Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
Les agoras d'ailleurs

L'amitié/Joël Poulain

L'amitié

- Mallarmé - Manet
"un culte d'amitié et d'admiration"

- Madame Manet à Mallarmé
"vous étiez réellement son meilleur ami, aussi il vous aimait tendrement"


"En l'amitié, c'est une chaleur générale et universelle qui n'a rien d'âpre et de poignant, qui plus est, en l'amour, ce n'est qu'un désir forcené après ce qui nous fuit"
Montaigne

"Ce n'est que devant un ami que nous ne nous mettons pas en valeur, avec un ami, nous sommes vrais"
Montaigne

"Comme je le sais par une certaine expérience, il n'est aucune si douce consolation en la perte de nos amis que celle que nous apporte la science de n'avoir rien oublié à leur dire et d'avoir eu avec eux une parfaite et entière communication"
Montaigne

"Il est telles âmes une fois unies que rien ne saurait disjoindre, il en est d'autres qu'aucun art ne saurait unir. Pour toi, Montaigne, ce qui t'a uni à moi pour jamais et à tout événement, c'est la force de nature, c'est le plus aimable attrait d'amour, la vertu"
La Boétie

"L'amitié consiste à faire des versions, à traduire autrui en soi et soi en autrui"
Albert Thibaudet

