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Les agoras d'ailleurs

La démocratie/ Joël Poulain (1)

Je mets en ligne une agora du 5 novembre 1997, consacrée à la démocratie, agora assurée par Joël Poulain. Bonne lecture et bonne réflexion.
La démocratie
Klérotérion, machine à tirer au sort les jurys

«La question clé de la démocratie est la résolution non violente des conflits»
Karl Popper.

«L’essence de la pensée n’est pas la vérité mais la liberté». Emmanuel Kant.

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise démocratie, il n’y a que de «bons» ou «mauvais» citoyens, et ce, par présence ou absence d’éducation et d’instruction civique...

Une couche sociale nouvelle.

En France on ne peut pas s’habituer, depuis quarante-cinq ans, dans certaines classes de la société, à prendre son parti, non seulement de la révolution française, mais des conséquences, de ses résultats. (...)
N’ont-(elles) pas vu apparaître, depuis la chute de l’Empire, une génération neuve, ardente, intelligente, propre aux affaires, amoureuse de la justice, soucieuse des droits généraux? (...) N’a t-on pas vu apparaître sur toute la surface du pays - et je tiens infiniment à mettre en relief cette génération nouvelle de la démocratie - un nouveau personnel politique électoral, un nouveau personnel du suffrage universel? N’a t-on pas vu les travailleurs des villes et des campagnes, ce monde du travail à qui appartient l’avenir, faire son entrée dans les affaires politiques? N’est-ce pas l’avertissement caractéristique que le pays, après avoir essayé bien des formes de gouvernement, veut enfin s’adresser à une autre couche sociale pour expérimenter la forme républicaine?
Oui, je pressens, je sens, j’annonce la venue et la présence, dans la politique, d’une couche sociale nouvelle (...).
L. Gambetta, discours de Grenoble le 26 septembre 1872.


«Ne faudrait-il pas alors faire une déconstruction généalogique de ce concept Démocratie?
pas de déconstruction sans démocratie,
pas de démocratie sans déconstruction»
Derrida.

«De là une série de combinaisons :
la loi et la liberté sans autorité, c’est l’anarchie
la loi et l’autorité sans liberté, c’est le despotisme
l’autorité sans la liberté ni la loi, c’est la barbarie
enfin, l’autorité avec la liberté et la loi, c’est la République»
Kant : projet de paix perpétuelle

La démocratie ne serait-elle pas dans son essence l’expression d’un paradoxe à l’instar de la notion de liberté? Valéry ne disait-il pas de cette «fameuse» liberté qu’elle faisait partie de ces «vilains» mots qui ont plus de valeur que de sens?
N’en serait-il pas de même pour la «valeur» démocratie? Ne faudrait-il pas ainsi tenter de cerner plus finement les sens sous-jacents à cette valeur? Quels seraient les sens possibles, les réalités-limites de cette démocratie? Est-elle un concept archaïque, obsolète, inversement, n’est-elle pas idée neuve, concept à-venir, d’avenir?
Il ne faudrait alors pas confondre démocratie et démagogie, démocratie et double perversion à savoir d’un côté citoyens illusionnés quant à leur réel pouvoir d’action civique, voire politique, de l’autre côté, des gouvernants illusionnistes qui cachent la réalité même de leurs pouvoirs, démocratie bafouée, fourvoyée, lieu d’aliénations insidieuses, valeur trompeuse quant au sens! Ainsi, la démocratie n’est pas une fin en soi, elle n’est en vérité, qu’un moyen au service d’une fin, elle, réellement politique - la démocratie est une condition nécessaire mais non suffisante à la mise en pratique partagée du Politique - partage entre citoyens-gouvernés et «acteurs» politiques-gouvernants. La démocratie n’est pas en soi un système politique, elle est un ensemble de règles, de lois, d’institutions qui permettent alors au Politique, à l’Idéologique au sens noble, de véritablement exister. Si le DROIT n’est pas en lui-même justice mais sa condition même, la démocratie aurait le même rapport au Politique, condition mais non finalité, voilà déjà une première illusion, qui, historiquement a eu des effets néfastes... Pourquoi un système démocratique a-t-il pu produire du fascisme? N’est-ce pas précisément parce qu’on a fait passer le «moyen» (un mode démocratique) comme fini en soi et/ou qu’on a utilisé le moyen (système électoral) à des fins perverses, politique autoritaire?
Comment des idéologues qui n’ont pas pour finalité la démocratie peuvent-ils se dire démocrates? La démocratie comme valeur peut-elle avoir, recouvrir des sens, des finalités si diverses, si contraires et surtout contradictoires?
Il y a bien alors perversion de sens, dévoilement du concept!
Pourquoi tant insister sur l’apparition de pseudo-régimes démocratiques, en Afrique, alors que politiquement il n’en est rien, n’est-ce pas «l’image» même d’un «mot-valise», phare illusionnant, «auberge espagnole» où le pire côtoie le meilleur?
Penser la démocratie c’est penser totalement le Politique, la politique.
Penser l’ETAT, le pouvoir, le fonctionnement social, les rôles-actions réciproques du gouvernant et du gouverné, et surtout faire une subtile et capitale distinction entre la forme (démocratique) et le fond (tous les systèmes politiques possibles à partir de cette forme).
Ne pourrait-on pas pouvoir distinguer ce qui est logique de ce qui est contradictoire? La forme ne peut-elle pas produire du sens qui lui est quasiment inhérent? inversement, cette même forme, par perversion de son essence, ne pourrait-elle pas produire des sens «absurdes» qui la détruiraient elle-même? Sa forme est à la fois sa force et sa faiblesse, elle peut on le sait historiquement, produire le meilleur comme le pire...
A partir de cette démocratie forme-valeur, nous essaierons de cerner ses rapports à de multiples fonds-sens.

1) quels rapports entre Démocratie et philosophie?
2) quels rapports entre Démocratie et ETAT?
3)quels rapports entre Démocratie et République?
4) quels rapports entre Démocratie et DROIT?
5) quels rapports entre Démocratie et Ethique?
6) quels rapports entre Démocratie et Histoire? (son passé et son à-venir...)


I) Rapports Démocratie et philosophie.

Terme politique de l’Antiquité, apparu, pensé, conçu par les philosophes grecs, celui-ci signifie littéralement le gouvernement par le démos, le peuple. C’est dans cette étymologie que se situe toute «l’opacité», la complexité et la dérive même de cette notion.
Peuple, le plus démagogiquement peut signifier «voix de l’ignorance» qui agit par pulsions, passions, instincts, opinions, préjugés, ce peut être aussi cette «masse inculte» qu’on manipule et qu’on sollicite pour asseoir certains «sombres pouvoirs». Ainsi, démocratie, positivement, peut signifier pouvoir partagé entre le plus grand nombre d’où son antonyme direct, la Tyrannie, négativement, démocratie peut être l’équivalent de «pouvoir primaire» sans véritable pensée, en dehors de tout sens du politique. Positivement conçue, la démocratie suppose que le peuple puisse être ou du moins devenir «éclairé», qu’il soit directement «acteur» sur la «scène» politique, qu’il sache et qu’il ait droit à satisfaire la plupart de ses intérêts tant sociaux qu’individuels. C’est Aristote qui s’est le plus opposé à cette réduction de la politique à la satisfaction des intérêts et des demandes, et les défenseurs du droit naturel sont aussi éloignés que lui d’une conception économique de la politique - l’idée propre à Aristote n’est pas de définir un régime par la nature du souverain : un, quelques-uns ou la majorité, ce qui distingue la monarchie de l’aristocratie et de ce que nous appelons «spontanément» aujourd’hui la démocratie et que les contemporains d’Aristote appelaient l’isonomie, mais d’opposer les trois régimes qui visent à la défense de ceux qui exercent le pouvoir, qu’il s’agisse du tyran, de l’oligarchie ou du démos, aux trois autres qui, dans les mêmes situations de possession du pouvoir, se soucient du bien commun, c’est à dire qui sont proprement politiques. Tel est le sens du chapitre 7 du livre III de la Politique où Aristote présente la classification des régimes politiques. Aristote n’oppose pas les gouvernants aux gouvernés, il définit les citoyens par les relations politiques qui s’établissent entre eux qui, tous, possèdent un certain pouvoir aussi bien judiciaire que délibératif - «le citoyen au sens strict, aucun caractère ne le définit mieux que la participation à l’exercice des pouvoirs de juge et de magistrat» (livre III). C’est pourquoi le souci des Autres, l’amitié pour eux sont essentiels au bon régime auquel Aristote ne donne pas d’autre nom que politeia, régime politique par excellence, qui correspond à la souveraineté du peuple quand elle s’exerce non pour la défense des intérêts de la masse des pauvres mais pour construire une société véritablement et «purement» politique. Chacun doit s’intégrer à la «totalité sociale» et la société, en retour, doit donner le bonheur à tous. en cela, Aristote pense l’homme comme “être essentiellement politique. Cependant peut-on réellement parler de bonheur collectif? Qui plus est, la décision collective doit toujours l’emporter même face à l’avis des «meilleurs», n’est-ce pas ici, pragmatisme, réalisme politique, voire prudence par trop limitative par rapport à une possible «imagination au pouvoir»? Aristote peut être considéré comme l’inspirateur principal de la liberté des Anciens, bien qu’il condamne ce qu’il appelle démocratie où il ne voyait que le triomphe des intérêts égoïstes des majorités et qu’il craigne la destruction de la cité par cette démocratie qui est aussi opposée au régime constitutionnel que la monarchie l’est à la Tyrannie. Le citoyen est différent de l’homme privé - «il est donc clair qu’on peut être bon citoyen sans posséder cette vertu qui fait l’homme de bien» - c’est cette partition en l’homme qui explique le «pouvoir» du doute Aristotélicien quant au régime démocratique. Ne pourrions-nous pas et cela ne s’est-il pas produit à partir du XVIIIè siècle, concevoir une complémentarité, le sens du politique comme expression d’une «pensée avec les Autres» conjugué avec le sens du souci de soi, “pensée pour soi-même” ...? méfiance - prudence d’Aristote et de Socrate quant à la démocratie, ils préfèrent à cette dernière un gouvernement mixte (comportant des éléments monarchiques, aristocratiques et démocratiques), caractéristiques de la Grèce classique et de la Rome Républicaine la démocratie est alors déviée vers le règne de la «populace», des pauvres, des non-propriétaires. Platon l’associe avec la subordination de la raison à la passion et la compare avec mépris à son idéal de gouvernement dans sa République où c’est le Roi-philosophe qui est par essence «l’élu» (conjuguant savoir et pouvoir). Le modèle de gouvernement qui émerge du monde antique dans les écrits de Platon, d’Aristote, de Polybe, de Cicéron et de Saint Augustin est celui de l’idéal d’une constitution mixte où les dirigeants seraient subordonnés à la vertu ou à la loi, ou les uns aux autres, grâce à un système de contrôle mutuel. Cet idéal place le gouvernement de la vertu et de la loi au dessus de celui des hommes - «les monarques» guidés alors par l’auto-limitation et gouvernés par la loi peuvent et doivent être vertueux...
Dès lors, les assemblées démocratiques et aristocratiques qui sont dénuées de modération et de raison peuvent être lieu de corruption.
