Texte libre

imprévisible
investir
les interstices
de leurs territoires
sédentaires
à la manière du sable
partout
chaque trou
ils ne contrôlent pas tout
présence légère
camper à la nomade
au bord des choses
au bord des corps
au bord des morts
sans frénésie
sans appétit
solidaire
choisir une position
sans tourner le dos
à ses frères
ni leur faire face
installer la caravane
provisoire
sans rien déranger
occuper la position
précaire
à l’extrême
de l’inattention
provoquer
le déplacement
à l’épuisement
de la distraction
quand l’habitude
fait voir
un territoire

où l’on avait choisi
un emplacement
sans rien emporter
en laissant tout
en place et en plan
partir
sur la pointe des pieds
crainte de gêner
en faisant du bruit
pas d’itinéraire
à suivre
les pères
ne transmettent pas
leurs repères
pas de voie à ouvrir
les fils
n’héritent pas
de vos repaires
le désert
efface
toute trace
de réussite
hargneuse
tapageuse
de qui a fait
son chemin
ne pas s’attarder
passer à la ligne
n’aimer que
les inachèvements
opter
pour la dérive
et l’inconséquence
seulement habité
par le souffle
inspire

 
expire

J.C.Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Images aléatoires

Texte Libre


Les agoras d'ailleurs existent depuis octobre 1995. Elles se sont déroulées, une fois par mois, jusqu'en décembre 2004, à la Maison des Comoni, le théâtre du Revest.
Depuis 2005, les agoras sont nomades. Les intervenants sont multiples: collectif informel d'auteurs, de penseurs, de chercheurs, de gens.
D'octobre 2008 à mai 2009, séances aléatoires  aux Chantiers de la Lune à La Seyne-sur-mer  et à la médiathèque d'Hyères, consacrées à Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Marcel Conche, André Comte-Sponville, au hasard et à d'autres thèmes.
Une douzaine de contributeurs proposent plus ou moins régulièrement des analyses, des articles, des billets d'humeur, des aphorismes.
Les textes mis sur ce blog peuvent être utilisés à la seule condition d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.

Mercredi 8 juillet 2009
L 247

CHER AMI,
NOUS FERONS LA RÉVOLUTION
DE SUITE APRÈS LE REPAS…


« Si l’interdiction des licenciements n’est pas respectée, nous sommes pour l’expropriation des patrons/actionnaires avec gel des avoirs sous contrôle des travailleurs.
En cas de défaillance de l’entreprise, nous sommes pour remonter jusqu’au donneur d’ordre Ouverture des livres de compte, levée du secret bancaire et commercial ».
 
« Mais pour être efficace celui-ci suppose de sortir de la lutte “ boite par boite ”. Nous cherchons donc encore et toujours l’axe par lequel une unification de ces luttes pourrait se faire. Pour cela, les comités du NPA se doivent d’êtres présents sur le maximum d’entreprises en but aux licenciements » CPN NPA

Ne serait-ce pas là une dernière mouture de ces maladies infantiles qu’ont toujours connu les « communistes » - bien que “anticapitaliste“ ne veuille pas dire explicitement « communiste ».  Comme il est question d’efficacité et qu’à cet effet il est fortement conseillé de sortir de l’émiettement des luttes – « boîte par boîte » - on se prend à réfléchir sur ce que voudrait dire un combat qui pour être efficace devrait faire plier le patronat - pour le dire à l’ancienne - et l’Etat tout à la fois.

Or, l’entreprise est de taille ! Exproprier, geler les avoirs, ouvrir les livres de compte et, de la sorte, commencer une Révolution… nécessite beaucoup plus que d’être « efficace ».

Cela voudrait dire entreprendre à l’échelle européenne, au bas mot, un mouvement concerté rassemblant toutes les forces en âge de lutter pour contraindre les gouvernements et leurs commanditaires au recul et qu’alors, forts de cette victoire, dans son prolongement se poserait naturellement la question fondamentale de la gestion et de la propriété des moyens de production. Donc, nous devinons que sans l’internationalisation des luttes et leur organisation à cette échelle, rien de sérieux ne peut plus être entrepris de nos jours. C’était vrai à l’époque de la Première Internationale dans la seconde moitié du XIXème siècle, à plus forte raison aujourd’hui.

