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de leurs territoires
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à la manière du sable
partout
chaque trou
ils ne contrôlent pas tout
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sans rien déranger
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de l’inattention
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de la distraction
quand l’habitude
fait voir
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où l’on avait choisi
un emplacement
sans rien emporter
en laissant tout
en place et en plan
partir
sur la pointe des pieds
crainte de gêner
en faisant du bruit
pas d’itinéraire
à suivre
les pères
ne transmettent pas
leurs repères
pas de voie à ouvrir
les fils
n’héritent pas
de vos repaires
le désert
efface
toute trace
de réussite
hargneuse
tapageuse
de qui a fait
son chemin
ne pas s’attarder
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n’aimer que
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J.C.Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

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Les agoras d'ailleurs existent depuis octobre 1995. Elles se sont déroulées, une fois par mois, jusqu'en décembre 2004, à la Maison des Comoni, le théâtre du Revest.

Depuis 2005, les agoras sont nomades. Les intervenants sont multiples: collectif informel d'auteurs, de penseurs, de chercheurs, de gens.
D'octobre 2008 à mai 2009, séances aléatoires  aux Chantiers de la Lune à La Seyne-sur-mer  et à la médiathèque d'Hyères, consacrées à Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Marcel Conche, André Comte-Sponville, au hasard et à d'autres thèmes.
Une douzaine de contributeurs proposent plus ou moins régulièrement des analyses, des articles, des billets d'humeur, des aphorismes.
Les textes mis sur ce blog peuvent être utilisés à la seule condition d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.


Samedi 6 juin 2009
Nathalie Rocailleux
Psychologue clinicienne
Directrice AFL TRANSITION, Toulon
Chargée de cours à l’Université de Provence, UFR de Psychologie Clinique, module « Enfance éthique et société ».



La discipline à l’épreuve de l’éducation

L’enfant naît avec un fort potentiel de développement intellectuel, affectif et social. Cependant, comme le seul bain de langage sera insuffisant pour l’amener à comprendre et à bien maîtriser le sens, l’immersion en milieu structuré (famille, société) demeurera également insuffisante pour forger un adulte accompli et émancipé, doté de raison, de discernement et d’intelligence.

Les objectifs de l’éducation sont multiples: Il s’agit de mobiliser et d’épanouir l’intelligence sociale et psychoaffective en permettant l’existence d’une estime de soi suffisante, en instaurant des règles de vivre ensemble qui comprennent au plus profond d’elles même les prohibitions universelles et notamment l’interdit du meurtre et l’interdit de l’inceste. Il s’agit également de développer les capacités conceptuelles et symboliques (langage, sens, culture) ; de développer l’intelligence cognitive (logique, adaptation, combinaison) ; de développer l’esprit critique et les capacités d’introspection et de changement.
Au final, il s’agit d’émanciper de l’autorité d’un tiers pour rendre autonome et éclairé.
Enfin, le but ultime de l’éducation réside dans le fait de pouvoir forger un citoyen épanoui capable d’esprit critique et qui le soit avec discernement et lucidité.

Ce sont les interactions précoces du nourrisson avec son entourage affectif familial qui permettront la toute première ouverture au monde. Cette ouverture se traduit chez le nourrisson par une soif intense de relations affectives qui admettent d’ordonner et d’intégrer précocement  les rythmes de vie.
Françoise Dolto parle de l’image inconsciente du corps pour évoquer la première structuration de l’esprit humain à travers les soins donnés au corps du tout petit. La manière dont il est porté, rythmé, regardé, la manière dont on s’adresse à tout son être réglemente imperceptiblement son rapport au monde. Là, se situe l’intégration des premiers interdits, des premières « manières » de vie, des codes sociaux.
Lorsque le nourrisson perçoit un agacement dans la fatigue du parent qui doit se lever la nuit, le rythme familial et social s’impose à lui. Cela ne signifie pas qu’il comprenne consciemment que ses parents sont fatigués mais cela signifie qu’il en perçoit quelque chose de négatif, de moins agréable dans la relation. Un nourrisson n’a pas la conscience d’être au monde, il a ce que l’on pourrait appeler « le sentiment continu d’exister ». En fait, il se sent au monde mais ne sait pas qu’il existe. C’est pourquoi le temps de la toute petite enfance reste inconscient mais marque nos esprits neufs pour toute la vie par l’intensité de ce qui est capté de l’environnement affectif et émotionnel pendant cette période. C’est justement pourquoi il est essentiel pendant ce temps là de considérer l’enfant comme une personne à part entière avec respect et considération, sans abuser de sa faiblesse. Les premières règles  auxquelles l’enfant se confronte sont souvent des règles non formulée et apparaissent très tôt, dès ses premiers jours de vie. Nous n’avons pas toujours conscience qu’elle relèvent de la discipline parce qu’elles sont banales et évidentes pour nous adultes. Par exemple, répondre ou ne pas répondre immédiatement à l’appel du nourrisson lorsqu’il pleure lui transmet un code de vie familial. Le fait d’habiller l’enfant lui transmet une autre règle, sociale cette fois, qui lui signifie l’importance de réguler l’accès au corps de chacun. Les premiers actes disciplinaires sont clairement signifiés par des « non » face à des situations dans lesquelles le petit enfant exprime une autonomie motrice nouvelle : il s’agit des « non ! » signifiés lors du change lorsqu’il tente de se retourner ou d’avoir des mouvements entravant les soins apportés. C’est bien dans les mouvements du corps et à travers le corps que la discipline se met en place en premier. Ce sont par ces premiers interdits induisant ses toutes premières frustrations (appelées par F. Dolto les « castrations symboligènes », et qualifiées de « clé de l’humanisation ») que l’enfant incorpore la maîtrise des désirs et des pulsions. Entre 18 mois et quatre ans, il est essentiel non seulement d’énoncer les règles clairement mais aussi d’expliquer à l’enfant le sens de l’interdit. A cet âge, si l’enfant transgresse une règle motrice (je t’interdis de monter sur le muret) et se fait mal, l’échec est en soit suffisamment une souffrance pour que ne s’y ajoute pas la sanction ou pire la moquerie de l’adulte (bien fait ! je te l’avais dit !). En revanche, un rappel de la règle assorti de l’expérience de l’enfant et de l’explication des risques lui permettra d’avoir confiance en la parole de l’adulte et d’intégrer l’autorité comme nécessaire et sécurisante. En étant énoncé et expliqué clairement, l’interdit doit pouvoir continuer de soutenir le désir de liberté et l’espoir de réussite de l’enfant.

