Mercredi 4 novembre 2009
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L 259
IN VIVO
À en croire la presse écrite, il existe en France un laboratoire social où se côtoient, se frottent les uns aux autres,
les riches, les relativement riches, et les pauvres, les absolument pauvres. Le “9-3“, le quatre vingt treize, St Denis en termes explicites. C’est Le Monde qui nous le dit après Libération qui
en causa quelque temps auparavant. On s’intéresse beaucoup aux conditions de vie dans ce haut fourneau de l’altercation entre les jeunes-de-banlieue et les forces-de-l’ordre : l’émeute en meute,
la meute répressionnaire (en l’occurrence, “répressive“ ferait chétif) et la menace du karcher sur la dalle, sont les éléments qui ont fait la réputation du lieu. Il y a aussi le stade. De
France. Le laboratoire. De la France.
En un mot, la recherche s’approfondit ici, in vivo, de savoir comment faire vivre ensemble pauvreté, misère même, et
richesse. Et comme il s’agit d’un « laboratoire » on imagine qu’il s’y fait de la trouvaille, partant de la médication afin que tous et toutes se supportent les uns les autres. Voyez l’ambition :
question, « Un département test pour la France ? » se demande Sa Référence (Le Monde du 27/10/2009) ; « Un laboratoire du futur ? » pas moins ; « …se joue là-bas une partie de notre avenir
: capacité de la France à intégrer de larges populations immigrées ; aptitude à déghettoïser certains quartiers ; réinvention de ce que doit être la mixité urbaine. La Seine-Saint-Denis agrège
populations pauvres et bobos… » les immigrés en situation misérable d’une part, les “bobos“ dans les bureaux d’autre part, comment vivre ensemble séparément sans s’agresser ? L’intégration,
c’est ça. Nous remontons laborieusement vers l’Eden, à St Denis, au sortir de la gare qui déverse, par « wagons entiers » ce que Sa Référence nomme superbement « les cadres blancs », entre
8heures et 10 heures.
Comme la Lune, St Denis a sa face cachée. Et que voit-on qui est éclairé, que nous montre-t-on de ce qui est resté dans
l’ombre? Au grand jour, une idée forte qui fait florès : il y a les blancs et il y a les autres. Ils sont noirs, bien sûr, noir est une couleur, le blanc aussi. Il y a les Maghrébins ils sont
gris (je me permets de vous renvoyer à une précédente lettre qui traitait déjà du problème). Les asiatiques, jaunes…à cause de leurs yeux bridés etc... Cela se dit ainsi : « ... à
Aulnay-sous-Bois, Villetaneuse, Clichy, La Courneuve, Saint-Montfermeil, Aubervilliers, notamment, certains quartiers se ghettoïsent et ne comptent quasiment plus de “Blancs“. Uniquement des
Maghrébins ou des Noirs parfois des Asiatiques. » Remarquable, n’est-il pas, ce B majuscule pour tout ce qui est blanc dans les ghettos entre guillemets, comme pour Noir et Maghrébin. Couleur ?
Maghrébine avec majuscule. Noir majusculairement, Blanc, bourgeoisement. La langue est à la torture, la pensée est morte depuis. Rien n’échappe au scrutateur scrupuleux : « des wagons
entiers de cadres blancs, qui repartent le soir {…} ; ils croisent les employés de nettoyage ou de sécurité souvent noirs ou maghrébins qui arrivent la nuit et repartent le jour… » la nuit noire,
au petits matins gris, s’en vont ceux qui récurent les écuries d’Augias, ceux qui sécurisent le foutoir libéral ; s’emploient à produire en rangs serrés les esclaves de lumière, blancs dans leurs
linges propres, visages de cire et yeux cernés de sombre servitude. Et cette incapacité à les nommer, ces contorsions pour désigner des hommes qui travaillent pour d’autres hommes sans avoir le
statut d’Homme…
Pourquoi ? Pourquoi cette injustice ? Pourquoi la nuit, pourquoi le jour ? Pourquoi cet « indice de la puissance des
ségrégations ethniques et sociale. » ? Pourquoi le cadre est-il Blanc ? Pourquoi ne serait-il pas Noir ou Maghrébin ? Se rendre compte d’abord que Blanc évoque irrésistiblement la souche. Le
Français de souche est Blanc (n’allez pas discuter l’évidence), Le Noir, le Maghrébin et, à plus forte raison, l’Asiatique ne sont pas de souche. Même pas Français. C’est très bête mais c’est
comme ça. Ce qui n’est pas blanc, dans le laboratoire-de-la-France, est pauvre, immigré et sans papiers la plupart du temps. Marginal : en marge de tout ce qui fait qu’une société est ce qu’elle
est dans son splendide isolement.
