Mercredi 6 mai 2009
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Ex Nihilo,
enclosures et autres histoires
à coucher dehors
par Thierry Bartoli
Intervention du 11 mars 2009, dans le cadre des Café-Philo
organisés par l’association Point de Mire aux Chantiers de la Lune –
La Seyne sur Mer
Le capitalisme liquide en mal désormais de liquidités, jouant de la volatilité de ses flux jusqu’à la surchauffe, c'est-à-dire de la vaporisation des valeurs, pourrait prêter
aujourd’hui le flanc au retour de balancier vers les tenants de la lettre, les imprimeurs de la vérité accoutrée et costumiers du bonheur, ou vers le messianisme d’état, l’homme providentiel…
Les frasques du libéralisme économique menacent donc le libéralisme politique qui ne lui est pas consanguin.
S’il nous fallait aussi explorer la polarité du léger et du lourd, du fluide ou de la coagulation, de l’éphémère et du permanent, ce serait pour tenter d’y habiter un
régime de sens organique, gageant avec Spinoza que « les décrets de l’esprit ne sont rien d’autres que les appétits eux-mêmes et varient donc en fonction de l’état du corps », et s’y prémunir à
la fois d’une diarrhée et d’une constipation de sens, à la recherche d’un état physiologique permettant de maintenir notre attention aux mondes, notre capacité phatique.
Car tant la dilution du commun, le déni de l’espace physique et du long terme que la concrétion de l’Un et les divers holismes idéologiques déjà éprouvés par l’histoire,
témoignent de nos capacités d’absentéisme vis-à-vis de ce qui pourrait être notre demeure.
Et l’anti capitalisme est ici de courte portée s’il s’agit de penser notre présence anthropologique à la biosphère, aux autres et à nous même, notre difficulté à conscientiser,
intérioriser, à y réaliser, c'est-à-dire y vivre notre appartenance, nos liaisons constitutives ; comme si le point d’orgue des problèmes à la fois écologiques, économiques, sociaux et
politiques, résidait dans un statut particulier de « l’être avec ».
La modernité dans son double versant positiviste, utilitariste, objectivant et humaniste, où l’homme est mesure de toute chose, sujet séparé pourvu de concepts à majuscule
(Raison – Conscience – Jugement…), consacre le dualisme objet/sujet, et l’extériorité de l’homme au mieux pris dans son « environnement ».
Il y a en outre tropisme vers la vérité et l’abstraction.
Les réactions à son encontre, la postmodernité et la pensée écologique, la première au risque du pathos des « fin de … », du relativisme, de l’émiettement politique, la seconde
lorsqu’elle opte pour une critique radicale de l’anthropomorphisme, niant ainsi la particularité de l’homme, ne règlent pas la question de la présence. Les tropismes sont ici de dématérialisation
ou l’immersion dans un grand tout. Or « deux notions doivent coexister, défiant la logique ordinaire : à la fois nous appartenons à la nature… et en même temps nous sommes radicalement différents
d’elle, ontologiquement – destinés à nous définir par la dialectique de l’attachement – et la séparation…..Accepter la contradiction, la dialectique, c’est vivre dans une relation différenciée
avec la nature…. »
(Joël Kovel – dialectique des écologies radicales - Ecologie et socialisme – Syllepse)
Et à l’âge de l’anthropocène où l’homme apparaît comme la principale force tellurique de la planète, la question est à la fois : « qu’est ce que l’homme va faire de la
biosphère ? » et « qu’est ce que l’homme va faire de l’homme ? ».
C’est la fin des externalités passives, il n’y a en quelque sorte plus de dehors.
« Nous nous trouvons sur l’île de l’idée qui, par la force de son infinitude, refoule à l’arrière plan la finitude des environnements empiriques »
(Peter Sloterdijk) – Sphère 3)
Pouvons nous occuper un rapprochement organique dans le champ du signifié, de l’ordre du sensible ? Une posture esthétique préalable et matrice d’une éthique et d’une politique
? Une pensée relationnelle, une politique non de la « nature » introuvable, mais plutôt de la technique, puis que il y a « consubstantialité du phénomène humain et de l’environnement et non
rapport »
(M. Benassayag – La fragilité – La Découverte)
Car toutes nos marques d’absence sont en même temps des modalités de notre présence et non des simulacres.