Françoise Dolto a une approche de l’éducation qui va totalement dans le sens du respect de la personne humaine qu’est l’enfant. C’est elle qui a mis à jour les bénéfices de ce respect.  Elle va jusqu’à considérer, en observant le développement des enfants d’un kibboutz,  qu’une éducation permissive permet une plus grande intégration des interdits qu’une éducation répressive.
Nous pouvons penser, avec le recul que nous avons aujourd’hui concernant ces deux types de  méthodes éducatives que ni l’éducation permissive ni l’éducation répressive dans une société comme la nôtre ne permettent une structuration correcte de la personnalité.

Alice Miller dénonce les effets pathogènes des violences éducatives comme méthodes disciplinaires. Elle démontre avec force que les grands dictateurs de notre histoire, les meurtriers en série et les pervers sociopathes n’ont pas eu une éducation fondée sur des principes réglementés mais uniquement sur des désirs sadiques de soumission de l’enfant au pouvoir arbitraire de l’adulte. Loin d’être autoritaires, leurs parents pratiquaient l’autoritarisme et l’abus de confiance et de faiblesse pour imposer leurs désirs souvent intenables et irréalisables par l’enfant. Les abus psychiques et physiques auxquels l’enfant est soumis - humiliation, disqualification, coups, enfermement, privation de soins, exigences psychorigides, immobilité… -  n’ont jamais aidé personne à se construire. Ce sont des méthodes inhumaines qui ne permettent plus de socialisation possible.
Le centre AXIOME, centre de psychologie clinique appliquée de Toulon, reçoit régulièrement des adolescents qui présentent un refus de toute forme d’autorité pour avoir été soumis, dès leur plus jeune âge, à l’arbitraire du désir d’un ou de plusieurs adultes. Ces jeunes confondent autorité et autoritarisme.  En associant inconsciemment ces deux concepts, ils entrent en révolte contre tout ce qui fait loi. Ainsi leur révolte légitime contre la tyrannie familiale se détourne de son but et se transforme en révolte illégitime contre la loi sociale ; révolte au service de l’arbitraire et unique désir de celui qui la manifeste. Ces jeunes dits « tout puissants » ou encore « enfants rois » sont en fait des enfants victimes qui ont été et restent « tout impuissants ». Parfois, cette éducation tyrannique rend servile jusqu’à la folie (Cas de paranoïa du Président Schreber, in « mémoire d’un névropathe »). Elle peut également inhiber jusqu’à conduire au suicide, qui devient la révolte ultime retournée contre sa propre existence. Les conduites à risque, consommations de stupéfiants, scarifications, prises de risques vitaux… sont d’autres formes d’expression de ces tentatives de suicides.  Ici, la pathologie mentale et la révolte délinquante sont deux produits de l’éducation psychorigide répressive et arbitraire.

Mais de la même manière, l’éducation permissive soumet l’enfant à son propre désir qui est lui aussi arbitraire puisqu’il est le produit d’un principe de plaisir. L’enfant se confronte seul aux exigences sociales. Le milieu familial n’exerçant plus d’autorité, l’enfant n’est pas accompagné dans la nécessité d’intégrer certaines règles. Il échappe à l’autorité et de ce fait également au sentiment intérieur de sécurité qui se construit lorsque cette autorité est légitime et juste. L’éducation « permissive » paradoxalement ne permet pas de réfréner ni de maîtriser les pulsions et cela sera encore plus vrai si l’enfant est entouré d’adultes qui utilisent ce mode éducatif par économie. Françoise Dolto pensait que le « bain psychique » d’interdits et de codes sociaux dans lequel l’enfant était plongé dans les Kibboutz suffisait qualitativement et quantitativement à le structurer, à le discipliner, à lui faire intégrer les interdits fondamentaux.  Dans tous les cas, ce mode éducatif ne créerait pas de pathologies graves ni de perversions. Ce pourrait être possible si l’environnement de l’enfant assurait les deux conditions suivantes: la première est que ce type d’éducation  doit être une démarche parentale et non un moyen d’économiser l’énergie que le parent met dans l’éducation de ses enfants ; la seconde est que le milieu social soit très structuré et très présent voire que le milieu social remplace la sphère familiale (espace tribal par exemple). Si ces deux conditions ne sont pas réunies, l’enfant devient « abandonnique » et développe toutes les pathologies de l’enfant maltraité par négligences. En lui signifiant ainsi qu’il n’a pas de valeur, l’enfant a des risques certains de devenir un vaurien (vaut rien). Ce type d’éducation n’est tenable que dans un milieu de vie hautement structuré où la règle est énoncé et ou rien jamais n’est soumis à l’arbitraire.

