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Les agoras d'ailleurs

Actualité de Tocqueville

27 Mai 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

Extrait de De la Démocratie en Amérique
(Livre II, 2° partie, chapitre 14)

Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

Alexis-de-tocqueville.jpg

« Lorsque le gout des jouissances matérielles se développe chez un de ces
peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté,
il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à
la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul
soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la
fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas
besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les
laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)

« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du
pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il
veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le
tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les
hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire
comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que
d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit
des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de
leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur
de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter
hors de la liberté au premier désordre.

« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je
ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les
peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les
peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur
suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de
l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son
bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)

« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur
nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent
seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au
milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de
toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ;
et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains
dans lesquelles peut tomber un grand peuple…

« Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni
cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »

Alexis de Tocqueville (1840)

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La fin des valeurs ?

14 Mai 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #J.C.G.

La fin des valeurs ?

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de g. à d.: Edgar Gunzig, Jérôme Bindé, Jacques Sojcher

J’ai assisté, samedi 12 mai, au Théâtre des Doms, en Avignon, à la 6° journée thématique consacrée à La fin des valeurs ?
Le premier intervenant, Jérôme Bindé, directeur de l’Office de la prospective à l’UNESCO, a fait un large tour d’horizon historique, géographique, philosophique, sociologique, anthropologique, de la crise des valeurs.

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Jérôme Bindé

La notion de valeur, avec sa double signification de prix et (ou) de dignité, est apparue, il y a 2 siècles, avec l’effondrement du monde des absolus qui faisait que pour Voltaire encore, le beau, le bien, le vrai étaient des absolus, immuables entités.
L’effondrement du transcendant engendre un relativisme et tout ce qui en découle : pluralisme, scepticisme, nihilisme.
Une valeur n’est pas un absolu, elle s’évalue, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse, comme les valeurs boursières et cela vaut pour les valeurs marchandes comme pour les valeurs de l’esprit. Elles apparaissent, disparaissent au gré des modes. On observe une grande volatilité , frivolité, immédiateté des valeurs. Soumises aux « lois » de l’offre et de la demande, leur instabilité oblige à une évaluation, réévaluation, transvaluation constante. Nietzsche en a saisi toute l’importance. Les valeurs sont l’objet d’une création permanente, d’un combat permanent, nous obligeant à une remise en question permanente, à des adaptations incessantes. Par exemple, dire de la famille qu’elle est une valeur, c’est ne pas voir que la famille n’est pas unique, qu’il y a des familles, des conceptions différentes de la famille (la famille-loi, la famille-contrat et plus récemment la famille-association) et que la valeur de chacune de ces conceptions va dépendre de leur succès ou non, de leur durabilité ou non. En quelque sorte, chacun devient le créateur de « ses » valeurs, même s’il puise dans le pot commun, parfois étant innovant, créateur. Ce qui fait que la figure dominante aujourd’hui est celle de l’artiste : toute activité se veut créatrice et chacun s’invente. Même les entrepreneurs véhiculent cette conception.
Nous vivons dans l’urgence puisque tout est éphémère, rapidement obsolète. Cette urgence dévalorise le temps long, les projets, l’utopie. Le sens au double sens du mot : direction et signification, semble avoir disparu. C’est l’attitude : après moi, le déluge, liée à cette grande individualisation, caractéristique de nos sociétés, même si cette individualisation cache une grande massification par des mécanismes de manipulation et de contrôle social.
Un profond malaise s’est installé avec cette perte du sens, du temps long d’autant que l’on sait aujourd’hui que la planète, l’espèce et la Cité sont désormais mortelles ; on le savait des civilisations mais là, nous prenons conscience que peut-être nous tuons le futur, nous le rendons impossible d’où l’importance de mettre au centre la sauvegarde de la planète, le sort des générations futures qui ne pourront rien faire, si ce n’est subir, victimes de nos irresponsabilités, conséquences de la frivolité des valeurs.
Cette conception, visant à réintroduire le temps long dans nos politiques, repose sur le constat qu’entre une prévision, une décision et une réalisation, le délai met en jeu une à plusieurs générations. Par exemple, le protocole de Rio, 15 ans après, est toujours quasi au point mort. Et pendant ce temps, la planète se dégrade, ce sont les générations très proches qui paieront.
Avoir le futur en point de mire relève d’une éthique du futur, suppose que la prospective soit développée, celle des valeurs en particulier. C’est ainsi qu’ont émergé des valeurs comme le principe de précaution, le patrimoine mondial de l’humanité qui permettent de définir d’autres rapports à l’autre que les rapports traditionnels, voire archaïques, rapports à l’autre pour le présent et le futur, tant dans l’espace que dans le temps.. Les pays les plus performants aujourd’hui, comme la Finlande, ont mis l’éducation et la recherche, l’innovation au cœur de leur projet politique.
Donc d’un côté, valeurs frivoles de la consommation, du jeu, de la mode, de l’économie, de la bourse, de la politique qui font peser de graves menaces sur la planète, l’espèce, la Cité.
De l’autre, des valeurs innovantes ou d’innovation, réintroduisant le temps long, le sens du futur, la responsabilité.
Ces nouvelles valeurs participent de deux phénomènes : la féminisation des valeurs, la juvénilisation des sociétés dont Michel Houellebecq dans Les particules élémentaires, décrit les enjeux. Le schéma des 3 âges de la vie : enfance, adulte, vieillesse, universalisé par des philosophes comme Hegel, Comte en âges de l’humanité est devenu obsolète. On n’est plus dans la transmission, dans le passage d’un âge à un autre mais dans le passage perpétuel, dans l’affirmation d’un demain de plus en plus jeune, immaturité décrite par Gombrowicz, juvénilisation décrite par Gide. Cette juvénilisation, cette néoténie, que l’on attribuait seulement au nouveau-né qui naît inachevé, caractérise en fait chacun, tout au long de sa vie, d’où la plasticité, l’adaptabilité, l’invention de soi, la créativité. Mais caractérise aussi l’humanité comme espèce : c’est un trait génétique de l’espèce selon Stephen Jay Gould. La prise en compte de cette néoténie rend le projet : l’éducation pour tous tout au long de la vie, particulièrement pertinent, à la condition de voir ce projet comme auto construction, autodidaxie. L’émergence de ce qu’on appelle les sociétés des savoirs (et non du savoir) montre notre co-responsabilité dans la construction et la diffusion des savoirs. Nous sommes tous maîtres et élèves de nous-mêmes et d’autrui, proche ou lointain.

Le 2° intervenant, Jacques Sojcher, philosophe belge, commençait par nous faire beaucoup rire avec sa description de ce qui s’est passé pendant la campagne présidentielle en France et qui a beaucoup tourné autour des valeurs. Le pot de miel Sarkozy, non nommé pour la clarté de l’exposé, était particulièrement alléchant pour des palais gâtés, des esprits mous, sans esprit critique.

