya, et ce n’est vraiment pas le moment de lui préparer sa couche, mais au contraire de la secouer pour un réveil brutal !

Une remarque presque incidente pour finir : la démocratie aujourd’hui a perdu les atours que lui conféraient les pratiques athéniennes du temps de Périclès. Les jeunes éphèbes prononçant, mains tendues au-dessus de l’autel des dieux, en présence de l’honorable assemblée (la Boulée), et prêtant solennellement le “serment civique”, serait du plus mauvais goût. Bien entendu, Athènes au IV° siècle c’est le berceau mais personne ne passe sa vie dans son berceau...
Mais la République, la “chose publique” (Res publica) qui nous est échue, peut-elle admettre dans ses institutions “...les hommes et femmes politiques que nous méritons collectivement ? Donc médiocre pour beaucoup, comme nous.” ? C’est ce qu’affirme le texte. Outre la désobligeance du propos qui touche non seulement les citoyens que nous sommes mais aussi et surtout la candidate de son choix - “Pour moi Ségolène correspond à ce que nous sommes” - outre l’obscurité du diagnostic que j’attribue à une rédaction hâtive et fiévreuse - “...pour beaucoup, comme nous” - et pour peu que le chœur reprenne ce chant ténébreux, voilà qui ferait présager un grand malheur..."
Robert

Liens à consulter
http://agora.qc.ca/biblio/democratie.html
http://membres.lycos.fr/stromhg2/cours/seconde/hist/antiquite/demoathen.htm
http://hellada.free.fr/democratie.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ath%C3%A8nes_antique
http://www.educnet.education.fr/musagora/citoyennete/citoyennetefr/democratie-droits.htm
http://www.assemblee-nationale.fr/juniors/democratie.asp

Merci à Robert.
Réponse de grossel:

Réponse de grossel à Robert

D’abord sur le côté désobligeant de ma remarque sur notre médiocrité.
1- Je me suis compris dans l’ensemble
2- Cet ensemble concerne l’ensemble des gens ; c’est une vision statistique ; ça ne vise personne en particulier ; je sais que chaque vie est singulière, chaque personne aussi et je n’ai pas de jugement là-dessus ; je dirai même que j’apprécie souvent d’écouter telle ou telle personne (car on n’écoute jamais l’ensemble) quand je réussis à me taire ; alors me demandera-t-on : pourquoi parler de médiocrité de l’ensemble ? Étymologiquement, médiocre vient de : qui est  au milieu, qui est moyen. Sens qui a évolué vers : en dessous de la moyenne, autour de la moyenne. Par opposition à : grand, parfait, excellent, supérieur. Il ne me semble donc pas désobligeant de parler de médiocrité en ce sens que les élections départageront une moyenne d’une autre moyenne (l’un aura un peu plus que l’autre, à 1 ou 2% près, voire moins de 1%).
3- Si je me situe maintenant sur un terrain de jugement de valeur, terrain assez miné et assez détestable mais hélas, on n’arrête pas de porter des jugements de valeur sur autrui, en toute méconnaissance (ça s’appelle des a priori, des préjugés, des étiquettes), je pense que chacun est un mixte de qualités et de défauts et que ça fait une moyenne ; je pense aussi que s’il y a des salauds, il y a aussi des gens bons et ça fait une moyenne ; s’il y a des gens qui meurent tôt, d’autres meurent plus tard ; s’il y a des malades de longue durée, il y a aussi des gens en bonne santé…Bref, la moyenne, le milieu comme moyenne d’extrêmes ou moyenne de moyens, ça me semble une vision assez proche de la réalité dans son ensemble.Évidemment, l’essentiel me semblant être la singularité de chacun et de sa vie dont chacun fait l’usage qu’il peut, quelquefois qu’il veut.
Ensuite sur Ségolène Royal. Non, non, je n’ai pas rédigé à la hâte. Je pense qu’elle est une femme politique pouvant nous permettre de battre Sarkozy et c’est cela qui m’importe d’abord pour la prochaine échéance. Élue, sera-t-elle la femme politique dont le pays et les gens ont besoin ? Là, c’est un pari : la politique par la preuve  l’emportera-t-elle sur les promesses non tenues auxquelles nous avons été habitué depuis Mitterrand, je n’en sais rien. Je pense que sa conviction de faire de la politique autrement, un peu autrement, pas radicalement autre, est forte. Sa volonté, appuyée sur nos volontés que ça change, peut partiellement faire bouger les choses, nationalement, en Europe, dans le monde. Sans doute devra-t-elle aller plus loin que le projet du PS et sa déclaration sur la BCE va dans le bon sens si au pouvoir, elle convainc les autres de soumettre les monétaristes de la BCE au pouvoir politique européen. Sinon, il faudra corriger le tir, revenir sur Maastricht ce que disait le Non au TCE de mai 2005, revenir à une banque nationale…
En ce qui concerne la politique comme exercice de la raison constructive et arbitrale, contre toutes les opinions aveuglantes, que fait Robert du tirage au sort des citoyens à Athènes, lesquels jurys décidèrent par exemple la condamnation à mort de Socrate ? Que fait Robert des sophistes, fournisseurs d’opinions contre lesquels bataillaient Socrate puis Platon, lequel n’était pas pour la démocratie.
Je serais plutôt d’accord avec ce qu’il dit sur les dés sont jetés qui ne retombent jamais, ramassés par un profiteur du bon moment, ayant su saisir sa chance : oui, je crois que c’est plutôt comme ça que ça se passe ; on peut le regretter mais moi, ça me plaît assez, car celui qui ramasse les dés ne savait pas qu’il allait les ramasser. Ce jeu de hasard à somme nulle si je me souviens de ce que des mathématiciens ont produit dans les années 50 me semble correspondre à ce qui se passe. Et ça va contre la toute puissance de la raison, aussi dangereuse que le sommeil de la raison.
Quand dans l’isoloir, je mets mon bulletin de vote dans l’enveloppe, que mon choix soit raisonné, irrationnel, un mixte de raison et de sentiments (il m’a semblé lire chez Platon que le politique tricotait avec des sentiments comme la peur, l’espoir), arbitraire de dernière seconde, quand je mets ensuite cette enveloppe dans l’urne (si je vote), ma voix est une opinion qui vaut comme toutes les autres, pas plus que les autres. La démocratie d’opinion est une démocratie qui comme la mort égalise toutes les voix et les plus capables, les plus autorisées valent comme les plus farfelues (comptabilisées en nul). Et le total des voix ne fait pas une opinion publique mais un vainqueur et un vaincu à peu près à égalité dans nos démocraties, soit deux opinions publiques, lesquelles étant donnée la stabilité du corps électoral évoluent assez peu : il a fallu pour faire émerger le FN le glissement des voix populaires de gauche (les déçus du PC et du PS) vers le rejet du système représentatif car le FN a d’abord servi à ça : une tentative irrationnelle de donner un coup de pied dans la mangeoire des élites culs et chemises.