Ainsi si depuis « Emile » de Jean-Jacques Rousseau l’éducation  ne se confond plus avec le « dressage » dans l’espace social, cela n’est pas toujours le cas dans l’espace privé et intime.
Il est à ce titre très important que la sphère professionnelle éducative soit au clair avec ses méthodes disciplinaires, son règlement, la place de chacun, autant qu’avec la signification de ce qui est mis en place : les règles et les méthodes d’enseignement des règles. Chaque institution doit pouvoir organiser les méthodes disciplinaires selon une autorité suprême que le chef d’établissement ou autre dirigeant sera en charge de faire appliquer. Il est important que cette autorité soit ferme et ne transgresse jamais. Le fait de transgresser la règle parce qu’on est dans une position de pouvoir est absolument anti-éducatif en cela que le message paradoxal qui est délivré est inacceptable pour l’enfant.  Au mieux, ce message peut avoir pour effet un fort sentiment d’injustice s’il concerne un enfant bien structuré, au pire il ne peut que conforter l’enfant dans le rejet de toute forme d’autorité s’il concerne un enfant déjà soumis dans son milieu familial quotidiennement au désir tout puissant de l’adulte. L’enfant ne désirera devenir adulte que pour prendre sa place de puissant et asservir à son tour le plus faible.

Pour autant, réduire l’éducation à la seule discipline ne permet plus d’y entrevoir le rôle émancipateur et implique de considérer l’enfant comme un être à dresser dans le but de le plier à une conformité absolue et normative. Cela génère forcément un effet pathologique et un assujettissement de la personne qui n’est dès lors plus sujet de sa propre histoire mais instrument de l’histoire d’un tiers adulte autoritaire ou d’une société malade. 
Cependant, la discipline ne doit pas rester extérieure au processus éducatif. Les méthodes disciplinaires sont des moyens, des outils pour permettre au petit d’Homme et ensuite à l’Homme tout au long de sa vie de maîtriser des processus internes de pulsions et de désirs.

L’autorité est l’outil par lequel une personne structure et contient ses règles de conduites et ses lois intérieures afin de pouvoir s’ouvrir aux nourritures intellectuelles et culturelles. Dans la seconde topique de la théorie Freudienne, c’est le Surmoi, partie composant l’appareil psychique humain, qui renferme la discipline et l’autorité qui la détermine. Mais sans autorité extérieure souveraine et commune à tous, le surmoi ne jouerait certainement plus son rôle. Qu’elle vienne d’un tiers éclairé et émancipé lorsqu’on est enfant ou de soi même lorsque la règle est bien intégrée, la discipline est toujours affaire d’autorité souveraine. La psychanalyse appelle cette autorité le « grand Autre ». Dans nos civilisations, l’autorité souveraine à longtemps été celle de la loi divine, elle est aujourd’hui affaire de Loi sociale, règlement intérieur institutionnel et Loi des Hommes écrite et exercée par un appareil judiciaire d’état.

Emmanuel Kant dans son traité de pédagogie nous enseigne que l’homme ne peut se structurer et se civiliser que s’il est d’abord soumis à des règles et codes de conduite. Ces règles doivent être imposées par l’adulte ayant autorité pendant le temps de l’enfance et l’enfant doit pouvoir s’y soumettre même s’il ne peut encore en saisir le sens. 
Sans ces règles, aucune culture, aucune éducation ne serait possible et l’homme demeurerait à l’état d’animal boiteux, amputé qui plus est de son instinct (l’enfant sauvage).

En 1010, le mot discipline originel désignait un petit fouet pour se flageller. Il permettait ainsi aux hommes d’église de se laver de leurs pêchers en les inscrivant dans leur chair pour ne plus les « oublier ». Aujourd’hui, nous savons qu’il n’est pas nécessaire de faire souffrir le corps mais qu’il est essentiel de le «contenir» (avec souplesse mais fermeté) pour structurer l’esprit.
 
Kant était déjà partisan de l’éducation non violente et émancipatrice de l’Homme et du citoyen. Il condamnait les processus selon lesquels l’éducation peut asservir sans émanciper.

La discipline ne va pouvoir exercer son rôle bâtisseur qu’à partir du moment ou elle n’est pas soumise à un système arbitraire. La règle, la loi viennent faire office de régulateur des pulsions et des désirs, et cela « au delà du principe de plaisir » (Freud). Sans discipline, point de valeurs, point de sécurité, point de libertés. 
Pour cela, il est impératif que la Loi soit au dessus des Hommes et qu’un système porteur d’autorité soit chargé de son application. Nous pouvons distinguer ainsi la discipline légitime de la discipline tyrannique.  Si nous soumettons l’enfant à une discipline fondée sur les seuls désirs du maître, cela promet un système qui ne saura ni humaniser ni civiliser: l’enfant est assujetti au maître mais n’est dès lors plus ni une personne ni un sujet de sa propre histoire. Il devient instrument, objet servile de l’histoire de l’autre. 
Les règles et méthodes disciplinaires fixées et expliquées par avance dans une démarche pédagogique, impliquent que l’enfant doive s’y soumettre et qu’elles doivent valoir pour tous. Cependant, elles impliquent aussi que l’adulte (le chef) puisse les appliquer pour tous également et n’en dépasse jamais les contours, même si cela lui déplait ou lui procure frustration ou souffrance.

La discipline intégrée dans le surmoi psychique représente ainsi la façon dont chaque personne a pris en elle les prohibitions universelles, les règles sociales spécifiques de notre environnement et les interdits singuliers particuliers. Il existe des méthodes disciplinaires néfastes et des méthodes constructives qui ouvrent l’esprit. Si la discipline imposée pendant l’enfance limite et organise nos comportements dans la vie adulte, elle doit pouvoir évoluer et changer -du moins en ce qui concerne les règles de vie singulières et non fondamentales- tout au long de la vie.
Nous pouvons mesurer la discipline constructive à cela qu’elle permet à un citoyen de réfréner ses pulsions, de vivre avec les autres en usant des codes et usages de son temps, de connaître le plaisir et l’épanouissement en même temps que d’être capable de révolte et de rébellion.

Il est important qu’une société sache se réjouir de produire des citoyens capables de révoltes organisées et légitimes. C’est un signe de bonne santé mentale et de vitalité. Il est pour cela nécessaire qu’elle ne confonde pas ce type de révolte avec la rébellion illégitime et arbitraire et surtout qu’elle ne tente jamais de faire croire à ses citoyens qu’il s’agit de la même chose, sans quoi son autorité risquerait d’en être affaiblie en même temps que sa discipline, sa sécurité et ses libertés. 



Par grossel - Publié dans : Nathalie Rocailleux - Communauté : La commune des philosophes
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Dimanche 14 septembre 2008
LA TRIMESTRIELLE
de l’Association Familiale Laïque TRANSITION

Le mot du poète:
Ayoub 3 ans regarde  sa  maman qui se brosse les cheveux: « maman tu as les cheveux qui tombent ? », « oui tu vois !», « alors maman tu es l’automne ! »

Mesdames, Messieurs, chers adhérents,

Nous sommes heureux de vous transmettre la Trimestrielle N°1 de l’A.F.L. TRANSITION. Vous y trouverez des articles concernant les différentes actions que nous menons pour et avec les familles.
Des articles de spécialistes touchant aux domaines de l’éducation, de la psychologie, de la scolarité, des modes d’accueil de la petite enfance et de l’enfance, de la puériculture, du droit des familles, des services offerts aux familles, du pouvoir d’achat, du logement, des questions de société, des  lois concernant la protection des plus  vulnérables…
Mais aussi et surtout, nous vous proposons un espace d’expression dans une rubrique consacrée à vos courriers.
Toute notre équipe vous souhaite une excellente rentrée 2008 et une très bonne lecture.

 
LA MATERNELLE, ECOLE DE LA VIE…

Votre «  tout(e) petit(e) » est « déjà grand(e) » : il ou elle vient de rentrer en maternelle ! c’est émouvant,  parfois un peu inquiétant….

L’ECOLE ! Combien de représentations mettons-nous derrière ce mot, combien de souvenirs, bons ou mauvais ? Lorsque c’est au tour de notre enfant d’y entrer, tout cela se ravive.
Mais que savons-nous de l’école ? Nos ressentis d’enfance, ce que peuvent nous raconter nos amis, les reportages vus à la télévision sont des expériences singulières, et ne peuvent suffire à appréhender ce qui fonde l’école aujourd’hui.
Les grands principes de l’école de la république, école Laïque, gratuite pour tous, garantissent que c’est un espace « de connaissances » et non « de croyances » (qui doivent rester dans l’intimité familiale). Et tous les enfants ont droit à la connaissance : connaissance des règles de vie qui font la société, apprentissages fondamentaux. Notre école se doit de garantir l’égalité des chances. Mais LA MATERNELLE permet avant tout l’habituation aux rythmes collectifs tout en demeurant très attentive aux rythmes intimes et aux besoins particuliers de chaque enfant. La maternelle est encore affaire de maternage où l’ apprentissage principal est « le VIVRE ENSEMBLE » et la médiation des règles par le langage. Surtout pendant la récréation, lieu où l’enfant va enfin essayer d’établir tout seul des relations avec un autre enfant ou un petit groupe. Ces premiers apprentissages demandent de la vigilance de la part de tous les adultes ensemble, parce que ces relations sont fragiles et doivent permettre à l’enfant de s’épanouir dans son rapport aux autres, de tâtonner sans nuire et sans qu’on lui nuise.
En pédagogie, l’école maternelle met l’accent sur le langage, d’abord oral mis très vite en lien avec le langage écrit à travers la lecture de livres et les contes, l’écriture de la date et de la météo au tableau. Ce sont autant de notions, avec la maîtrise du temps et de l’espace, qui sont décrites dans le « guide pratique des parents » transmis en début d’année par les enseignants.

Plus le parent sera rassuré et confiant dans sa relation co éducative et mieux l’enfant s’épanouira dans ce milieu essentiel à sa vie.  Il n’y a pas d’un côté ceux qui savent et de l’autre ceux qui ne savent pas : les parents connaissent mieux leur enfant dans la sphère intime, les enseignants connaissent mieux l’enfant social et apprenant. Ce n’est parfois pas « le même enfant » mais il est essentiel que ces « multiplicités » se rassemblent en un seul par l’échange et le dialogue, et que l’enfant soit compris par les adultes qui le guident.

LE COIN DES LECTURES
Pour aider l’enfant à mieux connaître, s’approprier l’école et en saisir le sens
   

Pourquoi lire des histoires aux enfants ?

