Texte libre

imprévisible
investir
les interstices
de leurs territoires
sédentaires
à la manière du sable
partout
chaque trou
ils ne contrôlent pas tout
présence légère
camper à la nomade
au bord des choses
au bord des corps
au bord des morts
sans frénésie
sans appétit
solidaire
choisir une position
sans tourner le dos
à ses frères
ni leur faire face
installer la caravane
provisoire
sans rien déranger
occuper la position
précaire
à l’extrême
de l’inattention
provoquer
le déplacement
à l’épuisement
de la distraction
quand l’habitude
fait voir
un territoire

où l’on avait choisi
un emplacement
sans rien emporter
en laissant tout
en place et en plan
partir
sur la pointe des pieds
crainte de gêner
en faisant du bruit
pas d’itinéraire
à suivre
les pères
ne transmettent pas
leurs repères
pas de voie à ouvrir
les fils
n’héritent pas
de vos repaires
le désert
efface
toute trace
de réussite
hargneuse
tapageuse
de qui a fait
son chemin
ne pas s’attarder
passer à la ligne
n’aimer que
les inachèvements
opter
pour la dérive
et l’inconséquence
seulement habité
par le souffle
inspire

 
expire

J.C.Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

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Images aléatoires

Texte Libre


Les agoras d'ailleurs existent depuis octobre 1995. Elles se sont déroulées, une fois par mois, jusqu'en décembre 2004, à la Maison des Comoni, le théâtre du Revest.
Depuis 2005, les agoras sont nomades. Les intervenants sont multiples: collectif informel d'auteurs, de penseurs, de chercheurs, de gens.
D'octobre 2008 à mai 2009, séances aléatoires  aux Chantiers de la Lune à La Seyne-sur-mer  et à la médiathèque d'Hyères, consacrées à Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Marcel Conche, André Comte-Sponville, au hasard et à d'autres thèmes.
Une douzaine de contributeurs proposent plus ou moins régulièrement des analyses, des articles, des billets d'humeur, des aphorismes.
Les textes mis sur ce blog peuvent être utilisés à la seule condition d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.

Jeudi 2 juillet 2009
La lettre qui suit analyse très bien la situation, de France en Iran en passant par les États-Unis. Oui, le peuple iranien a une lourde tâche devant lui. La chape des ayatollas et de leurs sbires ne sera pas facile à liquider. Il y a déjà du sang, des emprisonnements arbitraires, sans doute des tortures. Qu'une photo ou une vidéo de la mort de Neda Agha Soltan fasse plus bouger, réagir qu'un chiffre de 100 morts, cela n'est pas pour me gêner. Peu importe les chemins de l'indignation, de la révolte, du soutien.
grossel

L 246
24 Juin 2009
RELIGIEUSEMENT CONTRE…


Qu’y a-t-il de commun entre l’Iran d’une part et maître Badinter de l’autre ?

En Iran le peuple monte aux créneaux. Les Ayatollah prêchent. Les uns appellent à la répression sans états d’âmes – mais ont-ils une « âme » ? –  les autres dans et pour le respect de la “République islamique“ – oxymore lugubre – appellent au calme et demandent que soient recomptées les voix, voire demanderaient de nouvelles élections. Conforme à la « constitution ». Dans tous les cas, officiellement, constitutionnellement donc, ce sont les chefs religieux qui font la pluie des matraques et des balles ou le beau temps de la chaîne et du joug.

Maître Badinter – sauf le respect que nous lui devons pour bien des raisons que tout le monde connaît – est au Parti socialiste. Je veux dire que, contre vents et marées, il y reste. Au Demorand , il répond sur France inter, entre 8 h et 9 h, qu’il ira à Versailles.  Le sénateur Badinter dit oui, parce que c’est la Constitution et qu’un élu se doit de la respecter, de montrer l’exemple. Mais, ajoute-t-il, il se retirera, comme tous ses semblables socio et démocrates, au moment du débat qui suivra l’adresse présidentielle, débat qui se tiendra en présence du seul premier Ministre. Le débat n’est-il pas, lui aussi, inscrit dans la Constitution ? La Constitution serait-elle, oui ou non, un texte sacré pour un républicain ? Même quand elle s’échappe, glisse et roule comme une coulée de lave vers les gouffres d’un pouvoir de plus en plus autoritaire et centralisé ? Elle fut mise en branle par notre  “Grand Charles“ que tout le monde, aujourd’hui, appelle respectueusement “De Gaulle“, comme on dit “La France“. Et pourtant… l’inoubliable pamphlétaire que fut François Mitterand ne lui avait pas envoyé dire que sa Constitution faisait de son Président un « roi sans couronne » : « J’appelle le régime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c’est à cela qu’il ressemble le plus… » (Le coup d’Etat permanent, 1964)

9 h tapantes le journal : « L’opposition ne mâche pas ses mots pour vilipender cette politique » dit le zélé microteur de France inter. Sans doute ne mâche-t-elle pas ses mots, l’opposition (entendez le PS) : elle est en train d’avaler son chapeau !