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Jacques Sojcher

Commençant par l’identité, Sojcher a montré comment le « je » était un étrange « je », la prise en compte de cette étrangeté modifiant le regard porté sur les autres. L’identité se révèle un ensemble de poupées russes, du plus intime au plus universel, par un jeu dialectique d’appartenances et de non appartenances.
La valeur hospitalité se construit aussi dialectiquement en relation avec le rejet. Reprenant la démarche d’Emmanuel Lévinas, il nous a montré comment le regard de l’autre est un dis-cours, c’est-à-dire interrompt ma relation à moi-même, à ma mêmeté, interpellation qui me jette hors de mon identité emboîtée, intrusion à laquelle je réagis par exemple, en ramenant l’autre à moi comme même que moi, ou en le réduisant à une catégorie, une étiquette : il se dissout dans une totalité. Dans les deux cas, il n’est pas accepté comme extériorité non intériorisable. Analyse qui fait par suite de l’amour, une relation dissymétrique : l’autre que ce soit par le sexe ou par le sentiment passionnel n’est pas réductible : il échappe toujours à la prise et si je me situe sur le terrain du don et non de la prise, c’est un don dont il n’y a à attendre aucun retour. Analyse qui montre l’équivocité de la sexualité puisque l’autre est tout à la fois sujet et objet, objet et sujet, animalité et liberté. À cela s’ajoute que sur la scène idéale de mon esprit, je puis être lévinassien alors que sur la scène du réel, je ne serai pas hospitalier, ne sachant pas, ne voulant pas accueillir l’autre.
Évoquant la valeur : le vivre ensemble, il a montré comment c’était difficile de ne pas faire des autres, des abstractions. Si je dis à un juif : certes tu es juif, mais avant tout, tu es homme et nous sommes hommes, en fait je le nie comme juif au nom de l’universel homme. L’autre est à la fois inqualifiable (c’est son universalité) et qualifié (ce sont ses différences). La crise de l’identité est aussi une crise de l’universel.
Qu’est-ce qui est universel aujourd’hui en l’absence de transcendance ?
Il est clair que les droits de l’homme constituent une auto fondation. Demain, pareil avec les droits des enfants puis ceux des animaux…Ces valeurs auto proclamées, relevant d’une fiction, constituant une fiction, au sens où une fiction est une effectuation du réel, une réalisation du réel, remplaçant la transcendance, contribuent à l’auto construction de l’humanité, c’est-à-dire à sa construction sans fondement.
La culture est par suite une lutte infinie contre la barbarie, y compris la sienne, selon les circonstances. La culture est une activité contre la barbarie. Cela signifie que toutes les valeurs ne se valent pas, qu’il y a de bonnes valeurs, de mauvaises valeurs, que nous avons à nous poser des questions comme qu’est-ce que le moi, l’autre, la famille, le couple, l’enfant, l’homme, la femme, le corps, le plaisir, le bonheur, l’amour, le sexe, le monde, l’humanité, l’espèce, la nature, la mort…pour établir nos cartes d’évaluation des valeurs.
La fiction comme quasi-transcendance fait ainsi de la littérature un contre-pouvoir par rapport au langage courant, elle aide à faire émerger des possibilités de valeurs, d’univers. Kafka anticipe les camps de concentration. Après avoir vu la vue de Delft de Vermeer, la Delft réelle est vue avec les lumières de Vermeer. Gide anticipe la juvénilisation, Gombrowicz, l’immaturité, Houellebecq, le conflit des valeurs…
En conclusion du débat, il fut dit que les valeurs, créations des hommes, individuellement et collectivement, leur horizon en dehors d’une impossible transcendance (sauf pour les croyants d’où le retour massif du religieux) sont un enjeu, un combat permanent, une lutte entre valeurs qui nous tirent vers en bas, ou vers le passé dépassé, valeurs totalisantes, voire totalitaires, aliénantes, réificatrices, et valeurs nous tirant vers le haut, vers plus de joie au sens de Spinoza, vers plus d’amour de la vie, valeurs d’ouverture, libératrices.

Un regret mais je n’ai pas eu le réflexe de la question : pourquoi ce qui me semble la matrice des valeurs, liberté, égalité, fraternité, à partir desquelles on peut décliner à l’infini (la liberté comme libérations successives, l’égalité comme égalisations successives : parité hommes-femmes, la fraternité comme fraternisations successives) n’a t’elle pas été présentée, définie, revisitée ?

Dernier regret, après coup: comment évaluer la valeur d'une personne, sa propre valeur, celle d'autrui, valeur humaine et non professionnelle ? Cette question renvoie aux vertus, aux qualités d'âme dont on fait preuve. S'assigner l'objectif de développer le meilleur de soi pour autrui est la plus belle fin des valeurs. La fin des valeurs ?

 

En tout cas, bravo et merci à Edgar Gunzig, animateur de ces rencontres au Théâtre des Doms en Avignon où il fait si bon aller, traverser le parc, pique-niquer, prendre un café au verger, être accueilli par l'équipe joyeuse du théâtre, échanger avec le public et les intervenants.

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Edgar Gunzig

Jean-Claude Grosse

Retour sur cette rencontre à partir du chapitre XXV La morale et l’absoluité des valeurs dans Confession d’un philosophe de Marcel Conche (répondant à André Comte-Sponville).

Il me semble intéressant de donner la position de Marcel Conche sur la question de Comte-Sponville : la morale est-elle absolument relative ?
Marcel Conche à travers l’exemple d’un geste d’humanité montre que le geste en question ne peut perdre de sa valeur avec le temps donc la valeur du geste est absolue, éternelle, même si le geste est voué à la disparition, est donc relatif. Le geste réel est éphémère : il devient comme ayant été mais il a bel et bien eu lieu et en ce sens ne peut être annulé par rien, il est éternel dans le passé et le souvenir. La valeur du geste, elle, est pour toujours : l’exemple de ce geste suffira à faire percevoir la valeur d’humanité qui ne passe pas, ne vieillit pas. Les valeurs morales ne sont pas créées par l’homme : on ne décide pas d’un geste d’humanité et de générosité qu’il est beau comme on ne décide pas que 2+2=4. Il me semble que cette approche permet de prendre ses distances avec deux thèmes de la rencontre : la création permanente de valeurs, oui, sauf pour les valeurs morales ; la valeur relative des valeurs, oui, sauf pour les valeurs morales. C’est donc sur ces valeurs d’humanité, de générosité…et sur ce qu’on appelle les droits de l’homme (plus les droits de l’enfant plus les droits des animaux plus les droits des générations futures) que pourrait s’ancrer l’éthique du futur. La réévaluation des valeurs consisterait à bien saisir l’absoluité des valeurs morales pour ne pas sombrer dans le tourbillon relativiste caractérisant les autres valeurs, périssables, frivoles. Un bémol : la perception de la beauté, de la valeur d’un geste d’humanité n’est pas innée, n’est pas universelle. Les esprits épais comme dit Conche ne les saisiront pas, ne les verront pas ; inutile d’argumenter : ce serait se situer sur le terrain du relatif. Ce propos rend le chantier : une éducation pour tous tout au long de la vie, pertinent.

