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Les agoras d'ailleurs

La consommation est/hait l'essentiel/J.C. Grosse

La consommation est/hait l’essentiel
           

On connaît le succès de cette pratique : la consommation. Y réfléchir, c’est s’apercevoir que ce n’est pas un concept. Les notions sociologiques sont très éphémères. À peine a-t-on le temps de s’en servir pour tenter de décrire tel ou tel aspect « essentiel » de la société qu’elles sont dépassées comme si leur emploi provoquait des réactions de rejet pour échapper à ce qu’elles prétendent décrire. Nous sommes des consommateurs, dites-vous ? Vous allez voir ! Et en trois décennies, on voit se diversifier les comportements des consommateurs. Consommation éthique (pas de produits fabriqués par des enfants !). Consommation ethnique (pas du riz long mais du Basmati, pas de l’arabica, mais cet arabica de Colombie !). Fast food contre cuisine traditionnelle. Premiers prix sans marque contre marques de qualité. Congelés contre produits frais. Produits engraissés contre produits naturels… Évidemment les enjeux (autres que financiers) de ces batailles entre décideurs (avec leurs concepteurs de concepts « nouveaux », « révolutionnaires », « modernes » ou « à l’ancienne », « traditionnels » et leurs vendeurs d’illusions nécessaires : les gadgets) et consommateurs qui peuvent bouder, s’engouer, subvertir (le zapping par exemple !), résister… sont dérisoires par rapport aux besoins essentiels de l’humanité (qui crève encore de faim, meurt d’épidémies, vit dans la misère, l’esclavage, l’ignorance…). L’énergie que nous dépensons, qui, pour être conforme à la mode, pour frimer… qui, pour marquer son originalité, affirmer son individualité… est gaspillée pour des bagatelles que nous prenons très au sérieux (alors qu’il y aurait tellement mieux à faire et que ça semble tellement évident ce qui devrait être prioritaire et essentiel), mais peut-être sont-ce nos multiples refus petits et mesquins qui ont empêché jusque-là l’émergence de ces sociétés décrites par quelques grands de la politique-fiction. J’ai appris à me méfier des utopies, même et surtout quand elles me tentent. J’aime quand de grandes campagnes publicitaires se terminent par un flop ! Ils n’ont pas réussi à nous faire désirer l’obscur objet de leur désir ! J’aime que les engouements (velléitaires par définition) désarçonnent les pronostiqueurs soucieux d’exponentialiser leurs courbes. En fin de compte, la vie quotidienne dans la société de consommation semble, avec l’automobile, la télévision, le téléphone, les appareils électroménagers, les appareils audiovisuels, les micro-ordinateurs, les alarmes, rester une vie : du lever au coucher avec des temps pour l’hygiène, pour la satisfaction de besoins somme toute limités (alors qu’ils les voudraient infinis ceux qui voudraient être nos maîtres). La colonisation de la vie quotidienne, selon l’expression d’Henri Lefebvre qu’on devrait relire, se heurte aux limites de l’homme : il ne peut pas péter plus haut que son cul, mais aussi à son refus (tempéré, différé, maniéré…) : il ne veut pas péter plus haut que son cul. Il sait que l’essentiel n’est pas la consommation, le consumérisme. Il sent que l’essentiel se joue du côté de la vie et de la mort, et dans le temps qui passe, dans le temps qu’il passe ici-haut, à tâtons.

Jean-Claude Grosse,
Agora du 3 avril 1996, Maison des Comoni, Le Revest.
Édité dans Pour une école du gai savoir, Les Cahiers de l'Égaré, 2004.