Au Demorand, toujours, Monsieur Badinter répond, à propos de la Burqua et autres voiles – que lui refuse, absolument, en son âme et conscience - qu’il appartient aussi à « l’autorité religieuse » de prendre clairement position sur ce point. Comment cela ? Les autorité « religieuses » - quelles qu’elles soient, de quelque croyance dont elles s’affublent – auraient aussi autorité pour décider de ce que doit être le comportement d’une citoyenne ou d’un citoyen dans cette république constitutionnellement laïque ? Si l’Évangile, selon l’autorité, si le Coran, selon l’Imam autorisé, si la Thora, selon le Consistoire indiscutable, décidaient des prescriptions impératives, tous les fidèles auraient le devoir premier de s’y soumettre ? Alors, ne resteraient plus que ceux qui croâ-croâ en la Constitution pour la respecter comme un fait religieux. Il faudrait donc faire vœux de croire constitutionnellement à l’exclusion de toute autre croyance : la République une presque religion, parmi d’autre. Inextricable comme c’est déjà un peu le cas par manque de clarté sur les principes et le droit républicain.

Sur ce point, le régime actuel de l’Iran a au moins le mérite d’être clair ! Chez nous, les contorsionnistes de la social-démocratie (et pas seulement) sont de plus en plus souples. Soyez pragmatistes jusqu’au bout, a-t-on envie de leur dire, n’utilisez plus aucun des arguments d’une philosophie politique ou de Droit pour vous justifier en toute occasion. Et laissez vos militants à jamais respectables, dormir sur leurs lauriers, au lieu de les employer à de si basses besognes. On aurait envie de dire, par respect pour l’intelligence et, je le pense, l’honnêteté bafouées.

En revanche une joffrinade ne souffrira pas les mêmes égards. L’homme serpent se livre, dans un éditorial nommé « Bourbonien », aux plus belles contorsions de son répertoire, déjà lourd de ses œuvres complètes :  il peut en quelques lignes absolument tout dire et son contraire sans que sa plume faiblisse. « L’opposition aurait pu choisir unanimement le boycott {…} il eut fallu pour justifier un tel geste que la présence de Nicolas Sarkozy devant le Parlement constituât une entorse évidente à la séparation des pouvoirs » une variante sur le thème de la légalité républicaine. Et d’ajouter « …en quoi est-il contraire à l’esprit démocratique qu’un président choisisse la représentation nationale plutôt que la télévision pour annoncer sa politique ? » ce n’est même plus la fidélité au texte constitutionnel qu’évoque l’astre des éditorialistes, mais l’esprit lui-même. Aller un dernier effort, l’Esprit ! Sur ce point en contradiction avec Badinter sénateur qui, à la radio, disait exactement le contraire, si mes souvenirs ne me trahissent pas. Mais là ils se rejoindront, car l’astre brille par toutes ses facettes multiples et confuses, « Ce droit est désormais constitutionnel. Faut-il boycotter la Constitution ? » pour diverger de nouveau quand il sera question de panache : « On eût aimé… qu’un fier orateur vienne lui porter la contradiction, avec talent et conviction. » Joffrin notre Turold * contemporain écrivant, petite page après petite page, la chanson de geste de SarkUbu le Bourbon.

Mais j’y pense, l’opposition, à des degrés différents, se situe donc hors la loi, corne de bidouille ! Arrachez la langue des uns et décollez leurs têtes aux autres ! Sabre au clair en place de grève, de par ma chandelle verte !

L’exemple vient de plus loin, ce pragmatisme ravageur qui, par définition, ne souffre aucune critique de principe, le Président Obama et son équipe en ont presque fait une exclusivité. L’Iran représente une des clefs du problème que les Etats-Unis se posent depuis leurs interventions guerrières au Moyen Orient. A ce titre il est important d’engager, quelle qu’en soit la forme, quels qu’en soient les interlocuteurs, une négociation qui aboutisse à une sorte de relation contractuelle avec les chefs religieux pourvu qu’ils renoncent à l’arme suprême, qu’ils renoncent pour eux-mêmes aux moyens que s’est donné l’Occident  en général et l’Amérique en particulier,  pour tenir le monde en respect après la seconde guerre mondiale, après Hiroshima et Nagasaki. L’Iran devenue hégémonique dans cette partie du monde, menaçant directement l’existence d’Israël, tête de pont américaine – je parle de stratégies gouvernementales – au Moyen Orient : un casse-tête pour pragmatiques surexcités. Du même coup l’engagement en Afghanistan, la reprise en main au Pakistan, déjà entamée semblerait-il, seraient encore plus aléatoires qu’aujourd’hui.