JCG avec Marcel Conche en mai 2003
JCG avec Marcel Conche

 

 

 

 

 

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Agoras avec Edgard Gunzig et Pierre Marage

10 Mai 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #agora

Le calendrier 2007 des agoras du Revest
qui se déroulent ailleurs est en place:

- 30 mars 2007 au Lycée Dumont d'Urville, à Toulon
(pour les étudiants en classes préparatoires)
La création de l'univers ex-nihilo par le cosmologiste Edgard Günzig
Edgard Günzig

La rencontre a eu lieu en salle de conférence avec 100 étudiants et quelques professeurs. Après l'accueil d'Edgard Gunzig par le proviseur-adjoint du Lycée et une présentation de l'homme par Dominique Glasson, Jean-Claude Grosse a raconté comment Edgard Gunzig se retrouvait, ce 30 mars 2007, à Dumont, à savoir par la découverte et la lecture de son roman: Relations d'incertitude paru chez Ramsay et disponible en collection de poche chez Labor, roman passionnant, autobiographique, écrit avec Élisa Brune, puis par une rencontre au Salon du livre de Paris en 2005 et un échange sur le roman, enfin par une rencontre au Théâtre des Doms en Avignon en 2006 où fut faite et acceptée la proposition d'intervention. Grand merci à Edgard Gunzig pour son exposé lumineux, pour les échanges avec enseignants et étudiants et pour l'acceptation de mise en ligne de l'exposé: ainsi de nombreuses personnes pourront profiter de ce moment exceptionnel, suivi le 6 avril de la rencontre avec Pierre Marage.
Parmi les projets à venir:
- ma présence à Peyresq (04) en juin pour filmer la 12° édition de la rencontre internationale de cosmologistes organisée par Edgard Gunzig, rencontres dont Élisa Brune a fait un récit dans Le goût piquant de l'univers, aux Éditions Le Pommier.
- organiser vers septembre-octobre une rencontre filmée entre le cosmologiste Edgard Gunzig et le philosophe Marcel Conche, peut-être avec Pierre Marage, physicien des particules.

Le vide est ailleurs
Qu'y a-t-il quand il n'y a rien? Et que faire quand on découvre que ce rien est infiniment plein? Les spécialistes parlent de «catastrophe» et envisagent, en réponse, rien moins que de fonder une nouvelle physique.
Par DOMINIQUE LEGLU

Glossaire

Relativité restreinte: théorie élaborée par Einstein où l'espace et le temps ne sont plus des absolus; ils se transforment (en se mélangeant l'un à l'autre) en garantissant un autre absolu, la vitesse de la lumière. Les événements physiques se jouent dans une trame nouvelle, «l'espace-temps».

Relativité générale: la trame espace-temps est cette fois courbée, à cause de la matière. On se la représente souvent comme une sorte de filet élastique d'autant plus creux que les corps sont plus massifs.

Mécanique quantique: physique s'appliquant à l'infiniment petit des particules et des atomes, et dont les principes choquent souvent le profane, tellement ils s'éloignent du «bon sens» issu de la physique classique s'appliquant aux objets quotidiens. Exemple: on ne peut parler que de la «probabilité de présence» d'un objet.

Bruxelles envoyée spéciale
C'est un vide si plein, si foisonnant d'énigmes, qu'il est devenu l'acteur central d'une tragédie scientifique paroxystique. Le drame s'intitule «la catastrophe du vide» et sa trame n'est pas bricolée de petits riens. Si la nature eut jadis «horreur du vide», ce sont les spécialistes qui aujourd'hui, ont de quoi être frappés d'effroi: le vide, pour eux, engendre la crise la plus aiguë de la physique théorique actuelle, un «problème si profond qu'il pourrait bien être le point de départ vers une nouvelle physique», estime le physicien belge Edgard Gunzig (université libre de Bruxelles). Il vient, avec le Français Simon Diner (directeur de recherche au CNRS), de publier le premier ouvrage collectif d'importance en français, consacré à cette énigme clé: le Vide, univers du tout et du rien (1). Pour ce sujet «en pleine explosion», l'ouvrage ne veut pas donner «l'image figée d'une connaissance acquise mais refléter l'état de la recherche, dynamique et en pleine évolution». Les intitulés ont de quoi titiller : «Qu'y a-t-il là quand il n'y a rien là?» par l'Américain Robert Mills (2); «Entre rien et quelque chose: les paradoxes du vide» par l'astrophysicien français Marc Lachièze-Rey. «De quoi parlons-nous?» s'interrogent finalement sur plus de 500 pages, 41 auteurs belges, français, américains, espagnols, hollandais, britanniques... A eux tous, ils construisent une histoire scientifique moderne - non sans importants rappels philosophiques et théologiques - d'autant plus étonnante qu'il semble n'y être question que «d'instabilité», de «fluctuations», de «catastrophe de l'irreprésentable», de «faux et de vrai vide».

Quel visage présente donc aujourd'hui cet étrange vide, qu'une de ses facettes révèle comme un extravagant réservoir d'énergie, dont la présence a été confirmée lors d'une expérience clé, baptisée «effet Casimir» (lire ci-contre): «Dans chaque centimètre cube de l'Univers, il y a vraiment beaucoup plus d'ordres de grandeur d'énergie du vide que celle de la matière dans tout l'Univers visible», écrit ainsi l'Américain Ronald Adler (université de Stanford)? Libération fait le point avec le physicien Edgard Gunzig.

Longtemps, le vide est resté l'apanage des philosophes. Quand le concept est-il devenu scientifique?

Avec Galilée, au XVIIe siècle, le vide a cessé d'être un enjeu philosophique pour devenir un objet de science. Galilée, le premier, a formulé des «expériences de pensée» pour comprendre les lois du mouvement des corps. Il avait besoin, pour préciser ce qui arrivait à un corps laissé à lui-même, d'éliminer les forces de frottement, de débarrasser le phénomène à étudier des parasites susceptibles de le troubler, d'opérer une idéalisation du réel, bref de «faire le vide». On assiste ainsi à la première construction théorique du vide. Il fut relayé, d'une façon plus mathématique, par Newton, qui introduisit le vide dans sa conception du monde. Ce vide est un espace absolu dépourvu de matière.

Pourtant, au XIXe siècle, rien ne va plus avec ce vide «sans matière». Pourquoi?

Le problème surgit avec les questions de rayonnement. En particulier, après les travaux de Faraday et surtout de Maxwell, qui formule les lois de l'électromagnétisme (lois entrecroisées de l'électricité et du magnétisme) et comprend définitivement que la lumière est une onde électromagnétique. On connaissait déjà des ondes: les acoustiques où c'est l'air qui vibre; les aquatiques, où c'est l'eau qui vibre. A chaque fois, il y avait un milieu qui vibrait et transportait les ondes. De même, on se demande ce qui vibre pour la lumière? On avait en quelque sorte besoin d'une substance où vibre la lumière. Ainsi est née la notion d'«éther» (rien à voir avec le produit chimique, ndlr).