De ce point de vue Dieu existe puisque les hommes l’ont inventé.
Pour Peter Sloterdijk, toute entreprise de civilisation est un projet utero-technique.
Pour Ernest Becker, philosophe américain de la seconde moitié du XXè siècle, nos constructions conceptuelles sont des projets d’immortalité, produits du déni de la mort.
Mais dès 1927 Edouard Le Roy dans « l’exigence idéaliste et le fait de l’évolution » note que la « noosphère », sphère de la réflexion, de l’invention consciente, de la pensée
proprement dite, qui émane de la biosphère tend à s’enrouler sur elle-même, à se détacher de celle –ci comme un papillon de sa chrysalide…
Mais notre habitat façonne notre habitus qui à fortiori aujourd’hui configure notre habitat. L’objectivation matérialiste, l’humanisme prométhéen, nos médiations techniques,
nos capacités cinétiques, l’hypertrophie du visuel, à présent la révolution télématique ont structuré notre présence contemporaine. Et du solipsisme d’espèce au consumérisme de toute
ressource il n’y a qu’un pas.
Pouvons nous dès lors maîtriser les modalités de notre présence ; de notre tenue (à la fois du grec ethos et du latin habitus : se tenir), choisir posture adéquate ?
Il semble qu’il y ait prédominance de l’agir sur la réflexibilité, sur la conscience toujours à postériori et que nous soyons toujours précédés par nos actions.
Cela parait encore plus difficile au niveau collectif, niveau émergent et non conséquence des actions individuelles.
Le régime démocratique nécessaire pour l’acceptation collective qu’il convoque, complique pourtant la relation entre action et décision et requiert en amont partage des
informations, de l’expertise, de l’autonomie de pensée… graal éducatif.
De plus la temporalité entre laquelle nous transformons le monde et les hommes, et celle où nous les comprenons coïncide de moins en moins ; accélération cinétique d’une part,
enlisement et petits pas de l’autre.
Pour Bruno Latour il y a crise de l’objectivité scientiste aujourd’hui et du coup crise de l’objectivité comme vision commune, «étant habitués à penser politique en fonction
d’une objectivité (Dieu – idéologie- science-expert-technocratie)
Pour Jean Luc Nancy, il s’agit de sortir de la représentation, mais le problème est que cette nudité, cet inconfort, sont à la fois nécessaires et offerts aujourd’hui sous la
version d’une fuite existentielle, nommée par ailleurs capitalisme.
Ernest Becker pointe le mouvement pendulaire entre rivalité des métaphysiques affirmatives de sens fort et celle des objectifs économiques quantitatifs en leur absence.
Pouvons nous penser le politique sans le calquer sur le métaphysique, dans un régime d’immanence, sans confondre le monde et nos idéal-types, par un goût du consensus dans son
acception étymologique (cum sensualis) et ne pas se suffire d’une civilité nucléaire ?
La finitude de la biosphère n’y changera rien puisque la crise écologique n’apportera pas la paix mais l’épée. De ce point de vue le monde est infini, diffracté dans les
espace-temps dissociés des mégalopoles urbaines, les insulations autistiques (des gated communities à la cyber convivialité…).
Toujours selon Jean Luc Nancy il y a aujourd’hui à la fois un processus d’arraisonnement écotechnique illimité et d’évanouissement des possibilités de formes de vie ou
fondement commun.
Aucun recours ne nous est permis vers la considération de ces processus comme automation, déterminisme à notre insu, vers aucune forme non plus de téléologie, et donc du mal
comme absolu au rabais ; car elle est la fabrique de l’impuissance politique, première étape d’éventuelles prédications sacrificielles et d’horizons rédempteurs ; le doute toutefois est de mise
quant à nos moyens d’exercer une responsabilité. Les conditions de celle-ci restent pour M. Bennasayag possibles à l’intérieur cependant de notre fragilité endémique.
(M. Bennasayag – La Fragilité – La découverte)
Mais j’ajouterai : cette responsabilité peut-elle être viscérale ? respiration, vitalité plutôt que contrition ?