D’ailleurs qui ne l’a pas compris en son for intérieur ? Les réformistes ont pris les mesures qui s’imposaient pour empêcher toute contamination transfrontalière des luttes, surtout quand il s’agissait de corporations identiques d’un pays à l’autre (Postes, automobile, chemins de fer…) ; ils ont mis en place, appuyées d’enthousiastes déclarations de principes sans principes, les structures bureaucratiques syndicales et politiques à l’échelle du monde et de l’Europe en particulier, destinées à verrouiller le fonctionnement des syndicats et des partis.

Pourtant nos “Révolutionnaires“ ont régulièrement oublié, ou bien ne veulent-ils pas en parler devant nous, cette obligation de continuité dans la construction d’une internationale, quelles qu’en seraient les modalités au jour d’aujourd’hui. Je ne vois pas, pour ma part, qu’on puisse entreprendre un combat au niveau national qui ne serait pas replacé dans sa dimension européenne et mondiale. Ils n’ont tout simplement pas mis à l’ordre du jour cette discussion. Leurs statuts disent une chose, eux en font une autre. Ce double langage, qui est pratiqué à tous les niveaux de notre société de plus en plus anonyme, est exaspérant chez les émules de l’anticapitalisme qui n’est pas vraiment le socialisme… Assis entre deux chaises, ils parlent avec la gêne que procure cet équilibre instable.

Il y a également, de par Le Monde (28 et 29 juin), un bavardage inconsidéré mais fonctionnel celui-là. Hervé Kempf, journaliste écologiste, adresse une supplique à l’Afrique : « Afrique, aide-nous » et, cynique ironie qui parfume sa chronique, il égrène d’hypocrites minauderies sur le hasard qui, l’ayant entraîné dans un pays d’Afrique des plus pauvres, lui aura procuré une sensation qui l’a envahi quand une presque « idée nouvelle lui apparaît. Encore imparfaite, il (le chroniqueur) la propose au public, comme une proposition de réflexion plus que comme une thèse aboutie. ». Canaille, il ajoute, « Peut-être est-elle provocatrice. ». On sent bien qu’alors tout peut déraper. Et tout dérape mais dans la confusion des bruits étouffés que font les embardées d’une  idée molle et hideuse. « …des sociétés habituées à supporter les restrictions, sachant s’organiser avec peu, coutumières de la mobilité (“l’exode“), présenteraient une “résilience “ plus grande que les sociétés riches aux tourments à venir. » idée d’homme riche discourant sur la pauvreté fille de la coloniale : banal et toujours  insupportable ; les ingrédients n’ont pas changé à la base: ces gens-là se nourrissent de peu savez-vous, ils n’ont pas les mêmes besoins que nous, comprenez-vous ?... Pour la beauté du geste imbécile il faut y ajouter un paradoxe, c’est la mode, que l’on profère entre deux petits fours : Oyez et voyez, l’Afrique nous donne un exemple à suivre (rires).

Ailleurs, en page 13, Max Dorra  dans « Débats horizons » nous rappelle quelques vérités statistiques, qui assommeraient un beauf : « les Africains vivent trente ans de moins que les européens » – mais peut-être font-ils preuve en cela d’une grande sagesse – « 200 millions d’enfants sur la planète travaillent comme des esclaves » - bon, mais tous ne sont pas Africains, c’est rassurant pour Kempf – « 6 millions d’entre eux meurent chaque année de dénutrition » - l’Afrique participe volontiers à cette frugalité sans en avoir, pour autant, l’exclusivité -  Kempf n’est d’ailleurs pas le dernier à mettre l’accent sur cette qualité typiquement africaine : « L’Afrique peut enseigner à l’occident comment s’accommoder de la frugalité », il suffit de mourir vite et en nombre. La pensée de cet esthète qui brandit le sophisme comme une Morale, est une force qui taraude en profondeur la grotte humaine occidentale.