L'éther en question n'a jamais été trouvé, Einstein l'a même radicalement éliminé. Qu'est-ce qui reste?

La célèbre expérience de Michelson et Morley a effectivement apporté la preuve que la lumière se propageait sans que puisse être repéré un quelconque «vent d'éther». Einstein, avec sa théorie de la relativité restreinte en 1905, a alors l'audace de se débarrasser de l'éther et de postuler que la vitesse de la lumière est la même pour tout le monde, indépendamment des observateurs. C'est une nouvelle façon de comprendre la lumière, phénomène ondulatoire qui se «supporte» lui-même, qui sous-tend sa propre vibration, sans avoir besoin de vibrer dans quelque chose. Un saut conceptuel extraordinaire est franchi: la vitesse de la lumière devenant absolue (et non plus relative à un éther), ce sont d'autres absolus qui doivent être éliminés et devenir relatifs: l'espace et le temps. Il n'y a plus «d'horloge universelle» qui bat pour tout le monde la mesure du temps, l'écoulement du temps devient relatif. Cette relativité a frappé les esprits de l'époque et continue de provoquer des remous. Ce qui nous frappe, rétrospectivement, c'est que ce moment de la théorie est un point d'articulation dans l'histoire du vide: jamais il n'a été plus vide. Le vide est dépouillé de tout, véritablement «évidé».

Parce qu'ensuite, il s'est re-rempli?

Avec la relativité générale, où s'installe de façon «naturelle» la gravitation, il y a en effet réhabillage du vide. L'espace-temps, qui était une sorte de scène de théâtre passive pour les événements, un réceptacle inerte devient un protagoniste dynamique actif. Il se courbe, cette courbure traduisant sa sensibilité au contenu de l'Univers, c'est-à-dire à la matière (lire glossaire). Les équations prennent une tournure inédite, où géométrie égale matière, où la géométrie de l'espace-temps prend un caractère physique. Et que devient le vide là-dedans? Il devient physiquement impossible. On voit en effet que la gravitation, universelle, est impossible à «écranter». On ne peut pas construire une cage de Faraday (3) qui abrite de la gravitation; les «effets gravitationnels» ne peuvent être éliminés d'aucun lieu. Même si on évacue de cet endroit-ci la matière, le rayonnement électromagnétique, qu'on décide même de négliger le fameux rayonnement cosmologique à 3°Kelvin (rayonnement fossile du big bang, ndlr) traversant l'Univers tout entier, il restera inévitablement quelque chose: les effets à l'infini de la matière qui est encore quelque part. Einstein allait encore plus loin et affirmait qu'un vide en relativité générale est «non seulement physiquement impossible mais aussi conceptuellement incohérent».

Pendant ce temps, l'effet Casimir nous confirme que jamais vide n'a été aussi plein d'énergie. Mais c'est le vide vu par une autre théorie, la mécanique quantique. Que faut-il y comprendre?

Ce n'est pas un petit problème mais une catastrophe. Pour mieux le comprendre, il faut un peu de théorie. En théorie quantique des champs (lire glossaire), les objets fondamentaux ne sont ni les particules, ni les ondes, mais les «champs quantiques». C'est lorsque ces «champs» sont excités qu'on voit par exemple apparaître ce que l'on baptise particule - électron, proton ou autre, et qu'on les détecte avec des appareils de mesure. A l'inverse, c'est quand ces champs sont dans leur état d'énergie minimale (dit fondamental) qu'on parle de «vide». Prenons l'analogie du pendule. Vu de façon classique, le pendule immobile, qui s'est figé, est dans son état fondamental et son énergie est nulle. Vu de façon quantique, il ne sera jamais considéré comme totalement immobile, il lui restera toujours une petite vibration inamovible par principe. C'est cela que l'on décide de baptiser «vide», cet état de plus basse énergie, étant entendu qu'elle ne vaut pas zéro, que c'est une énergie résiduelle. Dans ce registre, le vide quantique n'est pas absence de matière, mais état particulier de la matière. Il faut construire pour lui un formalisme mathématique à l'instar de ce qu'on fait pour un simple oscillateur. Et c'est ici qu'on découvre que le vide quantique est à la fois capable du pire et du meilleur.

Le meilleur?

Il pourrait bien être un réservoir potentiel d'Univers. Ainsi, notre Univers matériel aurait pu émerger à partir d'un «vide primordial» devenu instable dans un face-à-face étonnant: des fluctuations quantiques (du vide quantique) et les fluctuations de l'espace-temps qui leur font écho seraient entrées en résonance, produisant spontanément la matière et la courbure d'espace-temps. L'expansion de l'espace-temps devient le moteur de la création de matière et vice-versa... et on voit se construire «gratuitement» l'Univers à partir de ce vide primordial instable.

Et le pire?

Quand on fait le calcul de «l'énergie» de ce vide, on tombe sur une énergie phénoménale: dix mille milliards de milliards de milliards de milliards (10 40 ) de fois plus grande que celle de tout l'Univers visible. L'énorme densité d'énergie du vide quantique devrait avoir de gigantesques effets gravitationnels... qui sont totalement absents de notre Univers observé. La courbure de l'espace-temps, par exemple, devrait être telle que l'Univers serait ridiculement ramassé sur lui-même, avec un horizon de quelques centimètres! C'est une catastrophe, probablement un problème si profond qu'il faudra une nouvelle physique pour le comprendre.

(1) Editions Complexe, en association avec la Revue de l'université de Bruxelles, 523 pp. 169 F.

(2) Physicien du «couple» célèbre Yang et Mills, inventeurs des «champs de jauge», qui joue un rôle essentiel dans les théories des interactions forte et faible.

(3) Une cage de Faraday est un conducteur creux qui fait écran aux champs électriques.