La continuation de la substitution d’un capital technique au capital organique, l’affranchissement par abris et prothèses des milieux communs, l’adaptation de l’homme à
une planète hostile draine à coup sûr des inégalités inédites, à la fois prolongement et extrapolation de la situation actuelle, et au fond le risque d’une véritable sécession à l’intérieur
de l’espèce.
Les stratifications techniques vont se superposer aux stratifications sociales, au profit d’une partie d’homo sapiens « augmentés » et toujours moins capables de relations
empathiques vis-à-vis du reste des corps, du corps vivant ; l’autre partie résistant par le bas (par coagulation, réification protectrice, dans des intégrismes de sens, et les deux parties ne
partageant que l’ironie du sort commun d’un grand enfermement .
A garder toutefois le goût du voyage à l’air libre il nous faudra affirmer haut et fort que « la valise à roulettes est une utopie ».
(Jean Baptiste Botul – La Métaphysique du Mou – Mille et une nuits)
Par grossel
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Publié dans : T.B.
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Mercredi 18 mars 2009
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Notes de Thierry Bartoli à la suite de la présentation par Jean-Claude Grosse des 4 ordres d’André Comte-Sponville aux
Chantiers de la Lune à La Seyne sur mer, le 2 décembre 2008. Le but de la séance avait entre autres été de mettre à l'épreuve cette grille de lecture sur des exemples comme le TCE, le commerce
équitable...
Ces notes peuvent servir pour la soirée philo des Chantiers de la Lune, à La Seyne-sur-mer, mercredi 11 mars à partir
de 19 H 30.
Valeurs volatiles – Avenir de plomb
Exposé de Thierry Bartoli
le 11 mars 2009,
dans le cadre des Cafés Philo organisés par Point de Mire aux Chantiers de la Lune
à La Seyne-sur-mer
Notes et réflexions (même si sûrement à côté de la plaque), inspirées par cet exposé
(en écriture normale : mes notes – en italique : ce que je me dis)
Valeurs volatiles, avenir de plomb ou Apocalypse now !
Sortie par KO de cet exposé, je tiens à dire que je ne regrette pas de m’être fait étriller les
neurones…
Titre un peu racoleur, dixit Thierry, qui aurait pu faire croire que nous allions faire le point sur LA CRISE, financière : valeurs volatiles…. Et ses conséquences économiques et donc sociales :
avenir de plomb ; le plomb pouvant être arme de guerre, tant il est vrai qu’en cas de crise une bonne guerre….
1 - la polarité
Mais déjà Thierry n’en est plus là – il examine la polarité dans tous ses développements possibles : léger-lourd ; liquide – solide ; diarrhée – constipation ; constructions réactionnaires –
fuite existentielle ; le plein- le vide
Alors que faire ?
" créer c’est résister " – ( pour résister à l’évaporation ? à la liquéfaction ? d’un côté, ou aux valeurs de plomb de l’autre ?)
Mais le niveau de complexité a rendu tout plus fragile dit-il. (Tout quoi ? le rapport aux autres, au monde ? au faire…)
Nécessité d’un retour à l’autonomie, de niveau au moins européen, mais là encore risque d’un retour au messianisme d’Etat (plomb), au retour de l’UN totalitariste ;
Ne sont pas consanguins le libéralisme économique et le libéralisme politique.
2 - notre présence au monde
Les problèmes écologiques et sociaux (d’habitude on dit économiques et sociaux, mais bon, j’attends…) ne se séparent pas : Crise de la présence au monde
Crise de
l’être avec le milieu
Crise de l’être avec les autres
(Là je n’ai pas trop de commentaires, c’est la crise quoi- et donc la guerre ?)
Thierry continue lui aussi à poser les questions :
Est-on encore capable de gérer notre présence au monde ? Avons-nous les moyens de nos responsabilités ?
Il y a URGENCE à répondre
3 - l’anthropo-scène
C’est l’homme qui agit et façonne le monde – comment agir sans trop agir – sans mal agir
Thierry préconise la méthode du jardinier plutôt que celle de l’ingénieur – ( je comprends prendre son temps – laisser du temps au temps et aussi écouter la nature, le naturel
?, le biologique en opposition au tout technologique. Là, Thierry me regarde, aigle- moqueur- il sait que je préconise la méthode de la goutte d’eau ; de la tache d’huile – dérisoire ! )
Lui préfère un rapport sensible, c'est-à-dire esthétique, (artistique ?) au monde –une matérialité sans vérité, une éthique qui se décide en situation – aller vers du commun en acceptant
le compromis comme base commune, qui n’exclut pas la colère et la confrontation.