Si j’essaie de faire de la politique en 2007, selon la règle dégagée par Robert, je retiens Cheminade et le candidat-maire d’en bas impulsé par le PT. Avec le candidat des « travailleurs », j’ai l’option la plus radicale de rupture avec la V° République et avec Maastricht. Mais je n’ai pas un programme très net : ce sera une question de rapports de force le moment venu, autour du maintien des acquis et des services publics ; c’est important, ce n’est pas suffisant ; et pourtant voilà bien un mouvement accompagnant les masses, leurs besoins mais aussi leur niveau de conscience, leur état d’esprit donc, à ce moment de la lutte des classes, toujours moteur de l’histoire, un mouvement d’éducation pas à pas, un pas en avant des masses, pas plus. Avec Cheminade, j’ai aussi un candidat de la rupture avec Maastricht, avec le système monétaro-financier, avec les néo-cons bushistes : le programme est des plus convaincants sur tous les sujets dans le cadre de la V° République revisitée. Avec le PT, un candidat d’en bas, un candidat de la démocratie presque directe, issu d’un Rassemblement national, expression de délégués venus de loin en train, autocar…Avec Solidarité et Progrès, un candidat qui se dit de caractère, qui adopte une posture d’homme providentiel, seul capable de nous sortir de la crise imminente (krach boursier planétaire ou guerres), auto-désigné, son mouvement réuni en AG n’ayant pas eu à le désigner.
Mais aucun de ces deux candidats potentiels n’aura peut-être les 500 signatures pour pouvoir se présenter. Et à supposer qu’ils franchissent l’obstacle, vais-je leur accorder ma voix comme je l’ai fait tant pour l’un que pour l’autre, en raison, alors qu’il y a eu le 1° tour de 2002 ? Je n’ai pas de regrets quant à mon vote du 1°tour : Jospin lui-même a dit que son programme n’était pas socialiste mais au 2° tour, je n’ai pas choisi Chirac contre Le Pen comme me le demandait, une gauche inconséquente.
Aujourd’hui, la situation me semble différente : il y a eu débat à l’intérieur du PS, une candidate  a été choisie, (c’est la première fois que cela se pratique dans un parti), il y a débat à l’extérieur avec les débats participatifs ouverts à tous,(que ceux qui s’en méfient aillent lire les synthèses sur Désirs d’avenir), il y a une candidate qui me semble tenir des propos fermes contre ceux qui s’en prennent aux conditions de vie et de travail des gens et des propos pouvant regagner les déçus d’hier et d’aujourd’hui, les exclus, licenciés, délocalisés,sans papiers, SDF…, bref une candidate du rassemblement… contre un candidat conseillé par un cabinet de consultants américain, le Boston Consulting Group : le BCG, vaccin libéral, faisant allégeance à Bush au moment où celui-ci est en perte de vitesse et sera peut-être destitué avant la fin de son 2° mandat (je préfère le voyage de Ségolène au Proche-Orient au voyage de Sarkozy aux Etats-Unis : la portée est toute autre), un candidat de droite d’une droite de moins en moins complexée (voir Laurence Parisot du Medef), de plus en plus offensive, de plus en plus « idéologique » (qu’on pense à Liberté chérie, fournisseuse d’actions et d’arguments). Bref, la raison m’incite à aller vers Ségolène Royal, mon petit machisme aussi : une femme-femme, comme j’ai dit, ça pourrait contribuer à une égalité dont je n’ai pas été toujours à la hauteur.
Dernier point que je veux aborder : « l’esprit des gens, voire l’âme d’un peuple ». Les deux expressions ne sont pas équivalentes pour moi d’où le « voire ». L’esprit des gens, c’est l’esprit « collectif » qui aujourd’hui est plutôt individualiste et cet aspect me plaît assez si c’est pour se démarquer de l’homme collectif, conformiste, étiqueté, étiquetant, se soumettant aux normes, modes et autres modèles comportementaux ; si cet individualisme conduit à plus d’usage de sa liberté, de sa singularité, cela me semble bénéfique et donc je ne crains pas ce que craint Robert, à savoir un envoûtement pour un nationalisme irrationnel ; à mon humble avis, les gens n’ont plus envie de ça et ne sont pas prêts à un vouloir-vivre ensemble qui serait synonyme de réduction de leurs libertés au nom d’un intérêt supérieur ; ce qui rend d’ailleurs difficile la définition du bien commun, de la res publica : le sens de la vie privée est devenu plus important que les intérêts supérieurs de la Nation et donc ce que les gens (les Français) attendent parce qu’ils ont les mêmes problèmes, c’est une politique non au service de la France mais des Français ; les problèmes des individus sont devenus les problèmes collectifs et la politique tend à devenir l’auxiliaire de la vie privée, au service des gens; 68 est passé par là, assez durablement et tant mieux; les gens aspirent au bonheur, idée des Lumières, inscrite dans la Constitution américaine, pas la nôtre et ils attendent que la politique les aide à atteindre cet objectif ( ce n’est pas le mien, à cause de la mort).  Je sais qu’aujourd’hui, pas mal de gens critiquent 68 ou les soixante-huitards (les cheminadiens mais aussi Sarkozy et des gens ordinaires, des trentenaires nous accusant de ne pas leur avoir préparé d’avenir) ; je réponds que c’est bien à une révolution culturelle que nous avons participé, que ce n’est pas une sous-culture  qui est née de 68  mais des aspirations de liberté, de mouvements de libération donc, dont nous n’avons pas épuisé le compte. D’où le slogan sous lequel je me présente sur la plupart des forums : Je m'inscris dans le mouvement d'hier, d'aujourd'hui, de demain pour que ce pays se trouve en accord, un jour, avec sa devise: LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, valable pour tous.