Le bébé est très sensible à la voix et au visage de ceux qui l’entourent et la parole entendue permet au tout petit de s’approprier la musique de la langue. Les premières productions sonores de l’enfant, souvent imitées en jouant avec l’adulte sont une manière d’exprimer son intérêt pour celles-ci. Grâce à ces expériences, le bébé déploie lentement ses capacités à construire ses premières significations qui vont s’ancrer dans une soif de rythmes nourrie par les événements de sa vie (les repas, le sommeil, la présence et l’absence de la mère) mais aussi à travers les comptines, les berceuses, les histoires. Vers 10  mois, bébé pointe du doigt ce qui l’intéresse et partage avec l’adulte l’ouverture sur le monde extérieur, d’un regard conjoint. L’enfant montre, l’adulte nomme et reconnaît la pensée de l’enfant, les deux s’ajustent pour se comprendre.
Si on regarde un livre illustré ensemble, c’est une belle occasion de nommer ce que l’on regarde, permettant à l’enfant de s’approprier les mots de la langue. Puis vient le temps de raconter des histoires, de lire des textes pour lesquels l’enfant commence à comprendre le sens  en étant d’abord attaché à la musique de la parole,  ce qui lui permettra de découvrir le sens des mots, puis qu’une histoire veut dire quelque chose et cela rend le livre très attirant pour le bébé.
Entre 2 et 3ans c’est l’age d’or pour lire des histoires à voix haute, faire découvrir le plaisir des récits et aiguiser leur appétit et curiosité. Entre 3 et 5 ans c’est la langue du récit, un langage raconté, une langue plus structurée qui exprime la pensée avec des mots différents du langage quotidien, qui permet parfois de se comprendre à « demi mot » dans une situation vécue ensemble. Dans les livres les enfants trouveront des alliés pour mieux jouer avec la réalité, avec les limites, à ce qui est « pour de vrai » ou « pour de faux».

LA  PAUSE PARENTS

3 établissements vous accueillent :BRIGNOLES TOULON OLLIOULES

Des gestes  pour prendre soin de l’enfant:
Monique et Jacqueline, toutes deux infirmières puéricultrices expérimentées dans l’accompagnement des jeunes parents guident les gestes de soin dans une approche très individualisée et adaptée à votre enfant. Elles accueillent les jeunes parents avant la naissance de leur enfant et dès la sortie de la maternité. Toutes deux spécialisées dans les premières relations mère-enfant, elles accompagnent l’allaitement et le sevrage en douceur à votre rythme.

Eduquer sans violence « pour humaniser » :
Les psychologues sont présents sur tous les ateliers et répondent aux besoins des parents et enfants présents. La psychanalyse a montré que l’éducation contrainte, le « dressage du corps de l’enfant » n’était pas nécessaire pour l’aider à devenir un citoyen respectable et respectueux. Pire, la violence éducative est le lit des violences sociales et des conduites à risque des adolescents.

Des lois et du cadre pour « civiliser » :
Cependant, il ne faut surtout  pas confondre non-violence éducative avec laxisme. L’enfant a besoin de repères et de limites cadrantes pour se construire. Pour cela, il a besoin que les règles soient dites par l’adulte et souvent répétées. Ce n’est que lorsqu’elles sont bien comprises que l’enfant peut tenter de les transgresser. Face à cela le parent doit être ferme et appliquer des mesures éducatives qui amèneront plus tard  l’enfant à comprendre le lien qu’il y a entre Loi et Liberté. Pour cela il faut que la loi soit valable pour tous. Sinon, c’est la loi du plus fort qui s’applique et c’est la dictature.

Un exemple :
L’enfant n’a pas le droit de mordre parce que cela fait mal, et parce qu’au bout de la chaîne, il n’aura pas le droit de tuer ni de contraindre le corps d’un autre : l’interdit s’impose donc et il est impératif que l’adulte ne passe pas de message paradoxal :par exemple,  mordre l’enfant pour l’empêcher de mordre est tout à fait nuisible au message que l’on veut faire passer : à la place de « personne n’a le droit de faire mal à personne » on fait passer « tu auras le droit de faire mal quand tu seras fort et grand » : paradoxe qui peut avoir de lourdes conséquences y compris sur les conduites à risque à l’adolescence…

LES MASSAGES POUR BEBE
Jeunes parents, venez vous initier aux baby massages tous les lundis et vendredis à 10h et 15h à TOULON, jeudis à BRIGNOLES et mardis à OLLIOULES.
Ateliers gratuits pour les adhérents
Pause parents : 04.94.92.74.21
 
l
FORMATIONS POUR LES PROFESSIONNELS
« BABY MASSAGES ET BIENTRAITANCE »
prochaine session novembre 2008



LE CENTRE AXIOME
Un centre de psychologie appliquée à Toulon


Le centre de psychologie appliquée « Axiome », nouvel établissement de l’AFL TRANSITION, ouvrira le 15 septembre au 1er étage du 13 pl Bidouré à Toulon. (au dessus de la Pause Parents de Toulon). Il accueille des enfants qui ont besoin d’un bilan psychologique complet (intellectuel- affectif- de personnalité- cognitif) ou plus ciblé. Le centre AXIOME permettra de partir des  « diagnostics » pour travailler en lien avec les parents et les équipes enseignantes afin de construire un véritable projet personnalisé pour l’enfant (scolaire, périscolaire, familial, médicosocial).
Le centre assure également les suivis psychologiques des enfants et des familles. Ces consultations sont  individuelles ou/et familiales (selon les besoins évalués).

Des psychologues POUR TOUS
Si les enfants  ne rentrent pas dans des dispositifs particuliers, les familles peuvent prendre rendez vous auprès de notre secrétariat et bénéficieront de bilans et de consultations à un tarif aligné sur le Quotient Familial, c’est à dire en fonction des revenus de la famille.
Les enfants rentrant dans un parcours particulier tel que le Programme de Réussite Educative et orientés par les Mairies et écoles,  bénéficient d’une prise en charge totalement gratuite.