Ainsi, les philosophes qui se rattachent à la tradition moderne politique qui apparaît à la Renaissance, tels que Machiavel dans ses Discours et Montesquieu dans L’esprit des lois estiment que la démocratie est une forme pure de gouvernement qui ne peut être incorporée, sans danger, dans un système étatique, que comme un élément de la constitution républicaine mixte.
Rousseau, lui-même, le plus grand des premiers théoriciens modernes de la démocratie différencie la souveraineté démocratique (responsable de l’établissement de la loi fondamentale) et le gouvernement démocratique (responsable de l’éxécution quotidienne de la loi). Il préconise le premier, mais estime que le second est impossible, c’est un régime qui, en vérité, convient mieux aux anges qu’aux hommes! Kant, dans sa «raisonnabilité toute de mesure» est aussi prudent quant aux enjeux de la démocratie et soutient en revanche, sans mesure, la constitution Républicaine. «Pour que l’on ne confonde pas comme on le fait communément la constitution républicaine avec la démocratie, je dois faire les remarques suivantes : les formes d’un ETAT (civitas) peuvent être divisées, soit d’après la différence des personnes qui jouissent du souverain pouvoir, soit d’après la manière dont le peuple est gouverné par son souverain, quel qu’il soit. La première est proprement la forme de la souveraineté (forma imperii) et il ne peut y en avoir que trois : en effet, ou bien un seul ou bien quelques-uns unis entre eux, ou bien tous ceux ensemble qui constituent la société civile possèdent le souverain pouvoir (autocratie, aristocratie, et démocratie, pouvoir du prince, pouvoir de la noblesse et pouvoir du peuple). La seconde est la forme du gouvernement (forma regiminis), elle concerne le mode, fondé sur la constitution (sur l’acte de la volonté générale, qui fait d’une multitude un peuple, suivant lequel l’ETAT fait usage de sa souveraine puissance, et elle est ou républicaine ou despotique. Le Républicanisme est le principe politique de la séparation du pouvoir exécutif (du gouvernement) et du pouvoir législatif. Le despotisme est le gouvernement où le chef de l’ETAT exécute arbitrairement les lois qu’il s’est données à lui même et où, par conséquent, il substitue sa volonté particulière à la volonté publique (volonté générale). Parmi les trois formes politiques indiquées ci-dessus, celle de la démocratie, dans le sens propre de ce mot est nécessairement un despotisme puisqu’elle établit un pouvoir exécutif où tous décident sur et même contre un seul qui ne donne pas son assentiment, et où par conséquent la volonté de tous n’est pas celle de tous, ce qui est une contradiction de la volonté générale avec elle même et avec la liberté».
Ce long passage de Kant extrait du projet de paix perpétuelle, écrit en 1795, est significatif et symptomatique à plusieurs titres! La méfiance de Kant face à la démocratie réside en sa «foi en la loi», elle ne peut être que juste, en cela, rempart contre tant un excès de pouvoir qu’une absence de pouvoir ! La République comme exercice représentatif du pouvoir assure à celui-ci, un lieu privilégie (la représentativité elle même) et minimise l’émergence du champ par trop individuel. Raison - loi face à l’individu et ses désirs... l’ETAT DE DROIT, la République comme garant d’une sécurité civile...
Pour Kant la devise républicaine doit répondre à ces trois impératifs
1) liberté 2) soumission 3) égalité.
Significative cette thèse quant à une foi inconditionnelle en la Raison et l’ETAT DE DROIT, la vraie politique ne peut être l’affaire de tous, il doit y avoir un filtre, la représentativité, garantie même de la politique aux mains de connaisseurs...
Symptomatique pour l’enjeu de la notion étudiée. La démocratie est-elle dépassée ou à-venir? Nous nous référons plus loin et souvent à la thèse de Touraine, selon laquelle, la démocratie est non seulement à venir mais l’Avenir. Les rapports entre la notion de Démocratie et la pensée philosophique tendent à prouver que la démocratie n’est pas «chose» évidente, naturelle, dans sa vérité elle n’est pas simple «voix populi», elle est à construire ou «déconstruire» constamment si l’on suit Derrida. Artifice, à l’image de la paix, elle serait une lutte contre les penchants naturels à la force, la violence, les inégalités, les rapports de pouvoirs dominants-dominés. Elle implique que chacun soit réellement et totalement «chose qui pense» c’est à dire puisse juger, distinguer les vrais débats des pseudo-discussions, «chose pensante» c’est à dire consciente donc en position de choix, de responsabilité, de décidabilité, le citoyen consulté écouté, voix à part entière! Qui plus est, parallèlement à ce citoyen, en la même personne, l’individu avec ses multiples et radicales différences possibles face aux autres. Intégration sans assimilation, communauté sociale sans pour effet inéluctable perte d’identité! la démocratie, philosophiquement, pose donc les problèmes et enjeux du pouvoir (où est-il, quelles en sont les limites), de l’individu - citoyen - et de tous les rouages sociaux (lois et libertés, justice et égalité). Si philosopher c’est apprendre à penser (Kant) vivre démocratiquement ne serait-ce pas apprendre à vivre le plus possible en tant que Soi (problème de la liberté d’être soi) et avec les autres (tolérance, sens du devoir entre les autres et du respect lié à l’égalité fondamentale) ? «Vivre c’est se transformer dans l’incomplet - la vie en ce sens, est toute anecdote, détails, instants - la construction, au contraire, implique les conditions a priori d’une existence qui pourrait être TOUT AUTRE». Paul Valéry Introduction à la méthode de Léonard de Vinci 1934.