Trouver l’équilibre entre l’individualisme et la communauté (philosophies holistes), entre l’atomisation et la fusion – mais attention car la civilité nucléaire est explosive ! chacun est
un atome, sans atomes crochus avec les autres.
Alors comment passer du JE au NOUS ?
4 - Le procédural
Sur le plan politique : par ex quelle identité au niveau de l’Europe ? ça n’est pas donné – il faut la construire. Nous construisons notre habitat, mais notre habitat nous construit aussi
(habitus)
Il est difficile de passer du je au nous, de l’éthique au politique.
5 - l’externalité
C’est gérer l’impact de l’action – avant on ne s’en souciait pas.
Aujourd’hui il y a séparation en tout : nature - culture
homme - machine
sujet - objet
Donne donne
Idéalisme, humanisme, volonté objectivisme, positivisme,
Conscience … etc constructivisme,
l’homme = système de connections neurologiques *
Il peut y avoir un repli de certains devant les avancées technologiques et cela creusera de plus en plus un fossé entre les nantis qui voudront de plus en plus se protéger des pauvres.
J’entends Thierry répéter doucement comme saisi d’un secret effroi : il ne faut pas qu’il y ait cessation. Il parle de deux espèces humaines…. ne développe pas…. Dit qu’il faut "
être avec ", qu’il faut construire une qualité de vie indépendante du pouvoir d’achat……
(mais je suis restée bloquée sur le mot cessation, qui me parle de rupture, de fin, de disparition. Et cela me fait penser aux différents murs et murailles qui s’élèvent dans le monde :
Israel/Palestine, Etats-Unis /Mexique, Europe/Afrique…etc où les pauvres sont mis en joue comme du gibier et qui tels des lapins sont obligés de se terrer dans des trous, des tunnels, des
grottes… Et j’imagine soudain l’irruption d’une nouvelle humanité hautement technologisée – nano… etc - de plus en plus performante, légère, apte à se volatiser dans l’espace pour conquérir de
nouvelles étoiles, tandis que l’homme ancien, devenu sous-homme aux semelles de plomb, survivant en hordes sur une terre dévastée, n’aurait plus que l’ombre et le froid souterrain pour terminer
son épopée)
Michelle Lissillour
• cf l’homme bionique
• la révolution des nano technologies
• les transhumanistes
La Déclaration transhumaniste
(1) L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie. Nous envisageons la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications, tel que son rajeunissement,
l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique, l’abolition de la souffrance et l’exploration de
l’univers.
Jean-Claude,
(pour ne pas être trop long, le style est sec volontairement alors que le contenu exigerait plutôt d’user d’un nuancier littéraire, Thierry)
I-
1- sauf pour les costumiers du bonheur, les imprimeurs de la vérité accoutrée, le monde est cahotique, chaotique, et la vie, l’ordre, l’harmonie sont exceptions. Donc à l’échelle humaine, la
cohérence relève d’un constructivisme, d’un effort, d’un arrachement, d’une opportunité, non d’un legs.
2- mais l’échelle souhaitée détermine tout : un Etat-Nation peut être un système cohérent mais en guerre contre un autre. Le capitalisme créateur-destructeur a une cohérence interne si on ne le
confronte pas à la biosphère, aux inégalités, à ses externalités, si on lui concède des crises, des violences pour s’autoréguler. Donc besoin d’une cohérence plus large.