L'effet Casimir ou la force du rien

Cette expérience a montré que le vide, plein d'énergie, était le siège de phénomènes sauvages.
Par DOMINIQUE LEGLU

«Il y a moins de vide à l'intérieur qu'à l'extérieur et donc... ça pousse.»
Simon Diner, directeur de recherches
au CNRS

C'est un phénomène extraordinaire, l'un des plus importants découverts au XXe siècle. Et qui aurait bien valu un prix Nobel», estime Simon Diner, directeur de recherche au CNRS, l'un des «initiateurs» du livre sur le vide. En 1948, Hendrik B. Casimir, qui fut directeur de la recherche chez Philips, prédit (en utilisant l'électrodynamique quantique) que deux plaques métalliques conductrices parallèles placées très près l'une de l'autre devaient s'attirer. En 1958, a lieu la vérification expérimentale approximative mais il faut attendre 1997 pour une vérification très précise (1). L'interprétation de ce phénomène semble donner raison à ceux qui croient à un vide, siège de phénomènes sauvages. Casimir lui-même écrit: «C'est la confirmation expérimentale (...) que le vide contient une quantité énorme d'énergie (2).»
Ce que l'on appelle désormais «l'effet Casimir» peut être interprété de la manière suivante: le vide quantique (lire interview ci-contre), par construction, n'a pas une énergie nulle. Il n'est pas le même à l'intérieur et à l'extérieur des plaques. Entre les plaques, la densité d'énergie est plus faible, car seuls certains modes vibratoires sont possibles (à l'instar d'une cavité sonore). Il en résulte une force qui fait se rapprocher les plaques (3). Comme le dit de façon imagée Simon Diner, «l'effet Casimir, c'est le vide "comme si vous y étiez". Il y a moins de vide à l'intérieur qu'à l'extérieur et donc... ça pousse». Et de regretter que cette expérience ait été trop vite «banalisée» par la technologie, qui s'est empressée de l'utiliser, avec notamment la création de «microcavités Casimir» servant de «modulateurs de lumière» (un atome placé à l'intérieur de la cavité peut en effet être «bloqué» ou «autorisé» à émettre de la lumière selon les modes vibratoires possibles). C'est un «événement considérable que cette maîtrise de la lumière,» insiste Simon Diner, pour qui «autour de l'effet Casimir, dont le dispositif semble hypersimple, se joue une immense réflexion philosophique». En l'occurrence, il oblige à réfléchir sur la mécanique quantique, qui «ne décrit pas ce que sont les choses mais ce que nous observons». Le vide, en cette occurrence, «n'étant pas une substance, mais un état».

(1) Expériences de Sparnay puis de Lamoreaux.


(2) «Le vide et l'énergie de point zéro», titre de son article,

pp. 105-108 de l'ouvrage le Vide (éd. Complexe).

(3) Des plaques de 1 cm2 à une distance de 0,5 millième de millimètre sont attirées avec une force de 10-4 dynes.


- 6 avril 2007 au Lycée Dumont d'Urville, à Toulon
(pour les étudiants en classes préparatoires)
Les Conseils Solvay et les débuts de la physique moderne par le physicien Pierre Marage.
D.G. avec Pierre Marage à droite

Les Conseils Solvay et les débuts de la physique moderne

Présentation par Pierre Marage

Les Conseils Solvay ont constitué des moments mythiques de l’histoire de la physique moderne : naissance de la « théorie des quanta » en 1911, affrontement des titans, Einstein et Bohr, sur l’interprétation de la mécanique quantique en 1927 et 1930.
Ils furent aussi les témoins des enthousiasmes et des malheurs de leurs temps.
On tentera ici de raconter ces grands moments de la science et de la pensée humaine, et de rendre vivantes les figures des principaux protagonistes.

Résumé


Le 30 octobre 1911 s’ouvrait à Bruxelles, à l’Hôtel Métropole, une « sorte de Congrès privé » à l’invitation d’Ernest Solvay, industriel richissime, humaniste progressiste, penseur autodidacte à la recherche de l’unité du savoir – de la physique à la physiologie, à la psychologie et à la sociologie.

A une époque où les réunions scientifiques internationales étaient rares et où la physique théorique existait à peine en tant que discipline autonome, une vingtaine de savants, parmi les plus brillants du siècle, étaient réunis pour « discuter une série de points controversés des théories physiques modernes » : Max Planck, Henri Poincaré, Hendrick-Antoon Lorentz, Marie Curie, Albert Einstein, Paul Langevin, ...

Pourtant, personne ne pouvait prévoir à quel point cette réunion allait contribuer à forger le visage de la science contemporaine.

C’est que, outre les savants, figuraient parmi les invités l’atome, le rayonnement, le « corps noir », et ces insaisissables « quanta d’énergie » qui sont au cœur de la physique microscopique et de ses propriétés insolites : le thème des débats, proposé par Walther Nernst et Planck, était « La théorie du rayonnement et les quanta ».

Sous la conduite de Lorentz, dans un climat de liberté de pensée et de créativité extraordinaires, cette semaine de discussions appuyées sur des rapports préliminaires fouillés, allait révéler que la physique était décidément entrée dans une ère nouvelle – aussi déroutante qu’inattendue. Déjà la théorie de la Relativité d’Einstein et Poincaré, datant d’à peine six ans, faisait figure de « vieille physique ».

Einstein qualifia la réunion de « sabbat de sorcières », ajoutant : « Personne n’y voit clair. Il y aurait dans toute cette affaire de quoi ravir une compagnie de jésuites démoniaques. » C’est l’ouverture de cette ère nouvelle que les remarquables « Comptes-Rendus » rédigés par Langevin et Maurice de Broglie allaient bientôt révéler à toute la communauté savante. On déchiffre littéralement dans ces comptes-rendus l’intelligence à l’œuvre et la science qui se construit.

L’intensité des discussions, la parfaite adéquation de cette forme de réunion aux questions posées à la science de l’époque … et aussi la qualité de l’accueil des Solvay et du Roi et de la Reine allaient convaincre les participants de revenir avec enthousiasme à Bruxelles en 1913 pour discuter le thème « La structure de la matière ». Ils seraient accueillis cette fois dans le cadre de l’Institut international de Physique créé par Solvay en 1912, conjointement avec l’Institut de Chimie.

Mais la science et les savants n’allaient pas échapper aux malheurs des temps. La guerre de 1914-1918 allait non seulement voir périr toute une génération de jeunes chercheurs brillants, mais aussi laisser des traces cruelles dans les relations entre savants. Aux Conseils de 1921 et 1924, les Allemands sont exclus, et même le pacifiste Einstein n’est pas le bienvenu.

Pendant ce temps, pourtant, la nouvelle physique se développe impétueusement. Juste avant la guerre, Ernest Rutherford avait mis en évidence la structure nucléaire de l’atome, et Niels Bohr avait utilisé les quanta pour expliquer sa stabilité, a priori incompatible avec la physique classique. Et en quelques années, à Copenhague avec Max Born, Werner Heisenberg, Wolfgang Pauli groupés autour de Bohr, à Cambridge avec Paul Dirac, à Paris et Vienne avec Louis de Broglie et Erwin Schrödinger, une nouvelle théorie prend forme, au milieu des débats passionnés d’écoles opposées, – jusqu’à ce que son unité mathématique profonde se révèle : l’ancienne « théorie des quanta » a débouché sur la « Mécanique quantique ».

Mais comment réconcilier avec nos intuitions cette théorie révolutionnaire qui, dans les objets microscopiques, associe aspects ondulatoires et corpusculaires, et surtout qui implique, selon les tenants de l'Ecole de Copenhague un indéterminisme fondamental.

Einstein avait été, avec Planck, l’un des fondateurs de cette nouvelle physique. Comment réagirait-il aux audaces de la jeune génération ?