« A peine 10% de la population de plus de 15 ans dispose d’un diplôme supérieur. » une inquiétude : qu’appelle-t-on «
diplôme supérieur » pour un jeune de 16 ans, voire 17, en temps ordinaires ? Surtout qu’à « Paris ils sont 38% » de plus de 15 ans à en posséder un. Et puis on aime les chiffres dans ces
cas-là : 10%, 38%, d’impétrants sur combien de postulants? Ce socle miteux d’approximations sert de base à l’explication du pourquoi tant d’injustice et de misère : « La conséquence est logique :
les entreprises qui voudraient embaucher des diplômés sont contraintes de se tourner vers d’autres départements » pour y trouver des Blancs ou pour se procurer des diplômés ? Ah, mais alors les
10% seraient entièrement épuisés par l’embauche frénétique. Il y aurait donc des Noirs, des Maghrébins et même quelques Asiatiques dans les bureaux du pôle d’excellence de St Denis ? Et on
ne les verrait pas ? Parce qu’ils habitent sur place, sûrement… qu’ils viennent au turbin en suivant des chemins creux… souterrains peut-être. Car ceux qui viennent, des 38% de Parisiens
intra muros diurne, sont blancs, tous sans exception. De souche. Mais dans les bureaux de ce laboratoire on ne voit que blanches souches. Alors les autres, les 10%, coincés dans les
souterrains du progrès ? A moins qu’il ne s’agisse de 10% de rien ! Ou, plus probable, que 10% diplômés ne sont, avant toute autre considération, pas de souche… Or pas de Souche, mais désigné par
son patronyme comme venu de chez les Noirs, de chez les Maghrébins ou de chez les Asiatiques, vous ferme les portes plus sûrement que d’être un Blanc de Souche, nouvelle noblesse des royaumes
Consuméristes d’Occident.
L’expérience de terrain sera relayée, quelques jours plus tard (Le Monde du 31 octobre) par une réflexion sur notre
civilisation républicaine et nos comportements en regard d’un modèle laïc et universaliste. Egalitaire de surcroît. C’est Caroline Fourest qui s’y colle : « Faire un bon diagnostic suppose
d’employer les mots justes. De ceux qui conduisent à fortifier les piliers du modèle républicain universaliste – la laïcité, l’égalité des chances, l’école publique – au lieu de flatter une
grille de lecture nationaliste, indigne et erronée. Cela suppose une certaine dose d’autocritique » tout est là, dans la “dose“ ; de ce qui précède nous nous accommoderions au nom des grands
principes. Mais la dose ? Pour ce qu’elle en dit le « principe républicain français est également en crise ». La responsabilité en revient, selon elle, à « la politique de Nicolas Sarkozy
lorsqu’elle dépouille la République au profit d’une vision privatisée du lien social et culturel. » il me semble qu’elle est insuffisante la dose, ou , pour le dire mieux, à côté de la plaque.
L’autocritique, ici, concernerait l’autre qui n’est pas soi – absurdité ; ou bien l’autre considéré comme un soi-même par délégation. Si Fourest s’autocritique par politique sarkozienne
interposée, elle ne se serait donc pas comprise elle-même - absurde ; ou bien doit-on sombrer dans la facilité et répandre l’idée que SarkUbu se serait benoîtement fourvoyé en menant une
politique contraire aux principes républicains ? Absurde absurdité.
De fait, Caroline n’est pas bête, Fourest sait très bien d’où vient Nicolas et où va Sarkozy. Elle sait très bien que la
privatisation de tout ce qui peut rapporter, en fric et en discipline, sera extirpé du domaine public ; un devoir pour notre premier VRP. D’ailleurs quel silence dans les rangs médéfiens ! Comme
s’ils ne voulaient en rien entraver les efforts de leurs zélés valets de pieds. Probablement que tout ce monde-là doit grouiller, en sourdine, de projets et de mises en perspective entre ce qui
doit rester à la charge de l’Etat – c’est-à-dire du citoyen - et ce qui relève de leurs pompes à Phynance.
Alors à quoi riment ces faux-nez de la critique ?
On essaiera de se pencher sur la question une fois prochaine. Mais si l’idée vous venait…
Robert
Par grossel
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Publié dans : R.P.
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