Saint Augustin disait du temps "si on me demande ce que c'est, je le sais mais si on me demande de le définir, je ne le sais plus", ne pourrait-on pas en dire autant de l'amitié ? Vécue elle est, sentiment elle se manifeste, analysée, "enfermée" dans une définition peut-elle être ?
L'Amitié est-elle expression idéale "d'affinités électives","simple" lien social ou, plus complexe, forme éthique et L'EROS ?
L'Amitié a, depuis l'Antiquité, était "objet" d'interrogation en philosophie. Du grec philia, Platon la considère comme manque, imperfection, forme inachevée de l'EROS, Epicure lui donne une essence plus fondamentale " de toutes les choses que la sagesse acquiert pour procurer la béatitude à toute la vie, la plus importante est la possession de l'Amitié".
Montaigne la conçoit comme convenance de volontés, "chose la plus douce".
Elle fait partie d'une des "passions de l'Ame" pour Descartes, chez Kant, elle témoigne à la fois d'humanité et de moralité "union de deux personne liées par un amour réciproque et égal respect". Elle prend chez Schopenhauer et Nietzsche, une forme plus complexe voire négative, le premier la conçoit comme "toujours un mélange de soi et de pitié" quant à Nietzsche dans Par delà le bien et le mal, il tente de nous désillusionner "Il ne faut pas se lier à une personne, toute personne est une prison", cependant, dans Ainsi parlait Zarathoustra, l'amitié restaurée, signe d'une éthique nouvelle, elle devient "une fête de la terre et le pressentiment du surhomme" (livre I de l'amour du prochain)
Après ce succinct "panorama" des rapports à l'amitié, nous allons voir l'importance de ce "mot" dans les expressions connues, sens et valeurs y seront exprimés dans toutes leurs variations, de grands amis, une petite amie, une bonne amie, mon ami La Rose ! un ami de la justice, ami de la sagesse, la société des amis du Louvre, je viens en ami, le chien meilleur ami de l'homme, un visage ami, rivage ami... amitié particulière, solide amitié, fais-nous l'amitié, toutes mes amitiés, en gage d'amitié, ces quelques expressions témoignent de l'omniprésence voire de l'omnipotence de ce signe, symbole Amitié, ses valeurs multiples, qu'en est-il exactement quant au concept, aux sens possibles ?
Nous retrouverons au cours de l'analyse les trois questions introductives.
Nous pouvons déjà la dire relation libre et privée, de l'ordre du désir et non directement de l'ordre du social, du DROIT, ni de la justice (pas de problème de sanction), ne serait-elle pas alors une "combinaison de rencontres réussies" ?
De l'ordre de l'intime, de l'individualité, de la particularité ("parce que c'était lui, parce que c'était moi") elle ne vise, en principe, pas d'intérêts, elle serait alors valeur en soi.
Au delà, du "simple" et pur social, du conventionnel, elle serait par excellence de l'ordre de l'humain, respect mutuel, elle ne survit pas à la trahison, elle ne "regarde" personne d'autre que les amis eux mêmes, n'a de compte à rendre à personne (engagement tacite), elle est alors forme "particulière de lien social, si les amis comme les amoureux sont "libres" de choisir, ils ne  le font pas "n'importe comment" d'où distinction à établir entre le fait d'être ami (une connaissance) et éprouver de l'amitié ( de l'ordre du sentiment). A contrario elle peut échapper aux règles sociales, il peut même y avoir tension entre autonomie individuelle et l'inscription sociale. (Suspicion quant à certaines amitiés et/ou jalousie au sein de certains couples quant aux amitiés anciennes, passé de chacun).
Consistance immédiate de cet "objet", l'amitié est quelque chose qui "parle" à chacun, qui résonne mais ne se raisonne pas nécessairement; “objet” spécifique, on la distingue de tous les autres liens sociaux, amoureux, familiaux, conventionnels, hiérarchiques, professionnels... Les amitiés sont identifiés et le sentiment d'amitié ressenti comme particulier voire privilégié. De même que pour l'Amour certains n' y croient pas, d'autres la mettent au dessus de tout.
Elle est ni amour, ni "simple" fraternité ni solidarité conventionnelle.
L'Amour a en principe "besoin" du physique, l'Amitié l'exclut ou alors se métamorphose (ce qui peut aussi être le cas pour l'Amour), la fraternité a une universalité de principe, la solidarité a quant à elle des sources et finalités sociales, publiques (ex, les restos du cœur) expression inconsciente le plus souvent d'une "facile" bonne conscience...
Dans certaines sociétés primitives, des anthropologues ont analysé l'amitié parenté mutuelle quasiment tenue de choisir un ami dans tel clan; formalisée même symbolisée, manifestée aux yeux de la collectivité (ex, échange de sang), l'amitié est alors dans les sociétés, une structuration familiale artificielle et servant les intérêts de cette dite communauté.