II) Pour revenir à notre deuxième question, quels rapports possibles et/ou impossibles entre démocratie et ETAT? Il semblerait «logique» de trouver des liens de corrélation entre ETAT et Démocratie, l’ETAT, par nature, de DROIT est garant des droits fondamentaux tant des gouvernés que des gouvernants, symbole d’impartialité, d’arbitralité - constitution, code civil et pénal comme structures juridiques fondamentales. Il semble «impossible» qu’il puisse y avoir démocratie en tant que mode de vie sociale sans préalablement cette structure institutionnelle fondamentale qu’est l’ETAT DE DROIT. Cependant, si l’ETAT est condition nécessaire à l’émergence du «système» démocratique, en est-il toujours et nécessairement la condition suffisante?
Depuis le XVIIIè siècle, a fortiori au XIXè siècle l’ETAT est conçu comme la Raison «personnifiée». Hegel ne disait-il pas que l’ETAT est «la liberté, en acte, réalisée» symbole de Raison, l’ETAT c’est la loi, l’exécutif donc exécution de celle-ci, autorité suprême, légitime et légale, l’ETAT est «matérialisé» par le moyen de la Représentation c’est à dire une médiation entre «lui» en tant qu’immatériel et le peuple (masse anonyme d’individus, eux, réels) Représentation par le chef de l’ETAT (premier serviteur de celui-ci et tous les représentants officiels). L’ETAT ne pourrait-il pas cependant devenir un nouveau «Dieu» (temporel, profane) expression d’une religion civile? paradoxes et perversions possibles. Notre démocratie actuelle serait plutôt une apologie de «l’ETAT - Providence», expression des désirs d’un citoyen assisté alors que la «vraie» démocrate, elle, tendrait plutôt à minimiser le rôle et le pouvoir de l’ETAT pour faire émerger un citoyen plus libre (d’entreprendre, exemple : laisser plus d’initiatives et de chances aux citoyens-chômeurs «entreprenants»! ) et plus responsable, plus écouté, plus sollicité (plus de consultations par référendum). On pervertit plutôt la fonction et les limites de l’ETAT en lui attribuant une fonction sécuritaire de grand protecteur, même les apologistes du système libéral invoque le «secours» de l’ETAT («y a qu’à»)! Autre fourvoiement de la démocratie actuelle - le problème du racisme comme fer de lance contre certaines idéologies dites extrémistes. C’est un peu «l’arbre qui cache la forêt» même si le racisme existe, il est un des problèmes et des moyens de l’attaque contre la démocratie, «l’essentiel est ailleurs», ce qui est symptomatique derrière certaines idéologies dites «nationales» c’est la forme et l’exercice du pouvoir et surtout la place future réservée à l’espace démocratique d’une société (société cloisonnée et fermée) étrangers dehors, femmes à la maison et hommes au travail... Qui plus est, l’ETAT ne serait qu’un organe parmi d’autres du pouvoir, celui-ci redeviendrait plus invisible, mystérieux, insidieux, ou visible et plus autoritaire (idéologie sécuritaire). Etre démocrate serait donc être vigilant envers deux dimensions politiques - une dimension de forme (rôle-fonctions-limites de l’ETAT) et une dimension de fond (savoir les enjeux d’une idéologie, ses travers, ses sous-entendus, ses effets) - on peut, certes, invoquer «l’idée» d’un ETAT DÉMOCRATIQUE pourquoi semble-t-il plus «anormal» de parler de Démocratie ETATIQUE?! N’est-ce pas précisément parce que la démocratie c’est l’espace de liberté au sein même de l’ETAT? On peut concevoir au pire un ETAT FORT, on ne peut concevoir une démocratie «musclée»! Les symboles existentiels de l’espace démocratique seraient entre les citoyens le plus possible de «discussion», et ce, relativement aux choses de la «cité», concertation accrue, consultation tant des gouvernés par les gouvernants qu’inversement. De même, la loi n’aurait plus cette «autorité de généralité», elle serait garante d’ouverture, de compréhension dans les limites du possible voire souhaitable! citoyens plus individualisés (et non bien sûr plus individualistes, subtile nuance! Citoyens plus responsables donc plus autonomes - la vie politico-sociale serait ainsi plus présente, visible, «palpable», société comme lieu d’une «religion» purement humaine (d’où totale légitimité d’une République laïque), société composée «d’acteurs sociaux» en totale égalité. Ainsi la Hiérarchie, résidu Bonapartiste, entre ETAT-citoyen tendrait à se réduire, ETAT comme simple régulateur des rouages sociaux, en rien, comme actuellement, le moteur! Il faudrait, pour reprendre la thèse de Touraine (que nous évoquerons ultérieurement) passer d’un ETATISME-REPUBLICAIN à une citoyenneté-démocratique! La démocratie pourrait-elle aller à ce point contre l’ETAT? Question-thèse qui semble délibérément paradoxale! Thèse qui irait à l’encontre de la «doxa» des partisans de la démocratie pour lesquels démocratie et ETAT vont ensemble inéluctablement! Ils identifient si bien l’une à l’autre qu’ils conçoivent sans apparent problème, l’expression «L’ETAT démocratique». Cependant, l’alliance de ces deux termes qui paraît aller de soi ne va pas de soi!... Pourquoi y aurait-il nécessairement «harmonie préétablie» entre l’ETAT et la démocratie? Cette dernière est née dans la cité grecque bien avant que ne soit pensé l’ETAT tel que nous le définissons depuis le XVIIIè siècle. Ainsi l’ETAT dans sa «souveraineté» aurait le choix de recourir selon les circonstances (ex : Article 16) ou selon l’inspiration de ses dirigeants (référendum, Article 49-3, Raison d’état, secret défense) soit à des modes d’exercice autoritaires, soit à des modes d’exercices démocratiques (transparence, impartialité réelle, indépendance de la justice, échéances électorales respectées). Mais la démocratie peut-elle, doit-elle se réduire à des modalités du pouvoir d’ETAT? Peut-elle se réduire à une «simple» méthode institutionnelle?
Si tel n’est pas le cas, si la démocratie est une «certaine institution politique du social» (Miguel Abensour), les tensions, la contradiction même n’apparaissent-elles pas aussitôt entre la démocratie et l’ETAT?
Renversons les termes et prenons la question du point de vue de la démocratie et non plus de celui de l’ETAT : Peut-on légitimement concevoir une démocratie étatique? On conçoit aisément l’opposition démocratie politique et démocratie sociale, on conçoit même le «pléonasme» démocratie populaire (perversion symptomatique de cette valeur démocratie par abus du sens populaire!), la démocratie étatique est inconcevable, elle serait «faux jeu» à l’instar du national socialisme qui n’avait rien de social et encore moins de socialiste! Abus des mots, perversions du sens quand tu nous tiens! Dans cette expression «contre nature» se révélerait finalement une «résistance» de la langue, l’existence d’un antagonisme inéluctable entre démocratie et ETAT, comme si apparaissait «l’expérience» que l’ETAT n’est finalement pas la meilleure forme de manifestation de la démocratie! Pourrait-on alors faire sauter ce blocage, cette inhibition que nous éprouvons face à cet ETAT-Père par trop castrateur? Pourrait-on enfin concrétiser le nouveau citoyen de Touraine ou cette nouvelle «société contre l’ETAT» qu’invoquait avec, avant garde, Pierre Clastres?
Cette suspicion de la démocratie face à l’ETAT voire cette défiance peut et doit à la fois se justifier pour des dérives possibles volontaires ou involontaires de l’essence de l’ETAT, tel que l’ETAT FASCISTE “vu” par exemple par Mussolini «Et pour la seule liberté qui puisse être une chose sérieuse, la liberté de l’ETAT et celle de l’individu dans l’ETAT, puisque pour le fasciste, tout est dans l’ETAT et rien d’humain ou de spirituel n’existe et, encore moins, n’a de valeur en dehors de l’ETAT» (Mussolini Idées fondamentales 1932)
Excroissance de l’ETAT, dépérissement voire disparition de l’espace social comme lieu de mouvance existentielle des individualités, l’ETAT devient alors «le plus froid des monstres» (Nietzsche) voire «l’infini» avec face à lui l’anéantissement de l’individu devenu zéro (Koestler) avec la, dictature du prolétariat comme paroxysme de la «dictature» de l’ETAT qui n’en a plus que le nom, perdus la forme et le sens!
De même, la démocratie doit être en attitude de suspicion face à l’allergie viscérale de l’anarchisme envers l’ETAT, et ce, par primauté de l’individu, celle-ci pouvant aller même à l’encontre du sens «du devoir social» enjeu du démocrate!
«Il n’est point nécessaire d’ajouter que si les individus n’ont pas de droits, la société n’en a pas non plus, qui ne possède rien en dehors de ce que les individus ont apporté aux fonds communs» William Godwin
Face à ces deux dangers relatifs à la présence de l’ETAT (pas assez ou trop) la démocratie moderne est aussitôt apparue à ceux qui se sont efforcés de la penser comme lien essentiel d’une énigme, d’une problématique voire chaîne de paradoxes!
L’auteur de De la démocratie en Amérique (1835) conçoit la «révolution» démocratique tel «un fait providentiel» qui «échappe chaque jour à la puissance humaine». En dépit de son «désir d’intelligibilité», Tocqueville avoue une «sorte de terreur religieuse» à la vue de cette «révolution irrésistible». Illustration de la démocratie même, c’est à ce titre que les ETATS-UNIS présentent «le mot de la grande énigme sociale» qui affecte le monde moderne - la constitution d’une science politique nouvelle à laquelle appelle Tocqueville ne vise-t-elle pas à maîtriser voire corriger «les instincts sauvages de la démocratie»? Désormais, pour Tocqueville, l’alternative n’est plus entre société aristocratique ou société démocratique, mais entre une démocratie soumise à l’ordre et à la moralité ou une démocratie «désordonnée», «dépravée» «livrée à des fureurs frénétiques» - pauvre démocratie! On pourrait te préférer l’ordre voire... son extrême le fascisme! L’expression «l’ETAT démocratique» qui apparaît dès l’introduction de son ouvrage n’exprime-t-elle pas au mieux le projet de Tocqueville comme «s’il s’agissait de faire rentrer le flot tumultueux de la démocratie dans le lit de l’ETAT»... en associant la démocratie à l’ETAT ne s’agit-il pas pour Tocqueville de la dissocier de la révolution possible? Tocqueville attentif à mettre en lumière l’ambiguité de la démocratie en présente les manifestations avec le souci de dévoiler les paradoxes qui l’habitent.
Ainsi, même si la démocratie repose sur le principe de la souveraineté du peuple elle peut, néanmoins, être exposée à donner naissance à une forme de despotisme inédit, pouvoir tutélaire plus que tyrannique qui introduit une nouvelle sorte de servitude «réglée douce et paisible»... On constate que Kant n’est à nouveau pas loin! Pour Marx, jeune philosophe Allemand, qui lutte alors pour importer en Allemagne le modèle politique français, la démocratie selon les termes du manuscrit de 1843 consacré à la critique de la philosophie du droit de Hegel, figure comme «l’énigme résolue de toutes les constitutions». Cependant, Marx, va trouver au sein de la démocratie une nouvelle énigme «Dans la démocratie, l’ETAT en tant que Particulier est seulement Particulier, en tant qu’Universel, il est l’Universel réel... Les Français de l’époque moderne ont compris cela au sens où dans la vraie démocratie l’ETAT politique disparaîtrait». Ainsi, pour Marx, là où la démocratie croît jusqu’à son plein développement l’ETAT décroît!
Une interrogation s’impose alors! Comment une communauté politique, en l’occurence, la démocratie, peut-elle se manifester comme disparition de l’ETAT politique? Y-a-t-il un tel antagonisme possible entre la politique et l’ETAT? La démocratie moderne ne peut-elle désormais se penser que contre l’ETAT DE DROIT et REPUBLICAIN?... Ne pourrait-on plus alors employer sans formuler une aberration ETAT démocratique voire République Démocratique! Deux remarques liées à l’histoire s’imposent d’ailleurs! Premièrement, on sait les malheurs, sous-jacents aux républiques démocratiques proclamées (voir ex RDA ou l’Iran), deuxièmement, la France ne se dit pas République démocratique, ne pourrait-on pas le penser positivement? Faut-il «tuer» la République pour que naisse la République...!? Ce sera, à la fois l’enjeu de notre prochain chapitre et l’enjeu de la thèse de Touraine.
Dépasser l’ETAT c’est alors dépasser toute la problématique politique et philosophique depuis Machiavel voire Campanella... remettre en cause «l’autonomie du concept d’ETAT» ne serait-ce pas alors une nouvelle forme de «coup d’ETAT» non pas cette fois-ci dans le sens de la force, de l’illégalité constitutionnelle, mais dans le sens d’une justice sociale, d’une vie plus démocratique?!

III Quels rapports possibles, légitimes et/ou impossibles voire antagonistes entre démocratie et République?
Il semblerait «logique» que la République soit, de facto, démocratique, en revanche, une relation problématique s’avèrerait être entre ces deux notions! Nous pourrions ainsi, au sein de cette problématique, justifier une subtile distinction entre la forme, la manière et le fond.
Ainsi, la forme concerne bien la République dans son essence. République qui ne peut exister sans ces deux principes-piliers que sont la constitution et l’ETAT DE DROIT. C’est à partir de ces deux notions fondamentales, fondatrices, substratum de toute société véritablement civile (composée de citoyens égaux) que peuvent et vont apparaître des distinctions importantes et significatives quant à notre propos relatif à la «vérité» que la République n’est pas, en soi, et donc inéluctablement démocratique, il s’agit alors de cerner les manières dont se déroule précisément la vie civile au sein d’une société donnée. L’Histoire des institutions depuis l’apparition de la République démontre, ô combien, que la structure des institutions peut changer, évoluer, conséquences directes sur la vie civile! La constitution peut être à prédominance présidentielle, semi présidentielle, plus législative ou/et «cohabitationniste». A ces variations de formes constitutionnelles correspondent directement des changements dans la manière de vivre, pour tout citoyen, le politique. Plus la représentativité est grande, plus elle peut s’avérer être directe donc démocratique, a contrario, l’ETAT DE DROIT peut insuffler, par sa constitution un plus ou moins grand «centralisme ETATIQUE». La «manière» de la vie civile peut connaître autant de variations que la forme de l’ETAT DE DROIT! La «tradition» Républicaine en France veut que nous fassions davantage «confiance» à une «manière représentative» (ministres-députés-conseillers généraux-maires) pour la «gestion» de la vie civile plutôt qu’à une participation directe de la part du plus grand nombre de citoyens! Ainsi, il y aurait plus d’accoutumance en nos «esprits» pour «l’esprit» Républicain que pour «l’esprit» démocratique! A nouveau, références à Kant et à Touraine «pour que l’on ne confonde pas (comme on le fait communément) la constitution républicaine avec la démocratique, je dois faire les remarques suivantes. Les formes d’un ETAT (civitas) peuvent être divisées, soit d’après la différence des personnes qui jouissent du souverain pouvoir, soit d’après la manière dont le peuple est gouverné par son souverain quel qu’il soit. La première est proprement la forme de la souveraineté (forma imperii), et il ne peut y en avoir que trois : en effet, ou bien un seul, ou bien quelques uns unis entre eux, ou bien tous ceux ensemble qui constituent la société civile possèdent le souverain pouvoir (autocratie, aristocratie, démocratie, pouvoir du prince, pouvoir de la noblesse et pouvoir du peuple). Parmi les trois formes politiques indiquées plus haut, celle de la démocratie, dans le sens propre du mot, est nécessairement un despotisme, puisqu’elle établit un pouvoir exécutif, où tous décident sur et même contre un seul (qui ne donne pas son assentiment), et où par conséquent la volonté de tous n’est pas celle de tous, ce qui est une contradiction de la volonté générale avec elle-même et avec la liberté». Cette longue référence-citation était nécessaire, bien «symptomatique» pour nous, nous serions tentés de nous poser, à sa suite, trois questions...
1)Vaudrait-il mieux, pour éviter cette contradiction, pour nous inhérente et source même de vraie vie civile, qu’un seul décide et soit donc entièrement d’accord avec lui même! Il n’y aurait plus aucune contradiction dans la décision elle même!?
2)Est-il souhaitable précisément démocratiquement que nous arrivions à une telle union, unité dans la décision?
3)Le républicanisme unitaire de Kant ne rejoint-il pas son catégorisme moral (même union-unité face à la loi morale) ainsi, au delà de ce républicanisme - moral quelque peu castrateur quant aux individualités, ne pourrions-nous pas envisager une vie démocratique plus fondée sur l’éthique et ainsi plus libératrice pour chaque citoyen-sujet? On constate, ô combien, du XVIIIè siècle à la fin du XXè siècle l’Idée de démocratie a évolué et peut encore prétendre à un avenir... à venir! Pour mieux justifier cet avenir comme proche, sinon déjà «présent», c’est à Touraine, et son livre De la démocratie, auxquels nous allons nous référer. «Les fondateurs de l’esprit républicain voulaient créer l’homme-citoyen et admiraient plus que tout le sacrifice de l’individu à l’intérêt supérieur de la cité. Ainsi, défini, et par rapport à ce dernier, l’esprit démocratique peut répondre aux deux exigences qui semblaient à première vue contradictoires 1)limiter le pouvoir 2) répondre aux demandes de la majorité».
La confrontation de ces deux thèses n’est-elle pas «éclairante» quant à deux conceptions tant du pouvoir et de ses fonctions que du citoyen et de ses actions possibles?
Au sein de la démocratie, naît «dans» le citoyen, le «sujet de liberté», sujet comme construction de l’individu et par rapport à cette dernière ne pourrions-nous pas alors concevoir une démocratie en constante déconstruction, c’est à dire remise en cause par ce même sujet en construction?
«La démocratie ne serait plus alors qu’un ensemble de garanties institutionnelles, une liberté négative, elle serait ainsi la lutte de sujets dans leur culture et leur liberté, contre la logique dominatrice des systèmes» Touraine.
Nous abordons alors ici le troisième problème - dimension au sein de la République! Le problème du fond c’est à dire, en vérité de l’idéologique. Il «semble» évident que plus la participation du citoyen-sujet est sollicitée, possible et «fructueuse» dans ses effets, plus ce citoyen-sujet sera «intéressé» par l’idéologique, donc pluralité plus grande de systèmes politiques possibles, plus de choix donc de conscience! Cela est, en vérité, il faut bien le dire un idéal théorique, malheureusement, il y a bien, actuellement, un autre fourvoiement de la «manière démocratique», participation suspectée dans ses effets réels, «endormissement» des consciences «citoyennes» et nivellement idéologique (à part les extrêmes, tout s’équivaudrait!) - comme dit pertinemment Thomas Mann dans Mario et le magicien «l’hypnose est au pouvoir ce que la théâtralité est au fascisme». Inconscience et illusion sont les deux dangers, les deux perversions qui guettent la conscience du «citoyen endormi» par les sirènes d’une pseudo-vie démocratique!
Si la démocratie est si problématique, si décriée et si «fascinante», c’est peut-être précisément parce qu’elle sous-entend la naissance préalable d’un «sujet de conscience» comme facteur essentiel d’une situation vécue en action libre! Démocratie comme «politique du sujet» alors que dans la «Pure» République le sujet devient «chose», objet obéissant de cette «dite République». Les «hussards de la République» ont-ils été, sont-ils de vrais démocrates? On retrouve avec cette question «épineuse» qui ne semble pas toujours opportune pour tous, un clivage possible entre République et Démocratie! De même l’égalité républicaine a pu se pervertir en nocif égalitarisme pseudo-démocratique! La «vraie» démocratie n’est pas l’antonyme d’un élitisme et d’un désir que chacun puisse accéder à une certaine perfection! Tout l’enjeu, l’avenir de la démocratie semblerait reposer sur ces deux problèmes à résoudre :
1)comment passer d’un républicanisme fondateur de démocratie à une démocratie réelle?
2)comment dès lors concilier le quantitatif et le qualitatif? Dans tous les domaines sociaux, ce problème se pose, tant éducatif, ludique que politique...
Le nombre important de participants, d’acteurs sociaux au sein d’une véritable démocratie ne doit pas exclure la qualité possible! L’école de la République, actuellement, est-elle aussi égalitaire, juste qu’elle le dit? Est-elle en cela réellement démocratique (accès du plus grand nombre à un savoir de qualité)? Donner démocratiquement le pouvoir et la liberté au plus grand nombre ne doit pas conduire en principe à la dissolution de ce pouvoir et à des dérives pernicieuses d’une pratique inconsciente et inconsidérée de la liberté de chacun et par chacun! C’est là tout l’écueil possible de la démocratie!
L’individuation et la responsabilisation de l’individu ne peut passer que par une éducation civique et une instruction publique - à nouveau prudence! Éducation civique, conçue ni comme lieu de conditionnement idéologique (que faire en tant que citoyen) ni comme lieu de conditionnement moral (qu’est-ce qu’un «bon» citoyen) une véritable éducation civique saurait donner, à part égale, à chaque futur citoyen les outils nécessaires à une «pratique» démocratique réelle, éveil de la conscience, responsabilité face aux choix, et surtout constat des effets sûrs et directs de ses actes de citoyenneté! A nouveau, la vraie démocratie se révèle être non pas un système mais une manière d’être, de faire, de vivre. Religion d’ETAT, morale d’ETAT, mode de vie «étatisé», cela ne peut correspondre avec une manière démocratique de conception de la vie qui plus est sociale! La démocratie doit lutter, pour sa réelle existence, contre trois «idées» certes, historiquement essentielles, mais qui doivent être dépassées.
1)L’Idée de Nation, à l’origine libératrice unifiante et constructive liée à un positif esprit de résistance mais qui désormais laisse place à une «frilosité existentielle» (voir peur de l’Europe et ce par «esprit cocardier»), le populisme renaissant par ce nationalisme rétrograde...
2)La Raison qui, certes, au XVIIIè siècle fut source de luttes contre les ignorances et les inégalités mais qui se transforme en «socialisme scientifique» ou libéralisme d’entreprise «pur et dur», excès de législation, rigorisme économique, scientisme et technophilie exacerbés! L’esprit démocrate doit tempérer cette «obsession de performance» par plus de concertation, d’une éthique de la discussion (Habermas) entre par exemple spécialistes et usagers!
3)Enfin, l’individualisme, perversion insidieuse et ultime de la démocratie! L’individualisme comme résurgence cette fois-ci «culturelle» d’un égoïsme primaire («chacun pour soi», mauvais usage du «souci de soi», hédonisme étroit), individu spectateur, consommateur plus qu’acteur et créateur, il faut y préférer l’individuation du sujet source de véritables individualités! Faire que «la démocratie ne se dégrade pas en liberté de consommation et en supermarché politique» (Touraine).
Joël Poulain

À suivre

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