DANS TOUS LES CAS, LES BILANS ET CONSULTATIONS RESTENT SOUMIS AU SECRET PROFESSIONNEL ET NE SONT COMMUNIQUES AUX PARTENAIRES QUE PAR LA FAMILLE OU AVEC SON ACCORD PREALABLE.
Pour prendre rendez-vous : 04 . 94. 92. 74. 21.
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Bulletin d’adhésion
En adhérant, vous prenez des décisions et élisez vos représentants dans la politique familiale du Var et Nationale

Cotisation simple : de 1 à 20 € ( selon revenus)
Cotisation de soutien : de 20 à 100 €
Cotisation de bienfaiteur : 100 € et plus

Nom :…………………… . ..…prénom……………………………
Adresse :……………………………………………………………..
Tel et @mail : …./…./…./…../…./………………..@....................
Dates de naissance des enfants :



L’A.F.L. TRANSITION a été reconnue d’intérêt général. A ce titre, elle accepte les dons et délivre une attestation fiscale qui permet de déduire 70% du don ou de la cotisation de vos impôts.

Renseignements auprès d’Evelyne au 04.94.92.74.21.
AFL TRANSITION,13 Pl BIDOURE  83200 TOULON


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : Nathalie Rocailleux
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Mercredi 28 novembre 2007
H85-C.JPG LES « PAUSE PARENTS »,
...de la prévention primaire précoce 
 
Dans les années 40 à 60, les enfants partaient à l’école sans être accompagnés de leurs parents. On ne leur posait pas de questions sur l’itinéraire emprunté ou la qualité de la journée scolaire.
On laissait pleurer les nourrissons qui s’endormaient d’épuisement, (« ça leur fait les poumons !», disaient les grand-mères), et étaient, pour la majorité, allaités au biberon. Les poussettes étaient tournées vers la route, on ne prenait les bébé dans les bras que rarement, et ce, afin qu’ils supportent très tôt la frustration et qu’ils s’endorment de manière autonome, sans gêner les adultes. Pour autant, les parents n’étaient pas considérés comme démissionnaires. Aujourd’hui, le fantasme de l’enfant auto construit est (presque) révolu. Les mères se remettent à allaiter malgré leurs obligations professionnelles et sociales, les pères revendiquent leur place. Les psychanalystes (F. Dolto, A. Miller, de B. Thys…) ont donné les moyens aux parents de comprendre l’enfant, ses besoins, et face à lui, l’adulte qui peut être humanisant et civilisateur mais aussi aliénant, abusif et pathogène. Les parents d’aujourd’hui se questionnent beaucoup. Jamais trop. Pourtant, les mères travaillent, les parents divorcent. Ce qui a donc fait changer ces rapports parents enfants, ce n’est pas tant la quantité de temps passé à s’occuper de l’enfant, c’est bien la qualité du regard que les adultes posent sur lui. Et surtout, les parents de tous les milieux se questionnent non plus uniquement sur la survie physique du nourrisson, mais aussi sur son développement psychique, son bien être psychologique, les évènements traumatiques qui peuvent l’affecter. Ils se questionnent sur les concepts éducatifs, sur l’éventuelle souffrance qu’occasionnerait le fait d’en rester à une éducation traditionnelle fondée sur la soumission à des principes arbitraires vidés de leur substance morale. La majorité des parents ne veut plus considérer l’enfant comme un objet d’appropriation, du moins, elle tente. C’est le début d’une révolution: l’avènement du concept de parentalité.
La souffrance et les humiliations de l’enfance permettent parfois aux parents de ne pas répéter leur histoire traumatique qui devient le moteur de la démarche du questionnement de l’adulte devenu. Mais souvent aussi, elle leur  permet d’en conclure que le traumatisme était « bon » puisque eux, sont devenus « respectables ». La psychanalyse a démontré qu’il n’est pas besoin de traumatiser le corps ou l’esprit pour que l’adulte devienne suffisamment bon. Elle démontre même que le traumatisme gratuit, les violences morales et physiques sont pathogènes. Autant que les négligences et les carences.
Devenir parent aujourd’hui ne va donc plus de soi. Pour autant, la politique de la compétence, dès lors qu’elle touche la sphère familiale et l’intimité d’une relation, peut devenir destructrice. Elle peut réduire, voire abolir, la capacité à rechercher par soi même des réponses adaptées à cet être si complexe, si singulier, dont nous sommes responsables. Elle peut aussi amener les professionnels à ne vouloir présenter qu’une « pensée unique » comme réponse à l’angoisse des jeunes parents et à leur propre angoisse. Mais une réponse unique de type « recette », sera la plupart du temps insatisfaisante et inadaptée. Aujourd’hui, le désir d’enfant ne suffit plus. Transmettre des principes vides n’est plus satisfaisant.
S’il s’agit toujours, en devenant parent, d’achever son statut d’adulte, il faut en outre être  « bon »  pour l’enfant et pour les générations futures, il faut penser l’éducatif, penser l’intérêt supérieur de l’enfant dans des situations quotidiennes : séparations, recomposition familiales, adhésion à des mouvements de parents d’élèves….  Pourtant, la peur de ne pas être à la hauteur ou, à l’opposé, la simple répétition de principes éducatifs, peuvent nuire gravement à l’enfant et à son devenir.
La prévention primaire se situe en amont d’une situation de carences, maltraitances, négligences faites à l’enfant. Elle touche ainsi tous les jeunes parents. Plutôt que de se positionner dans la logique actuelle de repérage qui force les professionnels à porter un regard suspicieux sur les familles,  elle devrait tendre à entendre leurs questionnements et leurs difficultés le plus tôt possible dans la vie de l’enfant afin de les aider à ne pas s’enliser dans la culpabilité du manque de  performance ou le recours inconscient à des situations de répétition. Tout en s’appuyant sur leurs capacités propres d’adultes responsables à venir demander une aide. Le repérage, qui au demeurant est également indispensable, devrait faire partie de la prévention secondaire, dans l’amorçage de mesures curatives administratives ou judiciaires.
Aujourd’hui, ces jeunes parents n’ont encore à leur disposition que très peu de structures capables d’accueillir leurs souffrances et leurs craintes sans les stigmatiser.
Développer des lieux qui ne seraient pas de simples « lieux d’accueil Enfants-Parents », mais aussi et surtout des « lieux d’écoute et d’accompagnement à la parentalité » de qualité, dotés de personnels cliniciens spécifiquement formés, ne coûterait  pas beaucoup plus cher et permettrait de développer en France une véritable politique de prévention primaire. Le parent, partant de ses propres aptitudes à apprécier ses difficultés, pourrait ainsi trouver des lieux ouverts de proximité, désamorçant précocement les situations pathogènes. En assurant lui même la protection de son enfant, le parent sauvegarderait  auprès de lui sa place d’adulte référent. Loin de se substituer aux dispositifs de protection de l’enfance déjà en place, les dispositifs de prévention précoce les compléteraient pour favoriser un travail de qualité.