Encore une fois, après celui de 1911, les Conseils Solvay de 1927 et de 1930 formeront la scène de la tragédie – l’affrontement des titans, Einstein et Bohr. Einstein ne pouvait se résigner à abandonner le déterminisme intégral du monde physique, il ne pouvait admettre que « Dieu joue aux dés ». Par ses objections, ses expériences de pensée, le scalpel de sa réflexion, il allait mettre en difficulté les tenants de ce que nous appelons aujourd’hui l’« interprétation orthodoxe », et les obliger à affiner davantage leurs approches. La théorie quantique en sortira considérablement solidifiée.

Mais une fois de plus, la tourmente approche. Au Conseil de 1933, Einstein est absent : à son retour d’un voyage aux Etats-Unis, il n’a pu rentrer dans l’Allemagne nazie et, après une halte à la côte belge, il est parti en exil.

Ce Conseil pourtant, réunira une fois de plus, comme ses successeurs de 1948, 1954, 1960 … l’élite la plus prestigieuse de la physique moderne.

Lieux d’accueil de la plus haute pensée humaine et témoins des tragédies du siècle, les Conseils Solvay ont non seulement marqué la science, mais toute notre culture.

Ces deux agoras seront filmées pour être ensuite partagées sur internet, avec l'accord des deux intervenants.

 

 

Edgar Gunzig4
envoyé par grossel

 

 

 

 

Pierre Marage
envoyé par grossel

 

 

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Agora Jean-Luc Lagarce

10 Mai 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #agora

Agora sur Jean-Luc Lagarce
20 février 2007 de 19 h à 21 h 15
au Théâtre Denis à Hyères
en partenariat avec la Compagnie de l'Écho
dans le cadre de l'année Lagarce
avant la création par L'Écho de Nous les héros (version sans le père)
du 22 au 24 mars à 20 h 30 au Théâtre Denis


Lagarce
envoyé par grossel

Les agoras, c’est quoi ? Un moment de rencontre et de discussion, sans diplôme exigé à l’entrée, sans certificat attribué à la sortie, où une question essentielle pourrait animer les débats : qu’est-ce que nous ne savons pas ?
Redécouvrir le courage d’exprimer une pensée tue, donc morte, réapprendre à écouter et à respecter autrui, arpenter les holzwege, les chemins qui ne mènent nulle part mais qui nous empêchent de rester sur place et en plan.
C’est pour toutes ces raisons que l’on abandonnera pour un soir la servi-solitude télévisuelle pour se retrouver sur la scène d’un théâtre, l’agora.
Il y a des lectures qui viennent enrichir le propos, de la discussion, de la parole, de la chaleur.
Les agoras ont commencé en octobre 1995
à la Maison des Comoni (le théâtre du  Revest) et se poursuivent ailleurs qu'au Revest, depuis janvier 2005.

Voir le calendrier des prochaines agoras sur ce blog.



Pour cette agora, j’ai choisi de faire en sorte que la parole circule presque dès le commencement.
Qui connaît Lagarce, je veux dire : qui a lu des textes de Lagarce ou vu des pièces de lui?

Sur 17 participants, 12 ne le connaissent pas et 5 un peu.

J’ai découvert Lagarce (je connaissais le nom mais je n’avais ni lu ni vu) à l’occasion de la mise en espace du Voyage de Madame Knipper vers la Prusse orientale par Cyril Grosse et L’Insolite Traversée : c’était en 1997 et il y eut 4 représentations de ce travail, au Théâtre Antoine Vitez à Aix et au Théâtre de Cavaillon. Je dédie cette soirée à Cyril (1971-2001) dont l’itinéraire, en préparant cette agora, m’a paru étrangement parallèle à celui de Lagarce (écrivain, comédien, metteur en scène, directeur de compagnie mais pas éditeur puisque je le suis). Ceux qui ont connu Cyril s’en rendront compte.


2 ans après la mort de Lagarce, à 38 ans, l’équipe de Danièle Bré à Aix-en-Provence organisait une promenade dans son œuvre; je ne me souviens plus du nom de cette opération qui se poursuivit, les années d’après, autour de l’œuvre de Bond et d’autres.

Initiatives nécessaires presque dans le désert souvent, un peu comme ce que vous avez tenté avec Arrabal, avec les conférences illustrées sur le Théâtre.

Qui connaît Le voyage de Madame Knipper ?
Personne.

Je vais en lire un passage: p.129-131 du  Théâtre complet I, sur la guerre; de quelle guerre s'agit-il? hypothèses  sur la guerre, hypothèses logiques et absurdes comme une mise en abyme de la dialectique: de l'ennemi extérieur identifiable à l'ennemi intérieur non-identifiable si chacun est l'ennemi de soi-même.


Quels effets, impressions, cette lecture provoque-t-elle ?

Ce voyage , cet exil, cette fuite dans une Prusse sans lien avec la Prusse réelle, dans une Prusse insaisissable car est-elle désert, plaine, collines, vallées, diurne, nocturne, d’hiver, d’été, ni les personnages ni nous, ne pourront trancher et ce déplacement sans retour s’effectue en 2 traversées de plateau, de cour à jardin et de jardin à cour avec haltes au centre, déballage d’accessoires dérisoires, réemballage de ces accessoires. Certaines didascalies sont surprenantes. Texte: "Tous ensemble, nous nous sommes mis en route." Didascalie: F et G ont à nouveau rangé les accessoires. Ils s'immobilisent. P.147. Les personnages sont à la fois définis et indéfinis : Madame Knipper est-elle présente ou parle-t-on d’elle ? Les 2 hypothèses sont validées par le texte. Parlent-ils de maintenant, d’hier ? Les 2 hypothèses sont également validées. Entre les personnages, de statuts différents, de domestiques à grands de ce monde, pas d’écoute, des paroles qui s’envolent, rarement reprises au bond, donnant naissance à un échange. Qui parle ? Tantôt, le personnage dit : elle, pour Madame Knipper, tantôt dit : je, pour la même madame.

C’est surprenant, même quand on a pratiqué Beckett. C’est une forme de déconstruction qui semble garder tous les ingrédients du texte classique : une situation, des personnages, un récit…mais qui déroute les repères en les combinant : passé-présent ; présence-narration. Un sentiment de vacuité, un sentiment d’abandon dans un labyrinthe. Madame Knipper venant d’apprendre la mort de Tchekhov quitte la fête dont elle était la figure centrale après une représentation inoubliable pour se rendre sur les lieux mais est-on en guerre, guerre de quelle nature, est-on dans un univers à la Kafka, à la merci d’un stupide petit officier ? Part-on de son plein gré ou poussé par la nécessité ? Va-t-on vraiment retrouver la dépouille d’Anton dont le nom n’est jamais cité ?

À découvrir pour ceux qui n’ont pas lu : c’est la 1° pièce de Lagarce publiée dans les Tapuscrits en 1982 et mise en scène par Jean-Claude Fall au Petit Odéon (de son vivant, il y aura 4 mises en scène extérieures de pièces de Lagarce et aucune après 1990).

Lecture de son autobiographie avec réactions de l'assistance sur ce qu'on voit déjà apparaître au niveau des thèmes et de l'écriture et qui se retrouvera, se développera dans ses pièces dès la première.

Voici ce que ça donne dans sa première pièce reconnue par lui comme publiable: Erreur de construction.

Lecture de la 1° réplique de Madame Louise Scheurer p.19 du Tome 1. Rires sur le dernier segment. Quel rire?

Jean-Luc Lagarce est né le 14 février 1957 à Héricourt (Haute-Saône), il passe son enfance à Valentigney (Doubs) où ses parents sont ouvriers aux usines Peugeot-cycles.
En 1975, pour suivre des études de philosophie, il vient à Besançon où parallèlement il est élève au Conservatoire de Région d’Art dramatique. Il fonde en 1977 avec d’autres élèves une compagnie théâtrale amateur le « Théâtre de la Roulotte » (en hommage à Jean Vilar).
En 1979, sa pièce Carthage, encore est diffusée par France Culture.
En 1980, il obtient sa maîtrise de philosophie en rédigeant Théâtre et Pouvoir en Occident. Le Théâtre de la Roulotte devient une compagnie professionnelle.
En 1982, Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale est mis en scène par Jean-Claude Fall au Petit Odéon programmé par la Comédie-Française. Ce texte est le premier publié sous forme de tapuscrit par Théâtre Ouvert.
C’est en 1988 qu’il apprend sa séropositivité.
Entre 1981 et 1995, il écrit 24 pièces et réalise 20 mises en scène.
Depuis son décès, de nombreuses mises en scène de ses textes ont été réalisées et certaines ont connu un large succès public et critique. En France il est l’auteur contemporain le plus joué au XXIème siècle.
Il est traduit dans de nombreux pays et certaines pièces comme J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne ou Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne le sont en douze langues.
L’ensemble de ses textes est publié aux Editions Les Solitaires Intempestifs.

De 1980, année où Le Théâtre de la Roulotte , créé en 1977, devient professionnel, à 1995, Lagarce donc, en 14 ans, réalise 20 mises en scène : 12 classiques (Gozzi, Molière, Labiche, Feydeau, Marivaux, Racine, Jouhandeau, d’après Kafka : Préparatifs d’une noce à la campagne, qui va devenir : Nous, les héros, Crébillon fils, Swift, John Ford, Ionesco, avec Les solitaires intempestifs : collage de textes de 21 auteurs, Wedekind, projet qu’il n’a pu mener à bien mais qui sera achevé par la troupe et les co-producteurs ; plus 3 projets inaboutis : La trilogie du revoir de Botho Strauss qu’il a porté de 1988 à 1995, Godot de Becket en 1993 et L’illusion comique de Corneille en 1994) et 8 de ses textes.

Le livre Traces incertaines (mis en circulation) permet de suivre le parcours de metteur en scène de Lagarce qui monte jusqu’à 3 textes en une saison. Quand il est moins « possédé », il crée un texte sur une saison. Ses partenaires institutionnels seront surtout le Théâtre Granit à Belfort et les Théâtres de Besançon auxquels viendront s’ajouter La Coursive , Chambéry et L’Athénée à Paris. Théâtre Ouvert, Rungis, Montbéliard et Toulouse l’ont aussi soutenu. Dès sa 3° pièce,1983 : Vagues souvenirs de l’année de la peste, il reçoit une aide à la création du ministère. Mais il faut attendre 1992 pour qu’il soit aidé par la DRAC et la Région Franche-Comté.

De ces partenariats reste un opuscule : Du luxe et de l’impuissance, compilation de ses éditoriaux pour La Roulotte ou le Théâtre Granit.

Lecture de Faire semblant ou vivre nos vies p.15-16.

Entre 1977 et 1995, il écrit 24 pièces plus divers autres textes dont un journal. Sa 1° pièce publiée est Le voyage de Madame Knipper, sa 4° pièce en fait, écrite en 1980 et parue en 1982 dans les Tapuscrits de Théâtre Ouvert.

Une caractéristique de Lagarce est qu’il est auteur, comédien, metteur en scène, directeur de troupe et éditeur puisque la maison d’édition est créée en 1992 dans le cadre de la compagnie.

Dès sa mort, la compagnie est liquidée et la maison d’édition devient une sarl dirigée par François Berreur. Cette maison d’édition : Les solitaires intempestifs , va beaucoup faire pour faire connaître le théâtre de Lagarce et va devenir une des maisons d’édition les plus originales de France avec des ouvertures sur le monde (coffrets remarquables souvent en co-édition), des essais de qualité et en ouvrant un site de théâtre performant : theatre contemporain.net.

Aujourd’hui, Lagarce est l’auteur contemporain le plus joué après Shakespeare et avant Molière. Il est évident que l’année Lagarce va encore le propulser. Pour le 50° anniversaire de sa naissance, une "machine" s’est mise en place comprenant des créations, des publications dont Le roman de Lagarce par J.P. Thibaudat, paru le 14 février 2007, 50 ans après, jour pour jour: comme une volonté d'inscrire autre chose que des traces incertaines, des colloques dont les actes de celui de Strasbourg de novembre 2006 sont déjà parus et qu’on peut écouter sur France-Culture, des soirées comme la nôtre, tout cela annoncé sur le site : lagarce.net en attendant l’ouverture du site-ressources sur Lagarce en avril 2007. Autre colloque en juin 2007, en Sorbonne sur Le pays lointain, sous la responsabilité de Denis Guénoun.

Dois-le dire ?
Le succès de Lagarce aujourd'hui semble, outre l'intérêt, l'actualité des thèmes, la qualité d'écriture, dû aussi à l’entreprise, tout à fait remarquable, mise en place depuis sa mort et qui a commencé avec la maison d’édition. François Berreur et peut-être d’autres de La Roulotte ont eu à cœur de faire vivre leur chef de troupe qui aimait rire , faire rire, mettre sa disparition en jeu et au centre de son œuvre. Paradoxe : il n’a jamais été aussi vivant que depuis sa disparition et ce Cinquantenaire « étonnant », puisque d'une naissance parce que sa mort est trop proche, en est la preuve « étonnante ».

Il meurt en septembre 1995 en pleine répétition de Lulu (15 jours), de Lulu ou l’éveil du printemps de Wedekind. Il avait appris sa séropositivité en 1988 mais a toujours considéré que le Sida n’était pas un sujet.

Parmi les pièces que nous voudrions aborder, ce soir, avec lectures d’extraits et vos réactions:

Les règles du savoir-vivre moderne

Nous, les héros

Le pays lointain

et un récit: Le voyage à La Haye.

Quelque notes maintenant sur l’univers de Lagarce : ce ne sont que des pistes.