L’Iran doit être aménagé : l’important est qu’il s’y trouve une chefferie en exercice avec laquelle il sera possible d’entamer la négociation. Alors le confort des populations dans cette affaire… vous comprendrez qu’elles ne représentent pas un soucis majeur pour l’administration yankee et bien que le style soit très différent de Junior, que la monte soit plus élégante, la volonté de conduire le troupeau là où il doit aller est la même. La conquête de l’Ouest n’est pas terminée, elle a simplement sauté les océans, les chariots sont chargés jusqu’à la gueule de Hamburgers Mac Donald’s, de poudre et d’armes et de tolérance totale pour la prise en main par les chevaliers noirs de la République islamique des richesses régionales, en échange de leur pétrole et d’une hégémonie américaine consentie qui, pour être discrète, n’en sera pas moins réelle. Pour les moins disciplinés des Iraniens, s’ils devaient être sacrifiés, massacrés sur l’autel de la Paix américaine, les larmes aux yeux, chacun, de Londres à Paris en passant par Berlin, ferait son deuil de leurs bonnes intentions.

Mais toujours très pragmatique, et donc imprévisible, comme rien n’est encore définitivement consolidé à l’horizon de la République islamique, Obama fait les gros yeux et gronde les Ayatollahs qui ne « respectent pas le droit universel au rassemblement et à la liberté d’expression »**  - l’Allemagne obligée de jouer, de seconde main, se retrouve dans l’obligation d’en remettre au pot et appelle « fermement » au recomptage des voix… et, avec humour (noir) demande aux autorités « d’autoriser les manifestations pacifiques, de ne pas faire usage de violence… de libérer les opposants emprisonnés, d’autoriser les médias étrangers… » sinon… ah ! Sinon… C’est que l’un comme l’autre, l’Américain et l’Allemande, cherchent à irriter le moins possible leurs propres électeurs ainsi que leurs sponsors, sans pourtant détruire leur chance de négocier un jour...

Mais bien sûr les femmes et les hommes de ce pays, que l’on croyait étouffés sous le voile et les interdits, ont trouvé un levier pour soulever le monde de leurs frustrations et de leurs colères : les élections. Et maintenant ce monde fait d’espérances et de rêves, certes encore confus mais faisant bloc dans l’adversité, ils le portent à bout de bras et le lancent à la tête des femmes et des hommes du monde entier.

Les Ayatollahs et autres mollahs sont eux directement intéressés à la conservation de leurs richesses, considérables, et par voie de conséquence au maintien de leur puissance temporelle et spirituelle : une histoire de papauté de l’époque de Charlemagne en somme. Les deux piliers de la foi qu’ils ont en eux-mêmes que sont le pouvoir et la prévarication, sont au cœur de toutes leurs prières, cinq fois par jour s’il le faut.

A cet égard une enquête parue dans « Il Manifesto », signée de Marina Forti (rapportée par « Le Courrier » en 2003), qui écrit ceci :

« Iran : la “Mollah SA“ connaît la crise », 17 juillet 2003 !

« Piliers du régime, les fondations de charité contrôlent l'économie iranienne, dont les activités «souterraines» –que d'autres appellent «illégales»– concernent environ un tiers du PIB national. Ces activités sont au centre de la lutte pour le pouvoir qui oppose les institutions démocratiquement élues, présidence et Parlement, aux institutions religieuses. Ces dernières sont contestées par les étudiants et par les jeunes chômeurs qui leur reprochent d'entretenir une économie de «compromis».

Et vous ne m’en voudrez pas de vous livrer un autre passage de cet article (Joffrin, Fottorino et les autres, lisent-ils Marina Forti dans Il Manifesto ? Ou le « Courrier » ? Ils n’oseront pas le faire savoir) :

« La bulle (spéculative immobilière) commence à gonfler dangereusement. Or, par ailleurs, le taux de chômage ne fait que grimper et, chaque année, un million de jeunes se présentent aux portes du marché du travail. Pas étonnant, dès lors, que leur situation, souvent précaire, contribue à alimenter le ressentiment de la population à l'égard des dirigeants. »  nous étions en 2003…

Il n’est donc pas nécessaire d’aller chercher trop loin dans les plis de leurs manteaux ou les replis de leurs cerveaux enturbannés, pour comprendre qu’à la base de leur pieuses grimaces se tiennent leurs coffres forts bien lestés.

Vous en saurez plus en vous reportant au site  du « Courrier », un quotidien suisse indépendant.

Bon sang, grandissimes lecteurs, que c’est long à lire pour en apprendre si peu…

Robert


* auteur présumé de la Chanson de Roland

** Obama a même pris sa grosse voix grave (24 juin) pour « condamner » le gouvernement iranien trop à droite sur l’échelle pragmatique. La société du spectacle y serait pour quelque chose : une photo dit-on, d’une jeune femme. Une photo et tout s’emballe ; « 100 morts », une statistique, rien ne bouge.  






Par grossel - Publié dans : Robert P
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