II- L’humanisme prométhéen de la volonté, de la maîtrise en a pris un coup (sans en faire la matrice de tous les totalitarismes). Le constructivisme cartésien a fait beaucoup de dégâts. Nous
comprenons moins que jamais l’histoire que nous faisons. La réflexivité est déficiente : il y a prédominance de l’agir. « Conscience », « raison », « jugement » cela caractérise un univers moral
kantien et c’est en philosophie qu’on le rencontre le plus souvent. Or mon souci est dans une approche anthropologique de la morale : penser l’éthique à partir d’une anthropologie et non du sujet
moral (les décrets de l’esprit ne sont autres que les appétits eux-mêmes et varient en fonction de l’état du corps). C’est différent des relativistes qui ne privilégient pas la variation mais
l’équivalence des « en-soi ». Donc je situe l’humanisme plutôt dans le processus d’hominisation que dans l’Histoire. Vis-à-vis des métaphysiques, des idéologies encodant tout le réel, des
ontologies générales et fixes, positivisme compris, grosse fatigue. Le XX° siècle est l’histoire de leurs faillites avec le paradoxe de l’advenue du pire au cœur même de la haute culture, des
humanités. Sans dolorisme car les babyloniens voyaient déjà l’histoire sous cet angle.
III- La situation est nouvelle. Pourtant :
- complexification, interconnexions, augmentation de notre puissance, élargissement de nos savoirs-pouvoirs
- les question de la finitude, des ressources, de l’habitat, d’homo sapiens
- la question démographique
- les révolutions concomittentes : nano, bio-technologies, informatique, sciences cognitives
- transformisme sur l’homme, manipulations sur l’espèce avec accès de plus en plus différenciés selon les individus ; les strates techniques vont se superposer aux strates sociales et les petites
gens ne sauront rien du nano-monde.
- conclusion : le mouvement cinétique, vers plus de mouvement ; l’injonction technique à penser situations, objets nouveaux font de la technique le sujet de la révolution. Je n’intériorise pas la
technique, c’est notre demeure même si c’est une histoire à coucher dehors
- la nature n’étant pas immaculée il nous faut vivre contre-nature. La propriété de l’homme est de n’être pas immergé avec des représentations détachées dans le temps et l’espace ; il y a
débrayage par rapport au milieu
IV- Comment recréer un régime de sens et un rapport phatique ? Plusieurs systèmes cohérents partiels et autant de fuites
- la nostalgie, le conservatisme, le repli sur soi, la peur de la disparition où la peur sera pire que la disparition elle-même (constructions réactionnaires)
- l’activisme sans projet, la contestation perpétuelle, impuissance politique, confort, la gauche de la solution comme si les utopies naissaient à la demande
- l’hédonisme, le consumérisme, l’individualisme, le cynisme, la critique artiste parfois aussi ; le capitalisme lui-même comme fuite existentielle, peur du vide
- le scepticisme reclus, coi, le nihilisme, la démission de la pensée, le relativisme absolu
- le repli sur la sphère privée, le local, la goutte d’eau, la consommation responsable comme nouvel espace suffisant du champ politique, la société civile (il est vrai qu’habiter l’espace public
aujourd’hui est en soi une preuve d’optimisme mais c’est parfois politiquement correct et très peu politique en fait
- laissons cette dernière position de côté ; le reste se situe entre constipation (les 2 premières attitudes) et diarrhée de sens ( la 3° et la 4°)
- je m’interdis le frisson tragique, l’amor fati, je me méfie du Mal comme absolu au rabais ; il est systémique et séculier
- que faire ? accepter d’être dans les plis, ne jamais se poser selon les postures ci-dessus, accepter la construction laborieuse, frustrante, pas comme chemin de croix car la colère est me
semble-t-il autorisée, mais tisser du lien, trouver un régime organique, un état psychologique entre constipation et diarrhée (c’est peut-être ça l’intellectualité)
V-
- Ainsi je trouve que nous sommes après le conflit modernité/post-modernité et qu’il peut, qu’il doit être dépassé. Je prône un régime de sens procédural, diplomatique sur une ontologie du
devenir, ontologies partielles, une éthique conséquentialiste, pragmatiste, la méthode du jardinier plutôt que celle de l’ingénieur, une ontologie minimale, de basse intensité, ontologie de
l’entre-deux et d’un rapport à l’autre non immuable, une ontologie du lien à la biosphère (jusqu’à la minéralité)
- la modernité a un tropisme vers la vérité ; la post-modernité a un tropisme vers la dilution, le flux, la dématérialisation. Banco donc pour une matérialité sans vérité. Mais comment
définir, sans trop, celle-ci ?
