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Les agoras d'ailleurs

Une vie nouvelle est-elle possible ?/Luis de Miranda

19 Mai 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #J.C.G.

Luis de Miranda
Une vie nouvelle est-elle possible ? 
Deleuze et les lignes

Éditions Nous

Il s’agit d’un essai bref (90 pages) et dense sur Deleuze et les lignes. Même si cette lecture de Deleuze est riche, enrichissante, lecture assidue nécessaire car ardue tout de même, il faut attendre le dernier chapitre, la conclusion de 9 pages, pour que la question d’une vie nouvelle possible soit abordée.
Je n’ai souligné que quelques lignes dans ces 9 pages, autant dire que je ne suis pas sûr d’accéder à une vie nouvelle, tel l’oiseau migrateur, ou tel celui qui serait à la fois terre, mer, escale, bateau et navigateur pour étendre son âme car homme en vie, la vie me donnerait peut-être le temps de l’étendre mais l’envie est là qui veille  et contracte l’âme en volontés d’avoir.
Force est donc de revenir aux chapitres précédents qui exposent avec plus ou moins de clarté les concepts deleuziens, Deleuze les élaborant à travers sa lecture de Hume en particulier. Sont convoqués aussi Rainer Maria Rilke et ses Élégies à Duino, Scott Fitzgerals et Sa Fêlure.
Je retiendrai des lignes, la distinction entre ligne de coupure ou ligne du on (ligne apollinienne du poids social), ligne de rupture ou l’âme du danseur (la ligne dyonisiaque  des grands fonds d’où tout part, où tout revient car nous portons en nous plus de vie qu’il n’en faut pour seulement tracer les lignes droites voulues par le groupe) et ligne de fêlure ou ligne de vécu (la ligne du  Je fêlé, du Je est un autre ; quand on croit que tout va bien, qu’on est bien inséré socialement, qu’on a les autorisations et récompenses requises, tout d’un coup on ne supporte plus ce qu’on supportait auparavant). Ces trois lignes s’agencent par rapport à la différence qui les précède et les sous-tend. La différence c’est le vrai fond du réel, et le tissu de l’âme c’est un fourmillement de petites inclinations, un fourmillement de différences, un pluralisme de différences libres, sauvages, ou non domptées. Une âme ce sont des plis qui se font, se défont à tout instant dans tous les sens. La différence c’est l’être du sensible, le monde de la disparation.
Le chapitre : une ligne de vie singulière est-elle possible ? aborde le thème de la répétition (on se souvient du titre de ce livre de Deleuze : Différence et répétition). Il y a deux sortes de répétition à la 1° personne, celle de l’habitude quotidienne sociale qui nous aliène, répétition qui a le temps comme substrat, celle de la résistance continue à la mort qui est une écoute de la spontanéité vitale dont l’ego, le moi est coupé par le cogito, répétition qui a l’espace pour substrat. Rendre sa liberté d’expression à la différence, à la sensibilité primaire, telle est la tâche de l’individualité qui veut retrouver son axe, qui veut étendre son âme.
En conclusion, je dirai que ce livre n’est pas un recueil de recettes pour vivre une vie nouvelle. Il nous propose de partir de notions deleuziennes, de nous en servir pour certes penser mais surtout sentir, être traversé par les impressions, sensations, être à l’écoute de cette vie qui fourmille en nous, hors de nous sans séparation entre nous et le monde car nous sommes fait de la même chair du monde, rocher, eau, animal, homme… chacun avec sa forme, son feeling, pour faire exister ce qui n’existe pas.
Bref un livre exigeant pour personnes exigentes.
Jean-Claude Grosse, le 19 mai 2009


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