A contrario, dans nos sociétés, les mêmes anthropologues la définissent comme institution sociale non institutionnalisée, forme "gratuite" de relation sans "couverture" juridique. L'Amitié répond à des entités culturelles (échanges d'idées, de schémas, d'attentes et pratiques communes ainsi que modèles culturels) ; les amis se "reconnaissent" par des complicités affectives, comportementales, des règles de conduites. Une de ses originalités, c'est d'exprimer et de revendiquer plus la confiance que la fidélité. En cela, elle a une "sphère" plus sociale que l'amour dans le sens où "les amoureux peuvent être seuls au monde", confiance entre deux êtres, ce qui n'empêche pas cette relation de pouvoir s'ouvrir à d'autres, à d'autres amitiés, il est plus difficile d'avoir plusieurs amours en même temps et autant d'éprouver divers degrés et formes dans ce sentiment amoureux.
Sans exclusive, foncièrement inter individuelle, elle est alors garante socialement d'une mémoire "d'images", d'œuvres littéraires dont quelques symboles tels que Le grand Meaulnes d'Alain Fournier, Montaigne, La Boétie, les trois Mousquetaires, Flaubert-Ducamp, Verlaine-Rimbaud, Marx-Engels, Werther, l'ami Fritz, Van Gogh et son ami-frère Théo, Maritain-Bloy, Mallarmé-Cazalis... Cette liste n'est en rien exhaustive...
Elle témoigne de quelques sources d'inspiration... De l'ordre de l'intuition, de la sensation comme de cette "étrange impression" qu'est la sympathie, elle empêche une véritable définition (voir notre introduction) “si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : "parce que c'était lui, parce que c'était moi" Montaigne.
L'Amitié serait alors la forme ludique "parfaite" de la sociabilité. Elle se fonde sur un "engagement" des seules qualités intrinsèques des partenaires, indépendamment de leurs positions, et ce, dans un système social, qui lui, implique pouvoir, utilité voire prestige... Elle est de l'ordre d'une "égalité spontanée" animée par une réciprocité de fait, une confiance de "droit", une intimité (de l'ordre du privé, de la confidence), désintérêt, compréhension plus que jugement d'où valeurs spécifiques, comme dit pertinemment Malraux "comprendre n'est pas juger, si on comprenait, on ne jugerait pas". Elle peut même, et ce, paradoxalement trouver sa qualité relationnelle dans une totale inversion de l'ordre social (le privé, la nudité, la tolérance, "bas les masques" elle exprime, en soi, la générosité au sens cartésien, d'une âme "noble" qui sait distinguer le bien du mal). Elle peut parfois, en cela rejoindre l'Amour Romantique par la transgression des valeurs et normes humaines, leur sublimation, elle peut aussi par son exception devenir tragique par incompréhension d'où mauvais jugement... Montaigne, Verlaine etc... (suspicion d'anormalité, d'amoralité).
Amour et amitié, expressions de natures généreuses, cependant, à la différence de l'Amour, l'amitié n' a pas à "se transformer en matière de lois civiles" (Dormat, juriste du XVIIe siècle). Elle se suffit à elle même, sans descendance, sans lignée, sans généalogie, elle est foncièrement inscription dans un temps purement humain (souvenirs (passé) et projets  (futurs) communs). Dans "l'espace" de l'amitié, il y autant de repères sociaux (respect, intégration, civilité) que d'identités particulières voire marginales ( la confiance accentuant la possibilité de singularisation). Espace original permettant "l'effacement" du personnage social, et ce, au profit de la personnalité, du plus authentique... Ainsi, on ne "se fait pas" des amis de la même façon, selon qu'on est jeune, vieux, seul, père de famille, ouvrier, cadre, homme, femme. Il n' y a pas les mêmes exigences, attentes, finalités, sens, certains psychologues l'ont même définie comme lieu privilégié "du test du drame"... C'est dans l'épreuve que l'amitié s'éprouve... Critère d'appartenance, valeur référentielle (ami, guide, modèle, conseil) et différentielle, (par rapport à l'ami je me situe) comme dit Sartre "Autrui est le médiateur indispensable de moi à moi-même".
Franchise, sincérité, absence de jalousie, elle privilégie l'altérité acceptée ( la confidence en est le gage) ; à qui se confier en dehors de l'Ami (excepté certes l'amour)... De l'altérité à l'altruisme, l'ami(e) est une "ouverture de soi" je me "dois" d'être toujours potentiellement et effectivement "présent", disponible, disposé à... Il n' y a pas d'heures pour l'ami, à la différence du collègue. L'ami c'est le "frère" et ou la "sœur" choisies.
Dans la durée, l'amitié peut cependant se vivre dans la discontinuité, l'absence présence, pour l'Amour,le temps est le continuel présent, ainsi, l'amitié se nourrit intensément de l'instant, art de vivre, hors convention, hors préséance, elle vise essentiellement le bien être, le cœur sans la "Raison", "l'obligation" sans le devoir.
Entre "l'hypocrisie" des rôles sociaux, les conventions familiales, elle se situe dans un "décret de confiance", confiance comme intermédiaire entre connaissance (savoir respecter en l'autre le "jardin secret", il y' a des questions que des amis ne se posent jamais) et ignorance ( la non indifférence face à l'ami stimule la curiosité quant à "l'Etre de l'Autre"!)