- privilégier l’esthétique sans dilution dans le signifiant, une esthétique de la confrontation ; aller vers une pensée de reliaison contre l’abstraction, la réification mais aussi le sensualisme
la mobilité, le particularisme. Autant de chemins vers l’absence au monde (il y en a bien d’autres). Une éthique et une définition de l’homme par éviction, avec inventivité normative pour
civiliser l’hétérogène sans le ramener à l’homogène, une éthique qui se décide en situation, une cohérence subjectivement élaborée par les personnes dans l’individuation sans recours à
l’abstraction holiste du « nous », facilité inopérante.
- il faut en même temps aller vers du commun, lui-même non donné et révisable mais quand il n’émerge pas, le compromis nous amène sur une position moyenne et l’espace politique, comme celui de la
relation à l’autre chapeaute l’affaire
- la culture de la palabre. Aujourd’hui l’humanisme classique est sur la défensive (voire réactionnaire), pris en étau entre les non laïques et les technophiles, le capitalisme de l’innovation.
La philosophie peine à intégrer les données de la biologie, la psychologie, l’anthropologie, l’éthologie… sur la conscience, l’émotion, le raisonnement….
- nous devons penser une production sans auteur où les évolutions ne sont plus des adaptations. Le régime démocratique complique une situation déjà complexifiée par l’augmentation de notre
puissance avec des temporalités différentes entre l’innovation scientifique et les progrès institutionnels, politiques
- le capitalisme ramène tout à la valeur d’échange, réifie, abstractise le monde (voir les mathématiques financières), dématérialise mais augmente et fournit de la matière via la prolifération de
nouveaux objets, joue le monopole et le particularisme à la fois, l’individualisme. Marx voyait l’émancipation comme retour à la particularité, l’art comme antithèse à la marchandise mais
aujourd’hui nous ne pouvons lui opposer ni des rigidités et donc le marxisme ni une critique ou une pratique artiste soluble quoiqu’elle fasse dans la segmentation du marché…la diversification
croissante des biens et des expressions étant présentée comme un service parmi les services
VI- Dans le champ politique, l’élection est pour moi un rétrécissement de celui-ci. Le moment du vote utile, stratégique, pas l’expression de son identité, pas un processus d’identification.
(L’identité devrait toujours être tierce : héritée donc de groupe, individuelle donc de liberté par rapport au groupe et procédurale c’est-à-dire tournée vers ce qui va émerger). Quitte ensuite à
s’opposer à l’intérieur du cadre donné, faire valoir les marges. Il faut donc assumer la schizophrénie dans la dialectique particulier/commun. La radicalité est nécessaire mais elle est refuge
pour trop d’imbéciles. N’est pas révolutionnaire qui veut ! Le spontanéisme, la diabolisation de la technostructure n’aboutit qu’à une inculture de celle-ci et donc la renforce. Il faut en
politique trouver au mieux du commun sinon du compromis lorsque le champ se rétrécit puis l’élargir au quotidien par l’expression de sa radicalité. Celle-ci poussée à son terme aboutit à un
style, est une esthétique.
VII- Le TCE. Voir les 2 textes que j’ai écrits à l’époque pour une revue. Ils étaient une photo juridique du rapport de force politique à un moment donné et en faisant évoluer le rapport, on
pouvait tout à fait par la suite faire évoluer le cadre juridique. Donc le problème n’est pas le texte mais l’état du rapport de force. Le gauchisme français est une culture du groupuscule. Il se
piège tout seul car à force de charger la barque sur ce qu’il faut renverser, de globaliser à son tour, il n’y a plus d’extériorité. Le but n’a jamais été la pédagogie populaire mais seulement
d’enrégimenter. Un réformisme radical a besoin d’une boîte à vitesse de contestation selon la topographie. La première chose à éviter c’est la démagogie car le besoin d’une société civile
clairvoyante est la première condition de tout changement profond. Au final, énorme gâchis. Chirac plutôt que Jospin. Immobilisme, cynisme, perte de crédibilité du pays dans le concert européen.