L108

PRESTIDIGITATION


Prestidigitation : exercice préféré de l’INSEE qui, par “l’adresse de ses calculs, produit des illusions en faisant disparaître, apparaître, changer de place ou d’aspect les objets.” (Petit Robert), la “pauvreté” étant un objet parmi d’autres.
788 Euros par mois, étant le seuil de pauvreté. Quiconque franchira ce seuil sera un homme pauvre. Quiconque, ayant franchi le seuil, s’enfoncera dans la pauvreté sera un homme mort, prématurément. Plus vous vous tiendrez en amont du seuil moins vous mourrez. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, pour le moment. Je veux dire que pour le moment ils vivent encore...
La discussion est désormais engagée pour savoir si oui ou non le nombre des pauvres a diminué en France depuis 10 ans. L’INSEE fait trois passes derrière le foulard rouge de ses statistiques et dit : OUI ! 7,6 millions de pauvres en 1996 (année funeste) contre 6,8 millions en 2006 (embellie), on en discute.
Les riches s’occupent des pauvres et les font vivre pour qu’ils ne meurent pas trop tôt et trop visiblement pauvres. Une institution bien connue fait des miracles : Emmaüs. Fille de l’Abbé Pierre, elle est dirigée par un énarque, conseiller d’Etat et ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner, il a 42 ans et vient de signer un bouquin édité chez Laffont : “La pauvreté en héritage : 2 millions d’enfants pauvres en France” il s’appelle Martin Hirsh. Renseignements puisés dans Libération le 23 novembre.
Tonino Serafini, journaliste à Libération pose les questions au PDG d’Emmaüs : “L’INSEE fait état d’une baisse du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté. Est-ce aussi votre constat ?” et Martin Hirsh : “ Il y a eu incontestablement une baisse de la pauvreté parmi les personnes de plus de 60 ans. {...} Mais attention cette tendance est en train de se retourner.” Dans sa dernière question Tonino Serafini n’y va pas par quatre chemins : “Que faire selon vous pour réduire durablement la pauvreté ?” Martin Hirsh :”Je plaide pour un revenu de solidarité active, qui complète les revenus des travailleurs pauvres et de leurs familles et favorise une transition mieux accompagnée vers un emploi plus rémunérateur, car plus qualifié et plus pérenne. C’est l’une des quinze propositions que nous défendons sans relâche contre l’inacceptable pauvreté des enfants !”. Martin Hirsh président d’Emmaüs France, très riche et très puissante institution internationale, est aussi un homme d’action gouvernementale, une note du journal précise que “En avril 2005, la commission familles, vulnérabilité, pauvreté, présidée par Martin Hirsh, a remis au gouvernement un rapport “Au possible nous sommes tenus : la nouvelle équation sociale”. Il présente quinze résolutions pour combattre la pauvreté des enfants.”. Nous pouvons donc affirmer que la réduction durable de la pauvreté inacceptable est possible en quinze propositions et que le gouvernement a désormais tous les éléments pour procéder aux ajustements nécessaires.
Quant à savoir ce que devient la pauvreté acceptable, Monsieur Hirsh n’a pas répondu. Encore une affaire de statistique ? L’enfant dont la limite d’âge pourrait se situer aux alentours de 13 ans par exemple, pourrait devenir un adolescent pauvre jusqu’à l’âge de 18 ans, un adulte sous le seuil de pauvreté jusqu’à l’âge de la retraite enfin un mort vivant pour les quelques années qui lui resteraient à survivre dans un extrême dénuement. L’équilibre universel n’en serait pas affecté et la morale préservée. Resterait à choisir la catégorie sociale la mieux adaptée pour ce genre de vie, car c’est un “genre de vie”, rien de plus, rien de moins, que d’être “un Pauvre”. Cette catégorie est à l’exercice depuis longtemps, nous la connaissons : le prolétariat, disparu aux yeux du capitaliste, qui l’a effacé du vocable officiel employé par la plupart des économistes et politiques. En dernier ressort les pauvres sont des Pauvres catégoriels, inévitables et indispensables.
Emmaüs France continuera donc son petit bonhomme de chemin la conscience tranquille. Si le gouvernement ne saisit pas sa chance ce n’est plus vraiment l’affaire de Monsieur Hirsh qui va attendre que le temps passe et que la pauvreté s’accroisse - ce qui somme toute est son gagne-pain, un peu à la manière du banquier nobélisé - alors il reviendra peut-être à la charge à la tête de sa commission, fera une ou deux déclarations, accordera quelques entretiens à des journaux complices etc... Que chacun reste à sa place et les pauvres seront bien gardés derrière des barbelés d’illusions.

