Texte libre

imprévisible
investir
les interstices
de leurs territoires
sédentaires
à la manière du sable
partout
chaque trou
ils ne contrôlent pas tout
présence légère
camper à la nomade
au bord des choses
au bord des corps
au bord des morts
sans frénésie
sans appétit
solidaire
choisir une position
sans tourner le dos
à ses frères
ni leur faire face
installer la caravane
provisoire
sans rien déranger
occuper la position
précaire
à l’extrême
de l’inattention
provoquer
le déplacement
à l’épuisement
de la distraction
quand l’habitude
fait voir
un territoire

où l’on avait choisi
un emplacement
sans rien emporter
en laissant tout
en place et en plan
partir
sur la pointe des pieds
crainte de gêner
en faisant du bruit
pas d’itinéraire
à suivre
les pères
ne transmettent pas
leurs repères
pas de voie à ouvrir
les fils
n’héritent pas
de vos repaires
le désert
efface
toute trace
de réussite
hargneuse
tapageuse
de qui a fait
son chemin
ne pas s’attarder
passer à la ligne
n’aimer que
les inachèvements
opter
pour la dérive
et l’inconséquence
seulement habité
par le souffle
inspire

 
expire

J.C.Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

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photo: Laurent Laveder

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Texte Libre

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photo : Laurent Laveder

Nettoyage du printemps 2012.
Ce blog cesse de publier des articles.
Il laisse subsister en archives  les textes et contributions
susceptibles de supporter l'épreuve d'un temps un peu plus long
que celui de l'écume journalière.
Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 15:27

 DE TUNIS À MADRID EN PASSANT PAR

LE CAIRE ET TÉHÉRAN
AVEC LEURS SABOTS BIEN ENTENDU …
 

 
« Il est désormais impossible de tirer des plans en public pour une réalisation abstraite de l’homme : on veut ou on ne veut pas leur réalisation réelle : ce choix est bien plus radical que toutes les critiques. » Les chiens de garde ; Paul NIZAN

 
 
 
Mais qu’ils sont naïfs, rigoureusement naïfs ceux-là ! Et même d’une puissante naïveté ! S’ils n’ont pas encore effacé le vieux monde ils l’ont traversé sans changer eux-mêmes c’est-à-dire sans fléchir devant les cyniques et les grelottants. Dès lors ils réclament. Ils exigent. Ils fustigent ! Ils n’attendent plus qu’on serve la soupe, ils donnent leurs ordres : la « DÉMOCRATIE » telle qu’ils l’entendent, en direct, épurée, la plus près possible de leur idéal. Ils n’ont pas peur de la lumière, elle ne les aveugle pas, au contraire, elle leur donne de l’énergie et de l’éclat.
Lyrique et romantique ? Ils vont là où je ne me sens pas d’aller : affronter la mort en direct. Il pourraient nous faire honte d’ainsi les encenser, d’ainsi m’exciter littéraire, sur leur dos !
Toute honte bue il nous faut revenir à notre réalité éditoriale. Celle du Sergent de service à Libération (8 juin) en ce qui le concerne, et de ce pas intéresse l’Occident : « C’est la démocratie, et non la dictature, qui peut servir de rempart à la menace islamiste ». Charité bien ordonnée commence par là : puisque les dictateurs et leurs régimes sont définitivement vermoulus, changeons de régime, prenons de nouvelles assurances, adhérons à la « démocratie ». C’est mieux comme ça, c’est raisonnable, sans pathos.
Ce n’est certainement pas la seule raison, l’Islamisme a bon dos : en tout état de cause, quelques soient les sujets, on ne peut négocier que sur du stable, du solide il en faut pour bétonner  des accords sur le pétrole, la main d’œuvre, les ressources naturelles…. La dictature de Bachar al Assad vacille, comme ailleurs dans “le monde Arabe“, c’est le “t“ de stable qui s’enlise, reste le sable… leur démocratie est désignée pour remettre la lettre à sa place. Et voilà que ça ne se fait pas sans mal.
Mais quoi encore ! Ils tardent à remettre de l’ordre, ce n’est pas facile mais ça reviendra… Ils ? Les démocrates, les vrais démocrates de retour, ceux qui bruissaient derrière les manifestations alors que Ben Ali n’avait pas encore fait ses malles. Ceux qui temporisaient, à voix douce, à voix basse. Se manifestaient au hasard d’un micro-trottoir, à Tunis. Ils manifestaient en retrait de la manifestation en révolution. A bonne distance du front. Ils donnaient leurs point de vue sur le gouvernement de transition ; favorables à ce que le premier ministre en poste transitionne.
Au Caire, c’était différent : l’armée parlait d’une voix douce depuis le ventre de ses chars immobiles. Armée ventriloque. Chemin faisant, les informations se font rares. Non que les revendications se soient dissoutes dans le clair-obscur de la raison d’Etat sur ses gardes, mais : « L’armée égyptienne, qui assure la transition politique depuis la chute du président Hosni Moubarak le 11 février, a promis d’utiliser tous les moyens pour réprimer les "groupes déviants" qui menacent la sécurité et la stabilité de l’Egypte » (samedi 14 mai 2011 Al-Oufok.) ; la raideur militaire saura détecter le déviationnisme et les déviants c’est-à-dire toutes celles, tous ceux qui, regroupés, diront ce qu’un maréchal des logis, un caporal, un sergent ou un général considèreront comme un gros mot, une atteinte à l’honneur (de la Patrie), une déchirure de la glose gouvernementale. Au nom de la Révolution il va de soi : « "Le seul changement visible, c’est que la station de métro Hosni Moubarak a été rebaptisée en station des Martyrs" (dit) Moustafa Ali Menchaoui, un comptable de 38 ans qui tente de canaliser la foule vers la place principale du Caire et épicentre de la contestation depuis le 25 janvier. » (idem) La contre-révolution est en marche, rien de bien surprenant à cela. Mais les pas des révolutionnaires ne seront pas effacés pour autant. Rien de bien surprenant à cela non plus. « Mohammed Hussein Tantaoui, chef du Conseil militaire suprême, actuellement à la tête de l’Egypte. » est rangé  dans la case des « pourris », symbole de l’ancien régime.
C’est, entre autre, à cela que se reconnaît le bouleversement : ceux qui gouvernent ne peuvent plus tromper leur monde aussi facilement qu’avant. Mais dire que ce n’est pas facile ne veut pas dire que ce serait devenu impossible ! Sur ces incertitudes vont fleurir, on s’en doute, toutes les calomnies, se répandre le venin de tous les Cassandre mobilisés pour la cause des prédateurs.
Espagne : attendons le 19 juin. Nous en saurons plus car, à ma connaissance du moins, en ce qui concerne l’action du “15-M“ dans les quartiers, rien de précis n’a encore filtré.
 
Et puis vint la Grèce ! L’utilisation du mot politeia, comme nous l’avons constaté dans le « Manifeste Pour une Société des Citoyens », ajoute dans les conditions actuelles de son application - loin d’une société antique qui inventa la liberté individuelle pour son Aristocratie – une boussole suggérant une direction. Le mouvement pourrait trouver son second souffle utilisant alors son énergie, son expérience, ses inventions pour assiéger et donc affamer politiquement, les maîtres du pouvoir : « Le personnel politique possède en indivis la qualité à la fois de mandant et de mandataire, tandis que la société des citoyens est confinée dans la sphère privée. » (le Manifeste) ici serait proposé une stratégie de la prise du pouvoir par les citoyens assemblés, par les moyens pacifiques d’un siège : « Que la société des citoyens entoure pacifiquement, mais en masse, le Parlement (de préférence au moment d’une session plénière) et le siège du gouvernement (quand le Premier ministre / monarque sera en réunion avec ses collaborateurs) et exige l’adoption de ses propositions de lois. Au besoin, qu’elle les empêche de partir avant que ce soit chose faite ou exige qu’ils se réunissent à cette fin. Si le pouvoir politique tente d’empêcher, de quelque manière que ce soit, la manifestation du sentiment de la société des citoyens, que tous s’allongent par terre sur le dos comme un seul corps. ». C’est ici également que nous sommes dubitatifs : mais que font la police et l’armée ? Un grand corps couché peut-il devenir un grand corps blessé, mortellement blessé ?
 
Ainsi reviendrait par la fenêtre de l’histoire la violence chassée par la porte de service. D’autres questions restent en suspend : le pouvoir politique appartient au citoyen de la politeia, mais les ressources, les forces productives en général et en particulier, les profits, socialisés ou pas ? La question sera-t-elle posée ? Tous des Aristocrates, politeia populaire ?
 
Robert

 

Je vous transmets ce texte qui me semble d’un grand intérêt, inscrit dans le mouvement amorcé un peu partout dans le monde. Pour le moins il obéit à une nécessité et représente un début de réponse aux questions que se posent tous les “indignés” de la terre.      Robert

Texte écrit par George Contogeorgis, professeur de science politique à l’université Panteïon, et ancien ministre de l’audiovisuel. Ce texte a été publié en français le 8 juin 2011 sur le site Mediapart.


 
Grèce :

Manifeste pour une "Société des citoyens"

Publié par Alencontre le 9 - juin - 2011
 

Face à «la concentration monopolistique de la totalité du pouvoir entre les mains des détenteurs de l’État» et «l’hégémonie politique univoque des marchés», l’Assemblée populaire de la place Syntagma, en Grèce, vient d’adopter un manifeste destiné à rendre le pouvoir politique à une «société des citoyens» reconstituée.
Le cadre de l’enjeu
Ne nous berçons pas d’illusions. Les manifestations et rassemblements de protestation dans les rues et sur les places sont sans issue parce qu’ils ne s’attaquent pas à la cause du problème: la concentration monopolistique de la totalité du pouvoir politique entre les mains des détenteurs de l’État. Quand la société des citoyens, calmée ou épuisée, regagnera ses pénates, les hommes politiques continueront à discuter et co-décider avec les agents internes et externes des mécanismes dont ils sont les otages, à la surface de la politique (et qui les pourvoient en force, en argent, en communication, etc.).
Il est urgent de comprendre que la cause fondamentale du problème actuel réside dans le fait que le système politique de la modernité n’est ni démocratique, ni représentatif. Le personnel politique possède en indivis la qualité à la fois de mandant et de mandataire, tandis que la société des citoyens est confinée dans la sphère privée. Véhiculées par ce système politique et par son inévitable dégénérescence en partitocratie dynastique, les forces qui définissent l’ordre mondial ont réussi à contrôler l’État et à imposer leur domination politique sur la société des citoyens.
L’enjeu du rassemblement de «Syntagma» met pour la première fois la société des citoyens face à l’ensemble des détenteurs de l’État (hommes politiques et autres). Ce fait montre en soi que le collectif ne se constitue plus en termes de masse, mais se revendique en somme des citoyens. La réaffirmation de l’individualité au sein du collectif fait que le citoyen n’est plus un sujet instrumenté, mais une entité libre et émancipée qui façonne les événements; non plus une force extra-politéienne, mais partie intégrante de la politéia. Il est donc évident que quand les penseurs de la modernité affirment qu’État et système politique se confondent, ils sont tout à fait en dehors de la vérité.
Le cadre du changement
Dans ces conditions, la société des citoyens est appelée à:
a) se rendre compte que de nos jours, la protestation extra-institutionnelle est un mode d’opposition totalement dérisoire face aux géants de l’ordre mondial.
Nous devons prendre conscience que le temps du fonctionnement extra-institutionnel de la collectivité est révolu. Les collectivités non institutionnelles durent moins que la nécessité qui les fait naître. Elles risquent soit de dégénérer, soit d’être contaminées par les pouvoirs constitués et par les forces qui refusent l’émancipation de la société des citoyens. Ce risque est accru lorsque l’enjeu de la société des citoyens se développe dans un petit pays et ne concorde ni avec la dynamique interne des pays du complexe hégémonique qui définit l’état des choses au niveau mondial, ni, a fortiori, avec leurs intérêts.
b) prendre le système politique en main, exiger la suspension des articles de la Constitution qui suppriment le principe représentatif de la politeia, qui lui ôtent à elle-même la qualité de mandant.
La société des citoyens doit élaborer des propositions de lois qui aboliront le caractère possédé de l’État et la partitocratie dynastique, qui feront dépendre le personnel politique de la société des citoyens, aboliront son «immunité» et le soumettront directement à la justice pour ses actes politiques, accorderont au citoyen le droit d’avoir un «intérêt pour agir» en cas de préjudice occasionné par les agents de l’administration ou le personnel politique; enfin, elle doit mettre au point les orientations politiques dans le cadre desquelles le pouvoir politique sera obligé de gouverner.
c) Dans ce cadre, formuler des revendications réalistes en termes «législatifs» clairs.
Dans les circonstances actuelles, il est réaliste et nécessaire de:
-Institutionnaliser la compétence de «contrôle» du personnel politique (et de l’administration et de la justice) par le tribunal spécialement prévu à cette fin. Le contrôle doit aussi concerner les individus/membres (par exemple, le député chaque semestre, par un corps de citoyens tirés au sort dans sa circonscription électorale) et les institutions du système politique (le Parlement, le gouvernement, etc.).
-Abolir l’immunité et abroger les lois sur la responsabilité du personnel politique. Introduire la responsabilité politique du personnel politique pour ses actes (ou omissions) politiques qui portent préjudice à la société des citoyens. Affirmer clairement que la finalité de la politique, c’est l’intérêt (de la nation) de la société, et non (de la nation) de l’État. Il est inconcevable qu’au XXIe siècle, nous vivions sous un régime antérieur à Solon. Le personnel politique doit être soumis, pour le dommage occasionné par son action politique, au droit commun, et avec la circonstance aggravante que le délit politique porte préjudice à bien plus de monde que le délit ordinaire. Le tribunal compétent doit être composé d’un corps de juges tirés au sort, avec la participation de citoyens jurés.
-Reconnaître au citoyen un droit «d’intérêt pour agir» en cas de préjudice occasionné par les agents de l’administration, de la justice et par le personnel politique. L’agent administratif, judiciaire et politique et, à titre tout à fait subsidiaire, l’État doivent être directement responsables devant le citoyen.
-Exiger que la société des citoyens exprime obligatoirement son avis (sa volonté) avant toute décision politique (gouvernementale ou législative) et qu’elle ait la possibilité de soulever des questions de politique dont elle estime qu’elles requièrent d’être traitées (par exemple, le fonctionnement efficace de l’administration). En pratique, la possibilité scientifique des sondages pourrait être exploitée: il n’est pas besoin de rassembler chaque fois l’ensemble de la société sur la place Syntagma. Avant toute prise de décision, la société devrait être sondée sur sa volonté. Ou mieux, il pourrait être créé un démos sondable en permanence, qui discutera et se prononcera sur les problèmes du pays, au niveau politique. C’est là un des nombreux exemples de réglementations qui rendraient possible le passage à un relatif semblant de représentation. Mais cela requiert que la société des citoyens entre institutionnellement en politique. Qu’elle participe aux décisions.
-Faire ainsi ressortir ce que la société des citoyens considère ou non comme son intérêt. Pour l’instant, l’avis obligatoire suffirait, sans aller jusqu’à obliger le pouvoir politique à s’y conformer. «Contrôle» et «responsabilité» combinés au processus électoral, voilà qui équilibrera la volonté du pouvoir politique de s’autonomiser voire de se soumettre à des forces exogènes (par. ex. aux marchés).
-Exiger du Parlement qu’il renonce à sa «compétence» abusive de légiférer sur les questions de responsabilité politique de ses membres et notamment à se mêler de la gestion de leurs responsabilités. Que la justice soit saisie de toutes les affaires d’immunité et de scandales apparues depuis 1974. Par nature, les affaires relevant de la responsabilité des hommes politiques ne sont pas prescriptibles.
La plupart de ces aménagements ne nécessitent pas de révision de la Constitution. La société des citoyens réclamera simplement le sursis des articles de la Constitution qui réservent au pouvoir politique la qualité de mandant.
Le cadre de l’action politique
Considérant comme donné le fait que la mission du système politique de la modernité est terminée, et avec elle, l’efficacité des modes d’action extra-institutionnels traditionnels, je propose:
Que la société des citoyens entoure pacifiquement, mais en masse, le Parlement (de préférence au moment d’une session plénière) et le siège du gouvernement (quand le Premier ministre / monarque sera en réunion avec ses collaborateurs) et exige l’adoption de ses propositions de lois. Au besoin, qu’elle les empêche de partir avant que ce soit chose faite ou exige qu’ils se réunissent à cette fin. Si le pouvoir politique tente d’empêcher, de quelque manière que ce soit, la manifestation du sentiment de la société des citoyens, que tous s’allongent par terre sur le dos comme un seul corps. La seule chose que le pouvoir y gagnera, c’est que le système perd toute légitimité. Le «contrat social» qui relègue la société des citoyens dans le statut de particulier présuppose son consentement, ne serait-ce que tacite. S’il est massivement contesté, il est présumé rompu, et par conséquent, le corps de la société des citoyens doit se prononcer à nouveau. En tout état de cause, la classe politique s’est montrée indigne de la confiance aveugle que lui a accordée la société des citoyens et, bien pis, elle a abusé de son rôle, avec des conséquences désastreuses pour le pays.
Qu’elle poursuive ainsi obstinément, jusqu’à obtenir la garantie que la volonté de la société des citoyens trouvera une expression institutionnelle et sera obligatoirement prise en compte dans les décisions politiques. Qu’elle rappelle clairement que la société des citoyens est la raison d’être aussi bien de l’État que du personnel politique et de l’économie. Que c’est la société des citoyens, et non l’État, qui incarne et exprime la nation. Que l’intérêt de la société des citoyens doit être la seule «finalité» de la fonction politique. Que c’est elle, la société, et non eux, les politiciens, qui a compétence pour donner forme aux politiques qui seront en accord avec l’intérêt commun. Que la place de la société est dans le système politique, et non sur les places. Et que le temps de la carte blanche que leur donne le système pour interpréter la volonté de la société et décider de son intérêt est irrémédiablement révolu. L’heure est venue pour la société des citoyens de revendiquer le changement du système politique qui fera que son suffrage aura un contenu représentatif (et non plus simple valeur de légitimation); de cesser de philosopher et vouloir faire pression sur le pouvoir pour qu’il agisse en faveur de l’intérêt commun, et d’assumer elle-même la compétence de codécision; de récupérer le droit de «contrôler» et «responsabiliser/sanctionner» des politiciens, de retrouver la qualité de mandant au lieu d’accepter d’être confinée dans la sphère privée en les laissant agir à leur guise et se partager l’État avec les profiteurs de toute sorte de la collusion d’intérêts.
Le jour où la société des citoyens aura compris les causes du problème et proclamera la fin du «contrat social» qui lui a été imposé unilatéralement par les détenteurs de l’État, le jour où elle formulera expressément son exigence d’être un acteur institutionnel de l’État et non un sujet, où elle se rendra compte qu’elle est la source primaire de tout pouvoir et, naturellement, de sa propre existence, elle constatera l’efficacité de sa puissance. Ce jour-là, le personnel politique sera appelé à choisir entre la voie du déni et, par conséquent, du recul, ce qui l’exposera de manière irrémédiable dans tout son autoritarisme, et une métamorphose en serviteur dévoué de la société des citoyens et simple mandataire de ses intérêts. Face à cet enjeu, la société des citoyens bénéficie d’un avantage: le temps du système politique (non démocratique et non représentatif) engendré par l’Europe issue du despotisme médiéval, et celui de sa version dégénérée, la partitocratie, est révolu. Ni le système lui-même, ni l’activité extra-étatique réservée à la société des citoyens ne peuvent renverser l’hégémonie politique univoque des «marchés» qui protège «l’ordre légal» planétaire.
En tout état de cause, la classe politique n’a aucune légitimité à dénier à la société des citoyens le droit de retirer, si elle le désire, sa confiance au système politique qui l’exclut de la participation à la procédure de prise des décisions.
______

Par grossel - Publié dans : R.P.
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Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 08:37

NTERVIEW DE EDGAR MORIN, PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE
« Il faut vivre autrement ! »
 

 

À près de 90 ans, le sociologue et philosophe Edgar Morin achève avec La Voie (1) un long cycle de réflexion amorcé à la fin des années 1950. Il y peaufine son exploration de la méthode, de la pensée complexe et réactualise son regard sur le monde d’aujourd’hui. C’est en tout cas le projet politique le plus ambitieux jamais proposé… Dans cet entretien publié dans Livres-Hebdo (N° 848, 14 janvier 2011), il explique sa démarche.


La Voie, c’est un nouveau chemin ?

C’est surtout la continuation, l’approfondissement et peut-être la fin, disons à mon âge le testament, d’une réflexion politique amorcée avec le thème de l’ère planétaire en 1957 dans la revue Arguments. Le mot méthode signifie « cheminement » en grec. Je suis assez attaché à cette idée du cheminement de l’humanité. La Voie est pour moi comme une introduction à une politique de l’homme, une politique de l’humanité.


Qui serait la suite de la Politique de civilisation dont on a tant parlé en 2007 ?

On a parlé du titre pas du contenu du livre, hélas… Je l’avais publié en 1994 et je le considérais comme le prélude à une entreprise plus vaste pour sauver l’humanité des désastres qui la menacent, des convulsions économiques aux problèmes écologiques. C’est ce que j’expose dans Voie seize ans plus tard en m’appuyant sur des données collectées sur le terrain. J’y développe une politique nouvelle qui nécessiterait l’action conjointe de l’État, des collectivités publiques, des associations privées et des citoyens.


Dans votre livre, vous dîtes que la pensée politique en est à son degré zéro…

J’entends celle des hommes et des femmes politiques. La pensée politique, heureusement, n’a pas disparu. On la trouve, par exemple, dans les livres ou les articles de Claude Lefort ou de Marcel Gauchet. Mais nettement moins dans les meetings ou lors des campagnes électorales.


À quoi attribuez-vous cela ?

Il manque à tous ces politiques la prise de conscience des carences qui existent dans les pensées les plus exigeantes. Or, c’est par la compréhension de ces lacunes que nous avançons. Une vraie pensée politique sait qu’elle ne peut avoir réponse à tout, simplement parce que le cours de l’histoire humaine est complexe. Or, notre système de pensée ne nous permet pas de voir le complexe. D’où notre difficulté à penser le monde. Cette attitude affecte bien évidemment les politiques qui devraient agir sur le monde. Au lieu de cela, ils se sont mis à la remorque de l’économie, et plus encore des mythes de l’économie censés incarner la connaissance et amener à la résolution de tous les problèmes.


Dans ce nouveau monde vous expliquez à chaque page que cette connaissance est difficile ?

Bien sûr, puisqu’elle est complexe ! Par exemple, il faut mondialiser et démondialiser en même temps, c’est-à-dire que l’on doit considérer avec bonheur le rapprochement des États tout en préservant leur autonomie. C’est ce qui rend la chose difficile. Il en est de même pour la croissance et la décroissance. Il faut nous dégager des alternatives. La Voie que j’indique est constituée de voies antagonistes et complémentaires qui finissent par se rejoindre. Le probable n’est pas l’inéluctable et il est encore possible de changer de cap. La globalisation est à la fois ce qui est arrivé de pire et de meilleur à l’humanité. Cela a créé des zones de prospérité et des classes sociales qui sont intoxiquées par la consommation. C’est aussi la mondialisation qui a transformé la pauvreté où subsistait encore de la solidarité en misère des bidonvilles. Nous vivons dans un monde où l’économique est isolée et a détruit tout le reste.


Mais comment changer ce monde ?

Le problème, c’est qu’on ne voit que l’immédiat. C’est le fameux « j’y pense et puis j’oublie » de Jacques Dutronc dont on ignore à quel point il sert dans la mondialisation. Il faut sortir de l’idée d’une pensée alternative qui dénonce mais n’annonce rien d’autre. C’est comme cela que le socialisme s’est écroulé. Il ne suffit pas de changer l’économie pour changer de société. La réforme économique seule ne suffit pas. Toutes les réformes sont interdépendantes. C’est pourquoi nous devons emprunter une troisième voie. Nous verrons alors apparaître une force nouvelle que je nomme la Métamorphose. Et là, nous pourrons vraiment traiter les problèmes fondamentaux.


Pour vous, le mot d’ordre de cette nouvelle voie est « moins, mais mieux ».

C’est une formule de Lénine que j’utilise dans un autre sens. Cela signifie qu’il faut préférer la qualité à la quantité.


C’est-à-dire travailler moins pour aller mieux ?

Pour faire mieux. Le problème de la disparition du travail et de son remplacement par la machine n’a de sens que pour le travail pénible non seulement physiquement, mais aussi moralement. Le travail qui implique des activités diversifiées, de l’autonomie, de l’initiative, voire de la créativité, devrait à l’inverse de généraliser.


Cette crise économique est-elle aussi une crise de la connaissance ?

Évidemment. Nous avons séparé les savoirs alors qu’il faut les relier. Nous vivons dans une surabondance des informations qui n’est pas organisée pour donner de la connaissance. Nous vivons dans une société des connaissances séparées. Pour comprendre les autres, il faut un minimum d’empathie. Pour comprendre les savoirs, il faut un minimum de curiosité. Nous devons donc nous opposer à l’intelligence aveugle qui a pris les commandes presque partout. En résumé, nous devons réapprendre à penser.


Vous êtes sévère avec la techno-science…

Car elle ne produit pas que de la connaissance et de l’élucidation. Elle produit aussi de l’ignorance et de l’aveuglement. Internet c’est formidable, mais cela ne sert à rien si tous ces savoirs ne sont jamais mis en relation entre eux, au service d’une connaissance complexe. On obtient une multitude de savoirs, mais pas de pensée. J’ajoute que cette science n’est pas régulée politiquement et éthiquement. Depuis qu’elle a acquis des pouvoirs énormes elle ne possède plus aucun moyen de se comprendre elle-même.


Vous citez le penseur américain Kenneth Boulding qui disait que quiconque croit qu’une croissance exponentielle peut durer toujours dans un monde fini est un fou ou un économiste…

Il avait raison. Nous sommes dominés par une logique économique absurde qui nous pousse à tout considérer en termes quantitatifs et matériels. De plus, avec ce dogme de la croissance et de la consommation, l’égocentrisme l’emporte sur la solidarité. Or, on sait que la perte des solidarités débouche sur le mal-être. En 2008, nous sommes entrés dans une multiplicité de crises enchevêtrées dans la grande crise de l'humanité, crise dont on ne peut prévoir les rebondissements ni les suites. Mais nous avons appris une chose : nous arrivons à un point où il faut vivre autrement.


Vos propositions politiques abordent tous les domaines de la vie jusqu’à la mort, en passant par la religion et la sexualité. Avez-vous oublié quelque chose ?

À la relecture oui ! J’ai parlé de la naissance, de l’adolescence, du statut de la vieillesse et j’ai oublié l’enfance…


Ne craignez-vous pas de passer pour un utopiste ?

L’inaccessibilité du meilleur des mondes ne doit pas nous faire renoncer à un monde meilleur. Je sais bien qu’il existe toujours des menaces comme le terrorisme ou l’arme nucléaire. Mes espoirs se fondent sur l’improbable car là où croit le péril s’accroît ce qui sauve. Et si tout s’effondre, je me dis qu’on retrouvera peut-être dans une bibliothèque ravagée mon livre et qu’il sera utile pour reconstruire l’humanité…


 
Propos recueillis par Laurent LEMIRE


(1) La voie, d’Edgar Morin, Fayard, 320 p., 19 €.


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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 14:10

Le gourou des révolutions arabes

biblioObs, Le Nouvel Obs [16/03/2011]

Avec un petit bouquin de 130 pages, Gene Sharp, ancien professeur à Harvard, a inspiré bon nombre d'insurrections pacifiques, d'Ukraine en Birmanie. Il serait aujourd'hui le théoricien des soulèvements arabes.

 

Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie", l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa)  
Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie",
l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa)

 

On raconte que les photocopies d’un livre circulaient sur la place Tahrir du Caire, pendant le grand sitting où la foule enjoignait Moubarak de dégager. Il s’agissait de «De la dictature à la démocratie», de l’Américain Gene Sharp. Le vieux prof de Harvard, aujourd’hui retraité, explique qu’il s’agit plus d’un «livret» que d’un livre. Il fait tout de même 137 pages. Les universitaires, déformation professionnelle, surestiment souvent les capacités de lecture des hommes du commun.

 

Cent trente-sept pages pour dire quoi? «De la dictature à la démocratie» se présente comme un manuel de révolution non-violente. Les chapitres s’intitulent «Faire face avec réalisme aux dictatures», «les Dangers de la négociation», «l’Application de la défiance politique» ou «Désintégrer la dictature». Ils composent un exposé méthodique et systématique de la marche à suivre pour piétiner un tyran, du premier rassemblement insurrectionnel improvisé à la rédaction d’une nouvelle constitution.

 

Gene Sharp puise autant ses sources dans l’histoire que dans les livres. Il cite Aristophane, Aristote, Machiavel, jusqu’au très pointu Karl Deutsch, qui utilisa les modèles cybernétiques pour théoriser les sciences sociales. On trouve un sage chinois, aussi: la fable du «Maître Singe», contée par Liu-Ji au XIVème siècle, qui montre une horde de singes cessant d’aller cueillir des fruits pour le compte d’un vieux tyran. Sharp dresse des typologies d’actions non-violentes, distinguant les «méthodes de protestation et de persuasion» (il y en a 54, parmi lesquelles on notera les «prix satiriques», les «gestes grossiers», les «fausses funérailles» ou les «visites récurrentes à un fonctionnaire») des «méthodes de non-coopération» (il en dénombre 107; on retiendra la «grève du sexe»).

Sur la place Tahrir (Sipa)
Sur la place Tahrir, au Caire, en janvier dernier. (Sipa)

 

Il y a aussi les méthodes d’intervention, mais les révolutionnaires que ça intéresse auront plus vite fait de se reporter directement à la source. Précisons toutefois qu'on lit «De la dictature à la démocratie» comme on regarde une émission de cuisine: ça a l’air si simple, et on sait pourtant que tout posera problème au moment de la mise en œuvre. Lorsque Gene Sharp énumère par exemple les faiblesses d’un régime dictatorial, on se demande comment tant de despotes ont pu prospérer sur des bases aussi friables.

 

Tout cela étant dit, ce «livret» a-t-il vraiment servi de livre de chevet aux artisans du Printemps arabe, qui s’est déroulé en hiver? Beaucoup d’éléments le laissent penser. Le symbole adopté par les révolutionnaires égyptiens, le désormais fameux poing dressé, est repris de celui du mouvement Otpor, qui avait favorisé la chute de Milosevic en Serbie. Or Otpor était plus que directement inspiré par les écrits de Gene Sharp. Le jeune leader du soulèvement cairote, Ahmed Maher, a pris l’habitude de se reporter à «De la dictature à la démocratie». On notera aussi que les Frères musulmans le proposaient sur leurs différents sites internet depuis 2005.

Un chien nommé Cesar

Aujourd’hui, depuis sa maison de Boston, d’où il ne sort que très peu, Gene Sharp se dit «fier» de voir ses travaux influencer ce qui semble être un réveil démocratique du monde arabe. Il se montre néanmoins réservé quant aux chances de succès de la révolte libyenne: «Ils veulent renverser la dictature par les armes, mais c’est là que la dictature est la plus forte, déclarait-il récemment à nos confrères suisses de la TSR. Ils ont été inspirés par les autres pays arabes, mais ils n’ont pas la bonne méthode, et ils risquent fort d’échouer.» Les récents événements, à l’heure où le soulèvement se mue en guerre civile, semblent lui donner raison.

 

Sipa

 

Gene Sharp avait été pressenti pour recevoir le prix Nobel de la paix en 2009. La distinction était allée à Barack Obama, qui en tant que chef des forces armées américaines est forcément moins désigné pour devenir un héros de la non-violence. Les deux hommes partagent les mêmes ennemis: l’Iran, où Sharp était en 2008 désigné à la population comme un agent de la CIA par la propagande du régime; Hugo Chavez, qui l’accusait pour sa part d’encourager un coup d’Etat au Venezuela – Sharp lui avait alors conseillé la lecture d’un autre de ses livres, «l’Anti-Coup d’Etat».

 

Ce pousse-à-la résistance passive, qui est lu au Zimbabwe, en Birmanie ou en Russie, est pourtant un paisible vieillard, célibataire et sans enfant, qui vit quasiment reclus avec sa jeune assistante (fort jolie). Il cultive des orchidées, comme beaucoup de vieux rêveurs. Il gagatise avec son gros chien noir, qu’il a appelé… Cesar. Né en 1928, il est le fils d’un pasteur itinérant, ce qui explique sans doute qu’il n’aime pas voyager. Dans les années 1950, le jeune Gene, étudiant en sociologie à l’Ohio State University, refuse d’être enrôler en Corée. Il passe neuf mois en prison. Il développe une passion pour Gandhi, qui deviendra le principal sujet de ses recherches.

Barbouze à la cool

C'est pourtant le nom d'Albert Einstein, autre grand apôtre de la non-violence, qu’il donne à la fondation qu’il crée en 1983. Son cours intéresse alors un certain Robert Helvey, vétéran du Vietnam et attaché militaire à l’ambassade américaine de Rangoon. Helvey découvre que le refus du conflit armé n’est pas qu’une manie de «hippies à cheveux long», comme il le confie au «Wall Street Journal».

 

Le rôle de Robert Helvey est crucial: trois ans plus tard, converti à la doctrine de Gene Sharp, il a pris sa retraite, et enseigne la résistance pacifique à des guérilleros dans la jungle birmane. Il finit par convaincre son mentor de le rejoindre. Gene Sharp entre clandestinement en Birmanie par bateau, en 1992. Jusqu’à présent, ses publications sont très théoriques, et sans doute trop épaisses pour des soldats. On lui demande d’en écrire une version plus courte, et tirant plus vers le manuel. C’est ainsi que sort en 1993 «De la dictature à la démocratie».

 

Quatre ans plus tard, des copies de l’ouvrage circulent un peu partout dans les Balkans. Un groupuscule nommé «Initiative civique» le traduit et le diffuse. Il arrive entre les mains du fameux groupe Otpor, qui reçoit en plus la visite de… Robert Helvey, le barbouze sans arme qui leur donne des cours de révolution à la cool. L’activisme minutieux d’Otpor contribuera fortement au départ de Milosevic, en 2000. La carrière du livre de Gene Sharp est lancée. Les conseils qu’il dispense sont suivis à la lettre: l’universitaire préconise-t-il, au détour d’un paragraphe, qu’un mouvement démocratique soit immédiatement identifiable par une couleur? La révolution orange renverse le pouvoir en Ukraine et dérègle la balance chromatique des journaux télévisés du monde entier.


A Kiev, pendant la révolution orange. (Sipa)

 

On reprochera sans doute à Gene Sharp d’être plus un activiste qu’un penseur. Il montre en effet, dans son livre, une foi de charbonnier vis-à-vis de la démocratie, concept qu’il ne s’attache jamais vraiment à définir. Il ne semble pas être préoccupé par l’occidento-centrisme évident de sa philosophie politique. Il a une fâcheuse tendance à ignorer les limites des changements de pouvoir trop brutaux. Le «régime orange» ukrainien a ainsi fini fait preuve, avec une rapidité ébouriffante, d'un clientélisme, d'un arbitraire et d'une corruption comparables, sinon similaires, à ceux de son prédécesseur despotique. Et il paraît certain que l’avenir de la plupart des pays arabes qui se soulèvent en ce moment ne sera pas aussi fleuri qu’un bouquet de jasmin.

David Caviglioli

 

Jaric Complément d'infos

Vous ne parlez pas des livres de Gene Sharp traduits en français. En voici les références :
- "La guerre civilisée - La défense par actions civiles", aux PUG, Presses Universitaires de Grenoble 1995.
- Trois livrets parus en 2009 : "La force sans la violence", "De la dictature à la démocratie", "L'anti-coup d'Etat", publiés avec l'aide de l'Université de Grenoble et l'éditeur L'Harmattan - Paris.
- Prochainement sera publié en Français la traduction de "Waging Nonviolence Struggle" qui est la synthèse des recherches de Sharp.
Sur le même sujet :"La guerre par actions civiles - Identité d'une stratégie de défense" de Jean Marichez - La documentation française.

Il faut ajouter que "De la dictature à la démocratie" est, malgré les apparences d'américanisme que vous notez, une formidable leçon de stratégie, digne des plus grands stratèges de l'Histoire.

Je connais très bien Sharp. S'il a été activiste dans sa jeunesse, il ne l'est plus depuis longtemps et reste centré sur la
recherche.

 

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Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 08:00

Stéphane Hessel vient de publier chez Indigène Éditions un petit livre :

Indignez-vous ! 

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1.800.000 exemplaires vendus, traduit en 15 langues.

J'ai lu le livre. On peut le trouver en PDF

Je ne vais pas en faire une note de lecture. À chacun de lire la vingtaine de pages: 2 H.

Finkielkrault comme à l'accoutumée critique. Ce n'est pas important.

Comme s'indigner ne suffit pas. Une suite est en préparation :

Engagez-vous !

grossel

 

Conférence interdite à l'ENS, le 18 janvier 2011 :

Des normaliens s'indignent
 

La Direction de l’ENS censure Stéphane Hessel

à la demande du CRIF !

Collectif des normalien-ne-s indigné-e-s d’une ENS indigne.


Il est extrêmement inquiétant de voir des institutions publiques de renom, telles que l’ENS se soumettre à des pressions visant à étouffer la liberté d’expression.

Le Collectif ENS Palestine devait accueillir une rencontre exceptionnelle avec Stéphane Hessel le mardi 18 janvier en salle Jules Ferry.

Madame Canto-Sperber s’était dite heureuse de la tenue de cette conférence, à laquelle devaient participer Benoist Hurel (secrétaire général adjoint du Syndicat de la Magistrature), Leila Shahid (Ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union Européenne), Haneen Zoabi (députée au parlement israélien), Michel Warschawski (Israélien, fondateur du Centre d’Information Alternative, AIC), Nurit Peled (mère israélienne d’une victime d’attentat, fondatrice du cercle des familles endeuillées, Prix Sakharov pour la paix du parlement européen), Elisabeth Guigou (députée, ancienne Ministre de la Justice), Daniel Garrigue (député, porte parole de République Solidaire) et Gisèle Halimi (avocate, militante féministe et politique française).

Nous apprenons avec consternation que la Directrice de l’ENS a décidé de revenir sur sa décision et d’annuler cette conférence à laquelle plus de 300 personnes étaient déjà inscrites, avant même que l’information ne soit relayée par les différents organisateurs/trices de cette conférence. Et c’est avec plus de consternation encore que nous lisons l’éditorial du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (http://www.crif.org/?page=articles_...) qu’en l’absence de réaction publique de la part de la Direction, nous devrons considérer comme un compte-rendu fidèle des mécanismes qui ont conduit à cette annulation.

Le CRIF se félicite en effet d’avoir réussi, grâce à ses ami-e-s Valérie Pécresse (ministre de l’enseignement supérieur), Bernard-Henry Lévy et Alain Finkielkraut (normaliens), Claude Cohen-Tanoudji (Professeur de Physique à l’ENS) et Arielle Schwab (Présidente de l’UEJF) à imposer ses vues à la Direction de l’Ecole et à censurer ainsi Stéphane Hessel, normalien, résistant, Ambassadeur de France, et co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

Il est extrêmement inquiétant de voir des institutions publiques de renom, telles que l’ENS se soumettre à des pressions visant à étouffer la liberté d’expression. Par ailleurs, l’honnêteté intellectuelle et la probité d’élèves de l’Ecole est explicitement mise en cause, en des termes parfaitement scandaleux évoquant le totalitarisme et ainsi les heures les plus sombres de l’Histoire : "Un crime contre l’esprit que de confondre débat et militance politique, comme le font quelques élèves de l’école convertis au terrorisme intellectuel, modèle trotskiste pour les uns, stalinien pour les autres, et de là proposer leur doxa à l’ensemble de l’Université" dit le communiqué du CRIF !

Nous appelons nos camarades normalien-ne-s à protester contre les pressions inacceptables de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (valerie.pecresse@education.gouv.fr), mais aussi contre cette décision injustifiable de Madame Canto-Sperber, en envoyant des mails d’indignation à la Direction (monique.canto-sperber@ens.fr et veronique.prouvost@ens.fr) qui a cédé à ces pressions indignes.

Par ailleurs, nous invitons nos camarades de l’ENS à participer au rassemblement contre la censure et pour la défense de la liberté d’expression le mardi 18 janvier à 18h30 Place du Panthéon.

Collectif des normalien-ne-s indigné-e-s d’une ENS indigne.

 

 

Colloque annulé de Hessel: le Conseil d'Etat donne raison à la direction de Normale Sup

 

Le Conseil d’Etat a rejeté la demande d’un collectif d’élèves de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) Paris intitulé «Palestine ENS», d’organiser des réunions publiques dans les locaux de l’école, tranchant ainsi en faveur de la direction, dans une décision rendue lundi.

Le juge des référés du Conseil d’Etat, saisi en appel par la direction de l’école, a estimé que «la directrice de l’ENS n’a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion en refusant de mettre une salle à disposition du collectif "Palestine ENS"», selon un communiqué du Conseil d’Etat accompagnant la décision.

La salle était demandée pour les 8, 9 et 10 mars par ce collectif qui souhaitait «s’associer à la campagne internationale "Israel Apartheid week"», et «organiser des réunions publiques promouvant le boycott des échanges scientifiques et économiques avec Israël», a affirmé le Conseil d’Etat.

En rendant cette décision, le Conseil d’Etat annule une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Paris du 26 février, qui avait tranché en faveur du collectif, estimant entre autres, que la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, avait «porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion qui constitue une liberté fondamentale».

Pour motiver sa décision, le Conseil d’Etat a notamment mis en avant un article du code de l’Education, selon lequel «le service public de l’enseignement supérieur est indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique et tend à l’objectivité du savoir».

Un autre article stipule que la liberté d’expression des usagers de ce service public doit s’exercer dans des «conditions (…) qui ne troublent pas l’ordre public».

Il a encore fait valoir «l’indépendance intellectuelle et scientifique de l’établissement».

Cette décision fait suite à l’annulation le 18 janvier d’un colloque qui devait être animé à l’ENS de la rue d’Ulm par l’auteur du best-seller «Indignez-vous!», Stéphane Hessel, au grand dam de ses organisateurs pro-palestiniens.

(Source AFP) 7 mars 2011

 

 

article importé de France 24

 "Indignez-vous !" de Stéphane Hessel, plus de 1.800.000 exemplaires vendus
En novembre 2010, France 24 publiait un article sur un petit opus faisant un tabac en librairies : "Indignez-vous !", de Stéphane Hessel. Retrouvez l'interview réalisée à l'époque où ce livre venait de dépasser les 100 000 exemplaires vendus.
Par Priscille LAFITTE (texte)
 
Le dernier succès de librairie ? Un petit livre sorti le 20 octobre dernier, intitulé "Indignez-vous !", d’une trentaine de pages, vendu trois euros, et rédigé par Stéphane Hessel. Cet homme, aujourd’hui âgé de 93 ans, a un prestigieux passé de résistant, de rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme , de diplomate, mais aussi d’engagement en faveur des sans-papiers en France et de la création d’un Etat palestinien au Proche-Orient.

L’initiative du livre revient à une petite maison baptisée "Indigène éditions", créée à Montpellier en 1996 et "dédiée aux arts et aux savoirs des cultures non industrielles du monde". La parole est donnée aux aborigènes d'Australie, aux Indiens d'Amérique, aux Inuits du Canada, aux Maori et aux Papous du Pacifique… Mais aussi à "nos propres ‘indigènes’, tous ceux qui, chez nous, se sentent les otages de systèmes culturels, politiques et économiques dans lesquels ils ne se reconnaissent pas." Stéphane Hessel en fait donc partie.

Commentaires de ce gros succès de librairie, par les deux fondateurs de la maison "Indigène", Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman.

D'où vient le projet du livre ?

Jean-Pierre Barou : L’idée du livre est née d’un discours que Stéphane Hessel avait improvisé en mai 2009 sur le plateau des Glières, en Haute-Savoie, haut lieu de Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, lors d’un rassemblement de l’association "Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui". C’est d’ailleurs notre auteur Bastien Cazals (auteur de "Je suis prof et je désobéis", Cf. plus bas) qui nous en avait informés. 
L’idée est venue d’amplifier ce discours de Stéphane Hessel. Nous avons fait un travail d’interview, et au bout de trois ou quatre entretiens, nous lui avons soumis un texte, pour la plupart inédit. Il a apporté des corrections de sa propre main.
Sylvie Crossman : Notre collection "Ceux qui marchent contre le vent" propose des textes courts, toujours à trois euros, rédigés par des gens qui ont des idées et du vécu. En février prochain, nous allons publier le texte d’une jeune femme, Brigitte Brami, qui a trouvé en prison plus d’humanité que dans le reste de la société.

C’est votre plus grosse vente ?

Jean-Pierre Barou : Oui, sans conteste ! Nous avons déjà vendu plus de 100 000 exemplaires. Une sixième réédition est en cours, et notre tirage dépasse les 200 000 exemplaires. Il s’agit en ce moment en France, du livre le plus vendu cette année dans la catégorie "essais", et de la troisième meilleure vente, tous livres confondus - y compris les livres de cuisine. Ce classement est établi par Livres Hebdo, et provient directement des caisses enregistreuses, ce ne sont pas des sondages.

Notre deuxième plus grand succès, beaucoup plus modeste, était aussi un livre d’engagement : "Je suis prof et je désobéis", de Bastien Cazals, paru en avril 2009 dans la même collection "ceux qui marchent contre le vent". Nous en avons vendu 15 000 exemplaires.

Comment expliquer le succès d'"Indignez-vous" ?

Sylvie Crossman : Je crois que beaucoup de personnes en ont assez de tous ces intellectuels parisiens qui ont des discours sur tout, mais qui ne s’engagent pas. Stéphane Hessel tient un discours d’espérance et d’engagement qui trouve un grand écho au même moment que le livre de Michel Houellebecq qui décrit, quant à lui, la morosité du monde et connaît aussi un succès en librairie. Cela coïncide également avec le mouvement social contre la réforme des retraites, qui s’est fini dans un bras de fer gagné par le gouvernement. Les gens en assez d’être violentés sur le plan de leur conscience.

Contrairement à ce qu’on pense, il y a une partie de la société qu’on imagine minoritaire, et qui a des pratiques d’engagement, de résistance, de contre-pouvoir souvent peu médiatisées. Hessel est leur grand aîné, le grand sage.




 

 
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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 08:52

Recension 4 étoiles d’un général 5 étoiles pour le livre de Peter Dale SCOTT « La route vers le Nouveau Désordre Mondial »

Grande première en France : un haut gradé de l’armée, le général 5 étoiles Bernard  Norlain publie dans la Revue Défense Nationale un article extrêmement élogieux sur le dernier livre de Peter Dale Scott "La Route vers le Nouveau Désordre mondial". Il s’agit d’un véritable pavé dans la marre hexagonale, puisque dans l’ensemble les médias français sont restés incroyablement silencieux sur cet ouvrage. La "grande muette" serait-elle finalement plus prolixe que nos journalistes ?

ReOpen911 publie ici l’intégralité de cette recension, en souhaitant qu’elle éveille l’intérêt de nos lecteurs, voire des journalistes envers un livre qui fait la lumière sur la façon dont les Etats-Unis ont été entraînés dans leurs deux derniers conflits ! Alors que le débat sur le maintien de la présence des troupes françaises en Afghanistan n’a toujours pas eu lieu malgré le désaccord de presque 70% des Français, la visibilité que donne M. Norlain à cet ouvrage constitue un véritable espoir pour tous ceux qui luttent pacifiquement contre les guerres illégales et le réarmement global qui ont cours depuis le 11 septembre 2001.

 

 

La revue dédiée au rayonnement de la pensée stratégique française.

 


Recension 4 étoiles d’un général 5 étoiles pour le livre de Peter Dale SCOTT

par le général Bernard Norlain, dans la Revue Défense Nationale, N°738, du mois de mars 2011

M. Bernard Norlain est devenu général d’armée aérienne (5 étoiles) en 1990. Pilote de chasse de formation (totalisant 6 000 heures de vol), il a commandé la formation des élèves officiers de l’armée de l’Air, puis à partir de 1984, le centre d’expériences aériennes militaires et la Base aérienne 118 Mont-de-Marsan.
De 1986 à 1989, il fut chef du cabinet militaire du Premier ministre Jacques Chirac, puis de Michel Rocard. De 1994 à 96, il fut le directeur de IHEDN (l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale), un établissement public administratif français d’expertise et de sensibilisation en matière de défense, placé sous la tutelle du Premier ministre
. En 1999, M. Federico Mayor, le directeur général de l’UNESCO, lui décerne la médaille d’or Mahatma Gandhi en reconnaissance de son rôle éminent en faveur de la prévention des conflits et de la promotion d’une culture de paix. La même année, il préface le rapport Cometa (sur les OVNIS), étude à laquelle participent de nombreux militaires et scientifiques.
Membre de l’organisation internationale Global Zero Initiative, il a cosigné, le 15 octobre 2009, avec Michel Rocard, Alain Juppé et Alain Richard, une tribune dans le quotidien Le Monde pour plaider en faveur du désarmement nucléaire. Depuis juillet 2008, il est le directeur de la Revue Défense Nationale.
Distinctions : Commandeur de la Légion d’honneur ; Commandeur de l’Ordre national du Mérite ; Médaille de l’Aéronautique.
(Sources Wikipédia)

Voilà un livre passionnant, décapant, on pourrait dire terrifiant, en ce qu’il dévoile au lecteur pourtant averti les dérives et les pratiques mafieuses d’une démocratie emblématique, miroir de nos sociétés.

La thèse de l’auteur est, en gros, que la perte progressive de contrôle sur les décisions politiques majeures aux États-Unis a fait que le pouvoir a été confisqué de façon occulte, non démocratique, par des groupes de pression et que cette situation a totalement perverti le système politique américain et a notamment conduit au drame du 11-Septembre.

L’immense mérite de cet ouvrage est de s’appuyer sur un appareil de notes et de références, une bibliographie — près de 150 pages au total — très complètes et variées qui viennent étayer pas à pas la démonstration de l’auteur.

Partant d’une réflexion sur les États-Unis où les inégalités sociales, la faiblesse de la société civile au niveau fédéral, la puissance des intérêts particuliers, l’auteur, qui n’est pas particulièrement un néoconservateur, mais plutôt un libéral, tendance gauche, dresse un tableau saisissant de ce qu’il appelle l’État profond et de son processus historique où les pouvoirs secrets verticaux se sont emparés de la conduite de l’action publique, et où la prise de décision politique à huis clos accorde la priorité à la sécurité et à la préservation d’intérêts privés particulièrement ceux des exportateurs d’armements et des firmes pétrolières.

Son analyse est particulièrement pertinente et convaincante dans sa description de la politique du trio Nixon-Kissinger-Rockefeller, censée contrer les progressistes et qui a conduit à renforcer les mouvements réactionnaires islamistes, mais aussi à soutenir les intérêts des pétroliers. Il met en évidence le rôle de Nixon ou plutôt sa paranoïa dans la dégradation du processus bureaucratique et démocratique de mise en œuvre de la politique et dans l’amplification du pouvoir secret. En passant il faut noter une analyse intéressante du Watergate.

À ce stade apparaît le couple diabolique, aux yeux de l’auteur, Cheney-Rumsfeld et son implication dans la planification du projet ultrasecret de Continuité du Gouvernement (COG) qui cacherait, selon l’auteur, un programme de prise de pouvoir illégal et dont il traite longuement à propos du déroulement des événements du 11-Septembre pour expliquer certaines incohérences dans la version officielle. Il continue sa démonstration avec Ford-Rumsfeld-Cheney, le virage vers le conservatisme et le début de l’envol des budgets de défense. On parle de la BCCI. Puis l’ère Carter-Brzezinski et l’Irangate. Enfin Reagan, Bush et le triomphe des néocons et du couple Cheney-Rumsfeld. Comment ils ont préparé le renversement de Saddam Hussein et comment ils doivent être considérés comme suspects dans le procès des responsables du 11-Septembre.

En conclusion ce livre démêle les intrigues et l’écheveau d’imbrications et de liens, souvent occultes, entre tous les acteurs de ce théâtre d’ombres. On y parle beaucoup de la CIA, en particulier de la collusion historique entre la CIA et l’ISI pour le soutien à l’islamisme dur et aux trafiquants de drogue. Il décrit le long cheminement vers le 11/9. Plus largement ce livre critique le projet américain de domination mondiale, s’appuyant sur une machine de guerre hors de contrôle, et dont la recherche d’ordre et de sécurité produit un désordre et une insécurité accrue. Il s’agit de comprendre comment nous sommes arrivés au désastre du nouveau désordre mondial.

Vous l’aurez compris ce livre est passionnant, particulièrement en ces temps de Wikileaks. Mais le lecteur armé de son sens critique ne manquera pas de relever le caractère partisan de cet ouvrage ; ce qui fait son charme, mais ce qui peut gêner surtout quand la thèse du complot émerge ici ou là.

À ces restrictions près, cet ouvrage étonne par son originalité et sa puissance d’analyse. Il devrait être un ouvrage de référence pour tous les défenseurs de l’État de droit et pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de nos démocraties.

Bernard Norlain
 

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Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 14:08

Eduquer au XXIe siècle/

Michel Serres, de l'Académie française

 

Michel Serres

Michel Serres AFP/ETIENNE DE MALGLAIVE

 

Avant d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd'hui, à l'école, au collège, au lycée, à l'université ?

Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n'a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, travaillaient au labour et à la pâture ; en 2011, la France, comme les pays analogues, ne compte plus qu'un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus fortes ruptures de l'histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture, soudain, changea. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n'habite plus la même Terre, n'a plus le même rapport au monde. Elle ou il n'admire qu'une nature arcadienne, celle du loisir ou du tourisme.

- Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais, devenu sensible à l'environnement, il polluera moins, prudent et respectueux, que nous autres, adultes inconscients et narcisses. Il n'a plus la même vie physique, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d'humains ; il habite un monde plein.

- Son espérance de vie va vers quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s'étaient juré fidélité pour une décennie à peine. Qu'il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils ne connaissent plus les mêmes âges, ni le même mariage ni la même transmission de biens. Partant pour la guerre, fleur au fusil, leurs parents offraient à la patrie une espérance de vie brève ; y courront-ils, de même, avec, devant eux, la promesse de six décennies ?

- Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n'ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant d ‘une médecine enfin efficace et, en pharmacie, d'antalgiques et d'anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait en des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n'ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut leur inspirer une morale adaptée.

- Alors que leurs parents furent conçus à l'aveuglette, leur naissance est programmée. Comme, pour le premier enfant, l'âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les parents d'élèves ont changé de génération. Pour plus de la moitié, ces parents ont divorcé. Ils n'ont plus la même généalogie.

- Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d'un collectif où se côtoyent désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l'ignoble "sang impur" de quelque étranger ? Ils n'ont plus le même monde mondial, ils n'ont plus le même monde humain. Mais autour d'eux, les filles et les fils d'immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.

Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d'été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l'urgence vitale d'une morale ?

 

VOILÀ POUR LE CORPS ; VOICI POUR LA CONNAISSANCE


- Leurs ancêtres fondaient leur culture sur un horizon temporel de quelques milliers d'années, ornées par l'Antiquité gréco-latine, la Bible juive, quelques tablettes cunéiformes, une préhistoire courte. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l'accrétion de la planète, l'évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N'habitant plus le même temps, ils vivent une toute autre histoire.

- Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d'attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est "mort" et l'image la plus représentée celle de cadavres. Dès l'âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.

- Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s'écrit "- ais", alors qu'il est affiché dans toutes les gares "- ay" ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des "s'miles" ?

Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d'une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l'école et l'université. Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement.

Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque pauvres et discrets, même s'ils détiennent le record mondial des prix Nobel récents et des médailles Fields par rapport au nombre de la population, nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants.

Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l'usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n'excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l'usage du livre, de l'ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois.

Ils ne connaissent ni n'intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n'ont plus la même tête.

- Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n'habitent plus le même espace.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n'a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n'habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N'ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

- Il ou elle écrit autrement. Pour l'observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.

- Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l'Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s'établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d'environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu'assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd'hui, de l'ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d'aujourd'hui. Petite Poucette et son ami ne s'évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

 

L'INDIVIDU


Mieux encore, les voilà devenus tous deux des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l'individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu'à naguère, nous vivions d'appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.

Ceux qui restent s'effilochent. L'individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l'été dernier, nos footballeurs n'ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu'elles recrutaient qui s'évanouissent.

Cet nouveau-né individu, voilà plutôt une bonne nouvelle. A balancer les inconvénients de ce que l'on appelle égoïsme par rapport aux crimes commis par et pour la libido d'appartenance – des centaines de millions de morts –, j'aime d'amour ces jeunes gens.

Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n'avons inventé aucun lien social nouveau. L'entreprise généralisée du soupçon et de la critique contribua plutôt à les détruire.

Rarissimes dans l'histoire, ces transformations, que j'appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l'ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l'aurore de la science grecque, au début de l'ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l'enseignement, au sein de cadres datant d'un âge qu'ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d'un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu'ils ne sont plus.

Trois questions, par exemple : que transmettre ? A qui le transmettre ? Comment le transmettre ?

 

QUE TRANSMETTRE ? LE SAVOIR !


Jadis et naguère, le savoir avait pour support le corps du savant, aède ou griot. Une bibliothèque vivante… voilà le corps enseignant du pédagogue. Peu à peu, le savoir s'objectiva : d'abord dans des rouleaux, sur des velins ou parchemins, support d'écriture ; puis, dès la Renaissance, dans les livres de papier, supports d'imprimerie ; enfin, aujourd'hui, sur la toile, support de messages et d'information. L'évolution historique du couple support-message est une bonne variable de la fonction d'enseignement. Du coup, la pédagogie changea au moins trois fois : avec l'écriture, les Grecs inventèrent la Paideia ; à la suite de l'imprimerie, les traités de pédagogie pullulèrent. Aujourd'hui ?

Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c'est fait. Avec l'accès aux personnes, par le téléphone cellulaire, avec l'accès en tous lieux, par le GPS, l'accès au savoir est désormais ouvert. D'une certaine manière, il est toujours et partout déjà transmis.

Objectivé, certes, mais, de plus, distribué. Non concentré. Nous vivions dans un espace métrique, dis-je, référé à des centres, à des concentrations. Une école, une classe, un campus, un amphi, voilà des concentrations de personnes, étudiants et professeurs, de livres en bibliothèques, d'instruments dans les laboratoires… ce savoir, ces références, ces textes, ces dictionnaires… les voilà distribués partout et, en particulier, chez vous – même les observatoires ! mieux, en tous les lieux où vous vous déplacez ; de là étant, vous pouvez toucher vos collègues, vos élèves, où qu'ils passent ; ils vous répondent aisément. L'ancien espace des concentrations – celui-là même où je parle et où vous m'écoutez, que faisons-nous ici ? – se dilue, se répand ; nous vivons, je viens de le dire, dans un espace de voisinages immédiats, mais, de plus, distributif. Je pourrais vous parler de chez moi ou d'ailleurs, et vous m'entendriez ailleurs ou chez vous, que faisons-nous donc ici ?

Ne dites surtout pas que l'élève manque des fonctions cognitives qui permettent d'assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l'écriture et l'imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l'invention et de la propagation de l'écriture ; de même qu'elle se transforma quand émergea l'imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu'une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j'ai citée ou pourrais énumérer.

Ce changement si décisif de l'enseignement – changement répercuté sur l'espace entier de la société mondiale et l'ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l'enseignement seulement, mais aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l'ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.

Probablement, parce que ceux qui traînent, dans la transition entre les derniers états, n'ont pas encore pris leur retraite, alors qu'ils diligentent les réformes, selon des modèles depuis longtemps effacés. Enseignant pendant un demi-siècle sous à peu près toutes les latitudes du monde, où cette crevasse s'ouvre aussi largement que dans mon propre pays, j'ai subi, j'ai souffert ces réformes-là comme des emplâtres sur des jambes de bois, des rapetassages ; or les emplâtres endommagent le tibia, même artificiel : les rapetassages déchirent encore plus le tissu qu'ils cherchent à consolider.

Oui, depuis quelques décennies je vois que nous vivons une période comparable à l'aurore de la Paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; semblable à la Renaissance qui vit naître l'impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu'en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l'espace, l'habitat, l'être-au-monde.

 

ENVOI


Face à ces mutations, sans doute convient-il d'inventer d'inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d'un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu'elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d'en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d'anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n'entendirent pas venir le contemporain. Si j'avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l'âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j'ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.


Pour lire l'intégralité des textes de la coupole du 1er mars, reportez-vous sur le site de l'Institut de France.

Michel Serres, de l'Académie française


Par grossel - Publié dans : agora
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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 15:37
Ayant soutenu Denis Robert, je ne peux que me réjouir de la décision de la cour de cassation et du retour de Denis Robert dans l'arène. JCG
Point de vue :  Denis Robert

Clearstream : après l'investigation, que faut-il faire de cette société ?

La Cour de cassation vient de me rendre justice dans la première affaire Clearstream. Intégralement et définitivement. Les propos contenus dans mes deux livres Révélations et La Boîte noire (Les Arènes, 2001 et 2002) et le documentaire Les Dissimulateurs diffusé en 2001 sur Canal+, poursuivis par la multinationale, vont ressortir. Longtemps qualifiée de "controversée" ou de "fantasmatique" par les chargés de communication de la firme et des journalistes qui n'avaient pas pris la peine d'en prendre connaissance, mon enquête est entièrement validée.

Chacun des arrêts est rédigé dans des termes précis et sans ambiguïté. Loin du tumulte, après avoir pesé l'ensemble des éléments du lourd dossier, les hauts magistrats prennent à revers ceux qui m'attaquaient. Cette décision crée une formidable jurisprudence. "L'intérêt général du sujet traité et le sérieux constaté de l'enquête, conduite par un journaliste d'investigation, autorisaient les propos et les imputations litigieux", notent les magistrats. Plusieurs avocats s'appuient déjà sur ces deux lignes pour des dossiers opposant journalistes et puissances financières. Au bénéfice de la liberté de la presse.

Il aura fallu dix ans pour mesurer l'aveuglement des dirigeants de Clearstream qui ont porté plainte dès 2001 en diffamation contre moi. Leurs successeurs n'ont pas démontré plus de clairvoyance puisqu'ils ont régulièrement relayé et encouragé ces plaintes pour se retrouver aujourd'hui face à une vérité judiciaire nouvelle qui les accable.

Clearstream est une des deux firmes avec sa concurrente belge Euroclear à se partager le monopole de la compensation bancaire internationale. Mille sept cents salariés y travaillent entre Francfort, diverses agences à travers le monde, et Luxembourg, son siège social. Présente dans 107 pays dont 40 paradis fiscaux, elle n'est pas une banque comme ont tendance à la présenter les médias, mais une banque des banques. Plus exactement, une chambre de compensation internationale. Elle compense les gains et les pertes des institutions financières qui commercent sur toute la planète.

En janvier 2011, elle a annoncé avoir enregistré dans ses comptes 11,4 trillions de valeurs, principalement des obligations, mais aussi des actions ou de l'or. Mon enquête a montré que tous ses clients n'étaient pas des banques, mais aussi des sociétés offshore et des multinationales. Et que Clearstream offrait d'importantes possibilités de dissimulation et de fraude pour ses clients.

Il était indispensable de me battre jusqu'au bout pour obtenir cette décision reconnaissant le droit et la nécessité d'un journalisme d'enquête. Je savais ce que j'avais vu.

Un organisme financier sain a été dévoyé. Mes écrits reposent sur des courriers, des listings, des microfiches, des témoignages par dizaines, la plupart ayant été filmés. Des éléments suffisamment probants qui ont permis de mettre au jour des comptes opaques, l'effacement organisé de transactions, la probabilité forte d'une double comptabilité, l'hébergement de banques mafieuses ou liées au terrorisme, l'absence de contrôle des autorités luxembourgeoises, la complicité des auditeurs, le licenciement du personnel qui refusait de procéder à des manipulations comptables. J'en passe.

La lecture de mes documents montre que cette firme abritait plus de 6 000 comptes ouverts dans des paradis fiscaux et pouvait aussi transférer du cash. Au-delà du coup de projecteur sur ces coulisses, mon travail révélait pour la première fois les contours et les secrets d'une finance véritablement parallèle. Malgré les pressions, je ne voulais pas me taire.

Le 22 octobre 2008, Clearstream achetait un encart publicitaire dans Le Monde pour me proposer une transaction. Rappelant que je venais d'être "triplement condamné" en diffamation par la cour d'appel de Paris, concluant à "l'inanité" de mes "prétendues révélations", constatant que la vérité était "établie", elle proposait de ne pas exécuter ces décisions, de cesser les poursuites si j'acceptais de retirer mes pourvois. J'étais victime, selon eux, de mon "propre acharnement" à les diffamer "sans relâche depuis sept ans".

Dans une lettre ouverte à son président, j'ai décliné cette proposition. "Je ne suis pas assez riche pour vivre tout cela sereinement. Vraiment ça ne m'amuse pas. Seulement, je suis sûr de la qualité de mon travail et de l'intérêt des informations obtenues. D'autant plus en ces temps de crise financière internationale", écrivais-je alors. Il aura fallu dix ans pour qu'enfin on reconnaisse ce travail. Combien de fois ai-je entendu des avocats ou des journalistes, n'ayant jamais ouvert un de mes livres, se moquer de "mes erreurs", m'appeler le "falsificateur" ou le "conspirationniste".

Ces attaques répétées ont influencé, au cours de ce marathon judiciaire, certains magistrats qui avaient à juger mon travail. Le peu d'intérêt pour le fonctionnement du "back-office" interbancaire chez les politiques, si prompts à décrier ailleurs la gloutonnerie des banquiers, ne m'a pas aidé non plus. Et que dire du parasitage Clearstream 2, cette embrouille franco-française, où je me suis retrouvé mis en examen sur plainte de cette même Clearstream et où j'ai dû là aussi batailler avant d'être relaxé ?

Que faire maintenant des informations contenues dans mes livres et mes films, dans la mesure où tout le monde peut les reprendre à son compte ? Je ne sais pas ce que les Allemands de Deutsche Börse Clearing, qui ont racheté Clearstream suite à mon enquête et qui ont forcément constaté ces dérives, ont entrepris depuis 2002. La justice luxembourgeoise étant peu équipée pour traiter ces sujets et la justice européenne encore défaillante, nous en sommes réduits à espérer que le ménage a été fait. Peut-on s'en contenter ? Peut-on se contenter du minuscule et unique communiqué de Clearstream "prenant acte de la décision suprême française" et "attendant la suite" ?

Je montre dans mon enquête comment l'administration américaine a utilisé la firme luxembourgeoise pour masquer le paiement de la rançon des otages américains emprisonnés à l'ambassade de Téhéran en 1980. Plus près de nous, j'explique comment la faillite argentine aurait pu être anticipée, voire évitée en 2001, si des contrôles indépendants et réguliers avaient été effectués chez Clearstream. Nous sommes au coeur du débat sur la régulation du capitalisme.

En 2001, une centaine de députés européens avaient demandé la création d'une enquête parlementaire aux moyens coercitifs. Le commissaire hollandais Frits Bolkestein, dont on a su plus tard qu'il était lié à des clients importants de Clearstream, avait rejeté cette idée, indiquant que le Luxembourg était un Etat souverain et que lui seul pouvait enquêter.

Il faudrait relancer cette enquête européenne. J'aimerais que des journalistes et des politiques s'emparent de ces sujets. Après dix ans de pression et de censure, la Cour de cassation ouvre un nouveau temps. Celui de l'action.

Denis Robert, journaliste

Par grossel - Publié dans : agora
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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 08:02

Je mets en ligne avec les liens cet article bien documenté. On pourra lire avec profit dans les pages, mon article sur la servitude volontaire.
JCG

La désobéissance civile

sangIl y a quelques années, André Glücksmann prônait la désobéissance civile au sujet du scandale du sang contaminé, qui « n’aurait peut-être jamais existé si, quand il était encore temps, quelqu’un avait civilement désobéi. »

Il est certain que le sang contaminé n’est qu’un exemple parmi bien d’autres : le nuage de Tchernobyl, le distilbène, l’amiante, l’encéphalopathie spongiforme bovine, l’hormone de croissance, les hormones dans la nourriture des animaux, les produits chimiques dans l’agriculture, les centaines de médicaments retirés parce qu’ils avaient tué, alors qu’ils avaient été mis sur le marché après de « longues études sur leur innocuité absolue ». Aucun des véritables responsables de ces délits n’a été sanctionné, excepté, parfois, quelques rares boucs émissaires.

La liste les tueurs potentiels toujours en liberté s’allonge tous les jours mais la plupart des consommateurs de médicaments chimiques l’ignorent la plupart du temps, comme le dernier « petit » scandale de l’Avandia®, qui a été occulté ou presque par les médias alors qu’il pourrait être responsable de plus de 4 000 attaques cardiovasculaires et de 9 000 défaillances cardiaques annuellement aux États-Unis. Selon l'EMA, l'Avandia® ne devrait plus être vendu en Europe d'ici « quelques mois ». Pourquoi ces délais ?

En janvier 2010, l'Afssaps a enfin supprimé le Sibutral®, utilisé pour le traitement de l'obésité car il réduit l'appétit, mais génère de nombreux effets secondaires graves comme l’hypertension artérielle et même des décès en raison de l'absence d'un suivi cardiovasculaire. Ces effets indésirables étaient connus depuis longtemps, parfois dès la mise sur le marché, ou prévisibles à cause de sa parenté chimique avec d’autres médicaments aux effets indésirables graves avérés. L'Italie a retiré le Sibutral® de ses pharmacies il y a 8 ans.



5392667871_2a9f12a581.jpgCes « petits » scandales n’ont pas autant mobilisé les médias que celui du Vioxx®, qui était utilisé par environ deux millions de patients dans le monde, il était retiré du marché, car on estimait alors qu’il était responsable d’environ 28 000 attaques cardiaques et décès depuis sa mise en vente en 1999. A présent, nous savons que le nombre d’accidents cardiaques, attaques ou décès, pourrait s’élever à près de 140 000, rien qu’aux États-Unis. Les décès concerneraient 30 à 40 % d’entre eux. Or, nous ne devons pas oublier que ce poison a été choisi en 2003 comme « médicament de l’année » par plus de 6 000 généralistes dans le cadre du Medec qui récompense le médicament le plus « performant » de l’année sur le plan de la santé.

Tout cela pourrait être imputé à des erreurs involontaires, donc pardonnables, si on n’avait pas appris que le laboratoire avait donné à ses visiteurs médicaux des renseignements mensongers. Les résultats d’un procès qui a eu lieu en 2000 ont bien prouvé la collusion de Merck et de la FDA qui connaissaient l’existence des attaques cardiaques, alors que le laboratoire poursuivait la publicité pour son produit le soir à la télévision. Mais en France, où les laboratoires ont continué à le vendre et les médecins à le prescrire, l'Afssaps a déclaré : « Le risque de complication cardiovasculaire reste cependant faible et n'apparaît qu'à long terme. » Jusqu’à combien de morts le risque reste-t-il « faible » ? Nous sommes habitués à ce genre de protection depuis le désastre de Tchernobyl.

En outre, les effets secondaires des médicaments sont souvent décelés avec de gros retards, et la liste initiale de ces effets étant rarement exhaustive, elle peut être remise en cause à tout moment, même des dizaines d’années plus tard. Ainsi, en mai 2006, un rapport édifiant signalait que le Distilbène dont le scandale est oublié depuis longtemps serait aussi à l’origine d’une véritable série de suicides. La justice a alors demandé une expertise scientifique, car « aucune recherche approfondie n’avait été lancée sur ce sujet ». Que faisait l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) à l’époque ?

Actuellement, c’est le Médiator® qui est sur la sellette, mais il n’est que la partie visible de l’iceberg car l’omerta, cette loi du silence imposée par une mafia, concerne également la vaccination contre l’hépatite B dont on refuse d’admettre les milliers de victimes, celle contre le papillomavirus, qui a pris comme cobayes des milliers de jeunes filles, ou l’autisme généré par certains vaccins mais qui n’intéresse guère nos députés. Sans compter la « grippette » porcine qui représente un scandale international mais n’a pas fini de faire parler d’elle car les accidents vaccinaux (et non grippaux) se manifesteront peu à peu et pendant longtemps.

5381132856_bb24754e5a.jpgQui est ou sera responsable des accidents ? Personne évidemment. Parfois, certains fabricants sont mis en examen, mais ils s’en tirent toujours à leur grand avantage et, surtout, aucun des responsables de la santé publique qui laissent faire sans jamais intervenir n’a été inquiété, ni les ministres de la Santé, ni les organismes chargés d’évaluer les risques sanitaires présentés par les médicaments, alors qu’ils sont tous grandement complices de la désinformation et des mensonges propagés par les fabricants et les medias.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que le grand public va enfin cesser d’écouter les nombreux experts, juge et partie, qui sont à la solde d’une industrie aussi aveugle que criminelle et sortira de son autisme avant que de nouvelles catastrophes ne se manifestent, comme c’est devenu une habitude dans notre pays et même dans le monde.

Tous ces scandales ont de nombreux points communs et une même origine : l’appât du gain au détriment de la santé. Cependant, après chaque scandale, d’éminents « spécialistes » nantis de l’absolution générale nous expliquent avec des trémolos dans la voix que les décisions incriminées étaient justifiées par les « données actuelles de la science », d’autant qu’à présent, à la notion de « responsable mais pas coupable »  s’est ajoutée celle de « coupable mais pas condamnable ».

Au fil des ans, dans tous les pays, les catastrophes sanitaires connaissent les mêmes phases de déroulement. L’industrie nous abreuve d’informations venant de scientifiques corrompus qui produisent des contre-expertises truquées et, alors que les rapports de maladies et de décès se multiplient, nos gouvernants persistent à se référer aux expertises sécurisantes, à nier toute relation entre le produit et ses effets délétères, et interdisent aux scientifiques contestataires de s’exprimer en public, n’hésitant pas à discréditer leurs travaux.

De toute manière, tant que les rares responsables condamnés ne le seront qu’à des amendes, si importantes soient-elles, ils récidiveront car le risque est loin d’égaler le bénéfice. Le seul moyen de les empêcher de nuire est de les emprisonner avec des condamnés de droit commun, comme toute personne ayant commis un crime.

Dans son Carnet d’un biologiste, Jean Rostand constatait : « Je croyais qu’un savant était un homme qui cherche la vérité, alors que c’est souvent un homme qui vise une place ». Il est certain que tout scientifique consciencieux se pose des questions d’éthique à chaque moment, mais le consensus scientifique privilégie plutôt les recherches qui ne le perturbent pas trop, alors que le propre de la science devrait être de pouvoir sans cesse remettre en question des idées reçues. De la sorte, si notre société est loin d’être informée, les scientifiques eux-mêmes ne le sont pas de manière systématique. D’abord parce qu’ils ignorent souvent ce qui ne relève pas de leur strict domaine d’investigation, ensuite parce qu’ils n’ont pas toujours, dans ce même domaine, une vision univoque de la réalité.

Si une grande partie des scientifiques et des professionnels de santé a perdu toute conscience c’est parce que notre époque est celle de la compétition et de la surconsommation dans laquelle le profit règne à tous les niveaux, et qu’ils se sentent à l’abri de toute critique grâce au lavage de cerveau infligé à la population générale.

Il ne faut donc pas compter sur eux pour faire changer les choses, seuls les consommateurs peuvent agir. Or, dans son ouvrage Le Meilleur des mondes, écrit en 1932, Aldous Huxley prédisait l'avènement d'une dictature scientifique dont les sujets en viendraient à abandonner l'idée même de révolution. Visionnaire de génie, il décrivait une dictature parfaite qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader et un système de dépendance où les esclaves, anesthésiés par la consommation et les divertissements, ne se poseraient aucune question et « aimeraient leur servitude ».

gallery_1_9_36951.jpgEn 1961, lors d’une conférence donnée à Santa Barbara, en Californie, au sujet du contrôle du comportement humain, Aldous Huxley confirmait ses propos et anticipait : « Il existera, dans la prochaine génération, une méthode pharmacologique pour que les gens chérissent leur servitude et génèrent, pour ainsi dire sans plaintes, une sorte de camp de concentration pour des sociétés entières, alors que les peuples verront leur liberté confisquée, mais s’en réjouiront plutôt, car ils seront dépouillés de tout désir de révolte par la propagande et le lavage de cerveau prodigué par des méthodes pharmaceutiques. Et cela sera la révolution finale. »

Ne sommes-nous pas, aujourd’hui, dans ce « meilleur des mondes », où les informations frisent la propagande et le lavage de cerveau, où nos « gouvernants » s’érigent en maîtres à penser et ne supportent guère la contestation, et où le « bon peuple » est ravi de ne plus avoir à réfléchir puisque d’autres, évidemment « plus savants », le font pour lui.

Les citoyens ignorent encore que les grandes écoles et les Académies nous enseignent le savoir, mais pas la connaissance qui est un don rare et inné et encore moins le simple bon sens, qui semble disparaître peu à peu au cours du parcours universitaire pour laisser la place au même enseignement stéréotypé dans toutes les disciplines.

La religion et la politique sont considérées comme les deux principaux foyers d’endoctrinement, mais on peut leur ajouter la médecine moderne, qui n’est plus ni un art ni une science, comme elle le fut longtemps, mais une véritable religion car la confiance accordée de nos jours au corps médical relève plus du domaine de la foi et parfois même du fanatisme. On ne réfléchit plus, on « croit ». On écoute les diktats des « experts », la plupart du temps autoproclames, sans faire la moindre réserve quant à leur validité, oubliant souvent combien ceux-ci ont pu être démentis et ont même été au centre de certains scandales au cours des dernières années.

De surcroît, tous les pouvoirs utilisent la peur pour mieux dominer, et ceux qui font profession de « savoir » pratiquent savamment cette stratégie parfaitement efficace qui permet d’obtenir la dépendance des citoyens. Comme le disait Machiavel : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ».

Cet instrument de manipulation, qui permet d’abolir tout sens critique et d’exploiter la crédulité des populations en les maintenant dans l’ignorance des faits essentiels de l’existence, a toujours été utilisé, mais à présent il opère sur une plus grande échelle grâce aux multiples moyens de diffusion. Les religions nous ont appris à croire aux dogmes sans chercher à les comprendre. Nous persistons à appliquer cette règle bien établie en écoutant les injonctions de despotes, non plus religieux certes, mais tout aussi tyranniques. Et le dogmatisme médical actuel pourrait être comparé aux pratiques de l’Inquisition qui brûlait tout ce qui dépassait son entendement ou pouvait mettre en péril l’hégémonie de l’Église catholique.

5397131641_46b7009014.jpgLe meilleur exemple et le plus récent est celui de la « pandémie » d’hystérie générée par la peur, savamment orchestrée, du modeste virus H1N1. Fort heureusement, nombreux sont ceux qui ont refusé d’être entraînés par cette folie collective, mais certains n’ont pas eu cette indépendance d’esprit que chacun d’entre nous devrait posséder et qui fait tellement défaut au commun des mortels.

Alors que la majorité des populations mondiales a résisté aux menaces gouvernementales et médiatiques, des centaines de milliers de gens se sont tout de même précipités sur les centres de vaccinations, tendant le bras vers l’aiguille vénérée comme s’il s’agissait du Saint-Sacrement, sans se poser aucune question sur la sainteté du rite, se fiant seulement aux grands prêtres de la religion des vaccins qui voulaient les protéger des atteintes du diable, en l’occurrence le virus de la grippe. Les rites et les dogmes perdurent, seuls les dieux que l’on adore et le diable que l’on redoute ont changé de visage.

Évidemment personne n’a dit que le diable était fabriqué de toute pièce par des pontifes à la solde de l’industrie qui nous menaçaient depuis plusieurs années d’une « pandémie » grippale, sans bien savoir laquelle.

Il est surprenant de voir que dans notre pays où Voltaire et Diderot ont théoriquement détrôné la superstition et le fanatisme, la sagesse n’est guère de mise et les lavages de cerveaux qui vont bon train chez nous causent des dégâts irréparables.

Opinions_croyances_L25.gifComme l’avait remarqué le Dr Gustave Le Bon dans son ouvrage Les opinions et les croyances : « L’immense majorité des hommes ne possède guère que des opinions collectives. Les plus indépendants eux-mêmes professent généralement celles des groupes sociaux auxquels ils appartiennent. » À ses yeux, l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation et devient un barbare dès qu'il fait partie d'une foule organisée. Il se laisse impressionner par des mots, des images qui n’auraient aucun impact sur chacun des individus isolés, mais en foule, il commet des actes contraires à ses intérêts les plus évidents et à ses habitudes les plus connues. Combien d’entre nous ont vraiment des opinions personnelles sur ces sujets et, dans ces cas, combien osent les exprimer ?

Et le Dr Le Bon ajoutait : « L'individu en foule est un grain de sable au milieu d'autres grains de sable que le vent soulève à son gré. » Nous sommes comme ces grains de sable soulevés au gré des courants d’« informations » qui tourbillonnent autour de nous et balaient nos idées personnelles.

600full-erich-fromm.jpgOr dans De la désobéissance et autres essais, paru en 1982, le psychanalyste humaniste Erich Fromm nous prévenait : « L’homme qui ne peut qu’obéir est un esclave [...]. L’obéissance pourrait très bien être la cause de la fin de l’histoire humaine ». Nombreux sont ceux qui pensent de cette manière et s’inquiètent de l’obéissance passive de nos contemporains bien-pensants.

Mais pour être libre, il faut être informé, et la véritable information ne circule, à vrai dire, que dans certains magazines à tirage limité, et sur Internet où elle est noyée dans un fourre-tout parfois inextricable. Aussi, devons-nous apprendre à devenir responsable, à ne pas céder à la crainte du jugement des autres, à la peur habilement distillée par des pouvoirs qui refusent de prévoir comment et pourquoi leurs brillantes inventions actuelles deviendront les calamités de demain, car la simple logique leur échappe.

Quant aux technocrates, à l’instar des cartels de l’industrie, ils ne raisonnent qu’à court terme et refusent de prendre en compte les effets pernicieux engendrés par leurs décisions actuelles, mais qui n’apparaîtront qu’à long terme. Tous ces profiteurs semblent oublier leurs descendants qui risquent de payer très cher cette inconséquence et ce manque de conscience.

Pourtant, comme le disait Sénèque au IVe siècle avant J.C. : « La sagesse ne demande pas beaucoup d’instruction », et il faut espérer que le bon sens n’a pas totalement déserté la planète, bien que, parfois, il soit légitime de se poser la question.

Heureusement une partie de la population commence à prendre conscience que tous ceux qui détiennent un pouvoir en profitent impunément et que la plupart des hommes politiques sont, de gré ou de force, les otages des compagnies industrielles qui pourraient influencer leurs carrières.

Toutefois, la majorité, non seulement des Français mais aussi des populations mondiales, est ravie de ne pas être informée et ne cherche surtout pas à l’être. Cela lui poserait de nombreux problèmes, l’obligerait à réfléchir alors qu’elle n’en a pas la moindre envie, et installerait chez elle des états d’âme, des peurs, des culpabilités et, surtout, risquerait de provoquer la remise en question de tout un système de vie et de pensée.

noam chomskyComme l’explique Noam Chomsky, philosophe radical de réputation internationale et professeur pendant plus de cinquante ans au MIT (Massachussets Institute of Technology)  : « Les médias ne représentent qu'une toute petite partie de la vaste machine de propagande. Il existe un système d'endoctrinement et de contrôle beaucoup plus vaste, dont les médias ne sont qu'un rouage : l'école, l'intelligentsia, toute une panoplie d'institutions qui cherchent à influencer et à contrôler les opinions et les comportements, et dans une large mesure à maintenir les gens dans l'ignorance. »

 (Massachussets Institute of Technology)  : « Les médias ne représentent qu'une toute petite partie de la vaste machine de propagande. Il existe un système d'endoctrinement et de contrôle beaucoup plus vaste, dont les médias ne sont qu'un rouage : l'école, l'intelligentsia, toute une panoplie d'institutions qui cherchent à influencer et à contrôler les opinions et les comportements, et dans une large mesure à maintenir les gens dans l'ignorance. »

Pour sa part, Georges Bernanos avait, lui aussi, prévu ce qui nous attend si nous acceptons l’esclavage qu’on cherche à nous imposer. « Je pense depuis longtemps que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles et la vengeance qu’elle s’attire, mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister, ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles ». Bernanos avait un don de prophéties car, à cette époque, la situation était loin d’être aussi préoccupante que de nos jours.

Devant la puissance financière des fabricants de médicaments, pesticides, herbicides, OGM et autres poisons, et la persistance méprisante de leur mainmise sur l’économie et la politique de santé, nous risquons d’être contraints à développer la désobéissance qui est une arme que n’apprécient ni les laboratoires ni les gouvernements qui les cautionnent. Dans notre lutte contre Goliath, le refus d’obéir aux ordres peut être la seule arme efficace.

Toutefois, comme l’avait aussi constaté Gandhi, il est plus facile de croire ce qu’on nous affirme officiellement, de source « sûre », que de s’aventurer dans l’indépendance intellectuelle. En fait, le conformisme et l’inertie ont de tout temps été les plus sérieux obstacles à l’évolution de l’humanité.

Henry_David_Thoreau.jpgIls sont nombreux à prôner une certaine désobéissance civique si elle peut contribuer à sauver la Terre et ses habitants. Déjà, au milieu du XIXe siècle, David Henry Thoreau, enseignant, philosophe, poète américain et écologiste avant l’heure prônait la résistance individuelle à un gouvernement qu’il jugeait injuste, qui tolérait l’esclavagisme et menait une guerre de conquête au Mexique, contre tous les droits individuels et contre toute morale. Il est considéré comme à l'origine du concept contemporain de non-violence. Dans son essai La Désobéissance civile Thoreau affirmait ses positions politiques et idéologiques et proposait une philosophie de résistance non violente qui influença des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King.

Olivier Clerc, écrivain et philosophe, s’est servi de la « métaphore de la grenouille » pour démontrer la situation actuelle. « Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille.
Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager. La température continue à grimper. L'eau est maintenant chaude. C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant. L’eau est cette fois vraiment chaude. La  grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite.
Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une  manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte ».

OFC.jpgOlivier Clerc compare l’humanité actuelle à cette grenouille. Il est exact que les prédateurs ne manquent pas, mais les victimes sont consentantes, soit par ignorance, soit par négligence. Et il pose la question : « Sommes-nous déjà à moitié cuits ? », puis il conseille : « Alors si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits, donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard. »

Seule une petite minorité de personnes dont la conscience est bien éveillée est capable de donner le coup de patte salutaire. D’autres, bien que partisans de ce changement d’un monde qui n’est plus supportable, pratiquent la politique de l’autruche car ils estiment qu’il est déjà trop tard, que de toute façon, ils sont trop peu nombreux pour avoir un impact quelconque, et qu’il faudrait une majorité de gens impliqués dans ce processus pour faire pencher la balance.

Ils ignorent sans doute que toutes les révolutions sont nées de petits groupes de citoyens déterminés, ce qui est logique, puisque selon la physique quantique nous sommes tous reliés.

Nous n’avons ainsi plus beaucoup de choix : ou bien nous pratiquons la désobéissance civile ou bien nous rejoignons les esclaves qui chérissent leurs bourreaux, annoncés par Aldous Huxley.

 

Sylvie Simon

 

Par grossel - Publié dans : agora
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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 06:30

 
LOUPS GRIS, LOUPS BLANCS…

 
 
 

 

Les loups sont entrés dans Tunis, semble-t-il. Ils sont gris, la couleur du poil d’un général d’armée. L’armée n’a pas tiré sur le peuple mais elle tire son épingle du jeu avec sans doute la complicité active d’un certain nombre de comploteurs distingués. Il existait quelques signes avant-coureurs, comme nous le savons. Des qui se prêtaient au jeu du gouvernement d’Union Nationale avant même le départ du tyran : un Bonaparte pourrait montrer le museau, on nous jure que non, ah ! ce 14 janvier ! Au Portugal ce furent les œillets, ici le jasmin : un corso fleuri en somme.
C’est que, voyez-vous, la pensée politique – toujours elle, sorte d’Arlésienne – semble coulée dans le même moule de Tunis à Paris et probablement de Paris à Bruxelles, Bruxelles Moscou, New York… Et c’est à Cambadelis, garde du corpus déessekanien, que revient le plaisir de la formuler, façon lapidaire : à propos de Mélenchon, « une posture tribunitienne qui est un renoncement à la transformation pratique du pays » (moi qui souligne) tout y est, la panoplie sociale-démocrate qui relève de l’enfermement (le pays) et du pragmatisme opportuniste  (transformation pratique). Transformer pour que rien ne change, formule prosaïquement de notre époque. Chacun comprend ce que signifie la pratique pour l’avoir essuyée du temps de nos hérauts socialistes. A sa façon, Mélenchon est un praticien honteux, si l’on en croit son collègue il officierait dans son bureau sous le portrait de Mitterrand tout en louant les vertus de gauche de Lionel dans le gouvernement duquel il mitonnait son avenir. Il est pratiquement sur la même ligne, sauf le discours votre honneur. Le discours d’aujourd’hui seulement. Celui du loup blanc.
En Tunisie il existe des pratiquants de la “pratique“ comme de bien entendu. Ils étaient sans doute pour la plupart du côté du manche avant la fuite, ils combinent leur retour aux affaires avec cette mécanique bien huilée du principe de “Gouvernement d’Union Nationale“. L’union nationale est toujours, peu ou prou, une Union Sacrée. De celle dont on fait les petits soldats et les héros de boucherie. Ce n’est pas toujours une Grande-Guerre qu’elle a à nous offrir mais l’Union Nationale, même agrémentée d’un modeste Sacré, peut faire des ravages dans les consciences chancelantes. Ou fatiguées. Ou écœurées. L’Union compte là-dessus : une fatigue, un écœurement, des illusions et tout est bon.
Le comité de surveillance (du gouvernement) qui est évoqué est encore une façon de détourner le regard de l’essentiel : le ministre de l’intérieur et celui des extérieurs, sont des agents de l’ancien régime. Ils lancent un mandat d’arrêt international contre leur Ali devenu leur alibi, victime expiatoire. Les bourreaux aussi peuvent être fatigués et s’ils ne se retirent pas à temps ils seront crucifiés comme de vulgaires épouvantails. Cela s’appelle donner des gages. Mais la souche qui a produit un Ben Ali et sa camarilla, est toujours là. Elle s’est enfouie sous le silence comme sous des cendres. Ses antennes ont besoin d’un gouvernement d’Union National. Elle s’accroche. Elle respire. Elle se risque dans la rue par petites goulées. Elle envoie quelques uns de ses sicaires défendre le gouvernement, son oxygène. Demain, que se passera-t-il demain ?
La population de Tunis et d’ailleurs s’est regroupée en comités de quartier pour se défendre des exactions commises par la police ou les mercenaires de la dictature. On nous dit aussi que les ouvriers, les paysans chassent les dirigeants de leurs usines, les paysans s’en prennent-ils aux gros propriétaires ? Questions qui restent sans réponses précises pour le moment mais qu’on puisse les poser, sans être ridiculisées, démontre leur pertinence.
La réponse s’étend bien au-delà des frontières, c’est ce qui fait la force et l’originalité de ce mouvement ; sa nouveauté et son invention campées sur les bases historiques planétaires des révolutions.
 
En revanche, pour celles et ceux qui ne sauraient pas à quoi ressemble le capitalisme aujourd’hui, ce titre laconique, Le Monde du 26 janvier: « La machine économique américaine repart, le chômage s’installe. », accroche toi au pinceau, je retire l’échelle me disait quelquefois mon grand-père qui avait pratiqué le ravalement de façades à ses heures perdues…
De même, accrochez-vous à vos illusions chômeurs de tous les pays, ils suppriment les emplois et vous promettent la lune, toute blanche comme un linceul.
 
 
Robert
 
 

Par grossel - Publié dans : R.P.
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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 07:54

Dégage !
(lien avec le blog de René Merle)


 

 

Les saluts à la révolution tunisienne s’accompagnent chez beaucoup de démocrates français d’une grande espérance, confortée par ce qui gronde chez nos voisins européens. Notre peuple, las d’être dépossédé de ses acquis par une camarilla au service des grands possédants cyniques, las d’être trompé, humilié, manipulé par les hommes du pouvoir et les médias à leur solde, ne va-t-il pas, sans attendre l’échéance de 2012, se redresser et renvoyer ces parasites « aux poubelles de l’histoire » ?
L’histoire de France a été plusieurs fois porteuse de ces lames de fond, inattendues sur le moment, mais dont les historiens ont beau jeu, a posteriori, de pointer les conditions de maturation.
Le problème est qu’à plusieurs reprises, à la crête de l’enthousiasme de la victoire, cette victoire du peuple lui a été volée. Quand victoire il y a eu, comme en 1830, 1848, 1870… Car l’annonce de la défaite peut s’inscrire dans l’acmé même du mouvement, comme au plus fort de l’immense levée en masse de mai 1968, ou, d’une manière plus évolutive, dans la courte vie du Front Populaire de 1936, des espérances de 1944-1945...
À chaque fois, la phase ascendante du mouvement a été portée par l’explosion « spontanée » d’un rejet profond du système politique en place, par une condamnation violente de l’égoïsme des gros possédants, par un immense désir de justice et de fraternité. C’est sans doute aussi ce que nous vivons aujourd’hui.
Mais, à chaque fois, le mouvement a été immédiatement défait, ou s’est essoufflé jusqu’à la défaite, faute d’une volonté commune non sur ce qu’il convenait d’abattre, mais sur ce qu’il convenait concrètement de mettre en place, et sur les hommes à qui l’on pouvait confier cette mise en place. Et c’est bien ce que nous risquons de vivre demain.
 
Je ne prendrai que deux exemples.
 
N’est-il pas frappant que l’on retrouve, des années qui précédèrent 1830, 1848 et la Commune de Paris, à aujourd’hui, les mêmes condamnations du « capitalisme égoïste » (comme s’il pouvait en être autrement !) et la même confusion sur les moyens d’en finir avec ce système ? Associations, coopératives, disaient les utopistes et les Proudhoniens d’antan… Associations, coopératives, nous disent aujourd’hui quelques (plus tout à fait) jeunes loups du P.S, ou anciens du P.S comme le leader du P.G.
Dès les années 1840, les premiers communistes non utopiques se différenciaient de ces proclamations anticapitalistes véhémentes mais creuses, et de ces propositions de solutions : dans la jungle capitaliste, associations de travailleurs et coopératives pouvaient-elles devenir autre chose que des capitalistes collectifs ?
Et progressivement va prendre racine le projet de l’expropriation des capitalistes au profit d’une propriété publique, mise au service du plus grand nombre.
Dès les années 1890 en Allemagne, et dans les années 1930 en France, le débat a été vif au sein du parti socialiste, puis entre socialistes et communistes, sur la nature de cette propriété publique, sur le rôle des nationalisations en système capitaliste (les communistes les condamnaient alors), sur la différence entre service public et propriété nationale de/s moyens de production, sur la maîtrise étatique des grands moteurs de l’économie ? Il n’est sans doute pas inutile aujourd’hui, au regard des vides programmatiques,  au regard de la nébuleuse tentative de « dépasser le capitalisme », de revisiter ces débats, dont l’écho s’est poursuivi jusqu’à l’élaboration du Programme commun de 1981.
 
Très directement liée à cette première question, se pose la question de l’élaboration populaire collective, la question du contrôle populaire collectif, au plan national, d’une politique économique et sociale novatrice au service du plus grand nombre. À travers quelles modalités, à travers quels filtres associatifs et/ou politiques ? Dans quel rapport avec les propositions des partis qui ne peuvent, qui ne doivent pas se borner à attendre tout des « gens », mais qui doivent ouvrir des perspectives…
 Et, corollairement, se pose la question de la nature du pouvoir qui mettrait en œuvre cette politique. À qui faire confiance ? Il est particulièrement inquiétant de constater, dans la folie contagieuse des ambitions présidentialistes actuelles, que même ceux qui condamnent le système le reproduisent en substituant à la vie démocratique d’une organisation, la volonté de reconnaissance d’un « chef ». D’autant que ce ou ces « chefs » autoproclamés n’ont pas le désir, ou le courage, de revisiter leur passé proche. Tout le monde a le droit de changer d’avis, surtout si c’est dans le bon sens, mais il est vraiment contre-productif de ne pas dire, par exemple : « oui, j’ai fait partie d’un gouvernement qui a précipité les privatisations, je n’ai rien dit, et j’ai eu tort ». Les chevaliers blancs ont trop de taches sur la tunique pour qu’on leur fasse crédit sur leur bonne mine…
 
                                                                                                                    René Merle

Par grossel - Publié dans : agora
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