Une réfutation possible d’une démarche sociologique

Il y a vingt-cinq ans dans La Distinction, Pierre Bourdieu distinguait culture légitime et culture illégitime et montrait qu’il y avait des différences très grandes dans le rapport entretenu par les groupes sociaux à l’égard de la culture légitime, soulignant ainsi les inégalités très fortes d’accès à la culture. Ce qui justifia les politiques de démocratisation de la culture. Dont à l’usage on s’aperçoit qu’elles n’ont pas eu les effets escomptés : favoriser l’accès du plus grand nombre aux pratiques légitimes de la culture, la haute culture.
Aujourd’hui, dans La culture des individus, Bernard Lahire montre que les pratiques et les préférences culturelles des Français sont de plus en plus hétérogènes par rapport à leur position sur l’échelle sociale, en relation avec la désacralisation de la haute culture, avec ce que les uns et les autres en attendent… Par exemple, un cadre pratiquera le karaoké, ira à l’Opéra, jouera aux boules, lira Nietzsche, regardera : C’est mon choix. La culture pour lui tend à devenir un loisir : stressé, il a besoin de décompresser.
Le paradoxe d’un tel travail est qu’il veut rendre raison sociologiquement des singularités individuelles.Donc il doit affirmer que nous sommes multidéterminés par nos expériences sociales. Par exemple les enfants des milieux populaires fréquentant l’école maternelle dès deux ans vivent, à l’école et dans leurs familles, des situations contradictoires : on n’y parle pas de la même façon, on n’y exerce pas le même type d’autorité, on n’y pratique pas les mêmes activités. Cela aura forcément une influence sur leurs patrimoines individuels de dispositions mentales et comportementales. Oui mais Bernard Lahire (comme Pierre Bourdieu) est sorti de son milieu ouvrier d’origine par la voie scolaire. Faut-il parler de multidéterminations ou de libérations ?
Par l’école, ne s’est-il pas libéré de son milieu d’origine ? Et s’il constate que son rapport au théâtre, à l’opéra, aux musées, par absence d’éducation artistique, n’est pas un rapport d’élévation, quel déterminisme l’empêche de changer son rapport à ces pratiques culturelles ? Ne pourrait-il se libérer de ce déterminisme ? On le voit, ce que refuse le sociologue, c’est notre liberté, notre pouvoir de nous libérer des déterminations qui nous maintiennent dans une position. La liberté comme succession de libérations. Il constate nos singularités pour tout aussitôt les réduire à des multidéterminations parce que « sur le plan social, politique, symbolique, il y a beaucoup à faire pour donner aux acteurs sociaux l’impression qu’ils ne sont pas atomisés, qu’ils ne sont pas des individus singuliers parmi d’autres individus singuliers, pour faire sentir aux gens que, par-delà leurs différences réelles, ils ont des propriétés sociales communes et des intérêts en commun ». (Libération 26 février 2004). Notre démarche est à l’opposé : doublement volontariste, pour définir collectivement et politiquement un vouloir-vivre ensemble, pour devenir individuellement et philosophiquement ce que l’on est.

Jean-Claude Grosse

Et pour aller au coeur, visitez le site de l'église de très sainte consommation, fréquentez ses messes, lisez son missel...