En outre, rien de ce qui peut amasser mousse n’échappe au politique, surtout à quelques mois de l’échéance que l’on sait. Or la pauvreté est bien installée et ne semble pas vouloir disparaître avant 2007. Par conséquent si l’insécurité sociale se développe elle devient, aux yeux des politiques, un thème “porteur”. Dans un journal comme Libération (qui consacre trois pages au sujet), sous le titre “L’insécurité sociale, sujet politique porteur”, ça se dit ainsi, : “{...} à côté de l’insécurité, qui devrait être le thème de campagne favori de la droite, la question de l’insécurité sociale pourrait retrouver une petite place dans le jeu électoral”. Un député PS quant à lui dira : “Tous les candidats devront se prononcer sur cette question des inégalités, des revenus et de l’émergence des travailleurs pauvres. Les chiffres sont là et la gauche est légitime sur ces questions”, parlons-en mais n’y touchez pas : je suis le “Légitime” !

Enfin, durant tout ce temps se nouent et se peaufinent les éléments d’une reprise en mains de l’Europe par la Chrétienté organisée et militante avec, à sa tête, le Pape Benoît. J’ai en mémoire les quelques quolibets que m’avait valus mon article publié dans Libération, ces “critiques” figuraient dans le journal en ligne et semblaient vouloir dénoncer l’inanité de mon analyse (“pitoyable” “nul” “je suis écœurée”, “c’est déprimant” à quoi s’ajoutaient un verbe, un sujet indéterminé et un complément plus ou moins direct). Un mois s’écoule et, dans le même journal, à la même rubrique, Franco Frattini, vice-président de la Commission européenne, responsable pour les affaires de justice, liberté et sécurité, apporte sa contribution à l’œuvre de reconquête, qu’il associe à l’intervention papale de Ratisbone. “Le religieux ciment de l’UE” est le titre de sa contribution. “Poser le thème des racines chrétiennes revient aujourd’hui à lancer un triple défi : celui de notre identité européenne, celui d’un univers religieux qui s’affirme, celui d’un christianisme qui n’est pas seulement mémoire du passé mais {...} une partie de notre avenir” (c’est moi qui souligne), il ne s’agit pas d’un lapsus mais d’une véritable refonte du programme offensif qui défie tous les peuples de l’Europe. Du haut de sa superbe, le vice-président de la Commission européenne donne le ton et brandit sabre et goupillon. Et ce ne sont pas les réflexions servies avec componction sur la “raison et religion qui vont ensemble” qui nous rassurent. Il est aussi question d’un “statut politique de la religion dans la société” dont il faudrait s’inquiéter et qui nous inquiète !