Le TCE en 2005 est une victoire à la Pyrrhus. Les élections de 2007 = fin de partie et on n’est pas prêt de faire re-émerger quelque chose de construit comme c’était possible en 1995-2000. La
prochaine réaction sera épidermique, désordonnée et si elle est d’ampleur débouchera sur plus d’ordre, plus de peur, plus de sécurité, plus de clivages. La considération du temps long n’y change
rien car les effets sont structurants (orientations, nominations, banalisation des représentations collectives) et l’Europe aujourd’hui n’a plus la main, la France encore moins et les gagnantes
technico-économiques imposeront leurs valeurs.
VIII- Le commerce équitable.
- le problème du local, du choix individuel de consommation, du « small is beautiful » de l’action politique
- celui de la transformation politique (autre que le retour mécanique du PS au pouvoir), du mouvement social, de la montée de la société civile, du changement de seuil, d’échelle
- la version agricole : côté produit, caddy, santé, on crée un label, le plus souvent pour une clientèle aisée ; côté filière : structures foncières, politiques publiques, para-agricole, filières
induites, macro-économie
- la perversion de la mise en linéaire de tout concept : il devient segment, niche pour une « élite » morale avec un processus d’identification, de distinction, une mode et non les bases des
conditions de production ordinaire ; il s’agit des « puristes » du toujours plus et tout, tout de suite, majoritaires dans les instances de représentation (associations, syndicats…) et
minoritaires sur le terrain
- la prolifération de labels (bio, équitable, fermier, naturel, label rouge, labels qualité…) les assimile à des marques ; la lisibilité est très difficile à encadrer même avec volonté
politique
- pour autant, la certification de droit public est indispensable même si elle n’est pas toujours perçue par le consommateur
- mais là autre problème : elle convoque des normes politiques qui sont en même temps culturelles, relatives
- l’exemple des AOC, appellation relative à un terroir ; cette notion n’est pas transcendante, elle a un contenu historico-géographique, humain autant que scientifique ; elle se réfère au milieu,
au climat, au sol, mais aujourd’hui, le climat change, le sol se modifie avec les pluies acides ou la pollution souterraine ; il va falloir réviser les décrets ; l’appelllation fige une offre en
face d’une demande qui évolue ; les vins pétillants sont très demandés aujourd’hui par Japonais, … qui font évoluer les goûts ; l’appellation a aussi un contenu différent en France, en Italie et
en Espagne, elle ne recouvre pas la même signification d’où trop de particularité menace la particularité ; elle restreint la quantité d’un produit donné donc le prix est artificiel ; c’est du
protectionnisme pour les anglo-saxons ; bref elle encadre une notion de qualité qui doit plus à un référent culturel qu’objectif. Donc soit elle devient une norme parmi d’autres et c’est la
guerre de la visibilité, commerciale, publicitaire… soit on va vers une norme internationale de la qualité négociée par négociation…
- pour le commerce équitable, le référent est plus souvent la juste rémunération du producteur mais parfois aussi l’environnement, la tradition, le patrimoine, la qualité, l’authenticité ;
faut-il rémunérer le travail traditionnel ? dans des conditions de faible productivité ? au nom de quoi ? du chômage, de l’aménagement du territoire, de la supposée qualité supérieure du produit
? quand c’est le cas, ça devient une niche de luxe ; si ça ne l’est pas, pourquoi produire plus cher ce que l’on peut produire moins cher ailleurs ? c’est non équitable pour le consommateur dans
une économie de marché ; sinon place à la subvention pour baisser le coût de production ; certains pays font le choix de l’aide à la consommation. Donc là encore, on est sur de l’économie
générale qui doit tenir compte de l’ensemble des problèmes ; se réfugier dans un label est une impasse ; ça ne « sauve » provisoirement que l’acheteur.
- (chez moi, je peux faire de la patate ; elle sera bien meilleure qu’ailleurs vu que la terre ne teint pas l’eau mais elle sortira à 15 euros le kilo)
- je ne te donne que quelques aspects techniques de ces questions plus complexes qu’il n’y paraît mais qui peuvent trouver leur arbitrage
- l’essentiel concernant la consommation responsable ou le local pour agir sur le global ou… reste que cela concerne le champ politique qui se situe entre les moments névralgiques de la politique
représentative et que c’est à propos de celle-ci que nous sommes impuissants.
Thierry Bartoli
Par grossel
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Publié dans : T.B.
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