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Bien que l'Église de la Très Sainte Consommation s'étende sur toute la planète, beaucoup de personnes pratiquent son culte sans le savoir, ou en ayant une vision peu précise de ce qu'il implique. Cette page répond aux questions qui nous sont souvent posées (envoyez les vôtres à obeis@consomme.org ).
    Qui êtes-vous ?_L'Église de la Très Sainte consommation est un culte mondial qui prône le bonheur dans l'acte d'achat : consomme pour être heureux, car le reste n'a finalement que peu d'importance._Non sérieusement, vous êtes qui?_Hum normalement ça doit rester secret..._Allez !_Bon ok, alors tout à fait entre nous parce que vous m'êtes sympathique : nous sommes un groupe de reconquérants de l'espace parisiens (ie: des antipubs) se servant de l'iconographie religieuse pour dénoncer la place de la consommation (et derrière elle... le Grand Loup Capitaliste) dans notre société.
Mon groupe va bientôt organiser un spectacle/une manif/une action, pouvez-vous venir dire quelques prières ?_Normalement non. L'Église n'est pas un show, ce n'est pas une association festive. Il s'agit d'un concept. Si vous souhaitez lancer quelques prières au Capital, à la Voiture ou à la Publicité, pourquoi ne pas vous agenouiller, sortir votre Carte Bancaire et prier par vous-mêmes? Après tout nous sommes tous des consommateurs ! Nous préférons savoir que la flamme de la Croissance Éternelle brille dans une infinité de Temples tout autour de la planète, que chacun en est le représentant, plutôt que de nous transformer en "intermittents du spectacle économique". Pour résumer : l'Église organise de temps à autre de grandes Prières où vous êtes tous conviés. Le reste du temps, faites vos propres actions ! Bien sur, vous pouvez utiliser le Missel du Consommateur pour vous aider.
Quel genre d'actions faites-vous ?_Principalement des actions prières. Elles consistent à se réunir devant un Temple de la Consommation (supermarché, macdo, franchise etc.) et chanter les louanges du Libéralisme. Pour cela nous avons un Missel du Consommateur qui contient les prières et des accessoires tel qu'un costume de Prêtre-sse, un oriflamme, chariot... Les fidèles se mettent alors en cercle autour du Prêtre ou de la Prêtresse, devant le Temple, et se mettent à prier.
Comment faire partie de l'Église ?_Tout dépend du niveau d'implication :_Pour être un simple, mais consciencieux, consommateur, il suffit de prendre votre carte bancaire, vous rendre dans la grande surface la plus proche et d'acheter tout ce qui vous fait envie. Nos études montrent qu'il y a 99,42% de chances que vous soyez déjà un des nôtres._Pour être un membre actif vous pouvez organiser des actions prières (ou d'autres?), en parler autour de vous et nous en tenir informés !
Et si je ne veux pas en faire partie?_Un-e hérétique hein? J'en étais sûr! Ça se voyait à vos questions... Si c'est vraiment ce que vous voulez, libre à vous (et bonne chance surtout ! hé hé hé...) d'aller sur des sites tels que BAP, RAP, Casseurs de Pub, Antipub.tk, ou ceux de nos némésis : Decroissance.org et Decroissance.info.
Trop consommer... n'est-ce pas mauvais pour la planète ?_Vous voudriez revenir à la bougie? De toute façon, on n'arrête pas le progrès! Et comme le progrès est défini dans notre société comme étant tout ce qui est nouveau, et qu'il faut consommer ces nouveautés pour créer de la Croissance et de l'Emploi, nous n'avons pas le choix. Il faut consommer: n'importe quoi, n'importe quand. (n'importe quoi!)
Comment être un bon consommateur ?_Oh, ne faites pas le candide, vous l'êtes déjà sûrement non? L'important est de toujours respecter le Guide du Parfait Consommateur. Notez que cela marche aussi pour les Consommatrices.
J'ai vu la lumière, je veux créer une église dans ma région! Comment faire ?_Merveilleux !_Vous pouvez commencer par utiliser le matériel présent sur ce site, notre Missel en particulier. Vous pouvez aussi nous contacter afin d'établir un réseau décentralisé et donner plus de poids à nos actions !    
 

"Le capitalisme ne se contente pas d'exploiter les hommes de l'extérieur, avec l'appui de l'État et de ses cohortes armées. C'est aussi une religion, et son principal soutien, aujourd'hui, c'est chacun de nous, perdus dans la masse des fidèles-consommateurs fascinés par les miracles de l'industrie high-tech."
De la misère humaine en milieu publicitaire, du Groupe Marcuse.    http://www.consomme.org/index.html
 

Grand-messe de Noël :
A ANGERS : le samedi 22 Décembre 2007
à 15 heures, Place du Pilori
Prions le papier cadeau et le PIB !

_Mes bien chers frères consommateurs, mes bien chères soeurs consommatrices, votre calvaire est enfin terminé !_Depuis la nuit des temps en effet, les religions nous ont aveuglé en promettant un paradis après la mort, mais le véritable Paradis est ici, dans le supermarché le plus proche et cela tous les jours !
Car je vous le dis en vérité, la Véritable Réponse, celle qui soulagera enfin votre âme et votre portefeuille, celle qui effacera vos doutes et vos peurs, celle qui occupera votre vie de la naissance à la tombe, cette réponse mes frères, cette unique voie, est celle de la Croissance Éternelle!
Et c'est pour cela que l'Église de la Très Sainte Consommation (TM) existe: pour vous aider, pour nous aider tous autant que nous sommes à répandre la parole du bonheur par la consommation._Suivez nos guides: prions ensemble le Dieu Travail et la Déesse Croissance, car c'est pour et par eux que nous nous épanouissons!
Alors vous aussi, célébrez la Consommation en organisant vos propres actions prières devant les Temples urbains et répandez la Sainte Parole!
Une nouvelle malheureuse pour finir: le Révérend Robert - membre de l'Église depuis sa création - a été placé en redressement judiciaire alors qu'il tentait d'acheter son second 4x4 de la semaine, comme tout bon Consommateur soucieux de la santé économique de la planète devrait le faire. Vous pouvez le soutenir en envoyant un gros chèque à l'adresse suivante : Révérend Robert J, villa Frickus, îles Tokelau. Cette injustice sera espérons-le bientôt réparée ! (Dernière nouvelle : euh, on vient d'apprendre que le Révérend Robert Johnson est parti avec l'argent sans laisser d'adresse. N'envoyez plus de chèques)




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