C’est le cas dans le Var où l’ « Association Familiale Laïque Transition » a crée, depuis 2000, des lieux ressources pour les jeunes parents : les « Pause Parents ». Ce sont des structures d’accompagnement en périnatalité et pour les jeunes parents d’enfants âgés de 0 à 6 ans. Ils accueillent les parents avec leurs enfants de manière anonyme.
Ces lieux ne font ni partie de l’hôpital, ni de la PMI, ni de l’ASE mais travaillent parfois en lien avec ces institutions lorsque les parents le demandent. Ils offrent la possibilité de rencontrer des professionnels stables (psychologues cliniciennes et puéricultrices) spécialisés dans l’accompagnement à la parentalité. Ce sont des lieux ressources associatifs, qui permettent de travailler à la fois sur l’espace  privé, depuis l’histoire de chacun, et sur l’espace public, depuis l’insertion sociale du parent. Hors du champ institutionnel, les personnes qui y viennent sont aussi adhérentes et peuvent ainsi prendre part à la vie de la structure.
En créant cet entre-deux entre la sphère privée intime et la sphère publique socialisante, il s’agissait symboliquement de considérer le nourrisson comme issu d’un désir privé mais faisant partie, dès qu’il naît, du domaine public en sa qualité de sujet social.
Aussi, la Pause Parents, située au coeur d’un quartier populaire, est aménagée en appartement afin que les gestes, la parole, ce qui est amené et travaillé, puisse être ramené le plus aisément possible dans la sphère privée du domicile et inversement. Une chambre est le lieu de soins des nourrissons, espace de baby massages d’éveil (Shantala) qui permettent au parent d’oser expérimenter le doute et le tâtonnement, pour trouver la réponse la plus adaptée à son enfant. Une cuisine permet la confection des repas qui sont pris en commun; Sur le mur de la cuisine, ces quelques mots : « A chaque repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir, la place demeure vide mais le couvert est mis ». Chaque parent apportant à tour de rôle son savoir faire traditionnel (ou pas) culinaire et le transmettant aux enfants plus grands et aux autres parents. Une salle de séjour, accueille les ateliers de créativité et d’éveil, les repas, les goûters. Elle est séparée d’une salle de jeux libres pour les enfants, qui peuvent s’éloigner et perdre de vue leurs parents, à leur rythme. Une salle d’eau et des toilettes permettent aux plus grands d’apprendre la propreté en respectant leur intimité et en encourageant la pudeur émergeante. Le rythme intime de chacun est respecté le plus largement possible. Les familles arrivent à l’heure qu’elles désirent, (hormis pour les repas et les consultations), et partent quand elles le veulent. S’inscrire à une prochaine séance est souhaitable, mais les parents peuvent venir spontanément en prenant le risque de devoir repasser. Les consultations individuelles avec le psychologue se déroulent dans le bureau, seul lieu formalisé de la maison.
Rassurer, contenir, aider à cheminer sur les questions essentielles, tout en permettant de jouer et rejouer auprès de l’enfant, les soins, les gestes du quotidien, telle est la vocation des « Pause parents ».
Ici, le temps de l’accueil est fondamental. La façon dont nous accueillons l’enfant et son parent parle de la valeur égale de chacun, de l’individuation parent-enfant mais aussi du « vivre ensemble ». Nous accueillons chaque personne séparément : nous nous adressons à l’enfant par son prénom, nous nous présentons par nos prénom mais désignons également notre fonction. L’accueil devient ainsi un temps de séparation psychique parce qu’il parle aux parents de  l’enfant « autre », de l’enfant « sujet ». Par cela, l’accueil peut parfois aider l’adulte à prendre conscience du fait qu’il a été vécu lui même, dans son enfance, comme objet instrumentalisé. Cet accueil permet déjà pour un temps bref, de ne plus de vivre l’enfant comme un simple prolongement de soi.
Les professionnels, tout en veillant à ne pas devenir intrusifs, sont particulièrement attentifs à la posture et au portage des nourrissons qui sont extrêmement symboliques de la manière dont on estime l’enfant. La manière dont son corps est (con)tenu dans les bras du parent, parle des limites sécurisantes que ce dernier est capable de lui donner. Sans être prédictif, cela parle aussi souvent de la manière dont l’adulte pourra aider psychiquement l’enfant à accepter les limites, les frustrations nécessaires, et à (con)tenir ses propres pulsions.
L’écoute qui résulte de ce premier contact est importante : nous accueillons la demande initiale du parent qui est souvent en quête d’une aide ponctuelle. L’accompagnement à l’allaitement, l’agressivité de l’enfant, la socialisation, l’éveil, une rupture dans la vie familiale, des violences conjugales…sont souvent à l’origine de la première démarche.
Le travail autour des soins quotidiens et du baby massage est un bon outil de médiation pour le travail psychique. A la Pause parents, les soins sont toujours donnés par les parents. Les professionnels suppléent le moins possible. Le nourrisson a besoin que l’on s’adresse à lui par son corps, la manière de le porter, de le nourrir, les interactions posturales. C’est par ce « langage infra verbal » que le parent créera ou non un sentiment intérieur de sécurité et le « sentiment continu d’exister » précurseur de la conscience de soi. De même, la stimulation de la pulsion de vie à travers les baby massages d’éveil, permet la mise en place d’une image du corps satisfaisante. Racamier, psychanalyste, parlait de « maternalité ». Si la mère ne peut donner cela à son enfant, et uniquement si toute tentative a échoué, alors il est important de la suppléer le temps de faire naître chez l’enfant ce sentiment « sécure » si important pour son développement affectif. On voit alors des nourrissons donner à leur mère par leurs interactions et leur tonicité, la confiance nécessaire pour qu’elles poursuivent leur maternalité sans problème. L’accompagnement de l’allaitement d’une mère qui veut vraiment allaiter et est en échec après la sortie de la maternité, est très important pour soutenir sa confiance en elle et sa maternalité.