L'Amitié comme soi sans masque, au delà de l'apparence, de l'avoir, du personnage ; elle est au "cœur de l'Etre", exigence tant de paroles possibles que d'écoutes attendues, intimité sans fard, trois concepts pourraient la spécifier! Le Drame, symbole alors de soutien, confidence comme espace, lien privilégiés de l'écoute, affectivité, c'est à dire générosité désintéressée... Situations et relations d'exception! Les concepts déterminent les formes idéales de l'amitié, ce qui n'empêche pas que dans son "fond", drague amitié est originale. Amitié comme jeux et enjeux d'identités, on peut avoir des amis fort différents, les "raisons" à ce lien amical, multiples, ce "je ne sais quoi et presque rien" (Jankélévitch) qui fait passer de l'indifférence face à autrui, à la relation privilégiée ; l'histoire vécue, les “problèmes” discutés ensemble, la complicité et la connaissance de l'autre, l'intensité des moments partagés, l'enrichissement mutuel établissent les fondements de la qualité relationnelle intrinsèque à l'amitié. Proximité interindividuelle par "affinités de goûts", de vues sans ignorer un des "lieux"essentiels, le désir affectif; la vraie amitié ? Sérénité et transparence, "sentiment partagé d'aimer une personne et de lui vouloir du bien". En quoi, cependant distinguer celle-ci des autres formes possibles de l'Amour, en quoi est-elle, alors, forme particulière, éthique de l'EROS ?
L'Amitié à l'inverse de l'Amour ne nait pas d'un "choc", d'une "révélation subite", d'un coup de foudre. Elle devient elle-même grâce à des rencontres successives, un approfondissement de l'approche. Qui plus est, l'Amour c'est "tout ou rien", alors que l'amitié revêt des formes et degrés divers. Elle peut être infime et/ou démesurée. En revanche, l'Amour est "entier" dès son apparition, le plus souvent, il a "l'impatience du temps"! L'Amitié, elle, peut s'intensifier, se confirmer... L'Amour comme passion, en Allemand leidenschaft... leiden (souffrance) liebe (amour).
L'Amour peut être extase et tourment, l'amitié, en revanche a horreur de la souffrance... des amis veulent être ensemble pour être “bien”... L'Amour peut aussi, ne pas toujours être réciproque (ex : Amour courtois et “il n' y a pas d'Amours heureuses”), l'amitié ne vit que par réciprocité... Si l'Amour peut se produire aveuglément, l'Amitié pourrait être source de clairvoyance... L'Ami, le complice, le lieu possible d'une sécurité, d'un réconfort. L'Amour, paradoxalement, peut engendrer questionnement (m'aimes-tu ?) inquiétude, souffrance (par déception, non réciprocité, trahison) voire injustice (par jalousie), l'Amitié est soucieuse de justice voire d'équité, rencontre pleine de promesses de sens, ainsi, l'Un aide l'Autre à découvrir ce qui est essentiel pour lui et à tenter de s'en approcher davantage... Complémentarité réciproque, une rencontre peut même conduire deux personnes différentes à voir de la même manière une même réalité, "synergie de deux trajectoires existentielles,de deux destinées". Si l'Amour est un désir insatiable de fusion mentale et physique, de présence continue, "d'unité" de deux êtres d'abord différents, l'amitié “cultive” cette différence, peut se nourrir de l'absence (l'Amour peut y succomber), l'amitié comme patience, promesse du "toujours", elle "sait" qu'elle a le temps pour elle, sans, à la différence de l'Amour, risquer de s'user par et en lui!
Moment d'authenticité, d'épreuve et de preuve, l'amitié est ordonnancement, du multiple, de l'informel, de l'indifférent, de l'anonyme au sein du relationnel, la vie prend alors sens, autre dimension... L'ami m'accompagne sur “mon chemin de sens”...
Henri Miller dans tropique du capricorne dit en parlant d'un ami "il n'en resta pas moins que jamais, je ne pus voir le monde, ni mes amis comme ils m'apparaissaient avant sa venue. Hamilton me changea profondément comme seuls un livre exceptionnel, une personnalité rare, une expérience rare le peuvent. Pour la première fois de ma vie, je compris que c'était l'expérience d'une amitié vitale et cependant de me sentir de ce fait ni serf ni vassal. Il s'était donné totalement et je l'avais possédé sans qu'il me possédât, ce fut la première expérience nette et entière que j'eus de l'amitié et jamais aucun autre de mes amis n'a pu la répéter".
La rencontre au sein de l'amitié est un désir de réponse à la plus importante des questions, celle de la finalité.
Les "conversations" avec un ami m'aident à comprendre ce que je suis réellement : un essentiel et inévitable (si c'est véritablement de l'amitié) dévoilement de l'Etre.
La rencontre me permet ainsi de me connaître tout en connaissant mon ami, dévoilement réciproque "l'expérience" de l'amitié est intéressante précisément parce que différence, l'ami peut être la révélation du possible dans lequel je pourrais me reconnaître.
Fantasme, théâtralité, comédie, parades disparaissent ; intervient alors le test de l'authenticité.
"Manifester" son amitié, c'est montrer une radicale non indifférence vis à vis de cet Autrui privilégié, c'est la confirmer. La tragédie sans recours pour l'Amitié ne serait-ce pas l'incompréhension ?
Pour retrouver nos questions initiales, nous répondons qu'elle est fondée dans des "affinités électives", qu'elle est aussi une forme particulière du lien social (sa part la plus "privée", intime), qu'enfin et surtout elle est l'approche Éthique (compréhension, adaptation voire acceptation de l'altérité) de l'EROS puisque expression d'une pure affectivité.
Dans l'amitié, n' y aurait-il pas l'experience d'un singulier universel de l'humain ?
A  l'amitié

En toute modestie, en parallèle à Kant pour son hommage à la Paix !

Amitié, sentiment étrange qui, cependant, à personne n'est étranger!
Amitié, tu n'es pas Amour et pourtant Philia vaut bien EROS...
Tu établis entre deux êtres un sentiment digne de l'humain...
Vécue, tu te laisses difficilement définir!
Amitié tu n'es pas jalousie et tu n'es pas pour autant indigne indifférence!
Tu es générosité sans être exclusive
Tu es fidélité sans être serment
Tu es intimité sans être possession
Tu es engagement sans témoins obligés!
tu es en soi valeur sans reflet d'intérêt!
Tu es respect sans distance ni convenances!
Compréhension sans jugement
Cœur sans nécessaire appui de la Raison
Aide sans complaisance ni compromission
tu n'illusionnes pas, la transparence est ta substance!
Exigeante, tu ne survis pas à la non réciprocité... L'échange est ton fondement!
Tolérance sans tomber dans la faiblesse ou l'adhésion coupable
Ta force est aussi ta faiblesse, tu te suffis à toi-même mais tu peux aussi, faute d'être "entretenue" t'éteindre par toi-même.
Intelligence qui n' a pas toujours nécessité de paroles pour s'entendre.
Le silence peut être garant de ta communion!
Tu es durée sans présence constante.
De l'instant tu te nourris sans peur de l'avenir!!
Tu vois intensément le présent, à la différence de l'Amour, pour qui, le présent est déjà insuffisance et inquiétude, c’est l'avenir l'enjeu!
Ta présence est plaisir, l'absence peut être "magiquement' pour et par toi confiance...
Tu sécurises là où l'Amour trouble
Tu cicatrises là où l'Amour est souffrance,
sentiment tu es, ni paternel, ni seulement fraternel, ni filial, et pourtant, on dit, mon ami... mon frère...
Entre les sexes tu ne choisis pas, par delà le sexe tu es!
Tu n'en connais certes pas les frissons mais en évites ainsi les troubles, les doutes, les frustrations, les inquiétudes...
Tu es rare comme toute exception
En cela est précisément toute ta valeur!
Recherchée comme tout idéal,
jalousée comme toute beauté,
respectée comme humanité,
aimée comme tout "objet" d'attente,
analysée tu te dérobes,
ressentie tu t'épanouis!
A toi seule, tu es l'amour, père, mère, frère, sœur, tu réalises ce prodige...
En un sentiment tu résumes toute la complexité et la richesse humaine!
Amitié, tel un caméléon, tu peux prendre formes et degrés d'intensité multiples.
Telle une maïeuticienne, tu m'accouches d'une humanité.
Telle une thérapeute, tu me guéris de l'inhumain...
Telle une muse tu m'inspires...
Tel un mentor, tu me fais penser à ton essence!
Montaigne, je te sais gré d'avoir défini comme suit l'amitié "celle-ci n'a point d'autre idée qu'elle-même et ne se peut rapporter qu'à soi, ce n'est pas une spéciale considération, c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange".
A toi, Amitié, et que vienne l'ami(e)!

"Improvisations"

L’Agora du 4 février 1998
Joël Poulain


Partager cette page

Repost 0