Durant ce temps, le journal de référence aux droits de l’Homme, Le Monde du 1er juillet, cite les résultats d’une « étude scientifique conduite dans la plus grande confidentialité… financée par une fondation américaine créée par le milliardaire George Soros» qui prouve que la police exerce un contrôle au faciès .  On peut même mesurer, puisque nous sommes dans le domaine de la science, que la probabilité d’être contrôlé pour un noir ou un arabe est 7,8 fois plus élevée que pour un blanc. Ah que cela nous étonne. Mais ne quittons pas le domaine de la science pure et impartiale, « les personnes qui restent anonymes, sont désignées par la couleur de leur peau(“Blanc“, “Noir“, “Arabe“, etc.) » la couleur « Arabe » est le gris sans doute, ces gens là sont repérables parce qu’ils sont blancs d’origine, mais gris en final. « Etc. » (magnifique et cætera) ? Jaune sans doute, comme les Asiatiques pardi. Il semblerait qu’un Chinois de Canton est blanc, erreur il est jaune et la preuve en est, il a les yeux bridés ! Un Chinois de la campagne du Yuan comme un Japonais cultivateur aura le visage bronzé comme vous lorsque vous revenez de la côte d’azur, mais il est jaune en dessous, à cause des yeux bien sûr…

La grotte occidentale n’a pas fini de nous étonner par la qualité de sa production dans le domaine des artifices premiers de la pensée conditionnée. Comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, voilà donc une police qui exerce scientifiquement la chasse au faciès… en toute candeur.

A quoi riment ces mensonges ? Les thuriféraires ne sont pas bêtes au point de ne pas se rendre compte de leurs propres turpitudes. Et quand bien même : ils ont été choisis par plus forts qu’eux. Ils se sont trouvé des maîtres dont l’intelligence prospère en symbiose avec le système, en proportion même de ses dérèglements et qui seraient frappés de crétinisme s’ils voulaient comprendre le monde autrement qu’à la botte.

Alors un bon thuriféraire doit faire de son métier de journaleux une sorte d’exercice ludique où se joue la valeur éphémère des mots et des phrases avec lesquels il jongle. Un dernier exemple brillant : le rédacteur en chef du Monde « analyse » en page 2 un 7 juillet 2009 les résultats d’un symposium qui réunissait à Aix-en Provence, cent cinquante intervenants venus de plusieurs pays différents, tous économistes. Et, comme ils en ont l’habitude, ils ont cherché à lire dans le marc de café et les entrailles de la bête écrasée par la crise. Alors Frédéric Lemaître, se sent autorisé à poser la question petits fours : « Et si la crise économique ne faisait que commencer ? » Frissons… Les économistes sont pessimistes, la majorité d’entre eux seraient même catastrophistes : le chômage, terrifiant et ça ne fait que commencer ! Et n’allez surtout pas croire qu’on va, après la crise s’il y a un “après“, retrouver tous ces emplois volatilisés… « L’avenir (de l’économie mondialisée) n’est écrit nulle part en ce moment » un expert dit cela, Jean Claude Trichet. Et ceci n’est rien : « il va falloir diminuer la protection sociale – certains ont pris de l’avance dirait-on – le nombre de fonctionnaires, augmenter les impôts… ». Le scénario catastrophe imaginé par certains se résume de la sorte: « Les troisièmes années de crise se caractérisent souvent par du populisme, du protectionnisme et du patriotisme », c’est un nommé Denis Kessler qui vous le dit. Marxisme de jeunesse autrefois et vice président du MEDEF une fois… raison pour la quelle, ne voulant pas réveiller ses vieux démons, l’idée ne lui vient pas de parler de socialisme menaçant.

Ici faisant preuve d’une étonnante souplesse, Lemaître, à qui on ne la fait pas, rebondit en un dernier paragraphe et en 6 lignes vous expédie la boutade finale « N’y a-t-il donc aucune raison d’être optimiste ? Si. Trois. L’Asie émergente ne résiste pas si mal, les besoins sont immenses pour accueillir trois milliards d’habitants supplémentaires d’ici 2050 » on effacerait et on recommencerait comme si de rien n’avait été, « et, surtout, les économistes sont loin d’être infaillibles » le coup de pied de l’âne à ses congénères. Fallait de l’humour pour parler de ces choses lourdes et tristes. Que diable, de l’audace, encore de l’audace et de  l’élégance ! Il y a des raisons d’être optimiste, ce n’est pas si mal, cher ami.

Robert


 

Par grossel - Publié dans : Robert P
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Recommander

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés