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Les agoras d'ailleurs

Ecrire le bruit du monde

11 Juin 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres
3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres
3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres
3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres

3 livres sur les auteurs dramatiques du jour, ceux du matin, celles de la nuit, ceux du petit bonheur la chance, celles des grands malheurs des autres

Écrire le bruit du monde

actes du Colloque des 7 et 8 avril 2014

L'oeil du souffleur, 2016

La 4° de couverture de ce livre de 192 pages, paru en mars 2016 à L'Oeil du souffleur, est alléchante : une vingtaine d'auteurs de tous horizons, des chercheurs pour les interroger, deux éditeurs, « un document qui dresse un passionnant état des lieux de l'écriture dramatique contemporaine », à travers 5 tables rondes consacrées au tapage des images, aux échos du silence, aux résonances du plateau, aux bruits de la langue, à la question de la transmission qui leur ont permis « d'échanger de façon particulièrement féconde leur riche expérience entre pairs ».

J'ai lu en totalité, dans le désordre des tables rondes, certaines m'accrochant ou me parlant plus que d'autres. Chaque table ronde repose sur le même principe : présentation du thème par un chercheur, présentation des auteurs choisis pour cette table ronde, questions, réponses puis lecture d'extraits d'un texte ou lecture précédant les questions-réponses, éventuellement réactions du public.

Principe répétitif. Les extraits de textes occupent une place importante, 56 pages sur 150, la dernière table ronde n'en comportant aucun. Ces extraits constituent une coupure par rapport à l'oralité des échanges, témoignages et commentaires d'ailleurs plutôt qu'échanges, un moment à part, pour le lecteur, qui reçoit plus ou moins bien ces extraits ou ce qui les entoure. Préférence pour le texte ou le méta-texte, cela dépend de chacun.

Ce qui retient c'est que chaque auteur témoigne de son écriture à tel moment. Ces témoignages montrent que le sujet, choisi ou de commande, l'écriture, le choix du thème, le travail sur la langue, forme et contenu sont intimement liés, souvent trouvés intuitivement, de façon assez peu pensée, peu élaborée, en lien avec des questionnements, des doutes, des hésitations, des contextes, des moments, des situations. Pas de théorie de l'écriture dramatique dans ce livre.

Un exemple : l'impact de ce qu'on voit dans la réalité ou à la télé, qu'on entend dans le réel ou à la radio, sur l'envie, la pulsion d'écrire et sur l'écriture. Le métro, les rues fournissent tant du banal que de l'extraordinaire, à profusion. La vie est théâtre, les faits divers font théâtre. La matière est là, abondante, écrasante. La pulsion scopique qui pousse à tout voir, tout enregistrer est aliénante mais on la croit délivrante, source. En présence de ces flux, restent à trouver la bonne distance, la manière d'écrire, soit l'objectivité du constat, du documentaire, soit la révolte de la dénonciation... Évidemment, se posent à certains des questions, de nature éthique, métaphysique même : est-elle nécessaire cette écriture distanciée ou pas des flux incessants qui nous assaillent, que nous accueillons, estimant qu'on est bien vivant quand on sait regarder, entendre le métro et ses bruits ? Je crois que chaque auteur, c'est ce que je retiens de ce livre, fait comme il peut. C'est un cheminement personnel qu'il n'y a pas lieu de juger. Simplement se dire par exemple, ce n'est pas mon cheminement, je veux être économe, ne pas ajouter au bavardage du monde, au vide du trop plein, je veux saisir le flux de la Vie (donc de la mort aussi), pas le bruit du monde, je boycotte radio, télé, applications de portable..., je ne veux pas saisir les échos du silence assourdissant des aveuglements, ni les bruits des langues de bois et des langues de vent...

Intéressants aussi les rapports très variables et variés au silence, à la langue, au plateau, à la transmission. Chaque lecteur-auteur sera tenté par tel ou tel témoignage, d'explorer, de questionner son propre travail. Disons que ce livre peut être comme un miroir qui nous est tendu et dans lequel nous pouvons construire, reconstruire notre image d'auteur en travail. Par exemple, le maître secret que se choisit Louise Doutreligne quand elle écrit et qui n'est jamais un auteur de théâtre, voilà qui renverse la question de la transmission, j'écris en pensant à toi, mon maître secret, moi, ton élève ou ton disciple pour ce projet.

Pour ma part, deux maîtres secrets m'habitent quand j'écris et même dans ma vie, Orphée, tenter d'aller vers les morts, vers ce qui meurt (voilà ce qu'on ne peut connaître, aucun savoir sur la mort, peut-on la penser ?) pour les ramener vers la Vie avec le risque de la pétrification, Hélène pour qui deux hommes s'étripent, entraînant deux peuples dans la guerre, deux maîtres même si d'Hélène, que sait-on ?, un homme et une femme puisque nous sommes les deux.

Une absence notoire à propos du bruit du monde, l'absence des enfants, les enfants des migrants, ceux qu'on photographie, noyés sur une plage. A-t-on écrit, va-t-on écrire pour les enfants qui ne sont pas les nôtres, pour les enfants victimes de nos complicités par servitude volontaire ? Mais peut-être ne pouvons-nous pas, ne devons-nous pas accueillir toute la misère du monde, juste notre part ? laquelle ?

Ce livre m'a renvoyé à l'Anthologie, de Godot à Zucco, sous la responsabilité de Michel Azama, chez Théâtrales en 2004 et où par exemple Michel Corvin met en perspective le Théâtre, vigie de l'Europe, être sur le qui-vive, à la fin du tome 3.

J'ai été aussi renvoyé aux Controverses d'Avignon, au 3° tome consacré aux écritures scéniques, controverses avec les auteurs, chez L'Entretemps en 2000 et où je suis intervenu. Je m'aperçois que depuis 2000 où je disais Sortir de la chaîne de production publique (je parlais comme auteur sur commande, comme éditeur, comme directeur de théâtre), il y a une constante : le constat que le théâtre subventionné ne donne pas du « grand » théâtre, du théâtre en prise avec son temps, en lien avec les peuples qui cherchent, pas toujours bien inspirés d'ailleurs, aspirés pour certains par des dérives, des impasses, des égarements. Mais c'est ainsi. On est joué, jouet plus qu'acteur. Je ne crois plus à l'Histoire s'écrivant selon un sens de l'Histoire, dont le moteur serait la seule lutte des classes. Je fais le même constat 16 ans après, la situation s'est dégradée d'ailleurs avec la diminution des moyens, la régression des politiques culturelles des collectivités locales, territoriales et étatiques et par la coupure entre les artistes et le plus grand nombre en train de s'extrême-droitiser. Voici des définitions de mots que j'ai proposées à l'époque puisque on me le demandait :

Le mot "public" ?
Celui ou celle engagé dans le travail sur lui ou elle-même avec le souci de l’élévation (de lui, de l’autre, des autres, du monde), donc toujours singulier, forcément rare, se sortant du troupeau parce qu’il le veut et s’en donne les moyens.

Le mot "langage" ?
À trop élargir son extension (pour certains tout est langage), ne perd-on pas son sens : outil d’expression et de communication ?

Le mot "territoire" ?
Mot de sédentaire ayant perdu de vue qu’il fut, qu’il est nomade, de passage, en transit, en exil.

Le mot "représentation" ?
Mot d’intellectuel ayant perdu le sens de la présence.

Le mot "imaginaire" ?
Mot d’artiste, d’autiste ayant perdu le sens du réel.

Le mot "mémoire" ?
" si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent à la légère "
le travail de mémoire n’accouche pas de la vérité ; il remplace une falsification par une autre.

Le mot "esthétique" ?
Mot écran pour tenter de rendre opaque, l’évidence de la beauté.
Mot alibi permettant de proclamer l’émergence permanente de créateurs et d’esthétiques toujours nouvelles quand évidemment on n’a affaire qu’à d’habiles copieurs, transposeurs…

Le mot "censure" ?
Mot servant à rassembler les résistants.

Le mot "subversion" ?
Mot servant à rassembler les collaborateurs.

Mon mot ?
Le nombril n’est pas le centre du monde (ou l’inverse). Attention à ne pas finir moitrinaire !

Je suis convaincu que notre politique aux EAT, politique pour une reconnaissance « officielle » comme chambre professionnelle est mutilante. É. Say Salé dans EAT (manger, pisser, écrire) au temps des queues de cerises est lucide sur les effets des liens incestueux avec la SACD et avec le Ministère.

L'hauteur – en étant inféodé à la SACD et au Sinistre qui sont nos deux subventilateurs, on s'interdit toute écriture séditieuse, toute écriture licencieuse comme le voulait Saint-John Perse

L'hautaine – vous vous interdisez toute action exemplaire, toute écriture d'éclat, vous vous circoncisez le gland pour ne pas déplaire aux puissants

L'hauteur – oui, on perd notre liberté ; je suis pour Con d'Orsay, pour la libre circulation des idées, des oeuvres, je suis pour le pillage car on se pille mutuellement ; le copier-coller c'est ce qu'il y a de plus fréquent chez les pisseurs d'encre et l'avouer c'est honnête ; les idées, les thèmes sont dans l'air.

Cette « politique » nous empêche d'être de celles et ceux qui irriguent, qui cherchent, proposent, innovent. Je relève dans le forum des EAT, cette intervention d'un auteur après le témoignage du collectif À mots découverts sur Nos voisins les migrants des Jardins d'Éole, évacués le 6 juin :

Je suis très heureux d'avoir pris connaissance du communiqué de À mots découverts.

L'action qu'ils ont faite est nécessaire et indispensable à l'heure actuelle au vu de ce qu'il se passe.

Le CA des EAT pourrait s'en inspirer pour inventer une action visible et forte digne de nos engagements pour l'humain.

Bien sûr si le CA initiait, ce serait très bien mais on n'a pas besoin de son autorisation. C'est ce que fait la Brigade d'auteures à l'usage des migrants. Ou l'atelier des écritures nomades. Et peu importe que ce soient ou pas de grands textes qui sortent de ces mobilisations, de ces manifestations concrètes de solidarité. C'est ce qui est évoqué par É. Say Salé :

L'hautesse – vous êtes satisfait des combats de vos chefs ? je dis combats mais je comprends que c'est du vent tout ça ; pouët ! pouëtt !
L'hauteur – oui, pouët ! pouëtt ! non je ne suis pas du tout satisfait de ce qu'on fait puisqu'on ne fait rien, pas la moindre flash’mob, contre l'état du monde, contre le moche monde sur lequel on écrit ; plus il est moche, plus ça nous convient ! Les droits d'auteur du Beau Marché vous savez, ce n'est pas ma tasse de thé ; je vous l'ai dit, je préfèrerais qu'on soit des héritiers d
e Con d'Orsay.

C'est ce que j'ai tenté aussi de proposer en juin 2015 pour les élections à la présidence des EAT, sans succès bien sûr, ce qui me fait dire qu'il ne faut pas jeter la responsabilité du pouët ! pouëtt ! sur la seule direction qui n'est qu'à l'image du corps qu'elle représente :

  • Nous avons besoin de faire monter au CA des adhérents au fait des méthodes qu'inventent des indignés ou que pratiquent des artivistes. Les marges et le centre, débat essentiel à mener. L'histoire du théâtre est riche de formes qui bousculent. Désobéir par le rire. Investir l'espace public, lieux inhabituels pour nous fréquentés par des publics dont nous ignorons tout, avec des formes interactives. Ne pas imposer de formes, faire participer, pratiquer. Notre champ d'intervention ne peut se limiter aux théâtres, aux médiathèques, librairies, salles de classe, prisons, tous lieux où se diffuse la culture de reproduction. Nous devons aussi aller là où le théâtre peut faire mal et pas seulement là où il éduque, console. Pas d'illusion dans sa force.

Bande son de Je peux, de Marina Damestoy, 5’13, lu au Grand Parquet le 5 juin, Hauts- Parleurs

http://audioblog.arteradio.com/post/3071813/je_peux/

Évidemment notre responsabilité éthique est engagée par ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent (voir les 4 photos ci-dessous), on peut les faire parler, on peut rajouter au bruit du monde, notre compassion, notre indignation.

Qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ? ne pas agir sur le monde, agir sur soi.

De plus en plus de personnes sont persuadées que c'est sur soi qu'il faut travailler, que c'est perte de temps et d'énergie que de s'indigner, se révolter. Seule la compassion trouve grâce à leurs yeux.

Une autre piste est aussi possible : la tentation de la Beauté, tenter de dire la Beauté de la Vie, de la Nature, tenter de dire l'infini, l'éternité, nous qui vivons dans le temps rétréci, le temps du projet, le temps du souci sachant que tout passe, ce qui a de la valeur comme ce qui n'en a pas... Évidemment, pour parler d'éternité et d'infini, pas besoin des EAT. Il n'y a rien à revendiquer, tout s'anéantit devant l'infini et l'éternité.

Je donne pour conclure le lien de deux articles récents de Jean-Louis Sagot-Duvauroux dont on lira par ailleurs l'essai sur la gratuité. Textes qui font écho à mes propres réflexions et propositions : Art et culture, Pour un service public de la culture

https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/2016/06/06/refonder-les-politiques-culturelles-publiques/

https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/2016/05/18/avignon-fabrique-de-la-classe-dominante/

Jean-Claude Grosse

ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?
ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?
ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?
ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?

ce qu'on appelle le choc des images, le grand écart entre les images; elles parlent, on peut les faire parler, rajouter au bruit du monde; la responsabilité de l'auteur est pleinement engagé: qu'est-ce que j'ajoute, retranche au bruit du monde en écrivant ? le silence ne serait-il pas la vraie réponse à ce monde ?

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