Texte libre

imprévisible
investir
les interstices
de leurs territoires
sédentaires
à la manière du sable
partout
chaque trou
ils ne contrôlent pas tout
présence légère
camper à la nomade
au bord des choses
au bord des corps
au bord des morts
sans frénésie
sans appétit
solidaire
choisir une position
sans tourner le dos
à ses frères
ni leur faire face
installer la caravane
provisoire
sans rien déranger
occuper la position
précaire
à l’extrême
de l’inattention
provoquer
le déplacement
à l’épuisement
de la distraction
quand l’habitude
fait voir
un territoire

où l’on avait choisi
un emplacement
sans rien emporter
en laissant tout
en place et en plan
partir
sur la pointe des pieds
crainte de gêner
en faisant du bruit
pas d’itinéraire
à suivre
les pères
ne transmettent pas
leurs repères
pas de voie à ouvrir
les fils
n’héritent pas
de vos repaires
le désert
efface
toute trace
de réussite
hargneuse
tapageuse
de qui a fait
son chemin
ne pas s’attarder
passer à la ligne
n’aimer que
les inachèvements
opter
pour la dérive
et l’inconséquence
seulement habité
par le souffle
inspire

 
expire

J.C.Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

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pour toujours

Dimanche 27 mai 2007 7 27 /05 /Mai /2007 23:19
Extrait de De la Démocratie en Amérique
(Livre II, 2° partie, chapitre 14)

Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

Alexis-de-tocqueville.jpg

« Lorsque le gout des jouissances matérielles se développe chez un de ces
peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté,
il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à
la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul
soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la
fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas
besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les
laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)

« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du
pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il
veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le
tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les
hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire
comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que
d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit
des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de
leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur
de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter
hors de la liberté au premier désordre.

« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je
ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les
peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les
peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur
suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de
l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son
bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)

« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur
nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent
seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au
milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de
toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ;
et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains
dans lesquelles peut tomber un grand peuple…

« Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni
cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »

Alexis de Tocqueville (1840)

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours - Communauté : La commune des philosophes
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