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Les agoras d'ailleurs

Sur la refondation de l'école

Rédigé par grossel Publié dans #agora

Le gai savoir et la tradition critique

 

 

A propos de : Laurent Carle, Philippe Granarolo, Jean-Claude Grosse, Pour une école du Gai savoir. Un livre qui débloque, Les Cahiers de l'Égaré, 2004. Propositions pour la Présidentielle 2007, pour la Présidentielle 2012, et pour le projet Refondation de l'école voulu par le Président actuel… 

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Le rappel de ce texte vient à point nommé dans un moment où il est fait état de refondation de la chose scolaire. Il renvoie à ce qu’est la fonction d’une philosophie de l’action éducative, qui, dans la belle tradition humaniste et libérale, entendait s’attacher de manière obstinée à la réalisation concrète d’idéaux opposés à toutes les dérives de la logomachie et de l’académisme pompier.

 

Elle me plaît cette inversion salutaire de la logique d’échec qui consiste à décréter des cadres où la pédagogie aurait, éventuellement, sa place : ici, c’est la pédagogie qui préside à l’organisation scolaire, non le contraire. 

Il me convient, ce propos réaliste simple : tout ce qui s’est fait de grand l’a été à l’opposé des complications et des arguties. Des complaisances sophistes, vautrées dans le verbalisme.

 

J’aime alors bien cette idée d’aller contre le retour du scolastisme, à travers, par exemple l’encyclopédisme. Car le retour en force de ces attirances morbides comme celle du scolarisme, a abouti au désastre des deux dernières décennies : paradoxe d’autant insupportable que ce n’est pas faute d’être philosophiquement prévenus (tous les philosophes de l’éducation ont alerté sur les erreurs qui ruinent la chose éducative ; las ! nous récidivons) et historiquement instruits des risques de la sclérose et du dogmatisme. Pour reprendre le titre de Suzanne Citron (1971), l’école est toujours bloquée, et, qui plus est, hétéroclite et fractale, et chacun de se demander quels « leviers » vont venir à bout de cette ankylose. Comme il est bon alors de débloquer !  

 

La conjoncture, la possibilité entrevue d’un renouveau du débat, l’effervescence du milieu scolaire (mais pas nécessairement de l’ensemble de la communauté éducative), renvoie à nouveau aux propositions de bon sens pour une autre manière de voir : l’école, les savoirs, la pédagogie. Tout, de ce point de vue, est en place. Et tout a pu se faire, avec parfois peu de moyens, mais beaucoup de conviction.

 

Cependant, l’incroyable résistance à la valorisation des expériences réussies laisse pantois, surtout quand elle s’accompagne d’une proclamation d’urgence : elle relève autant de la ténacité du pouvoir que du maintien de croyances néo-cléricales, dont pourtant l’excellence de la philosophie nous a prévenus. Qu’importe. Nous étions avisés, instruits, éduqués. Qu’importe. Il fallait continuer, comme devant, à perpétuer un ordre obsolète, et stérile, pour des raisons idéologiques et politiques indignes de toute philosophie critique. C’est pourquoi il est bon que quelques voix s’élèvent, encore et toujours, pour dire, avec confiance, gravité,  simplicité, combien il serait salutaire de passer à une autre conception de l’éducation scolaire. Ce serait l’honneur, en particulier, des spécialistes du genre, de délaisser les vieilles lunes et les petits territoires, quand ce ne sont pas des égos démesurés, pour s’engager à nouveau, avec courage, détermination et enthousiasme, sur les voies d’émancipation et d’audace de la pensée éducative. A défaut, nous restons englués. Sans en saisir le bien-fondé ni comprendre où cela nous mène : cahin-caha, ou nulle part.

 

Ce texte vient à bon escient, pour rappeler ce que pédagogie veut dire : apprendre ne relève ni du technicisme, ni de l’idéologisme ; apprendre à apprendre prime toute acquisition particulière. Pour répéter que les « fondamentaux » sont de deux types : ceux qui touchent les contenus de connaissances du monde ; ceux qui relèvent des capacités : les méthodes de pensée sont liées à la promotion de la personne, qui, à l’âge du collège et du lycée, se construit. Il a ainsi été criminel d’abandonner l’accompagnement de l’émergence adolescente à l’autonomie et à la responsabilité. Pour rappeler que les « expériences à la marge » et les inventions modestes sont porteuses de « trésors de possibles » : les grandes avancées se sont faites dans d’autres lieux, sous d’autres modalités, etc. Elles sont toujours venues, comme ces plantes venues des lointains que l’on acclimate avec succès, comme de l’extérieur. Y compris au cœur du système éducatif où elles ont été considérées comme telles, et le plus souvent éphémères.

 

Et à chaque fois que nous n’avons pas été autoritairement empêchés de le faire, nous avons réussi sur ce mode de la  « pédagogie du projet » ici défini.  

 

Mobiliser ces principes de base vient opportunément pour rappeler que dans le contexte contemporain, il n’y aura pas de solution en dehors de quelques fondements de l’action éducative, auxquels résiste l’idéologie en place : principes de déconcentration ; d’intégration ; de démocratisation.

 

Il vient à pic pour rappeler que les grandes réformes ne peuvent se faire sur des bases périmées. Et que les problèmes tombent d’eux-mêmes dès qu’on change de logiciel. Bien sûr qu’on peut en effet, « tailler dans les programmes sans mauvaise conscience ». Mais le vouloir ? Nous sommes ici à l’opposé du vœu pieux : à  chaque fois que de telles maximes ont été mises en œuvre, elles ont montré leur pertinence et leur efficacité.

 

Il vient à propos, pour réfléchir à ce qu’est un « futur citoyen » : le slogan de la « citoyenneté », déconnecté d’une pratique démocratique réelle en milieu scolaire et fermé au monde, a été redoutable.  Il a sonné la charge de l’idéologie du discours paradoxal, qui est un comble insupportable : c’est là le point de faillite des « éducation à » qui ressemblent à autant d’annexes semblant s’excuser, et d’alibis sans frais. 

 

Il y aurait bien là quelques points d’échange sinon de controverse – par exemple à propos de ce que  « transmission veut dire » - mais c’est une autre affaire, et ce n’est pas ici l’essentiel. Qui est : nourrir d’idées simples et de vérités pratiques, de distinctions nettes, d’utopie réaliste, le débat sur l’éducation, nous aiderait à sortir de l’ornière Ce rappel de texte vient donc, enfin, à point nommé pour nous rappeler qu’il n’y a pas d’entreprise éducative sans horizon de sens.

 

 

Jean Agnès, novembre 2012

 


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