De l’Europe, il n’a été que très peu question dans la campagne présidentielle ou, quand on en parle, c’est sous les manteaux du Parti socialiste pour y réfuter et déconsidérer ceux qui ont voté “non” au référendum sur la Constitution européenne. Témoin cette remarque de couloir d’un proche de Strauss-Kahn : “Le non au référendum n’était pas “de gauche” mais populaire, populiste” (Le Monde 19/20 septembre). Ce qui est populaire est populiste, et la sociale démocratie, emmenée par Strauss-Kahn son champion, est contre le populisme... Elle est pour une bonne gestion de l’économie libérale tempérée, ce qui n’est possible qu’avec des mots. La réalité, elle, est carnassière, les mots et ceux qui les portent sont pulvérisés dans ses mâchoires quotidiennement. Et même la Mecque suédoise du libéralisme éclairé a de plus en plus de difficultés à résister à la pression.
La gestion du capital se fait de plus en plus obscure, les grenouillages dans les eaux troubles du tunnel sous la Manche en donnent une bonne image. Qui en a profité, qui a plus ou moins (bien) tiré les ficelles du tripotage financier ? Qui sont-ils ? On ne le saura probablement jamais. Les “petits actionnaires”, innocents aux mains vides, seront les premiers à payer les pots cassés de leur grande illusion. Mais, rassurons-nous l’affaire est une bonne affaire qui reste rentable et obtient même des marges bénéficiaires records. Tout le rationalisme de l’exploitation capitaliste se trouve concentré, à titre exemplaire, dans ce faux paradoxe : l’exploitation est très rentable, la société est au bord de la faillite. Le tunnel a coûté trois ou quatre fois plus cher que prévu (prévu par qui ? Comment ? Pourquoi cet écart ? Qui en profite ? Voilà un travail intéressant pour un audit curieux, studieux et courageux...) l’endettement dépasse les capacités de remboursement (à qui rapporta-t-il cet endettement ? Quelles sont les banques qui ont prêté et combien ont-elles gagné ?), y avait-il un rapport quelconque entre ceux qui ont exécuté le devis et ceux qui ont prêté ? Des questions qui resteront sans réponse à moins qu’un journaliste aussi obstiné que Denis Robert veuille s’y coller.

À ce sujet, comme le précise le blogue de Denis Robert lui-même, nous n’oublierons pas que ce journaliste est poursuivi sans relâche par Clearstream, le Parquet et le premier Ministre : 200 visites d’huissiers à son domicile, 30 procédures judiciaires en cours. * Que font ses collègues de reporters sans frontières ? Ont-ils mené campagne sérieuse qui serait à la hauteur de l’enjeu dans le “Monde Libre” ? Que disent ses collègues-tronc des journaux télévisés pour être eux-aussi à la hauteur de l’évènement ? Une allusion par-ci, une autre par-là, s’agit-il d’un combat ? Le Grand Scrutateur des perversités médiatique, Daniel Schneidermann, est-il exempté de prendre part à ce combat ? Nous avons pris connaissance d’une recette infaillible pour qu’on en parle subitement, fortement mais éphémèrement quand même : un “contrat”, quatre tueurs à gage, un couloir, deux balles dans la tête - se souviennent-ils de celle “qu’ils n’ont pas réduite au silence” ? Oui, cette journaliste russe, “mondialement connue” qui faisait la une il y a quelque temps déjà : Anna Politkovskaïa... et pourquoi déjà ? C’est si court 2 mois et ça n’en finit pourtant pas un silence de deux mois.

Pour conclure dans l’ambiance de ce pandémonium dont beaucoup cherchent à étouffer les cris et masquer les bûchers, ces quelques mots d’un économiste iconoclaste, Bernard Maris, “Antimanuel d’économie” éd. Bréal, interrogé par Libération (Christian Losson) : “ Je vois des chercheurs, pas des trouveurs” disait De Gaulle. C’est stupide... Si on avait cherché l’Internet on ne l’aurait pas trouvé. La face émerger de l’iceberg, la valeur marchande, ne voit pas la face immergée : la recherche. Les fourmis égoïstes, épargnantes, ne sont rien sans les cigales. Pour créer de la richesse il faut de la gratuité, de la beauté inutile. De l’anticapitalisme en quelque sorte...”, beauté inutile ? Gratuité ? Oui, dit la cigale, à ce prix je chanterai l’incinération du capitalisme sans rien réclamer en retour.

Cordialement, Robert Pollard...

* Deux pistes pour aller prendre des nouvelles de Denis Robert et le lire en direct :
son blogue : www.ladominationdumonde.blogspot.com
ou bien : http://les4saisons.over-blog.com


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