Les processus identificatoires inconscients (ce que les parents donnent à voir au quotidien, parfois en totale dysharmonie avec ce qui est verbalisé) ne parlent pas seulement de ce que les parents savent. Ils parlent également de ce qu’ils sont, eux, profondément et de leur histoire d’enfant, de la manière dont ils ont été également considérés, de la manière dont ils se sentent considérés par leur environnement familial et social. Il  nous arrive parfois sur les ateliers au grès des « évènements », d’interroger la relation asymétrique nécessaire que le parent doit avoir avec son enfant pour disposer de l’autorité structurante. Les parents en réfléchissant, dans ce lieu où l’on fait comme à la maison mais loin des tâches matérielles du quotidien, souvent autour du repas pris en commun (la question de ce qui est bon pour l’enfant se pose alors avec plus de netteté), en arrivent à concevoir que c’est la demande de satisfaction de l’enfant qui n’a pas la même valeur que le désir de l’adulte mais que l’enfant lui-même, dans sa dignité, a la même valeur que l’adulte. Pourtant, l’enfant, à travers ses demandes de satisfactions perpétuelles, désire que l’adulte lui impose les limites qui vont l’humaniser et lui permettre de vivre comme un individu social acceptable. Mais ce désir est inconscient. C’est de sa propre valeur dont tout son être est en quête dans sa demande de limites. Cependant, les adultes ont si souvent abusé les enfants par le passé, par des positions autoritaristes, que l’adulte d’aujourd’hui peut parfois culpabiliser de devoir s’opposer au désir de son enfant. Autorité et autoritarisme sont associés dans ses représentations. Il est important alors d’offrir des espaces ressources pour aider ces nouveaux parents à distinguer, depuis leur propre histoire, les culpabilités qui sont saines de celles qui peuvent devenir pathogènes. Pour cela, il faut aussi pouvoir accompagner le nécessaire apprentissage de la contenance psychique des pulsions, la conscientisation de la nécessité de la frustration qui permet l’accès au langage ( cette frustration est une des « castration symboligène » évoquée par Françoise Dolto).
Les professionnels de la parentalité savent aujourd’hui, que devenir un parent « responsable » ne se décrète pas plus que de devenir « désirant » ou de « ne plus culpabiliser ». Cela se travaille profondément auprès de professionnels ayant les compétences requises pour ce type d’accompagnement.
Cependant, plus le travail avec les jeunes parents se fait tôt dans la vie de l’enfant, plus nous prévenons  les violences familiales, sociales et les pathologies mentales.

Pour cela, il faudrait laisser aux parents, la chance de réapprendre à tâtonner, à redevenir des chercheurs et des explorateurs.
C’est peut être cela que l’on  perd dans les « logiques de résultat » : cette faculté à réaliser que l’on ne sait pas, que l’on s’est trompé et à savoir présenter des excuses lorsque nous avons pu nuire par abus ou erreur, y compris et surtout à l’enfant.
Il est impératif de laisser la chance au parent de rester à sa place d’adulte référent auprès de ses enfants en lui permettant de faire lui même la démarche de la demande d’aide.
La petite enfance est le temps de la construction de la considération et de la dignité humaine. Elle est le temps, avant de se savoir exister, de se sentir exister. Le nourrisson sent qu’il est au monde plus qu’il ne le sait. Il s’imprègne de la considération que l’adulte a pour sa personne et pour son devenir.  Il s’imprègne aussi de la considération que la société a pour lui et pour ses parents. Si l’on regarde d’emblé son parent (premier adulte auquel l’enfant s’identifie) comme un « fragile potentiel » et non comme une personne forte, ce sont tous les possibles processus identificatoires positifs que nous enlèverons à l’enfant. Cette société deviendra pathogène parce que paternaliste.
En soutenant mieux les parents dans ce qui se joue intimement dans leur parentalité pendant ce temps de la petite enfance, c’est toute la base de l’humanité en l’enfant et de la considération sociale de sa valeur que l’on soutiendra.

Nathalie Rocailleux
Psychologue Clinicienne
Directrice AFL TRANSITION fondatrice des « Pause Parents »
Présidente CDAFAL du VAR
Chargée de Cours à l'Université Aix Marseille I Psychologie Clinique et Psychopathologie

 
Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : Nathalie Rocailleux - Communauté : La commune des philosophes
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