Les textes de Lagarce mettent souvent en scène des personnages qui revisitent leur passé. Le dialogue ne parvient à avancer que dans cette rumination incessante et cette volonté de préciser une histoire. Dès lors, le récit se propage, altérant l’avancée du temps, élargissant la présence-absence d’un hors champ passé. Ce récit est intimement lié au processus de la reconnaissance, défini par Aristote comme « renversement qui fait passer de l’ignorance à la connaissance, révélant hostilité entre ceux qui sont désignés pour le bonheur ou le malheur ». Or ce processus est mis à mal quand l’identité fait défaut et que la définition de soi est toujours retardée.

Tout le théâtre de Jean-Luc Lagarce est placé sous le signe de l’entre-deux : entre-deux du drame et de sa mise en forme ; entre-deux de l’action et de sa (ré)citation ; entre-deux du désir de dire et de la quête du mot juste. En interrogeant le rapport qu’entretiennent les figures lagarciennes à la parole, à l’Autre, et à la représentation, on voit comment cette dramaturgie de l’effort, de l’aveu, du franc-jeu, met en scène des créatures au statut équivoque et à la présence incertaine, c’est-à-dire entre acteur et personnage.

Divers éléments comiques tiennent une place importante dans ce théâtre, sans qu’on puisse appeler telle ou telle pièce une comédie pure ou une simple comédie. Cela soulève la question de la valeur clairement ou seulement potentiellement comique de certaines répliques, scènes et pièces. On peut trouver des exemples de comique physique et visuel, mais le comique lagarcien est essentiellement verbal.

Attendre signifie se tenir en un lieu où quelqu’un doit venir, une chose arriver ou se produire et y rester jusqu’à cet événement et constitue  le lien entre Samuel Beckett et Jean-Luc Lagarce. L’attente se situe certainement sur l’axe du temps, ayant un début et une fin. Pour les deux dramaturges en question, l’instant semble trop court et le segment temporel insuffisant pour identifier ses deux limites. Et alors, en attendant perpétuellement ce personnage absent, respectivement Godot et le jeune fils, qu’est-ce qu’on fait sur scène ? Toujours du théâtre ? Décidément, oui ! Mais un théâtre à part – d’évocation et/ou d’invention. Les personnages se recréent dans leur mémoire ou s’imaginent un fils sans nom ou un Godot sans visage et s’obstinent à y croire.

Pour conclure et répondre à l’enjeu que je posais au début : pourquoi cet « engouement », cette agitation du milieu théâtral autour de Lagarce car je ne pense pas que ça déborde très au-delà, (ça comprend le public des spectacles) ,je formulerai trois hypothèses :

- de son vivant, par le fait de tenir tous les maillons de la chaîne, de l’écriture à l’édition et à la réalisation, Lagarce, s’est en partie autonomisé des circuits de la profession car comme le dit Lucien Attoun, p.11 du Tome 1 : « Quelle force de conviction et quelle patience, il aura fallu à Jean-Luc Lagarce pour convaincre les « professionnels de la profession » qu’il était l’un des leurs… » Un tel constat ne peut surprendre que ceux qui croient cette profession « saine ». Il suffit de lire Lagarce pour comprendre que le microcosme du théâtre dont il parle souvent dans ses pièces est le strict reflet du monde, de la société, des gens, qu’il n’y a pas à attendre des gens de la profession, comédiens inclus, autre chose ou mieux que ce que les autres sont, font, attendent…Désillusionné, désenchanté, moqueur, voilà Lagarce qui n’en continue pas moins son travail d’homme, d’auteur, de chef de troupe : courage en des temps qui ne sont pas héritiers de 68 (il a 11 ans) ni de 81 car 82-83 (le tournant) surviennent si vite. Lagarce écrit en un temps qui n’est plus d’utopie, où on ne veut plus changer la vie car la vie est déjà devenue difficile (je dirai qu'elle l'est toujours et que pourtant on n'en a pas de rechange) avec la mondialisation « triomphante »; s’adapter, résister…quelles autres attitudes ? (j'ajouterai: indépendamment de la mondialisation dont il ne faut surestimer ou sous-estimer les effets; estimation variable).

- comme on n’est pas sorti de cet horizon indépassable pour le moment de la mondialisation, Lagarce reste l’écrivain pour les gens de théâtre, qui parle de ce monde : ils le trouvent « actuel » ; ces différentes expressions qu’il emploie par exemple, semblant hésiter entre plusieurs hypothèses de juste expression, conviennent bien à un temps de mensonges, où les mots, les expressions se sont vidés de leur sens, où une parole de vérité ne semble plus pouvoir être dite. L’ère du soupçon s’est généralisée et intériorisée : on se soupçonne soi-même d’être victime mais surtout bourreau, pas désespérés quand on dit l’être, on ne sait plus qui on est, on ne sait plus où on va, on a perdu les repères, les valeurs, on ne s'estime plus ou trop, en sachant que c'est pipeau…

- et la « machine » dont j’ai parlé n’est pas non plus pour rien dans cette notoriété posthume ; le monde du théâtre qui n’avait pas su vraiment accueillir Lagarce de son vivant (il y a situations plus précaires, c’est très relatif, ce que je dis) lui fait aujourd’hui un « tombeau » ; j’en suis content pour lui mais je ne pense pas que le temps de Lagarce soit celui du temps long, le mien non plus.

Dur peut-être mais je crois qu’il y a deux types d’artistes : ceux qui nous renvoient à nous-mêmes : Lagarce en est un, et ce sont les plus nombreux ; d’autres créent des univers « sublimes » qui nous mettent en mouvement, ceux-là rares. Comme Saint-John Perse dans Les tragédiennes sont venues, je suis en attente de grandes œuvres séditieuses, de grandes œuvres licencieuses, d’oeuvres sublimes ou de révolte absolue à la Lautréamont, à l’Artaud ou les deux.

Lagarce reprenait pour lui ces lignes de Peter Handke dans Par les villages:

(...) dans vos crises de désespoir vous avez peut-être constaté que vous n'êtes pas du tout désespérés. Désespérés, vous seriez déjà morts. On ne peut pas renoncer ; ne jouez donc pas les solitaires intempestifs : car si vous continuez à avoir de l'inclination pour vous-mêmes, ne voyez-vous pas dans l'abandon où vous êtes une lueur des dieux ? (...)__(...) Le ciel est grand. Le village est grand. La paix éternelle est possible. Ecoutez la musique de caravane. Suivez le son qui pénètre tout, englobe tout, rend compte de tout, redressez-vous tout en mesurant et sachant, soyez vers le ciel. Voyez danser les pulsations du soleil et fiez-vous à votre coeur qui bout. Le tremblement de vos paupières c'est le tremblement de la vérité. Laissez s'épanouir les couleurs. Suivez ce poème dramatique. Allez éternellement à la rencontre. Passez par les villages.

Ce qui m'incite à revenir à Erreur de construction, sa 1° pièce, pour boucler le voyage. Le sous-titre en est:

De l’importance du jardin, des fleurs, du soleil, de l’été et de l’amour pour l’humanité et les gens.

Qu’est-ce : Lard, cochon ? Les deux?
Jean-Claude Grosse ou grossel



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